Le travail
raconté par ceux qui le vivent
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Catherine Vého

Raconter la vie, ça me va.


Récit

Ça crève les yeux  

Un secret de famille éclate au grand jour.

Je vivais chez mes grands-parents. Ils tenaient les bains-douches municipaux. Ils s’occupaient aussi de l’entretien des salles et des terrains de sport attenants. Ils étaient concierges. Du moins mon grand-père. C’est lui qui touchait le seul et maigre salaire de la famille.

Publication : 27 juin 2014

Durée de lecture : 5 mn

Nombre de mots : 1160

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Ses derniers commentaires

  • Je ne suis pas sûre d’avoir bien saisi la personnalité étrange de ce pasteur, tour à tour convaincu de sa vocation mais paresseux, tagueur par vengeance, goujat et malheureux, malhonnête et fuyant. Insaisissable peut-être ? y compris par la hiérarchie religieuse. Malgré les conséquences de cette union et le désarroi qui en résulte, vous racontez ces années difficiles avec une sorte de joie sous-jacente, celle de continuer malgré à croire en la vie, avec force et confiance. Merci pour ce beau texte.

  • Le texte que je viens de mettre en ligne est un peu sec, je vous prie de m’en excuser. A l’origine il comptait 3000 signes au lieu des 1500 accordés au commentaire.

  • Qui écrit ?

    Autrement dit "qu’est-ce que je fous là ?"
    J’écris ici parce que j’ai envie d’écrire. La proposition de Rosanvallon est comme une contrainte à laquelle je réponds pour le plaisir d’écrire plus que par la nécessité de Raconter la vie. Je ne me compte pas parmi les Invisibles, tout au moins, l’invisibilité ne m’est pas préjudiciable. Je suis prof des écoles, 56 ans, sans diplôme universitaire, une familiarité avec l’écriture car j’en ai le goût et la pratique. Lorsque j’écris ici, je raconte la vie des autres, de ceux qui n’écrivent pas ici : mon grand-père, ma cousine, un ami. Je raconte un évènement extraordinaire de leurs vies ordinaires, un moment où le destin bascule, et ses conséquences. Oui, j’ai le sentiment de participer au détournement du projet initial, de profiter de cet espace pour satisfaire mon plaisir d’écrire et mon besoin d’être lue.

    Beaucoup de gens écrivent. Certains qu’on appelle des marginaux, et qui auraient "le profil" Parlement des invisibles, écrivent des textes rageurs, politiques ou poétiques dans ces éditions qu’on appelle les lyber, ex https://constellations.boum.org
    Ils écrivent donc. Le net permet à toute personne, tout groupe, d’échanger et d’exprimer ce qu’il a à dire, et depuis l’invention du net on ne s’en prive pas. Visiblement, ici, la proportion d’invisibles selon le texte fondateur est assez faible, mais ça ne signifie pas que les textes n’existent pas, ailleurs dans la toile.

  • Votre écriture est pleine de vie. On entre immédiatement dans le sujet, rien ne s’interpose entre le lecteur, le texte et l’auteur. Quel plaisir de vous lire !

  • J’aime votre image du couteau suisse, et vous en déclinez l’utilisation avec brio.
    Je connais aussi ce type de métier multi-fonctions, fait de responsabilités multiples et de micro tâches qui rythment la journée.
    Mais êtes-vous vraiment sûr que vous ne changeriez de métier "pour rien au monde" ?

  • Pourquoi la réponse d’Anveline n’apparait-elle pas ?

  • Puisque c’est si terrible, pourquoi rempiler après la retraite ? Il doit bien y avoir quelques avantages ?

  • "Et il faudrait refuser leur voix parce leur récit contrevient (selon vous) au principe de sous-représentation ? " Où lisez-vous que j’ai écrit cela Kahina ? Simplement, je propose de ne pas exclure les remarques de Anveline mais de les commenter. En cela je ne fais aucun discours, j’essaie au contraire d’échanger, à moins que le message de l’équipe signifie la fin de la discussion.

  • Pas d’accord Kahina, au-delà du texte de Titine, Anveline S propose de réfléchir sur ce qui est publié, c’est intéressant, c’est même démocratique selon moi. Chacun peut se poser la question du retour aux fondamentaux, comment on interprète le texte fondateur pour se l’approprier. D’ailleurs Titine ne semble pas si effarouchée.

  • Désolée j’ai donné une adresse qui n’est plus valable. Pour lire les textes c’est https://constellations.boum.org
    @titine. Comment j’ai entendu parler du site constellation ? et bien pas tout à fait par hasard. On trouve ce qu’on cherche parfois, comme toi avec ta maison.
    Une précision : je n’ai pas écrit "écrire les moments personnels des vies ordinaires", mais "les instants extraordinaires des vies ordinaires". Cependant je ne réduirais pas Raconter la vie à cela, je trouve qu’un récit qui construit un personnage, maintient la tension, provoque une émotion, tout en racontant un évènement très ordinaire de la vie est une réussite. Mais c’est difficile.

  • Ce serait intéressant en effet d’avoir une réponse de l’éditeur ou éditrice. Si je suis votre logique Anveline S. elle doit s’appliquer à pas mal d’autres textes, "Faire cours" par exemple, qui précède le texte de Titine, car la plainte des profs est un sujet sur lequel on a très souvent écrit, très visible, très corpo.

    Je vous suis bien dans cette demande d’un Parlement des Invisibles, mais j’aime bien lire aussi, sur Raconter la vie, les instants extraordinaires des vies ordinaires. Parce que ces situations extraordinaires restent souvent dans l’ombre alors qu’elles modifient considérablement nos vies ordinaires.

    Si je peux me permettre, je vous conseille un site sur lequel écrivent beaucoup d’auteurs "invisibles", j’y vais souvent aussi, j’aime beaucoup :
    http://www.lyber-eclat.net/lyber/10-ans/dix-ans-introduction.html,

  • Je partage ce qui est écrit dans les commentaires précédents. Mais continue à écrire comme tu le fais là Vicky, il n’y a que toi à pouvoir le faire, et envoie donc tes récits à quelques décideurs, élus, responsables qui ne voient que chiffres là où toi tu souffres. Ton écriture détaillée est si courageuse qu’elle peut faire s’ouvrir des portes, peut-être.

  • J’aime votre optimisme, votre curiosité ;
    J’aime vos listes imagées, le rythme de vos phrases,
    J’aime ce récit tel que vous l’écrivez.

  • Un peu court oui.
    Mais c’est bien pour cette raison que l’auteur se pose des questions, je crois ?
    Trente ans, il est temps.

  • Un parcours riche et un document passionnant qui ajoute à l’objet annoncé, la création d’un syndicat, un passage par 68 et ses conséquences sociales en terme d’augmentation des salaires et de diminution du temps de travail. On oublie trop souvent ces "détails" quand on évoque la "parenthèse enchantée". Merci pour le plaisir de lecture offert par la fluidité de ton texte et par la précision des images qui invite le lecteur au coeur des lieux de travail.

  • La vie se déroule, explicable et apaisée malgré l’amputation, en apparence. Où se cachent la colère, la souffrance ? On ne le sait qu’à la fin, quand l’intimité est dévoilée. Quelle force !

  • Brèves, les phrases qui rythment la journée, entre douleurs et tâches à accomplir, entre uniforme imposé et salaire minimum. Bref le temps de pause. Brefs le temps de chute du plateau, le temps de chute de la serveuse, le temps de chute du moral. Bref, tout est dit, bravo.

  • J’aime la légèreté et la chute de ces Funérailles.

  • Merci de ton commentaire sensible et précis, il me touche beaucoup et m’encourage à continuer. A te lire j’espère.

  • Je trouve que l’article de Bernadette rend très bien compte du livre et notamment de la "chronique sociale" et de la pratique professionnelle d’Isabelle. Les extraits cités parlent d’eux-mêmes et ne peuvent qu’inciter à en lire plus.
    On dirait en effet que la précision de l’écriture de François Bégaudeau et le rythme de sa phrase sont idéalement faits pour décrire les gestes professionnels d’Isabelle, ses responsabilités, sa mesure, son zèle indispensable aux justes prescriptions, sa parole auprès des malades. Pour qui n’évolue pas dans le milieu médical, on apprend tout ou presque des multiples facettes de la pratique du métier dans ce livre documenté, dense et nerveux.
    Mais on apprend aussi beaucoup sur la vie d’Isabelle, du moins sur l’histoire de sa vocation dont l’origine n’est pas banale. Car Raconter la vie c’est aussi chercher le point de départ de l’histoire, le début, et Bégaudeau ne l’oublie pas qui est aussi l’auteur d’un autre livre intitulé justement Au début. Mais ici, ce qui intéresse l’auteur, c’est d’abord l’histoire du grand-père immigré italien, celui qui pose les fondations, et puis celle des parents. Du père surtout, dont le sort scellera très tôt le destin d’Isabelle, comme dans un roman.

  • On lit bien dans votre récit que les émotions, les sensations sont étroitement mêlées à cette pratique professionnelle. Et les allers-retours récurrents chez le médecin témoignent de leur violence. Les utilisateurs d’ascenseurs, pressés de voir la réparation effectuée, sont bien loin d’imaginer tous les aspects sensibles d’une profession dont ils n’envisagent que les aspects techniques. Mais ce qui me semble plus grave, et que vous mettez en évidence ici, c’est que les évènements marquants et très spécifiques qui jalonnent vos semaines de travail ne sont pris en compte ni dans la formation, ni dans l’entreprise, ni par une équipe de travail solidaire, ni par un suivi médical adapté.
    J’espère qu’en passer par l’écriture vous permet de clarifier cette situation et de retrouver des forces. Merci de nous faire découvrir ce que nous ne savons pas voir.

  • "J’ai choisi de chérir un souvenir de 22 ans de papa plutôt que de pleurer les années d’absence qui se profilaient. " J’aime beaucoup cette phrase, et votre texte tout entier dit la fidélité à cette belle promesse.

  • Tel que vous l’écrivez, le parcours de Guillaume est plein d’embûches mais semble aller de soi : "deviens ce que tu es" est pour lui la formule consacrée. Mais quelle est l’origine de la métamorphose inexpliquée des cheveux de Guillaume ?

  • Malgré le titre de votre récit vous savez entretenir le supense. Jusqu’à la fin on espère avec vous.
    Ce n’est pas pour cette fois. Les concours sont toujours injustes. Les candidats ne connaissent pas ou mesurent mal, l’implicite qui entre en ligne de compte. Plus encore quand ils viennent de milieux pro très différents de celui pour lequel ils concourent. Sans parler du hasard.
    Mais vous avez certainement la motivation et la persévérance qu’il faut pour réussir, et peut-être le passer en Espagne ce concours ? Bon courage.

  • Le moins qu’on puisse dire c’est qu’on reste sur notre faim. Bon, ces lettres, elles disent quoi ?
    Comment faites-vous pour ne pas vous relire, succomber au passionnant travail de réécriture ?
    J’aime les textes qui laissent derrière eux des questions, c’est stimulant cette frustration.

  • La précision extrême avec laquelle vous déroulez ce parcours rend votre récit passionnant. On suit presque minute après minute les étapes qui furent les vôtres ; de l’idée fugitive du métier que vous auriez aimé exercer à la nécessité de rédiger vos guides professionnels, en passant par la reconnaissance qui nait de leur prise en compte, jusqu’à la décision de tenter la formation, et finalement votre réussite. Le carnet de bord auquel vous faites allusion - quelle heureuse initiative - a conservé tous les détails qui font la densité du texte. Merci aussi pour l’optimisme et le sentiment de liberté qu’il dégage. Dès le matin, votre texte fait du bien.

  • J’aurais bien aimé avoir votre talent pour écrire quand j’avais 19 ans. Quelle chance de pouvoir clarifier, avec simplicité et intelligence, la situation complexe que vous vivez. Quelle chance de ne pas créer par l’écriture des sentiments fictifs, d’avoir la lucidité et le courage d’écrire la réalité qui vous maltraite, et d’être consciente surtout de votre résistance. Vous avez pris le chemin qui mène vers l’indépendance. La suite, je crois bien que c’est Anne-Valérie qui l’a écrite : do it yourself.

  • J’aime vraiment beaucoup votre écriture. C’est cash, c’est vivant, c’est énergique, c’est précis ; ah oui, quel plaisir de vous lire !

  • Faire sourire le lecteur avec une histoire telle que La barbe est une grande réussite. J’ai même ri. Votre écriture rend drôle ce récit de souffrance et de quête, pour cela merci.

  • merci de vos commentaires qui abordent tous deux l’irruption de cette tante inconnue. J’ai pensé qu’elle avait besoin de mettre un peu d’ordre dans sa vie, à l’origine. J’aurais aimé pour elle que ma mère soit plus accueillante, mais la réaction maternelle ne me surprend pas. Je ne me suis pas autorisée vis-à-vis de ma mère, comme elle, vis-à-vis de la sienne, à prendre contact avec cette tante. Et puis, pour diverses raisons, je me tiens éloignée des histoires de famille.
    Kahina, vous pensez comme moi, contrairement à ma mère, que la grand-mère savait. Tout mène à cette conclusion, y compris la répartition des lieux dans la maison, ça crève les yeux.

  • L’histoire d’un sauvetage en cours que vous ne devez qu’à vous-même. Le titre de votre récit est très judicieux et drôle.

  • Quelle rythme ! essoufflée moi aussi. C’est vous que je vais voir derrière les sourires des caissières de mon SuperU, Kahina, en espérant que toutes possèdent votre énergie. Je n’ai pas lu votre récit comme celui de Florence Aubenas - mais j’ai pensé moi aussi à ce superbe livre - car vous n’êtes pas devenue caissière pour enquêter sur le métier mais bien par nécessité. Vous témoignez donc autant de votre statut d’étudiante que de celui de caissière, ce qui en dit long sur les conditions de vie des étudiants.

  • Vous écrivez : "J’avais un organe supplémentaire : La peur." Et la vitalité aussi, celle de cette petite fille qui ne veut pas ressembler aux pauvres, en porter l’uniforme, et qui va chercher le secours du voisin quand la peur est trop grande, celle qui aime rire des bêtises de son frère. On se dit qu’elle saura reconnaitre une opportunité quand celle-ci se présentera. Quelle vivacité dans votre écriture ! on en redemande.

  • L’asthmatique l’a écrit : un auteur est né. J’espère vous lire encore Marine.

  • J’ai lu votre récit ce matin et il m’accompagne encore. Il passe de l’écriture de l’enfance, vive et joyeuse comme elle, à l’écriture d’aujourd’hui encore teintée de cette vitalité malgré la tristesse de novembre. Vous écrivez "Tout est tout en même temps" et c’est aussi ce que raconte votre écriture.
    J’ai envie de prolonger.
    A l’école (je suis prof des écoles), j’ai trouvé très difficile d’accueillir du jour au lendemain des enfants plus ou moins lourdement handicapés. Des enfants qu’on n’avait pas l’habitude de voir rouler dans les couloirs, des enfants qu’on ne portait pas dans l’eau à la piscine, des enfants dont on ne comprenait pas toujours la diction… je ne savais pas faire. Au début, je ne savais pas que dans la relation, on oublie le handicap ; ne l’ayant jamais côtoyé, je ne savais pas qu’il est soluble dans la vie collective, le jeu, les échanges. Aujourd’hui, et bien que les conditions d’accueil ne soient pas idéales, je regrette qu’on ait cru bon pendant tant d’années de séparer ces enfants des autres, je regrette qu’on n’ait pas ouvert plus tôt l’école à tous les enfants.

  • Merci pour ce texte. Il montre bien que la mobilité, qu’elle soit subie ou choisie, que l’on soit jeune ou âgé, seul ou en famille, est un bouleversement. La question posée me semble être aussi celle de l’ancrage dans un lieu (il est souvent question de patrimoine dans ce texte), a-t-on toujours besoin de cet ancrage pour s’épanouir ? Ou bien possède-t-on, à l’intérieur de soi, le moyen d’assurer une continuité ?

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