Le travail
raconté par ceux qui le vivent
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Didier Mendelsohn

Bénévole ! Telle est ma situation après quarante ans d’exercice professionnel. Une retraite tant attendue mais un retrait du monde trop difficile à supporter pour rester passif devant le spectacle du monde.


Récit

Le sentiment d’être utile  

Didier voyait dans la retraite une libération, il y trouvera un grand vide. Ancien avocat, il décide de continuer à agir en tant que bénévole, et s’interroge sur ce nouveau statut.

Je perçois 20 € par audience. J’ignore si cela les surprend, les inquiète ou les rassure. Mon sentiment est que le fait d’avoir été avocat m’a laissé, comme collée à la peau, une sorte d’obligation : je dois servir à quelque chose.

Publication : 12 février 2014

Durée de lecture : 10 mn

Nombre de mots : 2170

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Ses derniers commentaires

  • De Liana, qui habite loin d’ici et à qui j’avais envoyé mon texte, je reçois son commentaire :
    " Etre utile, être présent aux autres, c’est la constante de ta vie. Bien des êtres vivants ont eu recours à toi, et aujourd’hui ils sont un certain nombre à avoir un besoin essentiel de toi. Ton probléme est la recherche obsessionnelle de la cause de ce besoin, ou de sa justification. Il est temps de passer du mode interrogatif, à l’affirmatif : le c’est ainsi....Oublier la question, et s’oublier enfin ! Il me semble qu’un bon praticien de ces préceptes est Christian Bobin. As-tu lu "L’homme de joie" ? A suivre..."
    Sans doute que oui : certaines questions sont inutiles.

  • J’imagine un groupe de parole ! On se retrouverait, disons une fois par mois. " Les oxymorons anonymes ". Aprés tout les alcooliques se retrouvent bien pour partager leur addiction.Pourquoi pas nous ? Chacun ferait part de son expérience d’oxymoron(e). De cette addiction au besoin d’être utile, d’avoir sa dose pour se sentir bien et de la douloureuse sensation lorsqu’on est en manque, des réveils douloureux quand surgit la question : ben je sers quoi ? .... Bon, allez je rigole. Merci à vous de votre témoignage.

  • Hier c’est avec beaucoup d’émotion que je lisais le commentaire de Gavroche. Et aujourd’hui, c’est avec la même émotion, et la même heureuse surprise, que je m’aperçois, lisant le votre, ce qui peut passer à travers l’écriture. Une vérité dont je n’étais pas moi-même totalement conscient en racontant l’expérience qui est la mienne. C’est comme si vous me disiez : " Elle est là, dans les mots et le récit qui reflétent le chemin où vous vous êtes engagé pour être utile, elle est là la beauté du monde."

  • Tout d’abord, lisant votre commentaire je suis envahi d’émotion. Et je vous en remercie.En effet il est trés rare qu’ une quelconque"reconnaissance" s’exprime lorsque j’aide à ce qu’un probléme soit dit, entendu, puis le reformulant à partir de principes de droit, permettre à chacun de comprendre qu’il faut trouver un accord, un arrangement, un dédommagement. Je suis là pour "réparer".Comme un officiant désincarné : ni prêtre, ni juge, ni avocat. Un peu les trois à la fois. Et cela dans un lieu "sacré" - tribunal, palais de justice - destiné à recevoir ceux qui attendent réparation. Alors finalement je ne fais que mon devoir : je panse, dites-vous, voila le devoir que je me suis donné. Et comme vous le dites, cela n’a pas de prix ! Et en tout cas pas celui de la reconnaissance. Merci encore de votre commentaire

  • C’est vrai que la tentation d’un engagement religieux, comme il m’est arrivé de le partager quelques jours avec des bénédictins m’a effleurée il y a bien longtemps ( c’était aprés les évènements de mai 68). Le paradoxe - un oxymore !- tient à ce qu’il faut donner pour recevoir. Mais pas dans un cloitre. Alors "servir" dans le monde comme vous dites, jusqu’au moment où l’on se sent envahi d’un sentiment de manque : il est où le contre-don ? Le ressort se fatigue. A moins que l’on donne pour se donner....à soi-même. Je donne et je me contre-donne. Et peu importe le fracas du monde pour ceux qui naviguent sur...un radeau.