Le travail
raconté par ceux qui le vivent
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Diouma Magassa

Originaire de la banlieue parisienne et après avoir obtenu mon baccalauréat, je me suis dirigée vers l’hypokhâgne, cette filière si redoutée mais à la fois si stimulante qui me faisait rêver, qui me donnait de belles et grandes espérances. A ma plus grande déception, j’ai déchanté aussi vite que la fréquence des métros que je prenais chaque matin pour me rendre en cours. Les remises en question devenaient quotidiennes tout comme les larmes. Longtemps je m’en suis voulue de n’avoir pas été à la hauteur, d’avoir échoué. Cette simple idée m’était insupportable, le temps qui passait n’arrangeait rien, j’avais le sentiment d’être incomprise de tous, la solitude est rapidement devenue mon amie.
Après une longue et douloureuse année, j’étais enfin en vacances et c’était la libération que j’attendais tant, le bagne se terminait enfin.
Mon blog a été un réel échappatoire, il m’a aidée à tenir le coup puisque je livrais sans détour ce qui se passait, comment je le vivais et ce que j’en pensais, mais il a aussi été vu comme une trahison pour mes anciens khâmarades.

Qu’en est-il aujourd’hui ? Aucun regret si c’était à refaire, je le referais sans hésiter. L’hypokhâgne, mon sublime paradoxe...


Récit

J’étais l’obstacle à ma réussite  

Une traversée du périphérique pour intégrer l’élite des classes préparatoires littéraires. Un questionnement sur les frontières sociales, sur les principes d’éducation. Une voix légitime.

Je suis entrée dans cette usine intellectuelle comme on entre en religion.

Publication : 5 décembre 2013

Durée de lecture : 8 mn

Nombre de mots : 1660

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Ses derniers commentaires

  • Beau récit, cela nous rappelle que ces conducteurs de métro ne sont pas aussi responsables de tous les retards comme on aime le croire. Cela dit il y en a nettement moins que sur le RER... Enfin, tout cela pour dire qu’ils sont humains avant tout et qu’un petit sourire de notre part ne ferait pas de mal bien au contraire.
    Bon courage Pierre, la ligne 11 n’est pas des plus éclairées, dommage que c’est une ligne que j’empreinte que très rarement.

  • Alors oui, j’ai échoué mais cela vous empêche-t-il de dormir la nuit ? Cela vous dérange-t-il ? Non et encore non. Au cas où vous auriez mal interprété mon texte je ne dis ni ne sous-entend à aucun moment que l’éducation nationale doit s’adapter à tous, bien au contraire et quand bien même tous le souhaiteraient ce serait en pratique impossible à réaliser donc de grâce, ne déformez pas ce que je dis, ça aussi ça en devient exaspérant. L’hypokhâgne (lettres) ne mène pas à une vie de con c’est votre avis et vous êtes libre de penser ce que bon vous semble mais en revanche, ce qui est con c’est de le penser car cela démontre bien qu’encore une fois vous ne savez pas de quoi vous parlez.

    PS : l’intelligence ne se mesure pas à notre sensibilité politique, j’espère très sincèrement que vous n’en douter pas.

    Belle soirée à tous et à toutes.

  • Vous savez, en banlieue on ose aller voir ce qui se passe de l’autre côté des murs tandis qu’une majorité des Parisiens ne prennent même pas la peine de se déplacer pour voir ce qu’il en est réellement, à savoir qu’est ce qui se passe dans la "vraie vie". Tout est-il est aussi noir qu’on le prétend ? Non, leur ego est bien trop démesuré pour qu’ils puissent le faire. De plus, puisque vous engagez le sujet de la politique parlons-en. Qu’est-ce que c’est que ce discours dépassé et totalement restrictif qui veut que puisque j’habite en banlieue et que je suis enfant d’immigrés je suis forcément sympathisante de gauche ? Si c’est le cas pour une majorité de personnes, il ne faut pas en faire une généralité parce que des jeunes comme moi qui s’émancipent de ces carcans sont de plus en plus nombreux. Néanmoins le projet raconter la vie auquel je participe se veut apolitique donc parlons d’une seule chose à la fois si vous le permettez c’est-à-dire d’un système élitiste - qui refuse parfois pour on ne sait quelles raisons de l’admettre - qui essaye depuis quelques temps de se démocratiser et de se rendre accessible à tous.

  • @Liredeslires : Pourquoi se hurlez dessus lorsque l’on peut faire part de nos indignations/inquiétudes avec un ton cordial ? Expliquez-moi car votre propos est si plein de clichés qu’il en donnerait la nausée. Le plus sidérant est qu’avec 30 ans en banlieue vous continuez à dire de telles choses. Mais il est vrai que vous avez raison, pour mettre un brin d’humour à tout cela, en banlieue on ne crie pas, on préfère brûler des voitures mais ça, c’était avant. (blague à part et de mauvais goût) Pour en revenir à des choses censées en tant qu’habitante de banlieue je peux vous dire qu’entendre des insanités sur la banlieue est plus exaspérant, mais ça, vous devez l’ignorez puisque apparemment vous ne vivez pas ne serait-ce que le tiers de ce que l’on vit. Parlez d’une chose que vous maîtriser ou au moins n’en dites pas des choses que vous et quelques personnes êtes seuls à penser. Comme vous êtes si perspicace vous devez certainement savoir que l’homme a DE BASE besoin de changement dans sa vie, croyez-le ou non mais la monotonie rend fou. Voilà pourquoi vouloir aller dans les beaux quartiers au moins, j’ai eu l’occasion de me forger ma propre opinion.

  • @Aliéonore : merci, votre commentaire me touche énormément et je dois avouer que ce que vous dites beaucoup de personnes continuent à me le dire et ça me réconforte lorsque je repense à ce que je croyais être un échec honteux.

    @Fatima Hqiaq : Votre commentaire me touche aussi énormément et redonne force et courage ce qui m’est indispensable cette année aussi et d’ailleurs dans la vie de tous les jours !

    @Jiemog : Vous avez totalement raison, beaucoup d’élèves se suicident en hypokhâgne mais c’est passé sous silence. J’en ai d’ailleurs parlé dans mon blog l’an dernier car c’est arrivé à Toulouse.

    @Catherine Martinez : il fallait que je passe par là pour me rendre compte et apprendre tout ce que je sais aujourd’hui malgré tout. Ma voie se dessine petit à petit, comme j’aime le dire ; le meilleur reste encore à venir.
    @Sev, Aurélia : Merci infiniment ! C’est avec plaisir que j’échangerai avec vous. Finalement, votre expérience vous a tout de même permis d’arriver loin et c’est louable. J’espère sincèrement que comme vous, un jour je comblerais ces lacunes culturelles qui m’ont semblées être un réel handicap. Je crois que j’y ai découvert les mêmes choses que vous et ça a été « violent ». Merci pour Bourdieu, j’irai y jeter un œil, ça m’a l’air très intéressant ! A bientôt j’espère.

  • Bonsoir, je vous remercie tous pour vos réactions, elles sont toutes aussi intéressantes les unes que les autres.
    Tout d’abord,
    @Garance de Leully : C’est exactement ce que je commence à me dire ; avancer sans trop se poser de questions ça évite bien des inquiétudes qui sont souvent inutiles.

    @Baratier, merci votre témoignage prouve bien que l’on soit de banlieue ou de province on peut aussi réussir et surtout s’épanouir dans cette filière. Le récit de Didier Eribon a l’air intéressant, j’espère le lire très bientôt ! Je suis contente que vous ayez pu trouver ce dont vous cherchiez en prépa car ça avait du être un atout de taille pour tenir les 2 ans.

    @Emmanuelle Sammut : bonne nouvelle, cette année difficile est totalement digérée aujourd’hui. Je me plais dans les études que je fais mais sans mentir, je repense parfois à la prépa et tous les avantages que j’aurai pu en tirer (connaissances, méthodes…) et j’ai du mal à m’empêcher de me dire qu’il y a toujours mieux que la fac. Question de temps surement, je m’y ferai également.

    @Gaspard : Je pense que ce qui m’a le plus fait défaut est ce bagage culturel mais vous avez raison, c’est aussi ce qui pousse fortement à vouloir apprendre toujours plus et à élargir nos horizons.

  • Récit poignant, je ne m’attendais pas à être aussi abasourdie à la fin. Comme quoi, nous n’avons pas forcément besoin d’écrire des pages entières pour raconter quelque chose de vrai mais pourtant si peu relaté. Si je le pouvais j’exigerai une site à ce récit, je reste sur ma faim !