Le travail
raconté par ceux qui le vivent
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Françoise Gehannin

Mes sept chats ont, paraît-il, sept vies chacun… Quant à moi, j’ai déjà grignoté trois tranches de vie : celle de l’étudiante féministe des années 70, celle de la militante « établie » comme ouvrière pendant sept ans, celle de la prof de Lettres dans un lycée « sensible » de Saint-Denis. Je savoure la dernière tranche depuis ce voyage en cargo où j’ai rencontré mon Capitaine au long cours et suis devenue Bretonne par alliance. J’ai publié aux éditions Dialogues un roman, " Tatiana Lafumette ou la guerre des branchés ", satire des "bobos" parisiens côtoyés dans une vie antérieure.


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Ses derniers commentaires

  • On se sent requise par votre "mendiante bleue" ("La Mendiante bleue" ce qui aurait fait ou ferait un superbe titre tant cette expression vous entre dans la tête pour n’en plus sortir... parente, en cela, de la mendiante de Duras ?)
    On tremble pour elle car son histoire ne peut que mal finir et l’on tremble aussi de se reconnaître dans les petits gestes, les petites paroles de bonté maladroite des passants, la petite bonne conscience pour pas cher qui fait passer une bonne journée, content de soi.. J’aime bien votre façon de vous donner le mauvais rôle de celle qui ferme ses volets.

  • "Le capitaine breton vient au secours de 780 migrants"...

    C’est le titre d’un article de Ouest-France du 11 août dernier (consultable sur le Net) Je ne pouvais manquer de signaler ici le récit du commandant Philippe Martinez qui vient illustrer avec bonheur notre échange au sujet des clandestins naufragés en Méditerranée. D’autant que la presse nationale ne semble pas pressée de relayer cette info...

    Il raconte le sauvetage, la joie de n’en avoir perdu aucun dans l’opération, très "sportive", de transbordement des naufragés à son bord, les soins apportés aux blessés par balles et armes blanches, sa décision de ne pas les renvoyer en Libye et sa négociation avec les gardes-côtes italiens.

    780 !!! Bon sang ! ça justifie une vie, non ?

  • Nathalie, à notre connaissance les commandants ne subissent pas ce genre de pressions de la part des états (européens en tous cas) ni de leurs patrons, les armateurs.
    A la lecture de la presse, j’ai plutôt le sentiment que les garde-côtes italiens et maltais sont débordés par l’afflux de réfugiés.
    C’est leur « statut » même de clandestins qui les condamne à s’en remettre aux passeurs cupides et sans scrupules et à risquer la traversée dans des conditions atroces, entassés sur des barcasses. Par ailleurs, des sauvetages existent, mais aussi parfois des sauvetages manqués car rien n’est plus périlleux que de recueillir sans dommages des naufragés épuisés à son bord, surtout pour les gros navires.

    Histoire de sourire un peu après ces sombres propos : j’ai écrit une nouvelle intitulée "La Dérive des conteneurs" qui met en présence un commandant et un clandestin sur une île déserte…(taper La Dérive des conteneurs de Françoise Gehannin, puis aller sur « Binic – Au fil de l’Ic »)

  • Nathalie, j’ai lu l’opuscule de Marcel Cohen et me situe … « A des années-lumière » de certaines de ses affirmations à tout le moins exagérées ! Aux dires et à l’expérience de mon informateur préféré, affirmer « qu’on n’hésite plus à jeter les clandestins par-dessus bord pour éviter les tracasseries administratives » ou laisser entendre que, pour ne pas perdre de temps, nombre de navires ne se dérouteraient plus pour porter assistance aux naufragés relève pour le moins de la généralisation abusive. Les exigences de rentabilité n’ont pas fait de la plupart des capitaines des voyous ou des criminels (ni les armateurs non plus, soit dit en passant, qui savent mettre en valeur les hauts-faits de leurs équipages dans leur politique d’image) Il faut penser aussi qu’un commandant n’est pas seul à bord : dur dur d’être un salaud face au regard de son équipage !
    Je crois qu’on peut appliquer au capitaine les belles paroles de Marcel Cohen concernant l’écrivain (p.54) « l’écrivain n’est pas libre de tout faire, sa marge de manœuvre n’en est pas moins très réelle. »
    Un capitaine a, en toutes circonstances, le pouvoir de dire « non ».

    P.S. : Sa comparaison entre listes d’otages et listes de licenciés me hérisse tout autant, trop expéditive pour être éclairante : notre quotidien n’est pas drôle ; ce n’est pas la peine d’en rajouter pour en être pleinement conscient. Mais c’est une autre histoire...

  • Ma Doue beniget ! C’est vrai qu’on respire mieux en Bretagne. Et pas seulement les embruns : ici, les chauffeurs de bus vous saluent et, chose assez incroyable, attendent qu’on soit assise pour démarrer. Quelle douceur comparée à la dureté du métro parisien aux heures de pointe !
    Votre voyage en RER pue la sueur, suinte la promiscuité qui fait d’autrui une calamité : c’est très exactement "ça", me suis-je dit en le lisant. Sans doute grâce à votre écriture sèche, sans pathos et fragmentée qui donne à voir et à sentir ce réel étouffant, insensé qui fait de chacun l’assassin refoulé de son voisin. Quelle vie ! Quelles vies ! (quel fantastique champ d’observation aussi, reconnaissons-le...)

  • Mais vous êtes une mine, Nathalie ! Merci encore. Je vais suivre ce filon-là aussi.
    N.B. : "Commandant de bord" ne se dit que pour les pilotes d’avions. Sur les navires on dit simplement "commandant" (ou, plus familièrement, "le Vieux", le "Pacha", le "Tonton")

  • Merci pour la bibliographie ! Je me procure " A des années-lumière" dès que possible.

  • Bonjour Nathalie, bonjour Kahina

    Grand merci à toutes les deux pour vos lectures et l’intérêt témoigné à mon récit.
    C’est en effet "tout un monde" que celui des marins, un tout petit monde à l’écart, sur les grands océans. En somme, des marginaux très intégrés dans leurs traditions.
    Je ne connais pas les textes de Marcel Cohen dont vous parlez, Nathalie. Si vous vous souvenez de la référence, je m’y plongerais volontiers.
    Mon capitaine m’a raconté, Kahina, qu’il existe des marins sujets au mal de mer qui ont fait toute leur carrière (pardonnez ce détail trivial) avec un seau à proximité...
    Quant à ma déclaration... à tous les sens du terme, ce capitaine est un beau sujet !

    Françoise Gehannin