Le travail
raconté par ceux qui le vivent
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Franz

Architecte designer, investi dans différentes associations locales concernant l’appropriation du paysage.


Récits

Imaginer en volume  

L’amertume d’un parcours professionnel, résolument aporétique.

L’année suivante, mon bilan était devenu acrobatique. La troisième, je me suis retrouvé face à des difficultés insurmontables.

Publication : 3 février 2014

Durée de lecture : 6 mn

Nombre de mots : 1380

La place des jeunes  

Passionné de planche à voile et faible en maths, Blaise est orienté en bac pro Vente – Action marchande. Mais son diplôme ne le conduit nulle part. Il décide alors de passer un CAP de cuisine. Mais là encore, précarité et salaire minimum sont les seuls retours à son investissement et ses compétences. Comment ne pas être affecté par le mépris permanent de ses compétences, sacrifiées sur l’autel du bilan comptable ?

La troisième année s’achève et on lui annonce que la quatrième année sera la dernière. Parce que légalement ça n’est plus possible. On est désolé. Il n’y a aucun avenir, lui dit-on à la direction. Pourtant, il connaît son métier. Il est formé pour faire tourner cette boîte et fait office de chef cuisinier le plus souvent. Pour le SMIC, évidemment.

Publication : 25 mars 2014

Durée de lecture : 15 mn

Nombre de mots : 3030

Bibliothèque


Ses derniers commentaires

  • Bonjour,

    Il y aurait tant à dire. Ici, il y a la place ici pour un état des lieux. Et c’est déjà bien. Il manque un espace où l’on puisse faire des propositions. Parce qu’il faudra bien se décider à y venir. J’avais publié il y a deux ou trois ans une contribution. Les témoignages depuis s’accumulent. Mais on reste dans le constat.

    Amicalement
    Franz

  • Un peu vite dit. Le travail (même s’il est ébouriffant) des sociologue est utile. De là à prétendre qu’il nous sort de l’ignorance est un peu rapide. J’ai été voir. La petite conférence sur les mobilités est un peu courte et ethnocentrée sur la vie des Suisses.

    Amicalement
    Franz

  • Profondément d’accord. Cela renvoie une fois de plus à la trahison du politique. Mais il faut aussi prendre la dimension des changements économiques. Certes, la course au prix bas, la soit-disante compétitivité, nous entraînent dans le mur. Mais nous savons que la reconquête de l’outil productif ne suffira pas à donner des emplois à tous. D’autant que nous connaissons maintenant quelles sont les contraintes écologiques s’agissant de la gestion des ressources et du traitement des déchets. Il faut donc repenser la société différemment.

    En s’associant, voire en se confondant, avec la technostructure chargée de gérer l’espace public, le politique est dans l’incapacité d’inventer un nouveau projet. Etant contaminé par ailleurs par la logique de la finance mondialisée. Il va falloir se débarrasser de cet encombrant, étanche à toute créativité. Il faut pour cela soutenir les jeunes dans cette entreprise.

    Amicalement
    Franz

  • Merci pour la lecture.

    L’orientation n’est pas la seule en cause. Si il est nécessaire d’aider les jeunes à découvrir leurs potentialités (et là l’exemple donné est à prendre), il n’est pas bon de les spécialiser trop vite. Dans un monde qui évolue et dont on ignore la moitié des métiers qui seront offerts dans dix ans, il est nécessaire d’avoir une culture la plus large.

    L’un des problèmes concerne la filière professionnelle. Insuffisamment valorisée et qui, dans le mépris général, finit par devenir le rebut de ceux que l’on n’a pas su intégrer dans l’éducation. Là on a peut-être des leçons à prendre du côté des Teutons.

    Mais au-delà, que l’on fasse de longues études ou que l’on choisisse un circuit court, on est confronté aux méthodes de management. Qui exigent toujours plus de disponibilité pour un salaire mini. Et ici la mondialisation a bon dos. Cette entreprise n’est pas en concurrence avec le reste de la planète. Elle ne fait qu’’utiliser des opportunités en toute légalité. Les titulaires passant pour des privilégiés.

    Or, la demande des employeurs va toujours dans le même sens. Cette génération désespère car, même quand elle se montre coopérative, on ne lui donne aucune chance. Et dans la précarité les moyens de pression sont nuls.

    Amicalement
    Franz

  • Créer, c’est commencer par faire le vide en soi. Pour accepter de laisser son inconscient se remplir. C’est s’abandonner à son intuition, aux associations improbables, aux raccourcis inattendus. Mais cela ne s’accomplit pas de la même manière selon que l’on fait de la photographie (qui se concrétise par une rencontre) de la peinture (qui est une forme de yoga) ou que l’on écrive.

    J’ai remarqué que je pouvais peindre en musique. Photographier une foule bruyante. En revanche, impossible d’écrire au milieu d’une musique et encore moins sous la pressions d’un rythme techno. Certains y parviennent peut-être. J’ai besoin d’un vrai silence. Ce qui indique sans doute que nous ne faisons pas appel aux mêmes méandres de notre cerveau. Ni aux mêmes affects.

    Tout ça pour dire que je comprend bien ton désir. Pas une question d’ennui donc. Mais de contrariété. Inutile de se culpabiliser. Cela n’a rien à voir avec le génie. Ca c’est une autre histoire qui ne nous appartient pas. Créer est vital. Partager cette création vient en second lieu. Il faut pour cela parvenir à construire un discours. Intellectualiser son ressenti pour le réensemencer. C’est une autre affaire. Inutile d’y mettre son honneur. Commençons par vivre. En s’en donnant les moyens. Nécessité égoïste pour mieux partager.

    Amicalement
    Franz

  • C’est là où on comprend la somme d’énergie gaspillée et détournée. Au détriment du bien de tous. Je l’ai découvert avec étonnement dès mon premier emploi, dans une petite structure. Si nous partagions réellement un objectif commun, il me semble que nous n’aurions besoin de travailler qu’une vingtaine d’heures par semaine. Qui s’est jamais posé cette question ?

    Amicalement
    Franz

  • Pour compléter ce que dit Clausse avec raison, on peut se référer au scandale Mediator. Où il a fallu tout le courage d’un médecin, Irène Frachon, pour faire émerger cette affaire. Où le laboratoire joue la montre et les procédures en comptant sur la disparition physique des plaignants pour échapper à ses responsabilités.

    La brièveté du récit édulcore le poids d’un si long calvaire. Il est clair que la justice n’est pas faite pour s’intéresser aux victimes mais d’abord pour maintenir l’ordre social. A propos de préjudice il est intéressant de comparer celui d’Annie avec celui d’un Bernard T. Pourquoi celui d’un escroc vaudrait-il dix millions de fois plus que celui d’une personne dont on perçoit une gentillesse intacte malgré les avanies subies ?

    Amicalement
    Franz

  • En effet, il s’agit bien de celui-là.

    Et pourtant, la vie démocratique reste possible au niveau local. Elle est confrontée à deux difficultés. La mainmise des partis qui devraient être exclus de cet échelon. Parce qu’ils sont nécessaires pour nous représenter au niveau régional et national et mener un projet politique par délégation. Ce n’est pas le cas dans les communes. Mais aussi parce que les missions de gestions se sont tellement compliquées qu’elles ont fini par déposséder les habitants de leur capacité à participer. Donc d’une grande partie de leur pouvoir.

    Les pratiques mises en lumière ici montrent que cela convient parfaitement au dessin des ambitieux. Tout ceci serait de peu d’importance si la société était florissante. Elle est dans une impasse dramatique et les solutions ne peuvent pas se trouver du côté des gestionnaires. De telle sorte qu’en étant assis sur leurs prérogatives, dans une alliance de fait entre le politique et la technostructure, le blocage est total.

    La société civile ne manque pas de projets et d’imagination pourtant. Tant que celle-ci ne trouvera pas la place qui lui revient, rien ne sera possible. Comment en faire comprendre la nécessité à une majorité suffisante ?

    Amicalement
    Franz

  • C’est un peu comme la violence conjugale. Chacun (chacune) se croit un cas unique. Mais les récits ici montrent en creux que ces pratiques ne doivent rien au hasard et se ressemblent toutes. Et si ceux qui en sont victimes sont bien isolés, ceux qui les appliquent bénéficient d’un plan parfaitement au point. Et du soutien actif de leur hiérarchie.

    Je crois que prendre conscience de tout cela permet de se défaire de ce sentiment d’une culpabilité qui détruit. On en connaît les conséquences, à France Telecom en particulier. Il est donc important de témoigner et de partager.

    Amicalement
    Franz

  • Bonjour Ange V,

    Récit poignant et oh combien éclairant. Comme toujours, on est confronté à des remparts de papier. Mais au final, le problème ne concerne ni les études ni la compétence. Il relève d’un climat général. Qui fait que les entreprises à peu près viables et en mesure de fournir un emploi entendent en tirer le maximum d’avantages. Et ce faisant, elles contribuent à couler ce qu’il reste de l’économie.

    Comment dans ces conditions espérer construire une famille ? Tu peux aller voir le récit que je fais à propos de mon fils [ http://raconterlavie.fr/recits/la-place-des-jeunes/ ]. Qui confirme que c’est une génération qu’on est en train de sacrifier. Evidemment, dans ce contexte de raréfaction de l’emploi où les places sont chèrement monnayées, ceux qui ne bénéficient pas d’un environnement social favorable ou, encore mieux, d’un solide piston seront servis après les autres.

    Le problème est que, malgré ce chômage massif, on ne fait rien pour faciliter la création de sa propre activité. Comment s’étonner que les électeurs se détournent des urnes ?

    Amicalement
    Franz

  • Anne,

    Pas l’intention de répondre à la place de Marie. Mais à l’évidence elle fait la démarche de nous introduire au coeur d’un certain système. Le fait de le mettre à nu dans une lumière crue et de l’offrir à notre réflexion me paraît être une réponse. Visibiement, elle fait un pas de côt et nous invite à nous exprimer. La réponse nous appartient.

    Amicalement
    Franz

  • On peut aborder ce sujet de plusieurs manières. Sur le constat. Comme on s’en doute, on voit ici comment fonctionnent les stratégies et quelles sont les ambitions à l’œuvre. Ce serait acceptable si nous n’étions pas confrontés à un échec stratosphérique de la part de ceux qui se prétendent nos responsables. Et on comprend pourquoi. La politique est séparée en deux domaines. L’un concerne les ambitions, la place de chacun, les jeux de pouvoir et d’influence. Ce qui caractérise la politique florentine.

    Mais derrière cela, les projets sont délaissés au profit d’une approche gestionnaire qui dépend essentiellement des dotations budgétaires. Et qu’il n’est en aucun cas question de remettre en cause. Ainsi, on ne fait que reproduire ce qui semble fonctionner pour le profit de l’establishment en considérant que le sort de la population suivra tant bien que mal. C’est cette approche gestionnaire, déléguée pour l’essentiel aux administrations territoriales dont une partie du personnel et issu et dont tout le monde parle langue, qui laisse toute liberté pour s’occuper avec le dernier raffinement du clientélisme, des places à distribuer et du fonctionnement de la nomenklatura.

    Comment croire que ces gens-là sont en capacité d’apporter des réponses innovantes à une société qui change radicalement ?

    Amicalement
    Franz

  • Ce texte est très fin et riche d’enseignement. Il parait tiré d’une réelle expérience. Il devrait permettre de développer quelques réflexions sur la question politique, en particulier au niveau local. Il y a toutefois quelque chose qui me paraît surévalué. C’est l’impact d’une campagne électorale dans une ville de 75 000 habitants. L’indigence de l’information de proximité ne permet pas de toucher un électorat conséquent. Autrement dit, le discours reste limité à un cercle restreint. Trois ou quatre mille personnes au mieux, si on est proche du pouvoir en place. L’essentiel des choix se fait sur la réputation, la bonne mine, l’étiquette, la prime au sortant ou le rejet (il en faut beaucoup).

    Ceci dit, le choix d’un personnage malléable et redevable aboutit souvent à ce genre de situation. Dans mon département, l’homme fort qui avait maille à partir avec la justice avait choisi un personnage falot que l’on surnommait bac moins six. Il vient de se faire réélire pour la troisième fois à la tête de la mairie au premier tour après avoir dirigé le Conseil Général.

    Restent les intérêts des électeurs. J’y reviendrai, faute de place dans un seul message. En tous cas, merci pour ce texte d’une grande lucidité et qui devrait donner à réfléchir.

    Amicalement
    Franz

  • Bien entendu, il lui a confirmé qu’il fallait bien travailler à l’école. C’est la condition de son émancipation quoi qu’il arrive. Mais peut-être qu’il lui apprendra à voir les choses différemment en développant son esprit critique. Et surtout à chérir sa créativité qui sera essentielle à l’avenir.

    Amicalement
    Franz

  • Chère Anne,

    Il existe également des femmes jeunes, pas que de jeunes mâles ;°)) Mais ça concerne tout le monde. Ces aides ciblées sont détestables. Conviens qu’une société qui parvient à tant désespérer sa jeunesse (garçons et filles) a un grave problème. Cet exemple est donc symptomatique. Il n’est pas isolé.

    En effet, l’administration n’est pas en reste dans ces absurdités au prétexte d’une gestion plus rigoureuse. Dans l’hôpital de mon épouse, on faisait des contrats d’une heure pour remplacer une aide soignante manquante.

    On demande aux employés d’être de plus en plus disponibles tout en ne les rémunérant que le temps où ils sont à leur poste de travail. On invente le CDD à disponibilité indéterminée. Autrement dit, non seulement il n’y a plus de congés payés mais la totalité du temps non rémunéré doit être disponible pour une éventuelle mission. Seule condition pour bénéficier d’un contrat de courte durée, d’une part et d’un chômage étroitement contrôlé de l’autre. Dans la société paternaliste, l’entreprise prenait en charge la totalité de l’existence de ses salariés. Alors qu’aujourd’hui, le candidat à un emploi ne bénéficie d’aucun droit mais appartient totalement à une société en échange d’une éventuelle mission rémunérée.

    Amicalement
    Franz

  • Il n’y a pas que les associations caritatives. Je crois qu’il ne faut pas se créer d’obligation ni même de devoir. Aller vers ses envies, développer ses goûts. Juste s’y mettre en tentant de le faire avec d’autres. On peut même créer (ou animer) un club de modélisme ou je ne sais quoi. Cela demande un effort pour ne pas se refermer et apprendre à supporter d’autres avis, même les maladresses. Ensuite, ça se construit. Ou pas. La vie en décide.

    Amicalement
    Franz

  • Voici ce qu’écrit Edith Butler :
    "Bien sûr, cette question devient très douloureusement tangible pour qui se comprend déjà comme une sorte d’être dispensable, un être qui enregistre à un niveau affectif et corporel que sa vie ne vaut pas la peine d’être sauvegardée, protégée et considérée. Il s’agit de quelqu’un qui comprend qu’il ne sera pas pleuré s’il perd la vie, et donc de quelqu’un pour qui l’affirmation conditionnelle "Je ne serais pas pleuré" est vécue concrètement au moment présent. .../... Cela ne signifie pas qu’il n’y en aura pas certains pour me pleurer, ou que celui qui n’est pas digne d’être pleuré n’a pas de manières d’en pleurer un autre. Cela ne signifie pas que je ne serai pas pleuré à un endroit et pas à un autre, ou que la perte ne sera pas enregistrée du tout. Mais ces formes de persistance et de résistance interviennent toujours dans une sorte de pénombre de la vie publique, faisant occasionnellement irruption pour contester ces systèmes par lesquels elles se voient dévaluées en affirmant leur valeur collective. ...
    La logique économique n’est-elle pas en train de décider que nous ne sommes pas dignes d’être pleurés ?"
    http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/09/28/pour-une-morale-a-l-ere-pre¬caire_1767449_3232.html

  • Bonjour, Alexandra,

    Merci pour ce message. Le plus terrible est de recommencer une saison en sachant que tous les efforts ne serviront à rien. Tout en subissant ce discours qui exige l’excellence et le soutien de l’entreprise en échange.

    Il va surtout falloir cesser de pleurer chacun dans son coin. Pour être dignes d’être pleurés il va falloir cesser de pleurer sur nos vies. Je te met à la suite une citation d’Edith Butler, philosophe américaine qui repose cette question.

    Constatons qu’aujourd’hui 83 % des contrats d’embauche sont des CDD. La société ne peut pas accepter ça.

    Amicalement
    Franz

  • Je me permet de m’associer aux encouragement de Clotilde. Il est temps de sortir de cet isolement et de se donner une utilité ailleurs. Et ça manque de bras.

    Amicalement
    Franz

  • Cette logique économique est en train de s’imposer en prétendant qu’il n’y a pas d’autre issue si on veut être concurrentiels et productifs. En créant de nouvelles normes sociales auxquelles chacun trouve naturel de se conformer puisqu’il n’y a pas la choix et que c’est la condition pour avoir une petite place. On répète à l’envi les termes de compétitivité sans que cela soit pris pour une insulte. Comme étant la condition normative du développement social.

    Ce sont des actes fondateurs d’une nouvelle morale et d’un nouveau contrat social qui rendent inopérants toute proposition de changement si on ne le fonde pas sur un autre paradigme. Ca ne se fera pas tout seul.

    Amicalement
    Franz

  • L’échec n’est pas là. Il tient (et je m’y inclus) dans notre capacité à recréer une solidarité. Tout pousse à l’opposé. La question éthique est fondamentale. Parce que, pendant que l’économie prend le dessus dans les décisions politiques, elle prétend s’affranchir de toute considération morale. Pour elle, seul le bilan comptable vaut. Et pour cela elle entendant isoler les individus en les jetant les uns contre autres.

    Aussi cette question éthique ne va pas de soi. Plus possible de prétendre qu’elle fait partie des valeurs de gauche. Il suffit de voir ce qu’elle en fait. Elle doit être repensée au moment où les religions n’assurent plus ce rôle (et ne le doivent pas). La morale laïque est à refondée dans la mesure où elle ne répond plus aux logiques que l’on cherche à nous imposer. En réduisant la morale à la seule sphère privée et en la limitant aux plus humbles pour assurer l’ordre public de manière implacable.

    Significative l’audition du PDG de Goldman Sachs devant le Sénat américain qui justifiait ses turpitudes au nom de l’efficacité. Comme un général justifie un massacre au nom de la victoire dans une bataille. Et, au lieu d’être exécuté ou condamné à 150 ans de prison, il a été blanchi de toute accusation. (voir mon poste suivant pour cause de limitation).

  • Il est intéressant également de voir dans ce genre de grosse entreprise le rôle des hiérarchies et des jeux de pouvoir. Qui montre que chacun, encore une fois en se croyant malin, par individualisme, décline les méthodes qu’il a à sa disposition en profitant de toutes les opportunités. Il y a les grandes lignes et ce que chacun en fait. Mais il est piquant de voir que ce que nous reprochons aux administrations existe ici sous une autre forme. Pour un résultat tout aussi aberrant. Au final, que d’énergie et de temps perdu !

    A la réflexion on voit comment les individus sont passé d’un système solidaire (qui ne manquait pas d’imperfections) à une guerre de chacun contre tous. Et cela aussi est parfaitement intégré dans le calcul des managers. On réalise alors que la baisse de rendement n’est pas due au hasard. Elle est organisée afin de se débarrasser de la partie productive pour se concentrer sur la partie spéculative. L’essentiel n’étant pas de gagner de l’argent avec ce qu’on fait mais avec les boîtes que l’on achète et que l’on revend et avec les dividendes pris dans en investissant les plu values dans des produits spéculatifs. On n’imagine pas à quel point l’économie s’est pervertie.

    Amicalement
    Franz

  • Récit percutant. C’est vrai que ce n’est pas normal que ce genre de politique conduite par les entreprises soit prise en charge par la collectivité. Ce n’exonère pas les autorités d’obliger les entrepreneurs à prendre leurs responsabilités jusqu’au bout. Et à rendre ce genre de manœuvre trop coûteuse pour être tenté de le faire.

    Evidemment la nouvelle formule est un modèle de novlangue. Ce récit est une description lucide d’un beau gâchis. Ca fait une quinzaine d’années qu’il est à l’œuvre et nous sommes en train de toucher le fond. Pendant que les responsables politiques n’ont toujours pas pris la mesure de la gravité de ce phénomène.

    L’enjeu de ce siècle est de permettre à chacun de trouver une utilité et une dignité dans cette société. Il ne faut pas compter sur les modèles anciens. C’est à nous de tout réinventer. Encore faut-il en parler. Là mes acteurs ont encore la chance de bosser pour une multinationale riche de capitaux. Que dire de toutes ces entreprises qui imposent des conditions infernales en profitant de la pression sur l’emploi ? Le plus grand ennemi est pointé ici : l’individualisme.

    Amicalement
    Franz

  • Je me permet de répondre ici à Ange V ; car mon message ne semble pas passer dans la messagerie.

    Ce qui est surtout triste est que cela concerne tout une génération. Celle de mes enfants. La votre peut-être. En particulier en raison d’une vision économique qui impose des méthodes de management absurdes. Il est temps de comprendre que vous êtes tous et toutes concernés. Il faut en parler et partager et surtout refuser de se soumettre à ce que l’on voudrait vous faire croire comme normal.

    Amicalement
    Franz

  • C’est vrai. Votre démarche est encore marginale et reste de peu de poids dans l’économie agricole. Mais vous êtes à la pointe d’un mouvement qui s’imposera. Par conviction ou par nécessité. Malgré les réglementations contraignantes, il faut parvenir à vous unir afin de mutualiser un certain nombre de choses, les semences en particulier.

    L’autre intérêt des AMAP, qui je le répète ne sont pas la panacée, est de se rendre indépendant du banquier. Puisque ce sont les adhérents qui préfinancent. Mais cela impose une contrainte qui ne convient pas à tous puisque le paysan contracte une dette vis-à-vis de ses acheteurs.

    Il reste à inventer d’autres circuits de distribution. Comme des magasins coopératifs en ville. Ce qui libèrerait du temps pour le paysan, n’étant pas assujetti à la vente. Mais c’est vrai que le contact est un plus et que, quelle que soit la solutio,n il faut chercher à le maintenir. Ce que fait très bien le marché.

    Le dernier point que j’aimerai évoquer et auquel tu dois être sensible compte tenu de ta formation, c’est l’entretien du paysage. Mais on pourra en reparler.

    Amicalement

  • Ici en Provence, un paysan peut nourrir 120 familles avec deux hectares. On atteint largement le seuil de suiffisance pour le producteur. A Artignosc, je connais une jeune femme qui élève cinq vaches. Elle a créé une AMAP. Avec l’activité forestière complémentaire de son mari, ils disent avoir une vie correcte. Avec un mois de vacances pendant la période de gestation.

    Pour cela elle achète un petit taureau parce qu’elle est contre l’isémination artificielle. Qui est sacrifié après avoir fait son oeuvre, comme elle dit. Paraît que quand ils vieillissent ils deviennent c... Les morceaux trouvent rapidement preneurs. Ainsi que les jeune vaux.

    Elle vit aussi bien qu’un éleveur avec ses cent vaches. Les dettes et les soucis en moins. En revanche, elle n’a droit à aucune aide européenne.

  • Hello ! Bien content de trouver un tel récit. Il touche à une part essentielle de notre société. J’ai participé à la conception et à la création de la première AMAP en tant que militant associatif. Je retrouve beaucoup de points communs ici. Ta façon de travailler a aussi son importance car le marché contribue à maintenir la vie urbaine. Même si cela présente d’importantes contraintes en raison des heures de présence loin de l’exploitation.

    Quand nous avons proposé à un agriculteur de se mettre en AMAP, il faisait de la fleurs. On a découvert à cette occasion qu’il n’existait plus de classe de maraîchage au lycée agricole. Et crois moi, malgré ses quarante ans de métiers, il s’est trouvé confronté à des difficultés oubliées. Il lui fallait passer d’une mono culture à une quinzaine de plantes différentes. Et, au lieu de tout miser sur la date d’une récolte, s’organiser pour l’étaler sur plusieurs mois. Eviter que tout ne parvienne à maturité en même temps est un casse-tête. Tu dois en savoir quelque chose.

    L’agriculture périurbaine et les circuits courts de distribution sont notre avenir. Tu permets à tes clients de mettre un visage sur les légumes qu’ils consomment. Tu remets de l’humain. Tu redonnes un sens. Pas seulement à ta vie. Quel plaisir de redécouvrir des légumes qui ont du goût !

    Merci pour ce récit vivant et cette tranche de vie bien remplie.

    Amicalement

  • @Gavroche :
    Ce qu’a vécu Anaelle est significatif de notre époque. Différente de celle que nous avons connu dans les années 60-70. Bien sûr, les hommes n’étaient pas foncièrement meilleurs. Mais confrontés à une société moins dure. Dans laquelle il était plus facile de changer d’emploi. Où les donneurs d’ordres n’avaient pas d’exigences aussi radicales. Toutes choses qui font que la population se replie sur elle-même et que chacun devient plus indifférent à l’autre. Plus exigeant pour son minuscule confort. Question –fausse- de survie.

    Les humains ne sont ni bons ni mauvais. Chacun est capable du meilleur comme du pire. Cette société s’adresse à notre mauvaise part. En nous crétinisant. Voir M. Lelay avec la pub sur sa chaîne de télé. Ces mêmes qui nous mettent en colère ne sont pas perdus pour l’humanité. A condition de s’adresser à leur meilleur part. On n’en prend pas le chemin. La colère, ça sert à dire cela. A nous réveiller. A nous regarder vivre.

    Amicalement

  • La colère est nécessaire. C’est le dernier moyen pour ne pas sombrer et se faire avaler par cette marée d’absurdité. En mettant des mots là-dessus. O combien salutaire. Tu reste une belle personne. A condition de ne pas retourner tout cela contre toi.

    C’est bien de nous renvoyer à la face ce que nous faisons de notre humanité. A force de tout accepter, de se coucher devant la dictature de cette économie sans âme. A force de devenir un abîme d’égoïsme. La négation de ce qui nous a faits.

    Ah, une chose encore. C’est très bien écrit. Le balancement des mots est à la hauteur du message qui occupe une intelligence magnifique. Il y a un vrai talent. Le bac n’y pourra rien.

    Au fait, je tutoie sur internet. Parce que je veux quand même un autre monde. Ca n’a rien à voir avec ce putain de mépris condescendant qu’on s’envoie dans ces lieux. Et puis, aller bouffer chez McDo avec un chemisier Chanel….

    Amicalement

  • Une autre question se pose. Celle de la solvabilité des retraités et des familles. On peut s’interroger quand on sait que certaines croisières « "all inclusive" sont au tarif de 350 € par semaine. Je n’envie pas la situation des personnels de ces bateaux ni leur capacité à polluer. Mais il semblerait que les tarifs exigés dans ces maisons de retraite soient sans commune mesure avec les services offerts. Quand on connaît la collusion entre les prestataires et les Conseils Généraux, il y a peut-être des amélioration à voir de ce côté-là.

    J’ai le sentiment qu’il existe un pillage organisé dont tout le monde est victime, patients, familles et petit personnel. Il faudrait peut-être que la population se mobilise sérieusement pour changer ces injustices. Ceci n’est pas propre à la France. Ainsi en Allemagne, les tarifs sont tellement élevés pour les petits retraités qu’on les délocalise dans les anciens pays de l’Est. Bonjour la relation avec les familles !

    Amicalement

  • Ce qui n’a pas été géré de manière citoyenne, ce sont les zones commerciales qui se sont insérées entre les nouveaux habitats éloignés et les centres urbains. En contribuant à les scléroser. Beaucoup de bourgs et petites villes se sont vidés de leur activité commerciale et tertiaires parce qu’ils n’étaient plus en mesure d’accueillir ces populations et leurs véhicules. Celles-ci ont été captées au passage par les centre commerciaux. Avec la complicité des élus.

    Une ville comme Rians, dans le Var en est un bon exemple. Construction d’une rocade de contournement et lotissements autour. Pour accueillir des populations travaillant à Marseille (quarante kilomètres plus loin). Les nouveaux commerces se ont installés par commodité sur la rocade. Et maintenant, le centre du village est mort. Même les cafés ont tiré le rideau. Il ne reste plus que la mairie qui ferme à six heures.

    Amicalement

  • Deux faits à mettre en perspective par rapports aux difficultés que tu pointes.
    Malgré le chômage croissant, le nombre de salariés est en augmentation par rapport aux professions indépendantes. Qui pourtant devraient être une réponse.

    D’autre part, un rapport du sénat a montré que 60% des auto entrepreneurs ne déclaraient aucun revenu. Parmi les 40% restant, 15 % déclarent un revenu annuel inférieur à 1000 €. Or, en 2009 les auto entrepreneurs ont représenté 75 % des créations d’entreprises ! Et on nous a présenté ça comme un succès.
    http://www.senat.fr/rap/r09-365/r09-3651.pdf

    Pendant qu’un certain ministre se bat pour sauver chaque emplois à prix d’or, ce sont des millions de candidats à l’activité qui sont laissés pour compte.

    Amicalement

  • @S
    Et pourtant nous vivons tous dans cet espace périurbain. C’est pour cela que l’on a créé les pays. Parce que nos usages se sont étendus et que nous vivons sur plusieurs communes à la fois selon nos activités et le tissu de nos relations. On en vient même à penser une agriculture périurbaine en proposant de protéger les terres cultivables qui restent.

    Ce que l’on n’a pas su faire, c’est réinventer les centres urbains en fonctions de leurs nouvelles périphéries. Les deux espaces sont entrés en compétition au lieu de se compléter. Pour la déconfiture des villes moyennes et l’asphyxie des plus grandes.

    Amicalement

  • Tranche de vie tragi-comique. De l’art de rendre des métiers passionnants complètement absurdes. Avec le consentement d’une majorité. Mais il y a des situations pires : celle des stagiaires éternels. Car on a inventé un monde où il y a toujours pire pour faire accepter l’insupportable. Après quoi courons-nous ? Tu as l’âge de mes enfants. C’est pour eux que j’aimerai changer tout ça.

    Amicalement

  • Merci pour ce témoignage et cet exercice salutaire pour échapper à la mauvaise conscience que l’on cherche à distiller. C’est un choix respectable parce qu’il est justement choisi. Très souvent il se crée une vie sociale en raison d’une relative proximité entre les résidents de ces lotissements.

    Mais trop souvent, ce sont les plus pauvres qui sont éloignés des centres urbains, jusque dans des villages lointains. Ceux là sont dépendants de moyens individuels de transports alors qu’ils n’en ont pas les moyens.

    Quand on est mère célibataire de deux enfants et que l’on vit à 20 kilomètres de son travail, cela peut devenir insupportable. Dans l’hôpital où travaillait mon épouse c’était le cas d’une majorité d’aides soignantes. Toutes dépendantes de vieilles guimbardes déglinguée vivant des aventures souvent nuisibles à la marche du service. Ceux qui prétendent gérer les affaires publiques devraient plutôt s’occuper de ces problèmes plutôt que de culpabiliser ceux qui ne demandent rien à personne.

    Amicalement

  • Un texte qui interpelle ! Et comme tous les scandales, la réponses est : un sourire colgate et des petits fours. Et tout cela pour 4 500 € quand la retraite est à 432 €.. Le progrès est en marche, souriez !

    Dans ma ville je connais une aide soignante qui travaille pour une maison de retraite. Etant seule la nuit pour tout l’établissement, elle a du signer dans son contrat l’interdiction de prendre l’ascenseur. Car, au cas où il tomberait en panne, il n’y aurait plus personne pour la sortir de là et encore moins pour répondre à un pensionnaire.

    Amicalement

  • @Jean-Paul. Merci pout ta lecture et ton message.

    Je ne sais pas si c’est le lieu pour en débattre. J’ai beaucoup milité et réfléchi pour comprendre et chercher des solutions. J’en suis venu à la conclusion que ce qui fut un bien formidable pour notre société en 1945, avec l’application du programme du CNR, a fini par se pervertir et se retourner contre nous. Si cela a été possible après guerre, alors que nous étions ruinés, cela doit évoluer. Compte tenu de la formidable croissance de la productivité et du développement des automates, les charges de solidarité ne peuvent plus être financées par le seul travail.

    Il ne s’agit pas de privatiser la sécu. Bien au contraire. Mais de la financer avec l’ensemble de la production de richesses et non pas seulement avec les emplois. Aujourd’hui il existe deux sortes de métiers. Ceux qui offrent des biens ou des services suffisamment attractifs ou indispensables pour que l’on puisse leur faire supporter l’ensemble des charges. Et ceux qui, soit s’appauvrissent, soit délocalisent. Quand on sait que l’Etat finance les exonérations (suivant des critères arbitraires ou la puissances des lobbies) a hauteur de 150 milliards d’Euro, c’est que ce système ne tient plus debout. Les cinq millions de chômeurs toutes catégories confondues en en étant la plus désespérante démonstration.

  • Pourtant, plus que jamais, nous avons besoin de nous rencontrer. En raison de la mobilité des parents, du dépaysement des études et de leur intensité, on finit souvent par se retrouver dans la vie active (quand c’est possible) sans avoir pu rencontrer l’âme sœur. Ceux qui sont passé à côté durant cette périoe grande partie de leurs chances. Compter sur le hasard est plus qu’improbable. Il y a aussi la question des séparations. Là encore, il devient problématique de refaire une vie à deux. Et plus on vieillit plus c’est difficile.

    Ce qui est dégueulasse est que ces intermédiaires se sont emparés d’un réel besoin pour en faire du fric sans se préoccuper du respect des demandeurs.

    J’ai rencontré mon épouse il y a quarante ans, quand cela passait par les agences de rencontres. Qui ne valaient pas mieux que ces sites même s’ils emploient des moyens plus puissants dans la cruauté. Un conseil. Avant de rencontrer qui que ce soit et de perdre son temps, prenez le temps de vous écrire et d’échanger. Même si l’écriture ne dit pas toujours la vérité, elle permet d’approcher ce qu’est une personne. Si on est capable de partager par ce média, une bonne partie du chemin est faite, loin des agences de cotation.
    Amicalement