Le travail
raconté par ceux qui le vivent
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Hélène Vignal

Auteure et salariée.


Récit

Entre l’écriture et le travail  

Le récit de vie d’une employée de l’administration qui écrit des romans pour la jeunesse. Entre deux mondes, donc.

Cette double vie me fait passer d’un monde à l’autre régulièrement.

Publication : 13 janvier 2014

Durée de lecture : 7 mn

Nombre de mots : 1490

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Ses derniers commentaires

  • Sabine,
    Nous resterons en désaccord. Je le crois sincère, vous le pensez fabriqué. Intéressante question que de savoir comment les récits doivent être "vrais". Basés sur des souvenirs, parfois traumatiques, ils sont forcément distordus par le temps, les protections du psychisme, le travail d’écriture.
    C’est ce que j’aime dans ces textes : chacun a sa voix, son vocabulaire. J’aime les fictions tout autant que la vie et peu m’importe qu’on emmêle un peu les deux. Ce qui est raconté là a été tu des milliers de fois.
    Je suis née 68 et rien ne me choque des détails donnés. Des "romanichels" ou "gitans" passaient vendre des paniers. Il y avait des pétitions, des films en super 8, beaucoup d’adultes m’ont vue nue dans la communauté où mes parents passaient leurs weekends. C’était très banal. Les instituteurs avaient encore une grande autorité et les coups pleuvaient facilement à l’école du village... Non vraiment, rien ne me semble improbable. Mais encore une fois c’est peu important.

    J’ai lu votre lettre ouverte. En effet, la vie ne vous a pas épargnée. Vous vous débattez comme une lionne depuis si longtemps, vous êtes aux prises avec tant de mauvaise foi, tant de mensonges... que je comprends mieux le prix que vous accordez à la vérité, et la vigilance que vous avez sur la manipulation.
    Nous lisons aussi les mots des autres avec nos maux.

    Je reste amicale et solidaire malgré notre intéressant désaccord sur la lecture de ce texte.

  • Trash, Sabine !!?!? Mais si vous regardez les mots, ils sont la simple description de gestes. Quels autres mots pensez-vous qu’il aurait fallu utiliser ? Auriez-vous préféré des ellipses en forme de rideau de douche décorés de babar ou de poisson-lune ?
    Gratuit Sabine !!?? Votre remarque me peine... Le prix personnel que ça coute de rendre un tel témoignage public, le courage qu’il faut... Je suis heureuse pour vous que vous ne le mesuriez pas. Cela veut sans doute dire que la vie vous a épargnée.

    Paul-Antoine votre texte est d’autant plus violent qu’il se borne aux faits sans jamais nous dire ce qu’on doit en penser.

    Pour répondre à votre question Catherine, Paul Antoine pouvait porter plainte jusqu’à 10 ans après sa majorité. Depuis 1998 si mes calculs sont bons, il y a donc prescription. M. Martin peut dormir sur ses deux oreilles ou ne pas se retourner dans sa tombe... Comme tant d’autres.

    Merci Paul-Antoine ! Je vous souhaite beaucoup de bonheur

  • Emballée comme après la lecture d’un roman percutant.
    Arthur fait son travail d’humain et rien d’autre. La description posée et délicate est magistrale, bravo pour l’écriture.
    C’est marrant... Je ressens comme un soulagement de savoir que Arthur existe, qu’il écoute les galets et remet à leur place les silex qui ne l’intéressent pas pour ne pas les séparer du lieu auquel ils appartiennent.
    J’irai voir votre blog Christine

  • Je suis surprise des jugements portés ici. Personnellement quand je trouve un texte plat, j’évite de le mettre en commentaire Liredeslire, qu’est-ce que cela apporte ? Isabelle a pensé que cela avait du sens de le raconter, les modérateurs de raconterlavie aussi. Vous passez à côté, c’est votre droit. Restons en là

    Moi ce qui me touche dans votre récit Isabelle, c’est l’humanité que vous continuez à déployer pour le père de vos enfants, alors que vous vous êtes séparés.
    Notre façon de vivre en société nous pousse à nous entre-dévorer. On peut ne pas (plus) s’aimer et continuer à se témoigner respect et protection.
    On peut le faire partout, dans les divorces, dans le monde du travail, entre voisins, dans sa famille.
    C’est cela que je lis : le courage de ne pas se rendre insensible à l’autre même si on a contre lui / elle des griefs...
    C’est un sacré combat !

  • Cette rage je m’en souviens. Elle est donnée ici, intacte et parfaitement universelle. Avec l’âge elle prend d’autres formes. Il advient surtout qu’on la décèle pour ce qu’elle est et qu’on arrive parfois à s’y sentir en fraternité.
    Maintenant que j’ai 45 ans, j’ai envie de faire un câlin à cette petite jeune-fille qui sent la frite et de l’inviter à prendre un thé à la maison.
    Ne lâchez pas vos rêves, écrivain vous l’êtes déjà. Ce n’est pas l’édition qui fait l’écrivain. C’est l’écriture.

  • J’aime votre récit parce qu’il sait donner une image d’un monde inconnu de moi
    J’aime votre récit parce qu’il est porteur de valeurs. Il articule des techniques simples : l’écoute, la neutralité, la mesure, la négociation, la reformulation - avec une technicité professionnelle complexe : celle du juriste.
    J’aime votre récit parce qu’il nous prend par la main et fait de nous un discret observateur qui vous regarde faire et recueille vos confidences quand les justiciables sont sortis.
    Mais j’aime surtout votre récit parce que vous y êtes profondément sincère.

  • Merci pour ce texte Nathalie,
    Il me semble qu’on est dans un cas de figure d’entreprise capitalistique (et non associative), non ? et comme le souligne Franz, cela ressemble aux habituelles méthodes d’écrans de fumée des racketteurs qui ne leurrent personne mais ne font qu’attiser les colères larvées qui traversent notre société. Trop c’est trop, là comme dans bien d’autres domaines. Soit on accentue les divisions, soit on se réunit autour de valeurs qui peuvent nous sauver du pire.
    Là comme ailleurs, on essaie de nous démontrer que l’on peut faire fi de la personne humaine, qu’elle devient un détail de l’entreprise.
    Il faut tout simplement légiférer et enlever toute possibilité de faire des bénéfices financiers sur l’accueil de personnes en fin de vie. A chaque fois qu’on discute avec une famille, revient le même refrain : pourquoi est-ce si cher ? comment l’expliquer ? Souvent les mêmes constats : il y a quelques résidents-allibi qu’on met dans la vitrine et tous les autres dont on s’occupe mal.
    Les résidents, demain ce sera nous. Elle vient plus vite qu’on ne pense la vieillesse, me dit parfois mon père... Aujourd’hui on peut encore agir. On fait quoi ?

  • Bonjour Libellule,
    Merci de ce témoignage. Je mesure à vous lire la lourde charge qui pèse encore sur vos épaules, et le courage que vous a demandé l’écriture de ce texte. Mais l’on sent aussi, à vous lire, le formidable entêtement à vivre. Je partage le constat que vous faites. Les relations familiales sont fortement gangrenées par le fonctionnement sectaire, et malheureusement pour très longtemps. La confiance est pour toujours difficile à accorder. J’ai connu moi aussi cette expérience, j’ai maintenant 45 ans et elle fait toujours partie de ma vie, même si les choses sont apaisées après beaucoup de travail et de persévérance. Gardez courage dans ce combat pour la liberté. Bravo pour vos choix : la connaissance scientifique est un bon garde-fou pour lutter contre les idéologies sectaires. La science comme une lime pour couper un à un à un les barreaux qu’il faut arracher de soi avec patience. Avec le temps on y arrive.
    Peut-être serez-vous intéressée par 2 témoignages qui ont fait l’objet de livres : Pascale Maret - Le monde attend derrière la porte et mon propre texte : Trop de Chance, qui tous deux font le récit d’une enfance dans une secte.

    Bien amicalement et solidairement vôtre
    Hélène Vignal

  • Bonjour JPN
    Je prétends qu’on n’a pas l’obligation de choisir. C’est même une ligne que je défends : faire les deux. L’écrivain peut aussi avoir envie d’être impliqué dans la société et de ne pas s’isoler ou se cantonner à un monde où évoluent ses semblables. Ok pour Murakami. Mais Alaa El Aswani racontait récemment dans... (livre hebdo ? je ne suis pas sûre) qu’il continuait, malgré son succès grandissant d’être dentiste à son cabinet 2 jours par semaine, et que sans cette activité il ne pourrait pas continuer à écrire. Une façon d’être en lien avec les autres que n’offre pas l’écriture sans doute.
    Votre volonté est sans doute bien plus forte que d’autres à tenir ces deux vies.
    Bien à vous

    Hélène

  • Merci de vos retours, Catherine, Jean-Paul et Clotilde.
    oui, double vie = double indépendance Clotilde, mais aussi double exigence, double contrainte...
    Comme vous je lis beaucoup de livres pour les enfants Catherine. En littérature jeunesse on trouve des gens formidables, des gens qui écrivent avec sincérité, loin des sillons commerciaux creusés pour enterrer les petits cerveaux et formater les cœurs de nos jeunes lecteurs. Et leurs livres ne marchent pas si mal que cela... Jean-Paul, c’est gentil de voir du courage dans ma démarche. je suis en effet une artiste réaliste, dans tous les sens du terme ! Amicalement à vous trois.

  • La même expérience, mais 12 ans plus tard. Elodie j’ai fait les mêmes choix, pour les mêmes raisons, avec les mêmes larmes au départ de Paris, les mêmes doutes, le passage par les mêmes exaspérations, les mêmes espoirs. Un voyage déclencheur en été 2001 et 4 mois après on était partis. 12 ans après je n’ai aucune envie de revenir à Paris. Ville que pourtant je continue d’adorer. Avec ce recul géographique je comprends mieux l’agacement que produisent les parisiens sur les autres. Je suis moi même irritée quand j’entends des journalistes radio ou télé indiquer un spectacle à Paris oubliant qu’ils s’adressent à la France entière. Je me "provincialise", la preuve : il m’est arrivé de me planter dans le métro. J’étais vexée comme un pou parisien !
    Pour autant je pense que la question n’est pas de savoir dans quel endroit l’on vit, mais surtout d’être capable d’en partir, de se faire suffisamment confiance (... et aussi à son pays, son continent, sa planète, ses semblables ?) pour faire le pas du déracinement volontaire.
    C’est cette démarche, que pour ma part je trouve surtout importante, et pas forcément le lieu où l’on vit.

  • Et paf ! En pleine face. On va pas s’embarrasser de bonnes manières, voilà la monnaie de leur pièce. Pour ceux qui n’ont pas voulu voir, pour ceux qui ont profité de la situation, pour ceux qui ont manqué de courage. Percutant et sans auto-apitoiement. Juste la colère, intacte et taillée comme un silex qui demeure à travers le temps et nous attrape sans manières. Et paf ! En pleine face.

  • Une des choses les plus émouvantes de ce que j’ai lu ici pour l’instant. Merci Nadia.

  • Merci pour cette histoire simple. Une activité repérée par un œil aiguisé, le temps d’un passage en caisse. Un échange simple, mais qui pourtant demande beaucoup de courage. Celui de quitter le chemin tracé pour proposer un "tout petit autre chose". Une bière, un échange. Quelque chose sur quoi on a si peu de repères qu’on se demande avec l’auteur s’il ne s’agit pas de drague... mais non. Ce n’est pas ça. C’est autre chose. Une autre séduction. L’attraction de ceux qui se reconnaissent, comme des amoureux, oui. Mais deux amoureux de la même chose. L’obstination de l’écriture. Un récit dans lequel je pourrais être chacun des personnages est un récit réussi.