Le travail
raconté par ceux qui le vivent
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Jean-Paul Bourdon

Ancien de l’Institut national de la recherche agronomique (INRA), département d’économie et de sociologie rurales (Ivry-sur-Seine). J’ai terminé ma carrière à la Maison de la recherche en sciences humaines de l’Université de Caen en tant qu’assistant de rédaction, chargé des revues Histoire et Sociétés rurales et Enquêtes rurales.


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Ses derniers commentaires

  • Chère Kahina,

    Vous savez que l’on pense à vous souvent ?
    Où en êtes-vous en ce 1er juillet 2016 ? Comment vivez-vous entre la fournaise (le brasier, l’étuve, l’étouffoir) du monde salarié et le monde silencieux (paisible, calme, tranquille, discret, invisible, réfléchi) de la lecture (le domaine des Lettres) ?
    Jean-Paul

  • Mme Lebleux, vous avez le droit d’être séduite par la forme de ce récit, qui est fort séduisante, mais sur le fond vous êtes moins expansive. Nos capacités de réflexion sont fort mal vues aujourd’hui, certes, mais elles ne sont pas encore interdites. Depuis les années 1980, on fait dans “l’émotion”, comme vous dites, c’est plus vendeur ; les médias, qui ont repris cette notion américaine, en usent et abusent. Mais après tout, on peut réfléchir un peu et aller y voir de près.
    Le type d’élevage évoqué ici n’est pas du tout “invisible”. Au contraire, il a le vent en poupe et face à la crise actuelle des élevages industriels, il s’en sort bien mieux et il en sera longtemps ainsi. De plus, ce récit décrit très bien la somme de travail physique qu’il suppose. C’est assez épuisant, je peux vous le confirmer.
    Quant aux “traditions de terroir”, de quoi croyez-vous parler en recourant à ce vieux cliché ? Qu’entendez-vous par les “vrais gens”, qui seraient “convoqués avec un mépris affecté” : mais par qui donc ? Qui deviendraient “une espèce à protéger” : Mais de qui parlez-vous ?
    Connaissez-vous bien le monde des campagnes d’aujourd’hui ?
    Enfin, il n’est peut-être pas nécessaire de citer l’ouvrage admirable de Legoff pour dire que, depuis toujours, la “modernité” a pris la place de certaines habitudes (les “traditions”), en a transformé d’autres et fait disparaître le reste.

  • La cérémonie de fin d’activité permet de s’adresser à ses collègues, de leur « tenir un discours », seul en scène. On peut donc chercher à briller, faire de bons mots et des astuces pour les faire rire ou... faire la morale, ou les deux, c’est le moment ou jamais. D’un côté on va rigoler, de l’autre on va se prendre très au sérieux.
    Pour éviter de répondre à la question gênante mais fondamentale dans ce métier (n’avez-vous pas tendance à vous mettre « du côté » des jeunes délinquants ?), on fait des rapprochements avec des faits qui se situent à un tout autre niveau puisqu’ils concernent des adultes.
    Ce discours tombe parfois dans l’emphase (« je voudrais aussi rendre hommage »), énonce des lieux communs (« c’est le travail qui nous fait et nous défait », « nous ne sommes pas responsables des actes de nos parents », « la chance, ça n’existe pas », « nous fabriquons nos joies et nos peines », etc.). Tout cela ne raconte pas la vie professionnelle.
    Et pour finir, cette étrange injonction volontariste, semblable aux discours politiques qui se veulent performatifs, mais dont on ne voit pas la raison : « Ne lâchez rien ! Battez-vous, redressons-nous, vivons debout, regardons les autres en face ». Pourquoi faire ainsi la morale à ses collègues ? Sont-ils si démunis ?
    Au fond, quel est l’intérêt de ces discours de “fin d’activité” ?

  • Une fois surmonté le vocabulaire mode des polars avec ses habituelles expressions organiques et dépréciatives : « la bête passe », saute sur le « beefsteak », « soulager sa vessie », retirer « les doigts de son nez », « s’entre-tuer à l’arme blanche », « s’essuyer les pieds », « se gratter le nombril », « limpide comme une fosse septique », etc., ce beau récit raconte l’initiation au travail d’un infirmier en milieu psychiatrique. C’est la partie la plus originale : prendre son temps, écouter les malades, leur laisser une porte de sortie, etc.
    Autrement dit, on traite des malades et non uniquement des maladies. Il faut être attentif à ce que les malades disent, à ce que l’on dit, ne pas « faire des ravages avec quelques mots ». Quelques notions posent problème : psychose et névrose (ne sait à qui l’on doit leur définition), « patient », « expérience (quel mot débile) ».
    Mais ce récit nous expose aussi des croyances d’un autre âge sur le comportement humain. Il tombe alors dans les clichés comme le fameux « cerveau reptilien », « cerveau primitif », croyance populaire encore courante parfois. On ne sait si l’infirmier y croit ou non.
    Il est dommage que ces croyances l’emportent sur les faits et que l’on n’en sache pas plus sur la vie professionnelle même de ces infirmiers valeureux qui rencontrent chaque jour chez l’autre autant d’altérité.

  • Chère Kahina,
    • Ce qui est alarmant dans l’organisation de ce supermarché (dont l’efficacité est loin d’être prouvée), c’est l’alliance du Tyran-négrier avec le Roi-client contre l’autre partie intrinsèque de l’entreprise (la chaire vivante de l’entreprise) : les Salariés.
    • Vous avez la chance d’avoir pu choisir les Lettres. Car quelles que soient les professions que vous serez amenée à exercer, vous aurez toujours une longueur d’avance sur les Négriers que vous rencontrerez, grâce à vos connaissances en Lettres, à vos possibilités (rares aujourd’hui) de pouvoir réfléchir rationnellement, sainement, humainement.
    Toujours, vous les toiserez (les Négriers qui ont colonisé le Monde), les comprendrez mieux qu’ils ne se comprennent, devinerez leurs motivations, décrypterez leur discours d’entreprise et leur com, détournerez leurs mauvais coups, les ferez reculer de votre beau regard intérieur, fier et lettré.
    Vos collègues aussi se tourneront vers vous pour connaître votre opinion sur le cours des choses, pour rédiger lettres, affiches, tracts, pour retrouver le véritable sens des mots détourné par leur com., etc.
    Bref, pour rester dans les Lettres, votre récit pourrait faire, métaphoriquement, sien cette conclusion de Poe dans son Arthur Gordon Pym : “J’ai gravé cela dans la montagne et ma vengeance est écrite dans la poussière du rocher”. Woauaahhh !
    Et merci.

  • Chère Kahina,
    • Pourquoi ne pas mettre par écrit – ici ou ailleurs – l’essentiel des paroles de votre frère, lui « donner » la parole en quelque sorte ? Il faudrait lui demander son avis, bien sûr, mais on aimerait l’entendre pour mieux le comprendre.
    • On a dû déjà vous parler de la clinique de La Borde dans le Loir-et-Cher (https://fr.wikipedia.org/wiki/Clinique_de_La_Borde). Elle conviendrait peut-être à votre frère, mais c’est loin de Lyon.
    • Quand vous citez Flaubert (« Je suis doué d’une sensibilité absurde, ce qui érafle les autres me déchire »). Pensez-vous à vous ou à votre frère ?
    Bonne rentrée.

  • Pourquoi, dans ce récit, insister si lourdement sur le physique des hommes âgés et, pire, sur le corps des femmes jeunes ou âgées ? Pourquoi traiter Élisabeth II de « gourde » ? On aimerait voir le comportement du narrateur en sa présence. Pourquoi juger les autres sur leur aspect physique ? Pourquoi comparer le jeune accordéoniste à un « vacher qui s’entraînerait le soir dans son étable » ? Pourquoi ce mépris des vachers ? Pourquoi cette méchanceté de la part d’un narrateur continuellement passif ?
    Avec cette fascination pour décrire la laideur, les disgrâces corporelles, les phrases convenues, les astuces prévisibles, les jugements à l’emporte-pièce, le narrateur espère sans doute mettre les rieurs de son côté, mais ne nous apprend pas grand-chose de précis sur ces réunions qui existent pourtant partout, ni sur les êtres qui s’y rendent. Ces personnes sont des êtres humains comme les autres, se moquer d’elles n’explique rien. On ne voit pas l’intérêt de ce récit.

  • Contrairement à ce que suggère la phrase introductive, il ne s’agit pas d’une professeure d’anglais qui serait devenue éleveuse de chèvres après mûres réflexions, mais d’une fille d’agriculteurs qui a préféré rejoindre la maison-mère après seulement 6 mois d’expérience hors du monde agricole et familial pour une raison qui n’est pas éclaircie. L’ailleurs s’est refermé.
    Ce qui frappe, c’est cette langue populiste, les astuces faciles, cette agressivité verbale qui permet de se mettre en valeur. La grosse blague salace qui opère un rapprochement entre un ancien ministre et le bouc est déplaisante. Elle aurait pu être supprimée.
    En dehors du curé, les hommes sont absents de ce récit ou malveillants (Bruxelles, livreur).
    En France, les petits éleveurs sont nombreux, très actifs et regroupés en diverses associations. Quels sont les liens de nos héroïnes avec ces autres éleveurs et leurs organisations ? On ne sait.
    La particularité de ces 2 agricultrices, ce n’est pas qu’elles recourent à des méthodes dépassées ou « anciennes ». Ce qui ressort de ce récit, c’est ce couple mère-fille enfermé dans un monde rural restreint, sans hommes et sans descendance. Cette manière de vivre est ressentie comme archaïque par les intéressées elles-mêmes (allusion aux indiens, à un classement patrimonial, etc.). Ce petit monde social contraint ne semble supportable que par les contacts qu’engendre la vente à la ferme.

  • Mes livres sont mes armes

    • « On reçoit le livre comme un cadeau ». On le conçoit aisément. « Le propriétaire se sentira orphelin le temps de mon travail ». Peut-être même sera-t-il un peu angoissé ?

    • L’ouvrage peut rester des mois sur une étagère. C’est assez étonnant, mais il est réchauffé progressivement par le regard et la pensée de la relieuse.

    • L’histoire familiale se mêle à l’histoire de la relieuse. Ignorée, « refusée », abandonnée affectivement, la relieuse sauve aujourd’hui des livres abandonnés, ignorés des décennies, non « reconnus » en tant que livres. Ils étaient devenus des objets, presque des rebuts.
    La relieuse les prend physiquement en main, les regarde, les « écoute ». Elle va les sortir de l’oubli, de l’abandon, les reconnaître, les caresser, leur redonner confiance en eux, les « déplier », les remettre sur le chemin, droits, prêts à reprendre la marche vers les mains et les yeux de lecteurs amis.

    • « Mes armoires à livres sont mes armes », disaient les vieux moines en parlant du contenu des ouvrages. Toute la science du monde était rassemblée là. La relieuse d’aujourd’hui est entrée en religion – la religion du livre –, elle est devenue reli(gi)euse, ses livres sont ses « armes » contre l’argent dominant et la finance paternelle. Et pan ! Chaque livre sauvé est un nouveau coup porté contre les mauvais coups...

    Merci pour ce beau récit.

  • La cérémonie des adieux

    • Paulette a bien de la chance que ses petits-enfants (combien en a-t-elle ?) lui écrivent des lettres tous les mois, « de vraies lettres, de trois ou quatre pages ». Des lettres dont on décachette l’enveloppe, dont on sort les feuilles, qu’on déplie, écrites peut-être manuellement, on les tient dans ses mains. Rien à voir avec nos écrans.

    Imaginez le plaisir que cela peut lui procurer, alors que nos boîtes aux lettres à nous ne reçoivent plus de lettres depuis longtemps...
    Tous les quinze jours, « elle passe une journée à répondre ». Qui d’entre nous pourrait consacrer autant de temps à écrire sur papier à ses proches ?

    • Il y a dans les réunions dominicales de ces 3 femmes quelque chose comme la démonstration de la solidarité féminine, de la capacité des femmes à écouter et à se mettre à la place des autres, de la « sororité » diraient les féministes. J’imagine mal une situation identique entre 3 hommes. Personnellement, je la fuirais sans doute...

    • « C’est très important les habitudes, ce qui rythme notre quotidien. » Le titre de ce récit est bien choisi, car il annonce que certaines habitudes – « l’heure du thé » – vont prendre fin, à cause du déménagement.

    Ce récit, c’est un peu « la cérémonie des adieux ».

  • Massacre à la dévalueuse

    La réaction de tout lecteur ici, c’est la révolte.

    Comment a-t-on pu en arriver à ce degré de violence ? On a humilié un être humain : violence. On a nié la qualité de son travail et son travail même : violence. On ne lui a pas fait savoir qu’on avait lu son dossier : violence encore.
    Le cas de Sandrine n’est pas isolé, un grand nombre de citoyens se sont fait maltraiter de la même façon dans des situations très diverses.
    Pourquoi un tel massacre ?
    Pourquoi cette humiliation ? Dans quel but ?
    Que s’est-il passé en fait dans ce jury ? Quel est son problème ?
    Ce jury a un très gros problème avec la loi.

    Car si la loi permet et encourage ces VAE, certains de ceux qui sont chargés d’en juger (le jury) ne sont pas du tout d’accord avec cette loi. Ils n’en veulent pas et le disent carrément à l’impétrante : « Vous n’espérez quand même pas obtenir le diplôme que nos élèves préparent en 5 ans dans notre établissement ? » Ce jury prévient : il n’appliquera pas la loi, il humiliera un maximum ceux qui oseront prétendre à cette VAE pour qu’ils ne reviennent jamais.
    À ces contrevenants, il faudrait une bonne explication et un rappel à la loi.

  • Ce qui est avant tout remarquable dans votre récit, c’est la qualité de l’écriture, votre maîtrise de la langue, les mots justes, cette fluidité, cette “facilité” à vous lire (même si vous avez peut-être souffert pour penser ce texte et pour l’écrire). Comme on sait, “ Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement / Et les mots pour le dire arrivent aisément ”. C’est votre cas.
    Est-ce que votre frère parle ? Est-ce qu’il énonce des mots, des phrases ? Que dit-il ?

  • “Quand je demandai un jour à cet homme qui m’écouta pendant les trois ans où je me suis fait du mal quelle était l’orientation de sa pratique, il m’annonça qu’il était ‘comportementaliste’.”
    Mais dans votre formation de psychologue, vous a-t-on parlé d’autre chose que de la psychothérapie comportementale ?

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