Le travail
raconté par ceux qui le vivent
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Marie Nirrti

Comment parvenir à se projeter ici, aujourd’hui et demain lorsque l’on a passé la trentaine avec un bagage universitaire trop littéraire, trop sciences humaines, et que l’on a fait l’erreur de les quitter un peu trop tôt ?
Et dix ans plus tard on ne rentre définitvement toujours dans aucune case de l’administration.
On vit. Mais tout juste. Nous n’avions qu’à être profs, bien sûr.
Jamais à notre place dans aucun emploi. Pourtant on est sérieux, consciencieux et on laisse filer, on s’accroche au bastingage fragile.
Pour tous ceux qui ont déjà ont eu l’illusion de parvenir soudain à se fondre un temps dans le moule de la normalité : parce qu’on veut tous fonder une famille, parce que nous voudrions tous juste avoir un jour notre chez-nous, même au prix de notre santé physique et/ou psychique.
Un jour finalement le vernis craque. On envoie tout valser.
On n’est plus certain de rien du tout, tout d’un coup.
On remet tout en cause. Tabula rasa.
Parce que votre charismatique patron était un pervers manipulateur.
Parce que très bêtement, vous avez tenu trois ans comme ça.
Créatures d’une nocivité et d’une dangerosité assez époustouflantes qui semblent apprécier le climat général de ce siècle naissant.
Dès lors, comment faire ?
Ne pourrions pas fonctionner autrement ?


Récits

Burn-out  

Victime de relations de travail déshumanisantes, une jeune femme raconte la journée mouvementée où elle a dû quitter son emploi.

Je ne suis qu’une simple exécutante en somme, une personne qui se contente d’exécuter un ordre, même complètement absurde, surtout sans se poser la moindre question quant à la validité de sa mission.

Publication : 17 mars 2014

Durée de lecture : 20 mn

Nombre de mots : 4070

Assistante  

Assistante d’un patron à l’originalité prononcée, au sein d’un syndicat patronal, le dilemme entre nécessité de travailler et conditions de travail prend ici sens ; tant les deux sont parfois difficilement conciliables.

Au fil des mois, viennent les premières attaques, sournoises et jamais frontales, bien entendu. Réflexions et vexations se multiplient et ne vont alors plus cesser, à différentes cadences, selon divers modes, en alternant toujours avec des moments de grâce et de bienveillance jusqu’à me convaincre au bout d’un certain temps que je mérite ce qui m’arrive.

Publication : 3 avril 2014

Durée de lecture : 23 mn

Nombre de mots : 4710

Qu’est donc mon innocence devenue ?  

Une trentenaire cherche à vivre avec son traumatisme.

Je voudrais pouvoir trouver un semblant d’explication à l’inexplicable.

Publication : 26 mai 2014

Durée de lecture : 13 mn

Nombre de mots : 2760

Bibliothèque


Ses derniers commentaires

  • Oui très belle référence, effectivement les arbres penchés du bord de Mer sont terriblement majestueux !

  • Bonjour,

    Merci pour votre message. En effet il est assez terrible dans de pareilles situations d’avoir à se sentir isolée et je suis ravie aujourd’hui d’avoir osé le mettre par écrit, puis qu’il soit publié en ligne, afin qu’il puisse être partagé. Et combien de retours tel le vôtre, ais-je eu le plaisir de recevoir. Jai ainsi pu réaliser pleinement à quel point cette situation devenait troublement répandue à notre époque si déboussolée et anxiogène.
    J’ai tour plaqué, tabula rasa intégrale, mon boulot, la capitale pour partir vivre en bord de mer en Bretagne et me consacrer enfin au principal, à ma passion très ancienne pour l’horticulture.
    Les végétaux ont le grand mérite de pouvoir reconstruire les gens abîmés par leurs pairs, et c’est à eux que je me consacre désormais.
    Bien à vous,

    Marie

  • Merci Clotilde !
    Je vais lire pour continuer à prendre soin de moi.

    Bonne journée

  • C’est terrible ce que vous racontez et votre texte m’a d’autant plus touchée que j’ai eu à vivre la même expérience il y a de cela 15 ans.
    Effectivement ce moment solitaire est terrible à affronter. Je me souviens que dans ma panique, je m’étais rendue à l’hôpital qui se situait juste en face de chez moi où j’ai été reçue avec la plus grande réticence, au service gynécologie croisant des femmes très enceintes et souriantes, épanouies dans leur situation.
    Mais non, moi j’étais bien trop jeune pour assumer une grossesse, surtout avec un conjoint qui n’en voulait pas et qui ne pouvait comprendre comment un préservatif aurait pu craquer....pourtant c’est ce qui s’était passé.
    Merci le planning familial
    Je fus envoyée chez un médecin laconique qui se contenta de prendre ma prise de sang et de me donner deux cachets, sans plus d’autre explication. Je payais à nouveau seule les 700 euros.
    La prise se fit à nouveau seule dans mon studio et les heures suivantes me projetèrent en plein "Carrie", seule avec tout ce sang et cette petite masse qui tomba finalement dans les toilettes.

    J’ai été très rassurée de lire votre texte, parce que moi je n’ai jamais su mettre les mots sur cet évènement terrible et si solitaire dont j’ai mis un certain temps à me remettre.
    Merci pour ce récit que vous rendez beau, presque élégant.
    Espérant que votre reconstruction vous a réconfortée.

    Marie

  • Merci Clotilde pour votre message.
    Effectivement c’est une des caractéristiques du Pervers narcissique que de parvenir à convaincre sa victime choisie que tout cela est de sa faute. Ils s’attaquent en général à des personnes joyeuses, généreuses et têtues,consciencieuses, pas à des gens qui soient déjà au fond du trou.
    Je me suis souvenue aussi en écrivant ce récit du très joli court livre de Charles Bukowsky, " souvenirs d’un pas-grand-chose", sans doute parce que lui-même en son temps a eu pour père un homme de cette espèce.
    Si j’ai mis cela en récit c’est parce que j’ai eu et ai toujours besoin, de travailler sur cette terrible expérience avec un psychiatre et en écrivant sur ce sujet, une de mes vieilles passions.
    J’ai aussi écrit cela dans l’espoir que l’on parle plus de ce nouveau travers de la société encore peu médiatisé et de ses auteurs, hautement toxiques.
    Les belles choses s’organisent déjà, puisque j’ai quitté Paris il y a quelques mois pour les embruns d’un port de Bretagne où tout se reconstruit tranquillement.

    Bien à vous et encore merci à vous
    Je vous souhaite une belle journée
    Marie

  • Bonjour,

    J’ai été très impressionnée par la forme épistolaire de votre récit, d’une efficacité redoutable.
    Je me suis aussi sentie très concernée parce que je pense, j’en suis certaine en fait, avoir été pendant quelques années au service du même genre de personnage, cette fois dans un syndicat patronal du secteur de l’industrie, Pervers Narcissique et manipulateur qui a bien failli me détruire psychiquement.
    Heureusement, j’ai fui, une fois plongée dans la dépression.
    Il me semble que notre époque se prête particulièrement à l’apparition récurrente de ce genre de profils, extrêmement dangereux. En effet, les temps étant particulièrement durs, ces "optimisateurs de process" semblent être très précieux pour des dirigeants qui se défaussent ainsi de leurs resoinsabilités humaines en toute bonne conscience.
    Nous ne sommes plus dans ce grand barnum, que des pions ou des pantins livrés aux mains de ces destructeurs en puissance.

    Bravo en tout cas de témoigner. Nous nous sentons moins seuls !

    Marie

  • Bonjour,
    Quel rythme dans votre écriture, un peu comme celui d’une mitrailleuse.
    J’ai été emportée par votre récit, précis, concis et net pour évoquer un rituel qui heureusement, n’a plus cours de nos jours.
    Sacrée initiation que voilà et vous l’abordez avec le second degré salvateur qui a du vous aider à supporter les pires supérieurs et les pires conséquences d’un "effet de meute" qui est capable d’annihiler toute capacité de raisonnement. Un peu comme dans Full Metal Jacket, grand film au demeurant.

    Merci pour ce micro voyage que vous m’avez proposé dans l’intimité de la vie d’un jeune homme au service militaire.

    Bien à vous,
    Marie

  • Bonjour Sandra,

    Merci pour votre message qui m’ a beaucoup touchée.
    J’aimerai moi aussi vous relire à nouveau, puisque vous vous êtes lancée dans une très belle reconversion, celle de l’accueil des gens, du partage et de la convivialité. Décision qui demande toujours de passer à l’action, et laquelle !
    Je ne pense pas être la seule ici à attendre avec une certaine hâte la suite de votre aventure.
    Et à vous lire j’ai pu à nouveau vérifier que sans "mise en danger" à un moment ou à un autre, la vie a bien moins de saveur !

    Bon week-end à vous sous le soleil

    Marie

  • C’est un grand plaisir et presque un honneur si j’ai pu briser la monotonie qui vous entoure.
    C’est à cela, entre autres je pense, que sert ce site. A lire sur l’autre, à se projeter dans un ailleurs que l’on ne connaît pas.

    Merci pour message et bonne continuation. La monotonie ne dure qu’un temps, il faut juste accepter ( ce qui est déjà quelque chose et pas rien) de s’en libérer. Facile à dire je sais, mais c’est possible !

    Bien amicalement,

    Marie

  • Merci beaucoup, je n’avais pas vu cet article passer !!

    Bonne journée à vous

    Marie

  • Merci beaucoup, pour votre écriture si fluide, si simple et flagrante.
    C’est très beau, simple et si "bouleversifiant" sur un sujet si délaissé par les autorités.
    Mais c’est vital de pouvoir le raconter.

    encore bravo et au plaisir de vous lire à nouveau.

    Marie

  • Merci pour votre message. J’ai effectivement tenté de toujours garder le second degré, j’ai été éduquée ainsi et parce que je ne voulais pas écrire quelque chose de misérabiliste.
    Ravie que mon ironie ait fonctionné, au moins sur vous !
    d’autant touchée que dans les méandres de la vie professionnelle, j’ai aussi été sinon éduactrice ( aucun diplôme en la matière), mais "pacificatrice" dans l’un des pires collèges du nord de la capitale, grâce à une directrice kamikaze en fin de carrière avec quelques "têtes-brûlées" dont moi, pour faire le boulot que ne pouvaient prendre en charge ni les pions, ni les profs, ni les CPE débordés de toutes parts ( collège prévu pour 300 élèves et en fait 550 !!).
    Ayant de ce fait bossé avec des éducteurs de la PJJ, avec la BAC ( mais là c’était le discours de sourds permanent), je comprends que vous ayiez envie d’écrire sur votre mission, et cette rude expérience reste aujourd’hui la plus riche humainement parlant que j’ai eu à connaître !
    Je suis très admirative des personnes comme vous qui font un travail vital mais extrêmement dénigré et déconsidéré par nos édiles .....
    Bonne route, tenez-bon la barre, je pense que Raconter la vie est effectivement un excellent moyen pour prendre du recul sur son métier et sur ce qui nous anime viscéralement, pour résister quand même !!!
    Bien amicalement

    Marie

  • Jolie phrase que je ne connaissais pas. Je n’ai pas pas mal pris du tout votre "chut" qui comme souvent pouvait être interprété différemment selon les sensibilités respectives de chacun.
    Tous les goûts sont dans la nature, même si cela peut passer pour une phrase toute faite "à la con" et puis c’est aussi pour me confronter à des avis divergents du mien, qui n’est pas obligatoirement le bon, que je me prête à cet exercice.
    Au contraire même c’est nécessaire je pense de se confronter à l’altérité pour avancer.

    Merci en tout cas

    Marie

  • Bonjour,

    Merci à toutes les deux pour vos messages.
    Grâce à vous, je comprends et assume mieux enfin que cette activité totalement viscérale et somme toute très anarchique qu’est l’écriture pour moi, trouve un écho aussi valorisant en dehors de mon cercle familial et amical.
    Je crois qu’en écrivant depuis maintenant presque un an autour de ce thème et de mon parcours un peu zigzaguant lui aussi, j’ai fait un bout de mon petit bonhomme de chemin pour sortir de la torpeur dans laquelle cette situation m’a longtemps plongée.
    Comme une autre forme d’auto-analyse, enfin je ne parle ici que pour moi !

    Belle journée à vous et encore merci toutes les deux

    Marie

  • J’ai été très touchée par votre récit, et par la "hauteur de vue" si l’on peut employer un tel terme, que vous avez su garder pendant votre agression.
    Il doit y avoir effectivement quelque chose qui se passe dans le cerveau limibique dans ces instants cruciaux.
    En effet d’après les lectures que j’ai accumulées, c’est ce cerveau qui régit des couches les plus profondes du cerveau humain.
    L’organisation du cerveau émotionnel est bien plus simple que celle du néocortex.
    Mais il est plus rapide et plus adapté à des réactions essentielles à la survie.
    C’est le cerveau émotionnel qui a la charge de surveiller l’environnement, en arrière-plan. Lorsqu’il détecte un danger ou un opportunité exceptionnelle du point de vue de la survie (un partenaire possible, un territoire, un bien matériel utile), il déclenche immédiatement une alarme qui annule en quelques millisecondes toutes les opérations du cerveau cognitif et interrompt son activité.
    Cela permet au cerveau dans son ensemble de se concentrer instantanément que ce qui est essentiel à sa survie.
    .Le cerveau émotionnel décèle le danger, puis focalise notre attention jusqu’à ce que le danger soit passé.
    C’est ainsi que nous sommes parfois capables de réactions totalement inattendues de notre part. Et pour une bonne part inconsciente.

    Merci beaucoup pour votre témoignage.

    Bonne journée à vous