Le travail
raconté par ceux qui le vivent
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Monsieur Barthélémy

L’École, comme tous les lieux symboliques, est une fiction. Plus précisément, elle duplique la fiction d’une société pacifiée où la place de chacun serait à l’aune de sa valeur propre, ceux qui réussissent étant légitimés alors qu’ils ne font que reproduire, ceux qui échouent étant convaincus de leur indignité première et de leur étrangeté à ce qui se joue là.
Faire le choix de travailler au quotidien avec ces derniers, ceux que le système continue de reléguer aux marges, élèves en grande difficulté scolaire ou élèves handicapés, constitue le fil rouge de trente années de pratique professionnelle. Parce que soutenir qu’enseigner aux élèves « des marges », c’est aussi, pour un enseignant « en marge », une manière citoyenne de redire que c’est bien « à plusieurs qu’on apprend tout seul », et que l’enfant « différent » adresse un message dans lequel il exprime une souffrance qui a aussi à voir avec le fait que, exclu de l’apprendre commun, il est exclu de la communauté des hommes. Ne pas reconnaître cette différence risque fort de ne pas le réintégrer à cette communauté dont il réclame, à corps et à cris, de n’être pas oublié.


Récits

Le moteur du fauteuil  

Le quotidien de Monsieur Barthelemy oscille entre admiration, engagement et déchirement. "Enseignant référent handicap", il est chargé de permettre aux enfants porteurs de handicap de fréquenter la même école que les autres, chargé aussi d’accueillir et former leurs auxiliaires de vie scolaire, « ses AVS ». Un témoignage précieux.

Ce métier me rendra fou. De douleur. D’admiration. Il me faudra aller voir ailleurs.

Publication : 22 janvier 2014

Durée de lecture : 13 mn

Nombre de mots : 2790

Enseigner aux cassés  

Etre enseignant référent.

Il fallait bien que je continue de réparer quelque chose, en travaillant avec les cassés de tous ordres, de la tête ou des jambes, les moteurs et les cognitifs, comme notre novlangue les invente désormais – les invente, puisqu’ils n’existent pas dans la vraie vie, puisqu’on ne les y voit pas, ou qu’on en détourne le regard.

Publication : 18 novembre 2014

Durée de lecture : 37 mn

Nombre de mots : 7430

Bibliothèque


Ses derniers commentaires

  • À Sabine : merci pour votre lecture.
    Et, surtout, remettez-vous ! Je ne souhaitais pas, même à distance, infliger une telle "punition" à mes lecteurs potentiels ;-))

  • Merci de votre lecture.
    Pas d’amalgame, ou d’équivalence, ni de congruence (modulo ce que vous voulez ;-)) de ma part du type scientifique = inculte ! Ce serait trop simple. Et la Culture ne sauve de rien (nos pays européens, de vieille et haute culture, l’ont montré dans l’histoire et, 100 ans et 70 ans plus tard, continuent, malheureusement, de le faire) !
    La culture englobe la science, bien évidemment, et je suis sensible à la poésie des fractales ou de la logique floue...
    J’inscrivais seulement mon parcours dans un "forçage" familial, ni cause, ni conséquence de mes choix ultérieurs, mais élément d’une vie dont nous savons, aux âges qui sont désormais les nôtres ;-), qu’elle récapitule le tout de manière cardinale après l’avoir décliné de manière ordinale ;-)

  • Quand le handicap est normal. Parce qu’il est la vie aussi. Et que la vie, c’est aussi ça, parfois. Que la mort est au bout, pour Yannick, plus tôt, pour nous plus tard - en une exacte égalité que nous avons si vite fait d’oublier. Seules nos fragilités nous font nous ressembler. MERCI Magali.

    Pour lui, et pour vous - ce petit texte de juin 2012 :

    Pas encore, pas encore, pas encore.
    A pas veux, a rin fait, a pas piqure.
    Pas maintenant, pas maintenant, pas maintenant.
    Veux sortir, pas veux y aller, veux dormir.
    Pas toujours, pas toujours, pas toujours.
    Pas veux la terre dans la bouche, pas veux les planches, pas les vers.
    Veux des fleurs, pas plastique, des qui rient, des lys, des iris, des pivoines.
    Veux sortir, veux jouer avec les autres, ceux de l’allée qui descend.

    C’est qui ceux en noir ?
    Pourquoi i pleurent ? Pas pour moi. Moi, c’est déjà loin.
    Pourquoi i pleurent ? Comment l’est mort, lui ? Une voiture ? Un balcon ? Un fractus ?
    Pourquoi i pleurent ? Pas est triste. On va jouer. Tous ceux de l’allée qui descend.
    Faut qu’i partent ! Avant la nuit. Sinon fait noir. On va pas voir.
    Maintenant, maintenant, maintenant.

    Avril 1982-Janvier 1983

    Oh ! Tout petit. Pas grand. Pas peut jouer dans l’allée qui descend.
    Nounours. Peluche. Petite douceur.
    Attendre i se repose. Pas trop vite.
    Va grandir.
    Après, après, après.
    Pourra jouer.

  • Merci pour votre lecture.
    La question, lancinante, reste celle-ci : quelle place pour une sensibilité qui, à la fois, ne sombre pas dans la sensiblerie, et n’empêche pas l’efficacité, s’il faut utiliser ce terme post-moderne si plein d’une logique managériale qui prend désormais le pas sur tout le reste ?
    Pour le dire autrement : comment faire fond sur cette sensibilité qui peut être partagée, y compris avec le jeune et sa famille, qui instaure du semblable, du pareil, du commun, pour la dépasser et rendre plus léger le parcours de la personne en situation de handicap, moins sinueux le chemin que ses parents doivent suivre, plus respectueuse la manière dont la société accompagne ?

  • Merci pour votre lecture.
    Et, alors que j’écris cette formule somme toute banale - "merci pour votre lecture" -, je prends soudain conscience qu’elle peut se lire (!) dans les deux sens : merci pour la lecture que vous faites de mon texte, merci pour la lecture que vous m’offrez de votre texte. Et, si la première acception est certes agréable, c’est bien la seconde qui fait de cette aventure de "Raconter la vie" bien plus qu’un survol rapide de quelques blogs dont la Toile est riche malgré tout.
    De mots à mots, est-il permis d’espérer que toutes nos colères, nos envies, nos tendresses, nos refus continueront de nous tenir debout ?

  • Merci pour votre lecture.
    Des annonces ont été faites concernant la "pérennisation" du "métier" d’AVS. Croisons les doigts...
    Et pour le moment, interrogeons-nous, peut-être, ensemble certainement, sur ce qui conduit une société à faire accompagner les plus démunis de ses membres par d’autres membres à peine moins démunis.
    Quand je dis "démunis", je veux dire "en termes de considération". Pour ce qui est du "poids" d’humanité...

  • Merci à vous...
    Cet espace offert par "Raconter la vie" n’est-il pas une (autre) manière de tisser ces liens ?
    C’est ensemble, peut-être, sans doute, que nous parviendrons à ne pas baisser les bras. La tentation est grande, il est vrai :-(