Le travail
raconté par ceux qui le vivent
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Nathalie Delbarre

Curieuse de l’aventure de Raconter la vie.


Récits

La dernière maison  

La séance de conseil houleuse d’un Etablissement d’Hébergement pour Personnes Agées Dépendantes (EHPAD), résidents et enfants de résidents tentent de se faire entendre par la direction et le personnel de l’établissement.

Un homme en fauteuil frappe le bras du fauteuil de la résidente en fauteuil. Elle le griffe. On les évacue. Hurlements dans le couloir.

Publication : 3 février 2014

Durée de lecture : 11 mn

Nombre de mots : 2210

Elle ne mendie pas  

Les sacs d’une femme qui vit dans la rue.

Elle prend rarement le bus, n’appelle personne, fait ce qu’elle doit faire, guidée par son rituel secret. Quelquefois elle s’arrête, s’assied en tas, et psalmodie : « sale bonhomme, sale bonhomme, saleté, saleté… » en triturant son sac poubelle bleu.

Publication : 30 octobre 2014

Durée de lecture : 4 mn

Nombre de mots : 900

Bibliothèque

 
 

Ses derniers commentaires

  • Je vois en vous une personne douloureusement attentive au déclin de son père, et je sympathise.

  • Belle sensibilité, beau texte !

  • Bravo à la classe pour ces beaux témoignages !

  • Témoignage émouvant : clair, fin, sensible, qui m’apprend beaucoup de choses et que je mets dans ma bibliothèque pour le relire. Merci !

  • Ce témoignage intéressant manquait sur le site. Merci de l’avoir fourni !

  • Ce texte donne un dénouement heureux au précédent qui était très fort. J’avais lu des choses sur le harcèlement moral dans les livres de Marie-France Hirigoyen mais je reste impressionnée par l’aspect mortifère de certains êtres ! Bravo d’en être sortie, et bonne continuation.

  • Témoignage très émouvant. Merci au nom des Français, Alaa !

  • Voici par exemple un extrait d’un poème : "un corps là - qui s’exerce à la douleur - comme s’il n’en avait pas assez de cette souffrance - à chaque instant - par flots - par vague immense - s’essayant au dérisoire de l’exercer" (recueil intitulé "Il donc"). Née en 1940, morte en 1978, elle était une grande amie de Beckett et son oeuvre est maintenant publiée chez POL. Bonne découverte !

  • Connaissez-vous Danielle Collobert ? Quelque chose dans votre écriture me fait penser à la sienne.

  • Texte très original. Je trouve que vous avez un sacré talent littéraire, ce terrible pseudo de "Pleutre" le prouve tout de suite !

  • Ce témoignage franc et sensible m’a touchée. Je croyais que l’autisme enfermait les gens en eux-mêmes et je vous vois au contraire tournée à fond vers les autres. Votre expérience et votre personnalité sont riches.

  • Pleinement d’accord avec ces deux commentaires. Bonne vie à vous !

  • Beau texte honnête, délicat, et réconfortant pour les Français (nous en avons besoin) !
    Bonne route !

  • Merci pour ce témoignage qui montre bien comme il est difficile de se trouver et de se construire à 20 ans, notamment quand on est femme, africaine et musulmane en France.

    Cependant, ayant milité dans ma vie pour que les femmes aient les mêmes droits que les hommes sans être pour autant irrespectueuses ou dévergondées, j’ai du mal à comprendre qu’au nom de quelque religion que ce soit on aspire à devenir la 2ème épouse d’un homme vraisemblablement prêt à restreindre la liberté de sa femme.

    Ne m’en veuillez pas pour cette opinion de féministe et de mère ! J’espère de tout mon coeur que vous trouverez votre voie.

  • Superbe projet qui unit 3 générations. Bravo !

  • Si je rassemble les 2 textes que vous avez postés récemment, c’est grâce au grec (du moins en partie) que vous êtes devenue professeure de philo, même si en 6ème vous ne faisiez pas partie des "petites têtes protégées" (j’aime bien cette expression). Votre exemple pourrait faire réfléchir nos réformateurs de collèges !

  • Merci, Dedie, d’avoir le courage de nous raconter ces choses si terribles que nous n’imaginons pas ici. Vous semblez avoir beaucoup de force et un grand amour de la vie. Tous mes voeux pour le 13 juillet !

  • Beaucoup d’intelligence et d’énergie. Bonne route !

  • C’est éclatant, douloureux, sensuel, très fort ! J’admire la puissance de votre écriture qui va au fond de l’expérience.

  • Ce texte si sensible et si riche sur un sujet qui me touche m’avait échappé !

    Pour continuer le débat : vous abordez la question cruciale de la maltraitance avec une honnêteté qui me donne envie de vous emboîter le pas. Nous, les "enfants" de résidents désorientés et agressifs, avons tendance, tant que nous les avons en charge, à nous dire que leur état actuel n’est qu’une exagération de leur caractère foncièrement autoritaire, brutal, insensible et empêcheur de vivre, ce qui nous met à chaque instant sur le point de les maltraiter. (Heureusement si nous sommes plusieurs "enfants" nous nous régulons mutuellement.) Puis, quand ils sont en EHPAD, nous avons soudain terriblement pitié d’eux et tendons à soupçonner le personnel de maltraitance...
    De votre côté, vous êtes surmenés, ce qui n’est pas normal et vous oblige à naviguer "entre empathie et impuissance" comme vous le dites si bien.

    En tout cas, vos portraits de résidents sont poignants de vérité. Vous les acceptez avec leurs bizarreries et semblez toujours découvrir quelque chose en eux, c’est formidable.

  • Belle histoire ! Tous mes voeux de réussite en France !

  • J’aime bien votre humour et vos observations fines sur le milieu, la comédie sociale. Bonne continuation :)

  • Merci pour votre intéressant commentaire, Viktoriro. Vous avez trouvé pour votre père la solution idéale. Avec mes 4 frères et soeurs, nous avons essayé de nous relayer auprès du nôtre le plus longtemps possible chez lui dans le Pas de Calais avec diverses aides à domicile. Le problème est qu’il est devenu violent, dangereux pour nous et pour les aides ADMR, et que peu d’institutions l’ont accepté. Mais après cette horrible "Morphlée" sans directeur, nous avons trouvé pour les 6 derniers mois de sa vie une résidence à Paris dont j’ai admiré le sérieux et l’humanité. D’accord avec vous, il y en a !
    Oui, ces vieillards veulent retourner chez eux, on les voit déambuler dans les couloirs en essayant d’ouvrir des portes et de se glisser avec vous dans l’ascenseur...

  • Le maître dort à côté et la mère veille à la fenêtre... Beau sujet pour un autre livre :))

  • Vous savez dire les choses de manière directe et authentique. Ce beau témoignage laisse une impression de lucidité, maturité, intelligence.

  • Vous nous faites aimer ce métier où on touche de la vraie matière, et vous nous faites comprendre que pour construire et transformer il faut accepter de se plier à des règles strictes. Merci pour ce témoignage plein de santé.

  • Cher Omar,
    Bravo pour votre humour, on en a tous bien besoin en ce moment.
    Ce livre est un vrai roman d’apprentissage. Dans votre parcours, l’expérience de l’Inde m’a semblé marquer un tournant décisif, vous faisant passer d’une religion triste à une spiritualité qui, malgré la misère autour, était joyeuse et vivante, mieux accordée à votre tempérament.
    Votre livre nous fait sentir que, comme le disait votre père - ce sage - "la vie est longue". Et aussi, comme vous le dites si bien, que : " Le maître dort dans la chambre d’à côté".
    Bien à vous.
    Nathalie

  • J’enseigne depuis plus de 30 ans sans avoir eu de vocation particulière et dans des postes pas toujours enviables. Ce qui m’attache, c’est que j’ai affaire dans ce métier à de la matière humaine, jeune donc en devenir.

    Et, bon an mal an, tant bien que mal, pas toujours au moment où je m’y attends, j’arrive à communiquer mon goût de la langue et de la littérature.

    Je préfère ça à des revenus de trader, et le salaire devient de plus en plus honnête avec l’ancienneté.

    Kahina, je vous conseille moi aussi d’essayer ! Avec votre sens du contact, les élèves vous adopteraient tout de suite.

  • Ce dernier commentaire me touche ! Oui, nous sommes naïfs (quoique d’une fausse naïveté), appliqués, scrupuleux, aimant les articles de papeterie, et très épris d’utopie.

  • Ce récit sobre, retenu, me donne l’étendue de votre douleur.

  • Dommage pour vous, Sébastien Causse, que vous n’ayez repéré qu’un mot de ce magnifique texte percutant, honnête, où on sent à chaque ligne un grand respect et même une tendresse pour ces personnes "gavées de déchéance, de détresse, de gale".

  • Texte très émouvant et très humain. Vos phrases nous font pleinement entrer dans votre volonté et votre amour. Bonne route !

  • Je viens de lire l’article : toute l’histoire est bouleversante et l’exploit inouï. En effet, il faudrait que ce genre d’info soit bien plus diffusé. Un grand merci !

  • C’est vrai que ce livre de Marcel Cohen est très sombre, avec une tendance trop systématique à retrouver Auschwitz dans notre monde contemporain. Je comprends que des professionnels de la mer puissent en être irrités !

    Mais la loi sacrée d’assistance aux naufragés a subi des atteintes ces derniers temps (Lampedusa, par exemple). Sans être des salauds, les commandants ne subissent-ils pas des pressions de leurs Etats respectifs pour ne pas recueillir des réfugiés dont on ne saura pas quoi faire ensuite ?

  • J’ai retrouvé la 2ème référence de Marcel Cohen : "Faits, 2", texte 7, Gallimard, 2007. Il interroge un commandant de bord.
    Presque chacun des 105 fragments qui constituent ce livre pourrait être un texte de Raconter la vie.

  • Alors, pour Marcel Cohen et les porte-containers : A des années-lumière, éditions fario, 2013, p. 31 à 39. Il en parle ailleurs aussi, mais je ne sais plus où, peut-être dans Faits, 2. Il insiste sur le souci exclusif de rentabilité des armateurs, sur l’exploitation des marins d’Asie du Sud-Est et d’ailleurs, sous-qualifiés et surexploités par ceux que vous appelez les "marchands d’hommes". Il ne parle pas des "near-misses", son texte donne à penser que la vie d’un homme ne compte pour rien.

  • C’est tout un monde que vous nous faites découvrir ! J’avais lu des textes de Marcel Cohen sur ces énormes bateaux que l’on voit se succéder toutes les 5 à 10 mn vers le port du Havre, mais je ne connaissais pas le travail quotidien du capitaine au long cours. C’est passionnant.

  • Bravo pour votre initiative originale, Marie-Laure ! Je suis curieuse de savoir si vous arriverez à maintenir le contact avec des députés. Je les ai trouvés "déboussolés" aussi, vous avez bien décrit l’ambiance de cette matinée.
    Monsieur Barthélémy, les "démocraties nordiques" que vous enviez ont leur lot de bleu-marine (26% aux européennes pour le Danemark, le pays le plus "heureux" d’Europe !)

  • Je comprends bien votre désarroi, Cathy, il est très dur d’avoir un parent qui perd la tête et se montre agressif. Mais arrivés à un certain stade de désorientation, ils ont moins besoin de se déplacer et d’être en famille, et si votre mère a un contact chaleureux avec le personnel soignant cela devient l’essentiel.

    Mon récit (absolument authentique) soulève un problème que je n’ai abordé que de biais : si les choses en étaient arrivées à ce point dans l’EHPAD de mon père, c’est également parce que son directeur enchaînait les congés-maladie depuis plus de 6 mois et qu’il n’acceptait pas de procédure de licenciement. Pourquoi ? Je l’ignore, je ne suis pas spécialiste en droit du travail et je ne cherche pas à charger une personne qui avait peut-être ses raisons. Mais ce que je sais, c’est que des personnes en très grande fragilité se sont retrouvées en danger et que cela ne devrait pas être.

  • Oui, belle image, à deux niveaux : les récits présentent, comme vous le dites, des personnes qui sont le ciment invisible de la société ; et Raconter la vie est à son tour un ciment qui joint toutes ces réalités singulières.

  • J’ai été passionnée par votre récit, qui dévoile avec finesse, clarté, honnêteté, humour, des choses que nous ignorons totalement sur la démocratie au quotidien. J’ai été frappée par la complexité et l’ambiguïté du rôle d’un collaborateur d’élu, cette présence-absence que vous décrivez si bien.
    Dans Le magazine du Monde du 2 mai, il y a un article de Laure Mertzel qui parle d’une corporation voisine de la vôtre : les conseillers ministériels, eux aussi indispensables et précaires.
    Bonnes vacances à Stockholm ! Il y a, je crois, dans ces parages des îles où vous pourrez méditer sur votre reconversion !

  • Il y a quelques années, j’ai entendu à la radio le psychanalyste J.B. Pontalis dire à un journaliste : "La psychanalyse n’est pas là pour rendre les gens heureux, mais pour les aider à être libres". Votre récit témoigne très bien de cette liberté intérieure que vous avez acquise vous-même par étapes, grâce au patient travail de la psychanalyse. Quel bien précieux !

  • Beau texte, d’une grande délicatesse.
    Comme le terme de "patients" est justifié pour parler des malades !

  • J’ai beaucoup aimé la manière dont vous mettez en relief notre enfermement dans des cases avec des étiquettes qui définissent notre pseudo-identité.
    Longue vie au site raconterlavie qui joue un rôle inverse !

  • Nathalie Delbarre : Merci pour vos commentaires, informations et témoignages.
    Pour le choix d’une maison de retraite en EHPAD, je conseillerais de regarder :
    1. La stabilité du personnel : direction, médecin coordinateur, infirmiers. Les aide-soignants sont forcément plus mobiles, et leurs conditions de travail difficiles (plusieurs heures de trajet pour se faire appeler "négresse" par une personne ayant perdu les repères, par exemple).
    2. Leur franchise : mon "vieil About" a quitté "Morphlée" pour une autre résidence où le directeur a dit d’emblée : "On ne peut jamais garantir totalement que personne ne fera de chute et que tout le monde prendra à tout moment ses médicaments. Il y a des gens qui les recrachent, il y a des soignants moins attentifs, etc."
    3. Les choix éthiques du médecin coordinateur et des infirmiers : Essayer de soigner le plus possible les gens sur place. Ne pas les épuiser en Les envoyant aux urgences des hôpitaux pour un oui ou pour un non. En fin de vie, respecter, avec notre accord, les clauses très raisonnables de la loi Leonetti pour éviter toute souffrance excessive.
    Oui, Hélène, la résidence "Morphlée" est une "entreprise capitalistique" renommée...