Le travail
raconté par ceux qui le vivent
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Au prochain coup -
par Pierre Pibouleau

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Publication : 5 janvier 2014

Durée de lecture : 18 mn

Nombre de mots : 3760


10 commentaires :

  • Je me suis inscrite pour pouvoir vous demander pardon. Pardon pour des parents inconscients, aveugles à la fragilité, à la vulnérabilité, pleins de rancoeur et de haine pour un petit "vivant" qu’ils ne toléraient pas.


  • Tout comme l’isolement des vieux, les femmes battues, l’euthanasie, l’enfance maltraité relève du non dit.
    Les gens sont aveugles a cette réalité...ou font semblant. Fruit d’un individualisme poussé à l’extrême conséquence du libéralisme personnaliste dans lequel nous baignons.
    Votre mea-culpa m’émeut (si j’ai bien compris votre démarche), Madame, faute avouée...
    Je souhaiterai tout autant une prise de conscience générale sur cette question sensible. Ainsi que sur les autres.
    Merci pour votre réaction.


  • Vous m’obsédez mais pas dans le sens où vous croyez. Dans une famille nombreuse j’étais hors-circuit, mon père m’a nommée pour la 1ère fois j’avais 36 ans, ma soeur m’a demandée pardon j’avais 67, je les dérange toujours autant. J’ai eu deux filles, j’ai conscience d’avoir fait un "gachis" (comme le platrier) sur l’aînée mais elle ne s’en plaint pas pour l’instant. Je lui ai quand même demandé pardon. Il y a beaucoup d’inconscience chez les humains, sinon il y a longtemps que le monde aurait changé.
    En 2000 je suis "victime" d’un accident de la route. Les évènements qui suivirent immédiatement furent suffisamment scandaleux pour que 2 témoins m’apportent leur aide après le "constat à l’amiable". Le 1er, un homme, qui a le même assureur que moi et qui a déjà téléphoné à "notre" assureur. le 2ème, une femme, qui me demande de "porter plainte". En tant que femme, connaissant le mépris dans lequel nous baignons depuis si longtemps, connaissant aussi la perversité de certain(e)s, ayant constaté l’absence totale totale d’honnêteté de la conductrice sous la coupe d’un mari violent. j’ai porté plainte contre cet homme(qui pourtant ne conduisait pas) pour obliger la justice à offrir la possibilité à cette femme de "choisir" éventuellement une autre vie.

    La police n’a rien compris, mais pour la 1ère fois j’ai vu apparaître sur les murs le sujet de la violence conjugale


  • Bonjour
    On voit bien, à la lecture de votre présentation, que cette enfance saccagée vous a meurtri à vie. Je tenais à vous exprimer mon admiration pour votre maîtrise du récit. Raconter ses souffrances sans s’apitoyer sur soi-même, mais en sachant susciter chez le lecteur l’empathie c’est du grand art ! La langue est là pour dire et faire ressentir les émotions. Au moins la vie vous aura fait ce cadeau de l’écriture. Mais je sais aussi que c’est un travail opiniâtre, patient pour parvenir à faire par les mots ce don de soi à l’autre.
    Merci
    Claudine Ducol


  • La puissance de votre écrit est à la hauteur des souffrances et humiliations que vous avez vécues.
    J’aurais aimé entendre ma mère me demander pardon et ce n’est que quelques années après sa mort que j’ai compris et que j’ai pardonné.Ce pardon m’a été salvateur.
    Je me suis battue toute ma carrière contre les adultes maltraitants et j’ ai même perdu ma carrière. Je ne regrette pas car j’ai fait ce qui me semblait être le mieux pour les enfants.
    J’espère que l’écriture a eu un effet libérateur pour vous.
    Merci pour votre sensibilité,votre force....


  • Bonjour,
    C’est par la lecture de votre récit que j’ai "attaqué" la bibliothèque en ligne ; elle m’a donné l’énergie de m’essayer à écrire également. Merci de ce témoignage de courage pour se dire dans les blessures les plus profondes.
    Catherine Martinez


  • Bonjour,

    J’ai lu votre récit par petit bout, pour bien comprendre. Que de souffrances et de malheurs à porter pour un enfant.
    Notre histoire nous façonne, si j’en crois la sagesse populaire.
    C’est dur très dur toute cette violence qui nous émeut.
    C’est un bel endroit ici. On y dépose des malheurs et on y prends de la légèreté.
    Bien à vous,
    Sandrine.


  • Et paf ! En pleine face. On va pas s’embarrasser de bonnes manières, voilà la monnaie de leur pièce. Pour ceux qui n’ont pas voulu voir, pour ceux qui ont profité de la situation, pour ceux qui ont manqué de courage. Percutant et sans auto-apitoiement. Juste la colère, intacte et taillée comme un silex qui demeure à travers le temps et nous attrape sans manières. Et paf ! En pleine face.


  • Ah ! Il existe des méchants sur ce site ? Merci pour le café dans mon sucre.


  • C’est une douce nuit d’automne en terre du Milieu. Une heure du matin. Depuis sept heure du soir, à gauche de mon appartement, de l’autre côté du mur, un enfant d’environ 3 ans à vue d’oreille pleure. Il crie, il hurle, il demande "maman, non maman" de sa voix soprane d’enfant sublime. Ce n’est pas la première fois. Depuis 15 jours, à toute heure de la nuit et du jour, l’enfant que je n’ai jamais vu de l’autre côté du mur entonne sa plainte, crie ses larmes. Mais c’est la première fois en deux semaines que le cri est si continu, si fort, sans intermittence. Ce long cri a sorti les voisins aux fenêtres, aux balcons, dans la rue de la douce nuit d’automne en terre du milieu. Moi aussi je suis dehors. Sommeil interdit par le cri. "Maman non maman". Mon voisin d’en face, Fabien, 40 ans et enfant battu, me regarde et me dit : "c’est la guerre". Alors je rentre et je téléphone aux gendarmes. Depuis l’enfant inconnu ne pleure plus. Et Fabien me sourit. Pierre, vous dire bravo, vous dire merci, partager avec vous mes blessures de guerre, commenter le style ou disserter sur le pardon et la cicatrisation, tout me semble obscène. Nous sommes les enfants sublimes de chaque côté du mur. Nous sommes la voix soprane dans le noir de la douce nuit d’automne. Cela me suffit.



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