Le travail
raconté par ceux qui le vivent
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En classe -
par Pierre Clausse

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Publication : 24 février 2015

Durée de lecture : 4 mn

Nombre de mots : 990

Les élèves d’un professeur de maths.

La vie au lycée se compte en unités-années indivisibles entre lesquelles les changements sont considérables, toute une génération de presqu’un tiers de l’effectif part et une autre arrive.


5 commentaires :

  • Bonjour Pierre
    La dernière phrase de ce récit est magnifique ! Le récit met bien en exergue " ce qui ne rentre pas dans les cases" là où le système scolaire privilégie lui aussi les process : les stats de redoublement ou non redoublement, le nombre d’inscrits dans les filières considérés nobles , le nombre d’élèves par classe ... plus un management qui soutient "remarquablement" le prof confronté à une situation très délicate ... Bien cordialement


  • Viktoriro :

    Grain de sable ou poil à gratter, Pierre ça faisait un bout de temps que je ne vous avais lu. Ainsi je me rappelle : "tu feras math élem comme tes cousins qui sont ingénieurs et puis tu seras sauvé, sinon l’école normale !" C’est ainsi qu’on se retrouve en licence de géo à 23 ans sans envie d’enseigner ni de faire autre chose. Mes parents ne lisaient pas et ne pouvait donc savoir, les pauvres,que ça ouvrait sur le raisonnement et sur l’opinion. Il m’a fallu bien cinq ans pour trouver ma voie après l’université, l’époque le permettait. Je ne connais pas bien cette pensée unique( je veux dire les mécanismes) qui consiste à classer les élèves en fonction du nombre de professeurs spécialisés disponibles.Sont-ce les débouchés qui créent ces quotas ? Est-ce un rapport de forces entre les agrégés ? Est-ce (il faut quand même prendre tous les aspects en compte) les attitudes des enseignants à introduire de la rigidité qui "pourrait" (je pèse mes mots) engendrer de telles situations, des parents à projeter leurs dénis compensatoires (soit ce que je suis ou ce que je n’ai pu être), la difficulté à savoir prendre des décisions consensuelles par un proviseur plus apte à commander qu’à écouter ? Où sont les médiateurs ? Que ne veux tu pas faire et que veux tu faire, c’est ce que dirait un bon D.R.H ...Toujours est-il il y a eu passage à l’acte, même sous tutelle il paraît qu’on suit les désirs du protégé ?.Alors Pierre Clausse ?


  • Bonsoir cher Viktoriro, dont j’aime l’esprit vif et acéré, et merci chère Clotilde,
    La question posée nécessite de longues réflexions et réponse. Subjectivement j’ai tendance à promouvoir les maths, par leur omniprésence dans les domaines de la pensée, et leur pertinence en tant que critère de sélection, horrible mot imprononçable et pourtant nécessaire. Par exemple j’estime avoir survécu à mes parents plus d’un demi-siècle avec les mêmes pathologies en grande partie parce que les médecins sont sélectionnés sur les sciences et non plus le latin et grec ancien. En matière d’orientation des élèves il y a à la fois des modes idéologiques, des attitudes proprement religieuses, et des considérations pratiques en terme de profs disponibles, pas de vrai intérêt pour l’individu premier concerné, et pas de médiation. Le discours égalitariste et lénifiant est contredit par les faits, on a assassiné les maths après avoir fourré tout le monde (en fourrant tout le monde ?) dans les filières scientifiques, après quoi on les voue aux gémonies comme socialement clivantes. Enfin les maths sont difficiles, ne tolèrent pas l’enfumage, seulement des efforts, peu attractifs aujourd’hui. J’ai réagi trop tard à la demande de Jérémie, mais on ne change pas facilement tout de suite dans l’effervescence de la rentrée. Il faudrait une plus longue et argumentée réponse ! je pense aussi à la chanson de Graeme Allwright "qui a tué davy More ?"


  • Encore : les points que vous avez abordés, attitude des parents et des profs, sont patents, mais c’est l’administration qui a tout pouvoir. Je parle d’église en raison de dogmes absurdes, clergé pléthorique et fortement hiérarchisé, inquisition méticuleuse dans les temples sans spiritualité que furent les IUFM, culture du chiffre et déni de la réalité qui fait penser au stalinisme. Exemple, l’interdiction de tout redoublement : il fallut compenser financièrement la promotion au rang de prof des vieux instits. Argument : pas de redoublement car il apparaît que les doublants sont ensuite moins bons que les autres (sic). Conséquence : des gosses ne savent plus lire écrire, compter. D’année en année le problème s’accroît, avec l’hétérogénéité des classes puisque ceux qui ont des bases avancent beaucoup plus vite que les autres. Impossible de s’occuper de 35 élèves si différents au lycée. Celui qui dit non est un élitiste qui veut éliminer injustement ceux qui ne réussissent pas à cause de leur origine sociale et qui ont pourtant les mêmes droits et capacités que tous en vertu de l’égalitarisme établi. Alors on met toujours plus de moyens pour les uns et on casse les filières élitistes. Que faire ? évacuer le problème par le haut me dit un proviseur : ils auront statistiquement son bac, et tant pis si on a des cons ignorants à bac +5 .


  • bonsoir
    comme vous avez bien fait ! de faire de Jérémie le fil conducteur de votre récit pour témoigner de votre vécu d’enseignant, dans votre relation à vos élèves en difficulté, à leurs parents, à votre direction.
    je trouve que c’est la meilleure façon de raconter, en partant d’un jeune, isolé par vous des autres parce qu’il était différent et vous a marqué, et de dire simplement ce qui s’est passé : des faits, sans extrapolations.
    cela donne un récit elliptique, avec pas mal de questions non répondues, de zones d’ombre mais vrai et honnête car les faits (Jérémie a dit qu’il voulait aller en ES, il a expliqué qu’il y avait des amis, ses parents ne voulaient pas forcément que leur fils aille en S, vous l’avez encouragé à continuer, il a pris des médicaments et s’est tailladé les veines, la proviseure a gueulé, Jérémie a déménagé, il a fait un séjour en hôpital psy etc) ne mentent pas. comme les chiffres d’ailleurs
    merci
    autre chose m’a accroché dans votre texte, quand vous dites

    • qu’on "embrasse" la profession dont on a "besoin"
    • que les "maths" attirent des jeunes fragiles qui y trouvent une sorte de "rempart"
      maintenant que vous le dites....
      merci de partager le fruit de votre expérience
      bien cordialement :)


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