Le travail
raconté par ceux qui le vivent
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J’aime faire cours malgré tout -
par Skander Kali

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Publication : 25 septembre 2014

Durée de lecture : 13 mn

Nombre de mots : 2790

Enseigner le français dans des établissements classés ZEP.

Apprendre un nouveau mot, comprendre un vers, repérer une figure de style, corriger une phrase, lever le doigt, proposer une interprétation : entre deux voitures en flammes, entre deux bagarres, entre deux menaces, entre deux embrouilles, un espace fragile de silence et de bonne volonté subsistait.


11 commentaires :

  • Cher Skander,
    Merci pour cette immersion dans votre vie de professeur. Vous nous donnez un point de vue du "dedans". Enseigner dans un collège classé ZEP ne doit pas être simple. Mais vous parvenez à dédramatiser les choses. À démonter certains préjugés. En tant que collégienne, j’ai eu des professeurs passionnants qui m’ont donné goût à leur matière. Je me rappelle aussi d’un prof de maths dépressif à qui les élèves lançaient des boulettes lorsqu’il avait le dos tourné, son cours était chaotique... J’admire les professeurs, qui parfois enseignent à des élèves très difficiles. Parfois, il faut avoir beaucoup de courage, de passion, de force, d’amour et d’optimisme pour enseigner. Ce sont des qualités qui ressortent de votre texte. Bravo !

    Bien à vous,

    Kahina


  • Votre récit me serre le coeur...j’ai travaillé aussi, pendant 40 ans, dans les milieux les plus extrêmement divers, en tant que professeur, pour la foi, pas enseignant. Vers la fin on s’aperçoit que si on souffre, si on n’y arrive plus, c’est à cause de corporatismes qui ne visent qu’à tirer les ressources au profit de clans, de dérives administratives kafkaïennes, de volontés féodales haineuses et délibérément destructrices, tout ça masqué par ces théories célèbrement fumeuses. Pourtant nous avions si longtemps gardé la foi en notre mission !


  • @ Kahina : Euh... j’ai aussi reçu quelques boulettes. Mais bon j’ai mis quelques punitions : ça équilibre ! ;-)
    Plus sérieusement, en ce qui concerne les "qualités", il faut signaler que le temps est le facteur principal : en un mot, la patience est primordiale. Tout le reste suit. Mais bon, encore faut-il parvenir à durer...


  • @ Pierre Clausse : Oui, il faut mieux se tenir à l’écart des différents enjeux ou groupes qui gravitent autour du métier. Ce qui est dommage dans la mesure où cela freine certaines énergies et certaines innovations. Mais bon, pour ma part, comme je l’ai précisé dans le texte, je ne m’’implique ni dans les théories ni dans les différentes coteries. Du coup, je "souffre" moins : je m’occupe de mes classes et c’est déjà amplement suffisant.


  • j’ai fait comme vous tant que j’ai pu. Ce n’est que lorsque j’ai été agressé professionnellement que j’ai dû me pencher sur ces questions. Par ailleurs lorsqu’en lycée vous vous retrouvez à faire deux heures de maths de 16 à 18 h avec près de quarante élèves de seconde dont deux bons tiers n’en ont rien à battre, vous vous demandez et leur demandez comment ils sont arrivés là, souvent contre leur gré, et c’est l’un des éléments qui rendent le métier impossible. Je suis fort chagrin du déclin extraordinaire des maths car je suis convaincu de leur utilité éducative et sociale, et du fait que depuis quinze ans maintenant aucun de mes élèves ne veut faire mon métier.
    si ça peut vous intéresser, mon premier récit sur le site est "Au lycée". J’ai travaillé aussi dans des zones très difficiles et de modestes collèges de campagne.


  • Effectivement, j’ai oublié d’ajouter la patience qui est une qualité fondamentale pour un enseignant. Bon, on va dire que les boulettes sont un passage obligé ;-)


  • @ Pierre Clausse. J’ai lu "Au lycée". Sacrée histoire ! Et douloureuse ! Votre récit est trop précis et particulier pour en tirer une conclusion générale, hormis, bien sûr, les dangers de l’institution, les risques de conflits personnels et les règlements de comptes...
    Mais je suis plus particulièrement d’accord avec vous sur la jalousie des instits à l’égard des profs du secondaire : je l’ai souvent constatée, même si elle apparaît toujours étonnante, voire incompréhensible. Pourtant elle est réelle, et il y a peut-être là un début d’explication de votre difficile histoire...


  • Merci beaucoup pour votre lecture. Hélas mon histoire n’est pas si particulière, des collègues et amis citent des cas similaires. Nous sommes tous deux et bien d’autres unis par l’amour de notre métier, j’ai longtemps cru que la hiérarchie aussi, bien que j’en ai vu, des pathologiques. Je pensais que chacun avec ses défauts bien humains, avait une certaine éthique de base. Difficile déconvenue car on ne vit pas sans illusions. Le personnage, seul à soutenir mon adversaire, l’inspecteur général, ancien chef de cabinet de MG Buffet, est semble-t-il l’un des tout derniers staliniens d’europe occidentale. Je me suis étonné auprès du conseiller de Chatel qui m’a téléphonné qu’il fasse sans frein la pluie et le beau temps dans la haute fonction publique sarkosyste. il y avait une alliance objective entre un individu qui au fond ne supporte pas la survie du système capitaliste, et le gouvernement désireux dans la vieille ligne de la droite de réduire les dépenses "sociales". Mon c. de base ne pense pas à tout ça, n’avait a priori rien contre moi, nos pères étaient amis instits, mais il n’a pas du avoir de bonnes notes en maths, il a une dent contre les profs de maths, et contre ceux qui réussissent avec effort.


  • Belle plume au service d’un récit réconfortant !
    Grâce à ses enseignants (en tous cas à l’écrasante majorité d’entre eux), l’Ecole de la République se porte bien et les ZEP tiennent leurs promesses. Moi qui ai officié si longtemps dans ces eaux profondes, prétendument obscures et mal famées, je ne saurais dire aussi bien que vous comme, en effet, le plaisir d’y enseigner et celui d’apprendre y perdurent envers et contre tout, en grande partie parce que les jeunes de toutes origines s’y retrouvent avec l’envie d’y réussir et parce qu’on les y accueille humainement, avec la volonté de les écouter, de les aider et même, pourquoi pas le dire ainsi, avec une forme d’amour tout exprès pour eux, désintéressée de toute réciprocité obligée. Ils ne sont d’ailleurs pas rares à nous remercier à l’occasion. Les rétifs existent, bien sûr, mais, comme vous le dites, ils ne sont pas l’exclusivité des ZEP.
    Pages roboratives, donc, où je me suis -en toute modestie- reconnu dans ma propre expérience.
    Et dire que nos politiciens s’accorderaient presque pour débarrasser l’Etat de ses fonctionnaires !


  • @ tmb : Merci pour votre commentaire !
    Oui, je crois avoir brièvement évoqué un aspect de notre métier qui demeure peu connu : sa résistance à la difficulté quotidienne (on dirait aujourd’hui "sa résilience"). Les collèges sensibles apparaissent comme des lieux difficiles et ils le sont véritablement : pourtant on oublie de souligner qu’on y fait cours... la plupart du temps. Et pas qu’un peu. Du coup, c’est un plaisir d’apprendre que des collègues se "reconnaissent dans cette expérience" !


  • Bonjour, collègue.
    J’ai reçu votre texte comme celui d’un "frère d’armes" bataillant pour les mêmes valeurs : faire entrer, pas à pas, le savoir et la connaissance, contre vents et marées, chez de jeunes pousses soumis à bien d’autres tentations, moins austères, plus aguicheuses. Rude et exaltant combat où le verbe creuse son chemin, chaque jour, inlassablement. Nos deux textes, à mon sens, se ressemblent car ils témoignent de cette même bataille, toujours recommencée, et dégagent la même pointe d’optimisme, en dépit de l’âpreté de cette gageure qui transcende : enseigner, malgré tout, et y parvenir, fierté partagée par des milliers de collègues que ce métier grandit et qui le font grandir. Merci, cher collègue.



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