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Je n’étais pas une bonne victime -
par Virginie de la Lune

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Publication : 30 avril 2014

Durée de lecture : 11 mn

Nombre de mots : 2290

Une assistante sociale nous explique en quoi elle a travaillé à un « mieux-être » et les raisons pour lesquelles elle a dû arrêter. Un témoignage saisissant.

Embauchée un mois avant l’obtention de mon diplôme, je me vois confier un secteur géographique « difficile », le centre-ville et sa misère sociale, ses marchands de sommeil et ses appartements insalubres infestés de cafards.


12 commentaires :

  • Votre récit est extrêmement émouvant. Je suis écoeurée par le fonctionnement des institutions (aucune communication, aucune reconnaissance, aucune humanité). Malheureusement, vous n’êtes pas un cas isolé. Mais une lueur paraît dans votre récit : vous êtes une battante et vous avez réussi à ne pas être "avalée" par le système, rangée dans une case. Bien à vous,

    Kahina


  • Bonjour,

    Ce que vous racontez est une épreuve difficile.
    Je ne sais pas quoi dire pour ne pas ni alourdir, ni blesser encore un peu plus la personne que vous êtes.
    Je ne crois pas qu’on guérisse mais que la vie apporte d’autres bonheurs d’autres défis pour continuer à exister.
    J’ai une fille et j’ai peur pour elle.
    La froideur de la société devant le viol et le traitement fait aux femmes est loin d’être un problème qui se résout.
    Bien au contraire.
    Je vous souhaite bon courage dans tous les projets que vous mettez en place.
    Sandrine.


  • Bonsoir Kahina,
    c’est justement parce que je pense ne pas être un cas unique que j’ai voulu écrire ici.
    C’est tellement difficile de se faire entendre....
    Merci à vous,
    Virginie.


  • Bonsoir Sandrine,
    merci de votre message, ce ne sont pas des mots bienveillants comme les vôtres qui pourraient me blesser !
    D’autres défis pour continuer à exister : c’est exactement ça.
    Merci beaucoup à vous,
    Virginie.


  • Chère Virginie,

    Effectivement mon texte ne pouvait que vous parler, puisque le rôle que j’occupe vis-à-vis de mon frère vous l’avez également, mais avec des "inconnus". Non je n’ai jamais entendu parler de ce livre, mais j’ai regardé sur internet : c’est l’autobiographie d’une schizophrène. J’aimerai le lire car je pense qu’il serait peut-être intéressant de voir le monde à travers les yeux de la maladie, on en apprendrait sûrement beaucoup. Concernant votre texte, j’espère qu’il sera entendu car votre histoire ne mérite pas de demeurer dans les abîmes du silence, il faut parler, communiquer. Cela à valeur d’exutoire mais peut aussi éveiller certaines consciences.

    Bien à vous
    Kahina


  • 1/2Chère Vous,
    A-t-on seulement conscience de la misère de l’âme qui rode dans les couches d’une population amoindrie ?
    Plusieurs manquements aux règles élémentaires vous ont fait défaut !
    Celle d’une hiérarchie qui sous couvert d’un service public qui attend de ses travailleuses sociales des chiffres à faire remonter jusqu’aux plafond ministériels.
    Celle des formations tant en interne qu’en externe basée sur une méthode incompatible avec le terrain.
    Celle et la plus indigne, des acteurs de la justice, entendu la personne qui a commis cet acte dont il est inutile de le qualifier d’un euphémisme tant il entrave à la dignité humaine, entendu l’article 122-1 :
    "N’est pas pénalement responsable la personne qui était atteinte, au moment des faits, d’un trouble psychique ou neuropsychique ayant aboli son discernement ou le contrôle de ses actes.
    La personne qui était atteinte, au moment des faits, d’un trouble psychique ou neuropsychique ayant altéré son discernement ou entravé le contrôle de ses actes demeure punissable ; toutefois, la juridiction tient compte de cette circonstance lorsqu’elle détermine la peine et en fixe le régime."..../...


  • 2/2
    Entendu qu’il fallait taire coûte que coûte les éléments l’incriminant davantage, à savoir, des antécédents pouvant le conduire via la peine plancher aux assises comme le prévoit l’article 222-23 du code pénal :
    "Tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui par violence, contrainte, menace ou surprise est un viol.
    Le viol est puni de quinze ans de réclusion criminelle."
    Que l’individu soit en pleine possession de ses moyens ou non, ne changeront en rien le fait qu’un viol ait été commis sur votre personne
    Ce qui me semble d’une extraordinaire lucidité, c’est votre capacité à prendre du recul avec la souffrance qui fut la votre et la coucher soir sur blanc.
    Voyez, chère vous, comme le voile se lève, comme ce travail de mémoire produit son effet. Comme votre courage a su faire traduire par les mots et les crier haut et fort ce que le corps s’efforce de taire. Et si cette force pouvait en manière d’exemple nous montrer combien il peut être noble de réapprendre à marcher la tête haute, le coeur meurtri, mais la tête haute... Merci Valérie, vos valeurs sont montre d’exemple.
    Antonio


  • Virginie,
    Je vous ai par erreur plus qu’écorché votre prénom ! Je vous prie d’accepter mes excuses.
    Cordialement.


  • Bonsoir Antonio,

    aucun problème ça arrive !

    Je vous remercie de vos mots.

    Je vois que vous maîtrisez très bien la loi également !

    Amitiés,
    Virginie.


  • Bonjour Virginie
    Bravo pour votre texte, pour votre courage, votre capacité à analyser les situations
    Pour rester sobre et poli, je m’abstiens de tout commentaire envers les administrations auxquelles vous avez été confrontée.
    On ne peut vous souhaiter après de telles épreuves que du bon et surtout de garder la qualité qui transparaît dans vos propos, l’enthousiasme
    Bien à vous


  • Effectivement, le viol, dans nos sociétés, n’est guère plus grave qu’une jambe cassée... "ça" se répare, préfère-t-on penser. Ca arrange. Il y a amputation, mais ça ne se voit pas.

    J’en ai accompagné beaucoup de ses femmes ou gamines violées, abusées, ignorées dans ce qu’elle avait perdu de plus précieux...une part d’elle-m^me et la confiance en la vie qui ne reviendra jamais vraiment.

    Alors oui, les conséquences d’un viol, les dommages collatéraux sur plusieurs générations, je les vois au quotidien dans ses familles en difficultés. Sept fois sur dix, on trouve un viol dans l’histoire... Mais la société, les lois, préfèrent fermer les yeux. Ca dérange le viol. Ca peut être contagieux, allez savoir ! Ca dérange les collègues qui ne savent pas comment en parler, comment aider ces femmes victimes ; ça dérange les juges des enfants, qui ne rebondissent pas sur des dessins d’enfants abusés par leur père et le silence se fait dans la salle d’audience ; ça dérange la police qui, faute de formation ou d’empathie, retourne la victime en coupable...

    Votre témoignage est exemplaire. Ne lâchez rien Virginie.



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