Le travail
raconté par ceux qui le vivent
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Le sentiment d’être utile -
par Didier Mendelsohn

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Publication : 12 février 2014

Durée de lecture : 10 mn

Nombre de mots : 2170

Didier voyait dans la retraite une libération, il y trouvera un grand vide. Ancien avocat, il décide de continuer à agir en tant que bénévole, et s’interroge sur ce nouveau statut.

Je perçois 20 € par audience. J’ignore si cela les surprend, les inquiète ou les rassure. Mon sentiment est que le fait d’avoir été avocat m’a laissé, comme collée à la peau, une sorte d’obligation : je dois servir à quelque chose.


13 commentaires :

  • J’ai beaucoup aimé vous lire. En fait, vous nous expliquez que la beauté du monde est s’intéresser à autrui. Vous parlez de "servir" . Il me semblait que ce terme renvoyait à servir un ordre religieux par ex , ce qui assigne à ce terme un certain niveau d’engagement . Un oxymoron , une forme de sagesse dans ce monde contemporain agité de toute part .?..
    Merci pour votre récit


  • C’est vrai que la tentation d’un engagement religieux, comme il m’est arrivé de le partager quelques jours avec des bénédictins m’a effleurée il y a bien longtemps ( c’était aprés les évènements de mai 68). Le paradoxe - un oxymore !- tient à ce qu’il faut donner pour recevoir. Mais pas dans un cloitre. Alors "servir" dans le monde comme vous dites, jusqu’au moment où l’on se sent envahi d’un sentiment de manque : il est où le contre-don ? Le ressort se fatigue. A moins que l’on donne pour se donner....à soi-même. Je donne et je me contre-donne. Et peu importe le fracas du monde pour ceux qui naviguent sur...un radeau.


  • gavroche :
    vous faites de la poésie monsieur, renouvelant la manière dont ces gens peuvent être perçus. Leurs problèmes minimes pour certains sont réglés, entendus, échangés. Ce temps est le votre, vous en faites ce que vous voulez mais surtout en vous collant une pierre sur le dos, tel Sisyphe vous renouveler à votre manière, votre volonté, votre regard, vos espoirs. Je pense que nous faisons tous cela lorsque nous réglons une chose qui est sans fin, l’éducation, notre argent au quotidien, la relation avec l’autre. Je pense que vos pansements font du bien et ça ça n’a pas de prix c’est certain.


  • Tout d’abord, lisant votre commentaire je suis envahi d’émotion. Et je vous en remercie.En effet il est trés rare qu’ une quelconque"reconnaissance" s’exprime lorsque j’aide à ce qu’un probléme soit dit, entendu, puis le reformulant à partir de principes de droit, permettre à chacun de comprendre qu’il faut trouver un accord, un arrangement, un dédommagement. Je suis là pour "réparer".Comme un officiant désincarné : ni prêtre, ni juge, ni avocat. Un peu les trois à la fois. Et cela dans un lieu "sacré" - tribunal, palais de justice - destiné à recevoir ceux qui attendent réparation. Alors finalement je ne fais que mon devoir : je panse, dites-vous, voila le devoir que je me suis donné. Et comme vous le dites, cela n’a pas de prix ! Et en tout cas pas celui de la reconnaissance. Merci encore de votre commentaire


  • J’aime votre récit parce qu’il sait donner une image d’un monde inconnu de moi
    J’aime votre récit parce qu’il est porteur de valeurs. Il articule des techniques simples : l’écoute, la neutralité, la mesure, la négociation, la reformulation - avec une technicité professionnelle complexe : celle du juriste.
    J’aime votre récit parce qu’il nous prend par la main et fait de nous un discret observateur qui vous regarde faire et recueille vos confidences quand les justiciables sont sortis.
    Mais j’aime surtout votre récit parce que vous y êtes profondément sincère.


  • Hier c’est avec beaucoup d’émotion que je lisais le commentaire de Gavroche. Et aujourd’hui, c’est avec la même émotion, et la même heureuse surprise, que je m’aperçois, lisant le votre, ce qui peut passer à travers l’écriture. Une vérité dont je n’étais pas moi-même totalement conscient en racontant l’expérience qui est la mienne. C’est comme si vous me disiez : " Elle est là, dans les mots et le récit qui reflétent le chemin où vous vous êtes engagé pour être utile, elle est là la beauté du monde."


  • J’ai beaucoup aimé votre récit, surtout le début, la description de votre attente fiévreuse d’une retraite, occasion rêvée d’"ouvrir les yeux sur la beauté du monde" qui se révèle complètement barbante. C’est drôle et émouvant à la fois et vous évoquez très bien le vide des journées, "les promenades sans but" et ce fantasme de la liberté absolue qui débouche sur un ennui proprement mortel !
    Vous visez juste : la rupture des liens sociaux rend fou et le terme de retraite paraît bien inadéquat : il faudrait plutôt parler, pour les gens qu i n’ont pas été cassés par une vie de travail (ceux-là goûtent certainement le repos), de changement d’activité, dans tous les cas de période d’activités socialement utiles. J’ai beaucoup d’amis ou de relations qui vivent une retraite fort active, ça en fait des bataillons d’oymorons qui font marcher des associations ou font des choses proches de ce que vous décrivez ! Sans compter tout ceux-celles qui dans le cadre familial, s’occupent de leurs petits enfants ou de leurs parents très âgés par exemple.
    Merci pour ce texte, avec les salutations enthousiastes d’une oxymorone !


  • J’imagine un groupe de parole ! On se retrouverait, disons une fois par mois. " Les oxymorons anonymes ". Aprés tout les alcooliques se retrouvent bien pour partager leur addiction.Pourquoi pas nous ? Chacun ferait part de son expérience d’oxymoron(e). De cette addiction au besoin d’être utile, d’avoir sa dose pour se sentir bien et de la douloureuse sensation lorsqu’on est en manque, des réveils douloureux quand surgit la question : ben je sers quoi ? .... Bon, allez je rigole. Merci à vous de votre témoignage.


  • Bonjour,
    J’ai adoré votre ton presque dans la confidence, d’une vie à servir contre rémunération à une autre vie à être utile contre une somme manifestement symbolique.
    Le bénévolat, c’est un mot valise, on y met toutes sortes de gens.
    Je ne crois pas à cette frontière administrative des 65 ans, des 60 ans, des 62 ans, pour nous surement des 70 ans, pour moi plus particulièrement, avec mon activité que beaucoup peinent à voir comme un vrai métier, peut être jamais.
    Je ne vois pas la frontière parce que derrière tout cela, il y a la passion de mon métier et des gens, de leurs histoires.
    Je trouve que c’est le lieu idéal, ici sur le parlement des invisibles,pour faire entendre votre voix et celles de tous les gens qui pensent qu’il y a un avant et un après travail. Moi, je crois qu’il y a des histoires de liens et de respect de la part d’utilité de tout un chacun dans notre société, qu’on ai 10 ans, 20 ans, 30 ans, 60 ou 80 ans.
     :-)
    Bien à vous,
    Sandrine.


  • Il y a des métiers qui en imposent, celui d’avocat est de ceux là je crois.
    sans évoquer l’évolution du métier, il garde une belle aura, la reconnaissance est tacite, évidente. Je comprends votre désarroi comme je comprends certains qui ne veulent pas arrêter un métier valorisant pour soi et pour les autres. Bien des métiers sont invisibles, non reconnus. Combien de personnes, de femmes au foyer n’auront pas la moindre gratitude ? Reste ce noble sentiment d’être relié aux autres, utile, à l’écoute sans rien attendre encore faut-il une foi, une conviction. C’est vrai qu’il y a des jours qui font douter de tout et qu’être inutile c’est jouissif aussi. A la retraite on peut s’offrir cette gourmandise. Faut pas trop en abuser. Je crois que vous avez trouvé un équilibre que personnellement je cherche encore.


  • De Liana, qui habite loin d’ici et à qui j’avais envoyé mon texte, je reçois son commentaire :
    " Etre utile, être présent aux autres, c’est la constante de ta vie. Bien des êtres vivants ont eu recours à toi, et aujourd’hui ils sont un certain nombre à avoir un besoin essentiel de toi. Ton probléme est la recherche obsessionnelle de la cause de ce besoin, ou de sa justification. Il est temps de passer du mode interrogatif, à l’affirmatif : le c’est ainsi....Oublier la question, et s’oublier enfin ! Il me semble qu’un bon praticien de ces préceptes est Christian Bobin. As-tu lu "L’homme de joie" ? A suivre..."
    Sans doute que oui : certaines questions sont inutiles.


  • Je crois que je comprends bien le sentiment qui vous pousse à aller vers les autres....car vous avez sans doute besoin d’eux autant qu’ils ont besoin de vous...Vous avez un regard bienveillant sur vos ""semblables humains", tout simplement..
    La lecture de votre récit m’inspire le plus grand respect, c’est comme une bouffée d’humanité dans ce monde de brutes....


  • Merci Maitre pour ce que vous êtes et pour les gens que vous aidez.
    Vous êtes comme cette petite flamme qui brille en nous et qui réchauffe quand les ténèbres nous entourent



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