Le travail
raconté par ceux qui le vivent
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Compter les sous que je n’ai pas -
par Estelle Allart

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Publication : 14 janvier 2014

Durée de lecture : 5 mn

Nombre de mots : 1080

Le regard d’une femme, d’une mère, d’une ouvrière "déclassée, pas assez diplômée, trop cultivée" sur ceux qui l’entoure.

J’ai des dettes, la fierté haut placée, le cœur bien accroché.


11 commentaires :

  • Magnifique prose poétique qui me rappelle qu’un texte se travaille comme un objet d’art, que l’inspiration seule ne suffit pas et qu’il faut souvent beaucoup de temps et de patience pour lui donner la forme désirée. Votre texte est à la frontière entre texte narratif et poésie , ce qui lui donne une dimension presque fantastique tant les portraits que vous y dessinez appartiennent à un univers décalé et pourtant si proche de nous. Merci de m’avoir invité à le lire.
    Et bravo pour votre parcours sinueux entre travail et reprise d’études ; pour en avoir emprunté un similaire, je sais à quel point cela a du être exaltant et requérir énormément d’énergie.


  • J’aime beaucoup votre écriture, c’est très beau.


  • Tout est dit et de façon si remarquable.
    A vous lire à nouveau


  • Bonjour à tous et merci à ceux qui lisent, ont même le désir de relire. Je m’obstine depuis des années à ciseler le portrait des fleurs de pavé, gueules cassées et autres décalés. Une bonne centaine dort dans mes tiroirs, je mûris doucement l’idée d’en faire une histoire, destins croisés, entre fiction et réalité, des débrouillards de tout poil. "C’est très beau" dites vous. Cela me touche et m’encourage à sortir du silence. L’acte esthétique est pour moi acte politique, c’est rendre hommage à leur beauté, au sacré de la vie, c’est lutter contre les préjugés. Nombre de grandes plumes et de grands cinéastes se sont consacrés au siècle dernier aux petites gens. Ils ont disparu de nos écrans radars. Je me fous royalement des starlettes du net, des têtes couronnées et autres frasques des grands de ce monde. Je n’oublie pas les métallos de Gandrange, tous les insurgés, indignés, insoumis et autres résistants du quotidien. Pauvre parmi les pauvres, juste armée de mon stylo et de mon clavier, comme le disait Aragon : "Je suis comme vous, une étoile au fond d’un trou".


  • Je voudrais recommander la lecture de "Je suis une armée", pour la beauté de la colère, de "Mme A", pour la beauté de l’analyse et de la lucidité, de "le Moteur du fauteuil", pour la beauté du condamné qui nous apprend à respirer, de "Ligne 11", pour la beauté de la solitude affrontée.
    Le site de la scop le Pavé invente avec d’anciens sociologues le principe de la "conférence gesticulée", celui des économistes atterrés nous aide à mieux comprendre le monde dans lequel nous vivons, le documentaire "Notre Monde" rassemble plus de 35 universitaires, et enfin vous pouvez voir des extraits du film "de Mémoires d’Ouvriers". Vive la curiosité.


  • Bonjour,
    Très émue par votre regard, et ce que vous en offrez en écriture.
    Merci aussi pour vos recommandations de curiosité. Je me permets d’y ajouter, du même réalisateur que De mémoires d’ouvriers, Gilles Perret, son dernier documentaire Les jours heureux, et le groupe de jeunes chanteurs Fauve.
    Je me reconnais dans ces mots : "pour moi, l’acte esthétique est un acte politique".
    Parlez-nous encore !
    Catherine Martinez


  • Bonjour Catherine.
    J’ai écrit quelques lignes que j’ai jeté dans l’espace comme on lance une bouteille à la mer, à l’aventure. Et voilà que ces mots vous touchent, fort, alors que nous ne nous connaissons pas. Mais ce qui me laisse pantoise, c’est cette déclaration : "Parlez-nous encore !". Ce qui me donne tout-à-coup une place que je n’ai jamais tenue. J’ai réfléchi. Je me propose de tenir dans ce petit carré de commentaire un billet d’humeur quotidien. Un carnet d’esquisse, une chronique, les riches heures en Terre du Milieu, croquer ce qui m’interroge, me ravit, m’émotionne ou me met en rogne, au choix et dans le désordre. Les toutes petites nouvelles d’ici-bas. Vous pouvez bien sûr en faire autant, et qui le voudra. Dans ce tout petit carré de liberté, que nous pouvons démultiplier.


  • Bonjour Estelle,
    Ravie de voir que nous avons aussi ceci en commun : le goût de l’esquisse, de la chronique, de l’éphémère, de ce qui appartient au domaine du presque rien et qui résonne si fort pourtant.
    Au plaisir d’échanger à nouveau avec vous et tous ceux qui le souhaitent !
    Catherine


  • Bonjour,

    quel texte ! Je pense le faire lire à mes élèves pour qu’ils aient la preuve, car ils en ont besoin, que la dyslexie n’empêche pas d’écrire et de bien écrire.

    Merci.


  • Quel belle écriture.
    Vous êtes la vie.
    merci.
    Bien à vous,
    Sandrine.


  • Nicolas, merci, vraiment, un immense merci. Quel âge ont vos élèves ? Ma dyslexie est légère, elle ne s’accentue qu’avec la fatigue. C’est en découpant, en placardant, en surlignant de toutes les couleurs mes passages préférés de Rimbaud à l’âge de 12 ans que je me suis vraiment approprié ma langue. L’un de mes enfants est atteint d’une dyslexie bien plus profonde. Je lui ais d’abord servi de scribe, et lorsqu’il arrivait à se déchiffrer à voix haute, nous pouvions ensembles nous émerveiller des capacités de sa pensée. Puis il s’est mis à écrire de la poésie en orthographe phonétique, que je traduisais. Je me suis donc proclamée "traducteur unilingue". Puis il s’est peu à peu approché lui aussi de sa langue, la correction de ses fautes étant alors l’occasion de petites leçons de Français au fil des lignes. J’ai du inventer bien d’autres méthodes pour qu’il se repère dans le temps, dans l’espace, sorte de sa timidité, gagne en confiance ... L’informatique est pour lui un bel outil, l’ouvrage "le Prince des Mots Tordus" est devenu notre référence et il nous arrive de beaucoup nous amuser de nos inventions langagières. Saluez vos élèves pour moi.



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