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Proche de bipolaire -
par France Lorsery

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Publication : 19 février 2014

Durée de lecture : 10 mn

Nombre de mots : 2000

Créer un foyer et vivre pendant vingt ans avec un homme bipolaire, quelles en sont les implications ?

En phase maniaque, le bipolaire est le roi du monde. Il prend des risques, peut avoir une vie sexuelle débridée, dépense des fortunes qu’il n’a pas, a cinquante idées à la minute ; il est parfois extrêmement séduisant et attachant.


26 commentaires :

  • Bonjour France,
    Votre témoignage est poignant et vous décrivez bien la réalité de cette maladie.
    J’ai retrouvé dans votre récit une bonne partie de mon propre parcours et de celui de mon entourage.
    C’est vrai que l’on est bien seul devant cette maladie qui est difficile à diagnostiquer.
    Même si la famille vous aime, on ne comprends plus leur langage. .
    Je crois que le plus difficile pour un malade, c’est d’admettre qu’il est malade et qu’il doit avoir des soins.
    Comme vous dites si bien, il faut trouver les bonnes molécules enfin celles qui vous correspondent le mieux possible, la molécule idéale étant encore à découvrir.
    Dans les phases dépressives, nous sommes par moments comme des enfants perdus. Dans les phases maniaques nous sommes au contraire "les rois du monde", sûrs de nous et infatigables et cela a quelque chose de diaboliquement excitant.
    J’ai eu une période de dépenses excessives, dépensant sans compter pour des dépenses courantes et changeant de voiture tous les ans et payant des pots à gauche et à droite pour meubler ma solitude.
    J’ai enchaîné les prêts à la consommation au point de ne plus pouvoir les rembourser.
    La seule chose qui me peine est que ma famille pense que ma compagne reste avec moi pour l’argent, alors qu’elle m’a aidé à sortir de ma situation de solitude et de mon "enfermement moral" et ma situation financière. Je suis toujours plein de promesses, que je n’arrive à tenir que partiellement.
    Merci
    Francis


  • Merci beaucoup, Francis, pour votre lecture bienveillante . Mon petit texte est volontairement juste informatif, sans pathos. S’il permet de mieux comprendre combien cette maladie cause de souffrance au malade et à son entourage, il a atteint son but.
    Oui, vous êtes, les bipo, diablement excitants lors de certaines de vos phases, et diablement attachants.
    Continuez de vous battre, et négligez les critiques malveillantes et injustes : j’y ai eu droit aussi...
    Et merci à votre compagne de briser votre solitude et de vous soutenir.
    Bien amicalement,
    France.


  • Bonjour France,
    Je voulais vous remercier de votre témoignage fort émouvant. Y-a-t’il des mots pour décrire votre souffrance ? C’est dommage que notre société considère encore les maladies du cerveau comme des maladies "honteuses". Mon ami Jean-Claude et son épouse sont passés à coté de cette maladie et les psy se sont plus penchés sur son alcoolisme sans voir s’émouvoir de sa pathologie. Hélas, il s’est donné la mort en sortant d’un séjour en psychiatrie.
    La médecine a quand même évolué et ils sont mieux pris en charge. N’est ce pas l’essentiel ? Enfin je pense qu’il faut trouver la bonne molécule et que la personne réalise qu’elle a besoin de soins et accepte de l’aide. J’ai perdu une grande amie qui avait cette maladie ; nous voyagions beaucoup ensemble, elle était très douée dans l’art. Je l’aimais comme elle était, mais c’était plus dur pour sa famille, je ne la voyais que de temps en temps. Ca atteint toutes les couches sociales. Ce sont souvent des blessés de la vie. Et dans "la haute" (société) c’était mal vu.
    Merci France d’avoir partagé cela.
    Bon week-end,
    Amicalement
    Anne-Christel


  • Votre texte est troublant, d’une part, parce que j’y vois une relative proximité avec ma souffrance et d’autre part parce que j’ai reconnu dans votre description les psychiatres qui ont pu suivre mon frère et qui se foutent de nous. C’est un témoignage poignant de ce que les proches de malades mentaux subissent, et du mal que ces derniers s’affligent à eux-même. Merci pour ce texte !


  • Bonjour France,
    Votre témoignage, sobre, limpide, m’a beaucoup émue.
    Heureusement que vous avez pu rebondir.
    Je crois que nous avons des ressources insoupçonnées, et quand en plus les enfants assistent malgré eux à tant de souffrance, il faut tenir coûte que coûte. J’imagine que votre meute animale vous a aussi aidée ;-)
    Très amicalement, même si nous ne connaissons pas, mais lire votre récit donne l’impression d’avoir tant partagé... et donne aussi du courage...
    Anoukys


  • Merci, Kahina, et merci Anoukys, de votre lecture bienveillante.
    Oui, les proches de malades souffrent aussi beaucoup. "Comment tu tiens ?" me demandait-on souvent ? Mais , Kahina le sait bien, on ne se pose pas la question, on aime et on accompagne, tout simplement....Et c’est plus facile lorsqu’on n’est pas seul, que l’on a près de soi la chaleur courageuse des enfants, quelques vrais amis, et aussi, oui, Anoukys, la tendresse des animaux !
    J’ai " rebondi", certes, mais je garde de douloureuses cicatrices de toutes ces années, et surtout une grande nostalgie de cet amour fou que l’alcool et la maladie ont brisé.


  • Bonjour

    Il y a plusieurs degrés dans la bipolarité. Certes, l’entourage d’un malade souffre tout autant ne comprenant pas vraiment la force de manipulation du malade.
    Pour nous, les bipolaires, nous ne sommes pas malades. C’est là le gros problème dans cette maladie. En phase maniaque nous sommes des supermans et en phase dépressive nous sommes pitoyables.
    Quand nous avons accepté que nous sommes dans cet état de bipolarité, nous pouvons nous soigner. Notre entourage, (conjoint, enfants) bien souvent ne résiste pas à cette épreuve et s’éloigne.
    Nous nous retrouvons seuls, nous nous replions sur nous mêmes et nous nous considérons parfois comme des parias.
    Il faut prendre régulièrement et à vie ses médicaments et trouver le bon psy qui vous écoute. Mais il faut savoir que le psy n’est pas le guérisseur, il n’est là que pour nous aider à y voir clair en nous-même.
    Les causes de cette affection sembleraient être génétiques et peuvent se révéler à la suite d’un grand stress.
    Cette maladie est très invalidante. Savez-vous si l’on peut être reconnu invalide à 100% ?
    Nous sommes souvent des gens hypersensibles et susceptibles et nous avons besoin de contacts.
    Je souffre du manque d’affection de la part de mes enfants qui ont pris beaucoup de recul par rapport à moi.
    Cette maladie est mal connue et mal perçue ; pour mes enfants, soit je ne suis pas malade et je suis un sale type, soit je suis un malade que l’on laisse de côté.


  • Suite de mon commentaire précédent :

    L’inconvénient des médicaments est une certaine fatigue mentale et un manque d’émotions.
    C’est très difficile de s’en sortir et le doute l’emporte souvent.
    Si je me dévoile ainsi, c’est que j’ai vécu un enfer et c’est pour aider ces personnes qui ont la même pathologie et je pense à tous ceux qui les entourent et qui vivent cela au quotidien.
    Bien amicalement
    Francis


  • Bonjour, Francis !
    Oui, je sais tout ça, c’est douloureux pour les proches, mais encore bien davantage pour les malades.
    Pour répondre à vos questions, les bipolaires que je connais ont eu droit à des pensions d’invalidité, mais pas de 100%. Je suppose que ça dépend des cas, et de la solidité du dossier fourni par le psy. Le problème est que le statut d’invalide n’est pas garanti pour très longtemps , et qu’il faut tous les 2 ou 3 ans repasser devant une commission. Quand on est bipo, quel stress supplémentaire...
    Effectivement, les médicaments assomment parfois, ou pour le moins fatiguent et amollissent, mais on doit pouvoir arriver à trouver le bon équilibre. Bien sûr, cela suppose de renoncer à tout ce qui est si excitant en période UP...
    Oui, les bipolaires sont d’une sensibilité extrême, et c’est ce qui les rend aussi si attachants, si séduisants et si créatifs.C’est votre richesse.Pour les causes de la maladie, je crois que rien n’est très certain : la dialectique du terrain et du milieu sans doute, comme pour tout le reste...
    Ne perdez pas espoir pour vos enfants, ils reviendront vers vous avec la maturité et la compréhension du problème.
    Bon courage, Francis, et fréquentez les forums de bipo, ça aide...Bien amicalement. France.


  • J’aime la sobriété de ce récit.
    Je connaissais le mot "bipolaire" mais j’en ignorais la terrible réalité du quotidien que la sècheresse de la narration fait ressortir en creux.


  • Merci, Philippe, d’avoir remarqué mon parti pris d’écriture, éloigné de ma nature profonde !!


  • Bonjour France,

    Votre texte m’a bouleversé, certainement parce-qu’il exprime ce que j’ai également connu : un proche bipolaire. Ma maman est bipolaire, et refuse de se traiter. Mon père en souffre beaucoup. Certainement encore plus que moi, qui essaye d’en faire abstraction, et refuse de voir la réalité de notre quotidien.
    Ce texte est extrêmement beau, vrai, et révélateur. Les mots me manquent, mais merci de tout cœur pour ce joli témoignage...

    Belle soirée,
    Raphaëlle.


  • Merci, Raphaëlle, pour votre si gentil commentaire.
    J’avais aussi lu et apprécié votre texte : votre ami est menteur et manipulateur, comme les alcooliques peuvent l’être aussi. Il y a des points communs dans nos histoires...cette souffrance épouvantable quand on a le sentiment d’être trahie et de ne pas comprendre, alors qu’on croyait être aimée...Mon court texte ici n’est qu’un résumé un peu froid d’un récit plus intime de ma déchirante histoire d’amour avec mon bipolaire.
    Il faudrait que votre maman soit soignée : je connais des bipolaires bien équilibrés par leur traitement. Mais on ne soigne pas les gens contre leur gré...
    Dites aussi à votre papa d’aller sur les forum de bipo, on y partage des expériences similaires, et du coup, on se sent moins seul et moins coupable. Et on peut y glaner des conseils précieux.
    Quant à vous, protégez-vous : sans abandonner votre famille d’origine, pensez à votre avenir...


  • Bonjour,
    "Pourquoi t’ai je abandonné ? "
    Seules dans l’impasse, j’ai retourné ciel et terre pour trouvrer de l’aide rien ... lutté contre le déni de mon mari et de sa famille...Pas de maladie, pas de traitement, pas de répit ! Fourbue à la barre j’ai laissé une grosse vague colère de décembre balayer mon bipolaire, me suis retournée,
    telle une louve enragée, ouvert en grand mes deux bras à mes 2 petites princesses. Coupable triste et en colère, y a t ’il un sens a quitter un homme qu’on aime ?


  • Bonjour Jamila,
    Votre témoignage est poignant.
    Savez-vous qu’actuellement on peut soigner la bi-polarité, mais encore faut-il qu’il accepte de se faire soigner. Actuellement il y a de bons traitements, qui permettent de vivre au quotidien quasiment normalement. Il y a même des bipolaires qui travaillent. Le plus difficile est la prise de conscience du premier concerné et de son environnement. Ce sont souvent des écorchés vifs qui se sentent à la fois puissant et infatigables et déprimés et colériques. Ne pourriez-vous pas faire ensemble une démarche pour dialoguer avec un tiers compétent.
    Vous souffrez, il en souffre et vos "princesses" en souffrent également.
    Vous pourriez peut-être lire le combat d’un bipolaire, Francis Després sur ce site.
    Allez, courage Jamila ne baissez pas les bras, faite lui prendre conscience et allez voir dans un premier temps votre médecin généraliste ensemble.
    Bien cordialement
    Anne-Christel


  • Anne-Christel bonjour,

    Merci pour votre message. Nous avons consulté, psychiatre, généraliste j’ai suivi un traitement pour dépression post partum (diagnostic d’une psychiatre dés notre première consultation) j’ai proposé l’association Argos 2001 ce qui nous a conduit vers un centre expert réseau spécialisé, il a suivi le traitement 1 mois et 3 consultations ! depuis il ne souhaite plus en entendre parler, le psychiatre qui le suivait avait évoqué : une soeur suicidée et les hospitalisations en psychiatrie de son autre soeur. Pour lui le diagnostic est basé uniquement sur les antécédants familiaux. Lors d’un groupe de parole patients proches où nous étions, un patient a évoqué son psychiatre qui n’était autre que le frère de mon mari. Puis j’ai fréquenter l’association seule quelque temps. En phase down, il s’isole, je gère donc et pendant les vacances s’ajoute ses 2 grands. En phase up, je gère, il passe sont temps à jouer de la musique et sur des sites de rencontres, pose des RRT pour passer ses journées avec ses conquêtes. En phase d’euthymie, je suis responsable de tout ça. Ma soeur m’aide, elle a sa vie à construire. Ma belle famille rejette, le diagnostic me rejette et rejette le simple fait d’en parler. Ma colère a été terrible, je lui ai demandé de partir et le divorce. Je suis coupable, je suis moins tendue avec mes filles 4 ans et 2 ans et demi (je dors la nuit). c’est comme ça


  • Bonsoir Jamila,
    Votre témoignage est très émouvant.
    Il faut effectivement réagir. Surtout ne vous culpabilisez pas, vous n’êtes en rien responsable. Cette maladie est longtemps difficile à diagnostiquer.
    Encore une fois j’insiste, vous n’êtes en rien responsable.
    J’avais un ami qui est bipolaire, il y a fallu neuf ans pour qu’il accepte sa maladie et se soigne et ne buvais aucune goutte d’alcool.
    Suivez votre coeur de mère, vous pensez à vos enfants, c’est très bien.
    Vous savez, les psychiatres ne sont pas des magiciens, il faut qu’il n’y ai aucun lien entre le patient et son psy. D’autre part, il faut que le patient veuille bien accepter de se faire soigner.
    Vous devez vivre une situation très éprouvante pour vous et vos enfants.
    Je ne vous connais pas, mais surtout, je me répète, ne vous culpabilisez pas ! Chacun est responsable de sa propre vie.
    Excusez moi, je dois partir sur Strasbourg, mais comptez sur mon amitié je suis avec vous de tout coeur.
    Peut-être à demain,
    Bien amicalement
    Anne-Christel
    Je n’ai pas le pouvoir de vous dire ce que vous devez faire.
    Votre famille à vous vous soutient-elle ?


  • Emilie Servien :

    Bonjour a tous !
    Allez je me lance premiere fois que j’ose parler sur un forum. J’ai 30 ans, fille du mere de 16 ans et d’un père bipolaire.
    Enfance de princesse hyperactive, l’adolescence arrive et c’est le drame !
    J’ai pris conscience du monde des adultes et de la maladie de mon père ,ça m’a massacré !
    J’ai une vie sociale très compliqué, une vie sentimentale dont on pourrait écrire un livre.
    Je suis tout le temps révolté, je ne suis jamais heureuse, rien ne me satisfait.
    J’ai vu des spy a tirela rigo car sinon je serais dans une boite ou junki.
    J’ai peur d’avoir toutele maladie psyhereditaire telementje me crois folle.
    Voilà juste besoin de vider mon sac et échanger si il y a d’autres fous comme moi !
    Ah oui je suis " artiste collagiste "


  • Bonjour, Emilie !
    D’après mes infos, s’il peut y avoir un terrain génétique prédisposant, la maladie bipolaire n’est pas en soi héréditaire. Votre mal-être est peut-être dû aux difficultés que vous avez pu vivre avec votre papa bipolaire, ou à tout autre chose.
    Vous pouvez aller échanger sur un forum de bipo et proches, vous trouverez plus facilement qu’ici des écoutes et des échanges qui correspondent à votre besoin. Je connais celui-là : http://bipotes.leforum.eu/index.php. Il y en a d’autres.
    Bravo en tout cas de vous être lancée, c’est tellement important de pouvoir se dire et d’être écouté(e).
    Et vous savez, on est tous aussi un petit peu fou, c’est une affaire de degré plus que de nature parfois. Nietzsche disait " il faut avoir en soi du chaos pour pouvoir enfanter une étoile dansante" . Je suis sûre que vos oeuvres sont vos étoiles dansantes...


  • Merci pour ce beau récit, j’ai rencontré une personne atteint de cette maladie et votre texte m’a donné encore plus la hargne de me battre pour elle.


  • Merci, Steeve. Oui, ils valent la peine qu’on se batte pour eux, ils sont si attachants...Mais c’est une bataille qui demande de l’endurance, et dont l’issue est incertaine...Bon courage !


  • Je sais que ça va être un combat de tous les jours :-)
    Mais déjà elle a choisie de ne plus me fuir, et semble motivée à améliorer les choses pour mieux gérer la maladie.

    J’essaie d’avoir des avis/conseils de proches de Bipote mais ce n’est pas évident.


  • Bonjour Steeve,

    Ne vous découragez pas.
    Depuis que je prends régulièrement mon traitement, je vis quasiment normalement.
    Il faut se voir comme une personne normale, la maladie bipolaire se stabilise bien grâce aux traitements actuels.
    L’essentiel est de prendre régulièrement ses médicaments. Il faut aussi voir son psy et beaucoup dialoguer avec elle.
    Ne pas rester sans rien faire, s’occuper dans la journée, avoir des projets.
    La marche est une excellente thérapie.
    Comme dit dialoguez beaucoup avec votre compagne.
    Je vous souhaite un excellent week-end de Pâques,
    Bien cordialement
    Francis


  • Merci Francis de vos conseils judicieux :-)
    Malheureusement, elle a décidé de s’en sortir seule, sans traitement, sans suivi, et voir même sans moi !

    Je vais essayer de la motiver progressivement à changer tout cela même si ça n’est pas évident car elle est partie 15 jours en formation à l’étranger.


  • Contente, Francis, d’avoir de vos nouvelles et de constater que vous allez pour le mieux !
    Steeve, mon conseil est aussi pour vous : ne vous épuisez pas à vouloir la sauver si elle vous rejette, pensez aussi à vous...


  • Non elle ne me rejette pas du tout, elle n’est juste pas habitué à avoir quelqu’un qui est prêt à la soutenir et l’aider.
    Puis j’ai assez de force et de courage pour lutter pour deux :-)



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