Le travail
raconté par ceux qui le vivent
|

Permalien



Copiez le code d'intégration

Publication : 12 mars 2014

Durée de lecture : 24 mn

Nombre de mots : 4860

D’une santé très fragile, Jean-Pierre, professeur de mathématiques, trouve enfin la stabilité dans un nouveau lycée. Jusqu’au jour où surgit le nouvel adjoint au proviseur.

Je suis brusquement devenu mauvais malgré trente ans de bons, loyaux et reconnus services.


5 commentaires :

  • Quel courage ! Quelle patience !
    Je vais dire une chose horrible, c’est que pour qui fait ce métier, cette histoire en rappelle des centaines d’autres.
    Les "managers" de l’Education Nationale sont en hausse constante depuis les années 90. Leur capacité de nuisance est la même que dans le privé. Ils vont à la même école, celle qu’on cherche à décalquer sur le fond d’un Jules Ferry de plus en plus défraîchi. L’école des capitaines d’industrie. Ils appliquent les mêmes méthodes, procèdent aux mêmes manipulations, présentent les mêmes symptômes d’un débordement hors scrupule. Ils sont bénis par le même pouvoir, même quand il cherche à se distinguer du précédent. On se trouve démuni si l’on ne sauvegarde pas cette culture de la solidarité et de l’engagement qu’ont tenté de préserver les syndicats, pas toujours avec sérénité et clairvoyance, peut-être ; mais sans eux, ne restent que des pions, candides à décerveler.
    Face à la prolifération ubuesque de ces ego surdimensionnés, il faut témoigner.
    Merci à Clausse de l’avoir fait. Merci à raconterlavie.fr de le permettre.


  • Grand merci pour votre commentaire. Je suis conscient depuis longtemps de ce que vous dites, mais ça ne me console pas. En ce qui concerne le privé, ces méthodes sont plutôt rares, sauf quand on veut se débarrasser de quelqu’un dans une grosse boite. Les PME qui les pratiquent risquent fort de couler et de façon générale sont sanctionnées par le marché, pas l’Éducation Nationale hélas. Pour les syndicats j’ai des sentiments partagés mais d’accord avec vous.


  • Bonjour Pierre,

    Je viens de lire votre texte ! Ca décoiffe ! Je compatis ! J’ai connu de très bons proviseurs et de très mauvais proviseurs.
    Je crois effectivement que les très mauvais peuvent nuire énormément, c’est leur graal. En 40 ans d’enseignement
    j’ai eu quelques histoires comme ça, mais beaucoup moins violentes que la vôtre. Partout on tend à remplacer l’humanisme par la gestion les humanistes par les gestionnaires, et ça fait souvent des dégats, car les bases ne sont pas les mêmes. L’humanisme a pour valeurs fondamentales le partage, la culture la solidarité, la compassion. La gestion a pour valeurs fondamentales, le profit, l’optimisation, la domination.
    Pour moi mon choix est vite fait , et je pense qu’il rejoint le vôtre.
    Amicalement, Louis Gulli


  • Bonjour cher Louis, et merci, Il me semble qu’on ne peut opposer aussi radicalement et complètement humanisme et gestion. Qu’en témoignent les bons proviseurs que vous et moi avons connus. Ce qui m’a fait très mal c’est la volonté de destruction au lieu de gestion, rappelant les agitateurs totalitaristes d’il y a un siècle qui n’hésitaient pas à s’appuyer sur la pègre dans leur but de déstabilisation, et l’alliance objective entre la politique de Châtel et l’un des tout derniers staliniens d’Europe occidentale, IG qui profite du système tout en le détestant comme témoin de son erreur.


  • Merci, Pierre, pour ce témoignage fort et la liberté de ton pour dénoncer les abus et dysfonctionnements de l’institution.
    Effectivement, vous « portez le fer dans la plaie », et on vous comprend.
    Le plus grave, ce ne sont pas les débordements individuels mais leur impunité et les biais structurels : « soumission féodale à la hiérarchie », « rôle de communication », « aucune espèce d’initiative ou de liberté », clivage primaire/secondaire, dépersonnalisation et contrôle à tous les étages via le principe des transmissions par la voie hiérarchique, montante et descendante, et toujours le sacro-saint principe du « pas de vague ».
    Une « morale minimale consensuelle » à rude épreuve et l’ambiguïté de l’obligation de réserve, confisquant la parole et l’expression conflictuelle, empêchant toute réflexion collective et démocratique au travail. Comment s’étonner de sa déliquescence dans la sphère publique ?
    Sentiment de malaise, d’oppression, dans tous les sens du terme, appelant une « biographie et testament professionnel autant que thérapie ». En effet.



Votre commentaire

Pour poster un message, vous devez vous connecter ou avoir créé un compte.