Le travail
raconté par ceux qui le vivent
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Dans l’ombre des élus -
par Jérémie Cholley

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Publication : 28 avril 2014

Durée de lecture : 32 mn

Nombre de mots : 6530

Le parcours professionnel d’un « collaborateur d’élus », qui fait la lumière sur ce métier.

Si l’on veut que notre démocratie fonctionne, comme une belle machine, il faut des ingénieurs qui la fassent tourner, qui mettent de l’huile dans les rouages, qui jugulent les moments d’emballement. Ces ingénieurs, ce sont, en partie, les collaborateurs d’élus.


9 commentaires :

  • Merci pour votre récit, c’est très éclairant... !
    Sortant également d’un IEP, c’est un récit à transmettre à bon nombre de mes camarades de promo qui souhaitent se lancer en politique. Mais au-delà du cercle politicien, c’est bien que les citoyens lambda puissent savoir comment travaillent nos élus...


  • J’ai été passionnée par votre récit, qui dévoile avec finesse, clarté, honnêteté, humour, des choses que nous ignorons totalement sur la démocratie au quotidien. J’ai été frappée par la complexité et l’ambiguïté du rôle d’un collaborateur d’élu, cette présence-absence que vous décrivez si bien.
    Dans Le magazine du Monde du 2 mai, il y a un article de Laure Mertzel qui parle d’une corporation voisine de la vôtre : les conseillers ministériels, eux aussi indispensables et précaires.
    Bonnes vacances à Stockholm ! Il y a, je crois, dans ces parages des îles où vous pourrez méditer sur votre reconversion !


  • Merci pour ce récit qui nous éclaire sur une activité professionnelle peu connue, en dehors de ceux qui l’exercent

    Je me pose 2 questions en vous lisant :

    • comment arrive -t-on à rester soi même dans ce type de job ?
    • Et est que ce job est une particularité à la française ? Où bien existe -t-il à l’identique dans les autres pays ?

    Et un petit message pour Juliette : l’expression "citoyens lambda" sur ce site me laisse songeuse


  • A mon tour de vous remercier pour vos commentaires. C’est une satisfaction de constater que ce récit a pu "éclairer" l’un de ces métiers de l’ombre, car tel est bien l’objectif, d’autant plus dans une période où les citoyens sont défiants à l’égard de la politique, de nos institutions et de la démocratie. A travers cette initiative, et quelques autres en parallèle, je voudrais tenter à ma modeste échelle de "faire connaître" les activités politiques, et de "parler vrai" pour essayer de sortir des discours "manichéens" et mettre en lumière la complexité de la politique (qui n’est, je pense, que le reflet de la complexité des problématiques de la société contemporaine).

    Pour répondre plus concrètement aux interrogations de Clotilde, faute de place, je réponds en plusieurs fois dans les commentaires suivants !


  • Sur la question de "rester soi même" : Je dirais simplement que "rester soi même", dans un métier politique, équivaut aux mêmes contraintes que celles que connaissent tous les autres professionnels dans leurs différentes activités : comment rester soi-même lorsqu’on est ouvrier à la chaîne, hôtesse de caisse, trader, etc. poussés par des cadences, des objectifs, une hiérarchie qui pressurise, des rétributions de tous ordres qui nous maintiennent parfois dans un état de dépendance ? Je pense que les collaborateurs d’élus sont à l’image des autres salariés : parfois on se trouve dans des situations difficiles pouvant conduire au stress, à la dépression, au burn-out, à des comportements agressifs, malhonnêtes, etc., s’identifier à notre travail et oublier notre "vie perso"... N’être plus nous même... Je crois qu’il n’y a ni plus ni moins de cas de ce type dans les métiers politiques qu’ailleurs... Et la vérité, c’est que la majorité des collaborateurs d’élus se plaisent dans leurs jobs, ou changent d’activité quand ce n’est plus le cas (ce que j’ai fait moi même après plusieurs mois de réflexion), et que rares sont ceux qui ne restent pas eux-mêmes au final... En politique, comme dans les milieux financiers, comme partout, il y a une majorité qui fait bien son boulot, honnêtement et avec la tête froide, et puis, il y en a qui qui perdent la tête, une infime minorité, mais c’est elle dont on entend parler...


  • Concernant votre 2e question, les collaborateurs d’élus existent du fait de la démocratie représentative, et donc, même si je ne suis pas fin connaisseur des institutions dans tous les pays démocratiques, il y a des collaborateurs auprès de tous les élus dans les "démocraties occidentales". Aux Etats-Unis, par exemple, les sénateurs n’ont pas juste 2 ou 3 collaborateurs comme les parlementaires français, mais un cabinet entier ! Pour avoir un ordre d’idée, à Westminster et au Bundestag, les députés britanniques et les députés allemands disposent d’un budget alloué à leurs collaborateurs 2 fois supérieur aux députés français, c’est également le cas au Parlement européen. En France, le recours aux collaborateurs est né à la fin des années 1970 au parlement, et avec la décentralisation dans les collectivités (mon métier de collaborateur de cabinet a été créé en 1984), c’est très récent ! Cette situation est liée à la tradition politique française : sous la IIIe république (1875-1940), les parlementaires et les élus locaux sont des notables qui disposent de moyens financiers qui leurs sont propres, et le besoin ne se fait pas ressentir. Cependant, la complexification du travail d’élu et la volonté de permettre au plus grand nombre d’accéder à des postes politiques (rappelons cette exigence qui me parait essentielle pour la vitalité démocratique !), conduit à avoir une réflexion sur les moyens qui leurs sont attribués[…].


  • […]Comme dans toutes activités, pour bien faire, il faut des personnes compétentes, et il faut des moyens. Dans une période comme aujourd’hui, on fustige les élus sur leurs dépenses : mais, sans indemnités, pas d’élus autres que des retraités ou des rentiers ! et les élus n’étant ni juristes, ni spécialistes de toutes les politiques publiques ou des finances publiques, sans collaborateurs, il leur ait beaucoup plus difficile de produire des textes de lois ou des politiques publiques efficaces et pertinentes (à cet égard, il faut voir la galère des maires de petites communes qui n’ont pas les ressources humaines nécessaires pour gérer leur collectivité au regard des exigences financières et juridiques qui leur sont imposées !). De fait, si la qualité du travail des parlementaires britanniques, allemands ou encore des parlementaires européens, est soulignée, c’est pour beaucoup parce qu’ils ont les moyens nécessaires à la conduite de leur travail, et principalement la possibilité de recruter de la "main d’oeuvre" très qualifiée. Si en France, le recours à des collaborateurs reste un tabou ; aux Etats-Unis, les collaborateurs sont parfois les héros ou les personnages de fictions plébiscitées par le grand public (Spin City il y a quelques années, ou encore House of Cards de nos jours)... Question de mentalité ?


  • Merci beaucoup Jérémie pour vos réponses
    Même si vous n’exercez plus ce métier, vous en parlez fort bien
    Et effectivement, si la question des moyens est dissociée de celle des compétences , où est le pragmatisme ?


  • Viktoriro :

    Bonsoir Jérémie,
    Je vous ai lu deux fois pour essayer de bien comprendre mais je ne suis pas sur d’y être arrivé. C’est vrai que vous vous adressez à ceux et à celles qui peuvent vous comprendre c’est ce qu’on appelle le moule, pour employer un terme d’ingénieur en chimie ou en matériau de construction. Je sens bien que vous exprimez un forte implication dans votre métier de collaborateur dans un cabinet politique.Tout travail se respecte et il l’est d’autant plus s’il est reconnu. Vos dix-huit pages ne sont que ça être reconnu. Vous avez répondu du mieux que vous pouviez aux régles du milieu. Maintenant il y a peut-être une autre façon de le dire car ce boulot n’est pas facile, il est épuisant. Si vous parliez des gens non de celles ou de ceux que vous avez servis, elles savent parler d’elle et pour les autres, n’ayez crainte, mais des "citoyens infortunés" ,des "situations touchantes ou rocambolesques qui prêtent à rire ou à pleurer", si vous qui "avez le loisir de regarder l’évolution de la société", le loisir vous vous rendez compte, le loisir , ça serait bien. Il y a quelque chose de rassurant c’est la fin, pas besoin de citer Nietzsche, Molière (le pauvre que venait-il faire dans cette galère), Rousseau( eh bien je lui préfère Voltaire (même la gueule dans le ruisseau, Gavroche dans les Misérables au cas ou,) et relisez Talleyrand ce qu’il dit de la diplomatie. Enfin je suis rassuré vous les avez quittés.



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