Le travail
raconté par ceux qui le vivent
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Des kilomètres de couloirs -
par MarieL

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Publication : 5 février 2014

Durée de lecture : 8 mn

Nombre de mots : 1680

Comment être assistante sociale au sous-sol d’une Grande Entreprise ?

J’accompagne des salariés en difficulté sur du court, moyen, voire long terme. Les problématiques peuvent être d’ordre privé, personnel, familial. Cela peut être aussi des difficultés professionnelles, de santé, de logement, de finances. Je suis une touche-à-tout des renseignements, de points sur le juridique, l’administratif et le social.


9 commentaires :

  • Plus que jamais votre métier est essentiel mais il reste une obligation presque coupable, un frein à la démesure du travail, à ses impératifs inhumains, obéir, subir quoiqu’il en coûte. Vous savez trop ce dont je parle et votre trouble est certain. J’espère que vous saurez un jour vous aussi garder l’équilibre.
    Sachez que j’ai rencontré une assistante sociale, son écoute, son travail m’ont été d’une grande aide. Je lui suis très reconnaissant d’avoir su établir un lien de confiance qui m’a permis de me protéger et de guérir.
    Merci beaucoup de votre témoignage


  • Bonjour,
    Un accueil et des salariés dont les réflexions et les attitudes en disent long sur le climat de la boîte. Que se passerait-il si vous demandiez à changer votre bureau de place ?
    Bon courage à vous,
    Catherine Martinez


  • Bonsoir
    J’aime le ton de votre récit , à la fois désenchanté et optimiste, votre parti- pris : ne pas lâcher sur l’essentiel . Et j’ai envie de faire la même proposition que Catherine : demander à changer votre bureau de place et observer
    Merci pour ce récit et bon courage


  • Je vous remercie pour vos commentaires et pour l’intérêt que vous portez à mon récit.
    Historiquement, le bureau de l’assistante sociale n’a pas toujours été au sous-sol de la Grande Entreprise. A une certaine époque, il était même proche du service RH. Puis il y a une une restructuration, la Grande Entreprise s’est "séparée" de ce qui n’était pas le corps de son métier : les techniciens, les femmes de ménage et le service médico-social a été sous-traité. Ainsi, l’assistante sociale de l’époque a déménagé au sous-sol et avec sa disgrâce (je ne sais pas comment l’appeler autrement) s’est retrouvée isolée de l’infirmerie, du médecin du travail et du reste du monde.
    Alors, oui, cela fait partie de mes nombreuses récriminations auprès de mon employeur : JE VEUX CHANGER DE BUREAU ! Je préfèrerai être à l’infirmerie, même si c’est dans le placard à balai sans fenêtres. Mais il parait que ce n’est pas possible. Le Code du Travail, la volonté des clients de la Grande Entreprise, le besoin de confidentialité etc. je crois que tout a déjà été invoqué sauf de mettre un algéco sur le parking (je vais le suggérer à mon prochain entretien annuel).


  • Je suis chef d’entreprise et je me bats pour une entreprise citoyenne. Longtemps, la souffrance dans nos entreprises a été physique ; désormais, elle est majoritairement morale et elle n’épargne plus personne. La recherche obsessionnelle du toujours plus, les politiques de gestion des personnes élitistes ont fait des ravages dans la population des cadres.Il appartient à ceux qui dirigent, dont je fais partie, de refuser cette violence larvée qui détruit les individus. Je me débats moi aussi entre mes convictions et la réalité exigeante des responsabilités . Je m’en sors à peu près en plaçant le beau au centre de mes décisions, le beau étant bien sur les femmes et les hommes de l’entreprise. Continuez à prêter votre oreille et à distribuer votre compétence et votre gentillesse a ceux et celles que vous croisez au sous sol de votre entreprise ; ils en ont terriblement besoin. Vous partagerez avec moi mon "irrésistible envie de beau" , un antidote à la violence du monde et à la bêtise des hommes.


  • Bonjour Marie-Laure,

    Bravo pour votre récit. Etant moi-même assistante sociale (mais dans un tout autre domaine), forcément ça me parle. Le passage concernant les lamentations des enfants gâtés qui ne peuvent pas financer leur séjour à la neige m’a bien fait rire ! Il paraît que ce n’est pas bien de se moquer des autres, mais un peu de légèreté et d’humour dans ce métier ne font pas de mal. Plus sérieusement, je trouve que votre écrit témoigne bien de la difficulté à faire exister le poste de l’AS (comme on dit) dans un monde qui n’est pas forcément prêt à l’accueillir. Etre la seule à représenter son corps de métier dans une entreprise, travailler sans équipe (de travailleurs sociaux du moins)... J’imagine cela comme une grande solitude. Il vous a fallu sans doute beaucoup de ténacité et de courage pour faire votre place, et même si votre bureau est encore au sous-sol, vous semblez vous en sortir très bien !


  • J’ai aimé votre récit car je m’y suis reconnue sans doute. Au sein d’une entreprise de "privilégiés", je suis, entre autres, au comité du personnel. Ces personnes si bien loties et qui souffrent sont une réalité, comme vous le dites, si "incompréhensible" soit cette souffrance, elle bien réelle et peut en pousser certains au geste fatal. Parfois mon impuissance à faire prendre conscience de cette douleur aux managers (que des hommes) me mine. Cette année une formation aux risques psychosociaux en entreprise et une formation à l’écoute active, m’aident à aider mieux.
    Merci pour ce récit


  • Si vous saviez à quels points vos commentaires me réconfortent. Je viens de voir aussi que Nicolas Delalande me cite dans son blog, c’est très flatteur. Je n’imaginais pas que pouvoir envoyer mon récit provoquerait des réactions aussi positives, donc merci à vous et au site "Raconter la vie".
    Cela me donne envie de continuer à écrire et je peux déjà vous donner le thème de mon prochain récit : l’invitation à me rendre à une rencontre à l’Assemblée nationale le 9 avril prochain. Pour la provinciale que je suis chaque voyage à Paris a toujours été source d’émerveillements, d’incompréhension, de consternation parfois. Les parisiens sont une source inépuisable d’écriture je crois.


  • L. :

    Bonsoir ML ;
    Pour commencer je te félicite ( je me permets de te tutoyer, de te faire la bise, te serrer la main... ) car pour un premier récit ’’officiel’’ ( rédiger avec attention et publier, dans le but de laisser une trace de tes souvenirs ) cela me semble réussi.

    J’ai trouvé ton œuvre grâce au tag ’’manque de respect’’, ce qui confirme bien ce sentiment de tristesse et de peine, et cette émotion est renforcée par ton côté double-face Naïve/Combattante. Dans l’exemple de la Grande Entreprise ta naïveté t’amène à la déception, de la déception à la tristesse, mais tu romps ce cercle vicieux en t’investissant dans ton domaine, et en cherchant un besoin d’appartenance, un besoin d’estime ( référence à la pyramide de Maslow ). Lorsqu’un des employés de la Grande Entreprise te remercie ou t’offre un cadeau signifie qu’il a de l’estime pour toi. Ta plus grande inquiétude est par rapport à tes supérieurs hiérarchiques, as-tu réellement besoin de l’encouragement de ces BCBG ?

    Écrire ton chagrin sur du papier te permet de prendre du recul et de faire face ! Encore du combat même dans ton écriture bravo ! Elle te décharge d’une énergie négative et va permettre à la geisha de trouver des réponses à ses interrogations.

    Salutations
    L.



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