Le travail
raconté par ceux qui le vivent
|

Je fais partie de l’écosystème -
par Jocelyne Marce

Permalien



Copiez le code d'intégration

Publication : 20 février 2014

Durée de lecture : 6 mn

Nombre de mots : 1300

L’étonnant parcours d’une maraîchère, installée dans le Berry.

Nous oublions en cet instant le mal au dos suite au désherbage, à la cueillette des fraises et des haricots et les caprices de la météo qui ont joué avec nos nerfs. Aurais-je pu imaginer il y a trente ans que je me deviendrais paysanne dans le Berry ?


14 commentaires :

  • Hello ! Bien content de trouver un tel récit. Il touche à une part essentielle de notre société. J’ai participé à la conception et à la création de la première AMAP en tant que militant associatif. Je retrouve beaucoup de points communs ici. Ta façon de travailler a aussi son importance car le marché contribue à maintenir la vie urbaine. Même si cela présente d’importantes contraintes en raison des heures de présence loin de l’exploitation.

    Quand nous avons proposé à un agriculteur de se mettre en AMAP, il faisait de la fleurs. On a découvert à cette occasion qu’il n’existait plus de classe de maraîchage au lycée agricole. Et crois moi, malgré ses quarante ans de métiers, il s’est trouvé confronté à des difficultés oubliées. Il lui fallait passer d’une mono culture à une quinzaine de plantes différentes. Et, au lieu de tout miser sur la date d’une récolte, s’organiser pour l’étaler sur plusieurs mois. Eviter que tout ne parvienne à maturité en même temps est un casse-tête. Tu dois en savoir quelque chose.

    L’agriculture périurbaine et les circuits courts de distribution sont notre avenir. Tu permets à tes clients de mettre un visage sur les légumes qu’ils consomment. Tu remets de l’humain. Tu redonnes un sens. Pas seulement à ta vie. Quel plaisir de redécouvrir des légumes qui ont du goût !

    Merci pour ce récit vivant et cette tranche de vie bien remplie.

    Amicalement


  • bonsoir, bien aimé ce texte sur le travail d’agricultrice. même sur cette minuscule parcelle : car un hectare il ne faut pas le rater : courageux aussi de le faire. mais c’est ainsi :sans être passéiste, il faudra cultiver de cette façon et pourtant la terres est basse,surtout dans la maraichage. bon courage


  • Ici en Provence, un paysan peut nourrir 120 familles avec deux hectares. On atteint largement le seuil de suiffisance pour le producteur. A Artignosc, je connais une jeune femme qui élève cinq vaches. Elle a créé une AMAP. Avec l’activité forestière complémentaire de son mari, ils disent avoir une vie correcte. Avec un mois de vacances pendant la période de gestation.

    Pour cela elle achète un petit taureau parce qu’elle est contre l’isémination artificielle. Qui est sacrifié après avoir fait son oeuvre, comme elle dit. Paraît que quand ils vieillissent ils deviennent c... Les morceaux trouvent rapidement preneurs. Ainsi que les jeune vaux.

    Elle vit aussi bien qu’un éleveur avec ses cent vaches. Les dettes et les soucis en moins. En revanche, elle n’a droit à aucune aide européenne.


  • merci à tous les 2 pour vos commentaires.

    Danielle, en maraîchage les surfaces sont en général pas très grandes. Dans le Cher ou j’habite avec 1 hectare nous avons 1/2 SMI (surface minimale d’installation) seuil pour avoir un statut d’agriculteur ; Il varie selon les départements.
    Notre hectare n’est jamais complètement en culture,on laisse des petites surfaces en repos. Le mal au dos existe aussi chez les personnes qui travaillent assises à un bureau ! Mais nous nous avons le bonheur en plus !

    Franz, effectivement, je connais un peu partout des paysans avec une démarche respectueuse, mais hélas on est loin d’être majoritaires. Nous aussi les maraîchers nous n’avons pas droit aux primes mais quelque part cela nous rend plus libre.


  • correction du message précédent
    lire : 1/2 SMI pour un statut agricole en MARAîCHAGE


  • C’est vrai. Votre démarche est encore marginale et reste de peu de poids dans l’économie agricole. Mais vous êtes à la pointe d’un mouvement qui s’imposera. Par conviction ou par nécessité. Malgré les réglementations contraignantes, il faut parvenir à vous unir afin de mutualiser un certain nombre de choses, les semences en particulier.

    L’autre intérêt des AMAP, qui je le répète ne sont pas la panacée, est de se rendre indépendant du banquier. Puisque ce sont les adhérents qui préfinancent. Mais cela impose une contrainte qui ne convient pas à tous puisque le paysan contracte une dette vis-à-vis de ses acheteurs.

    Il reste à inventer d’autres circuits de distribution. Comme des magasins coopératifs en ville. Ce qui libèrerait du temps pour le paysan, n’étant pas assujetti à la vente. Mais c’est vrai que le contact est un plus et que, quelle que soit la solutio,n il faut chercher à le maintenir. Ce que fait très bien le marché.

    Le dernier point que j’aimerai évoquer et auquel tu dois être sensible compte tenu de ta formation, c’est l’entretien du paysage. Mais on pourra en reparler.

    Amicalement


  • oui, je pense que notre mode d"agriculture s’imposera. Les petites et moyennes fermes sont le maillage du territoire et sa vitalité. Les grandes exploitations sont polluantes et peu pourvoyeuses d’emplois locaux et contribuent au dépeuplement de nos campagnes.
    Nous avons des contacts entre nous et même s’ils ne sont pas planifiés nous nous" reconnaissons". Nous sommes un réseau informel.
    En ce qui concerne le paysage : aie ! Ici dans le Berry les céréaliers ont déjà détruit un maximum de haies bien avant qu’on arrive. Les éleveurs eux ont conservé les haies et ont de plus petites surfaces. Malheureusement, avec des disparités de gains entre éleveurs et céréaliers ces dernières années , certains éleveurs arrachent des haies pour mettre en culture des céréales avec tous les dégats que cela entraînent (paysage, perte de drainage naturel, et augmentation de la pollution car ils n’ont pas choisi de cultiver bio !)

    Et voilà le salon de l’agriculture qui commence ! Vision bien proprette de l’agriculture française.


  • Vivre et produire autrement en maîtrisant au mieux la chaîne de commercialisation et sa conduite de vie alors oui vive l’agrobiologie et la philosophie qui va avec.
    Une question sur le désherbage. Il n’existe pas de moyens pour désherber mécaniquement ?


  • Jean-Paul,
    Nous utilisons maintenant un système de paillage avec du film "plastique’ biodégradable pour des cultures comme l’ail,l’oignon, l’échalote et pour des cultures de repiquage qui restent plusieurs mois en terre. Là, il faut que le terrain soit très bien préparé.Pour les salades nous employons des bâches réutilisables.Le plus difficile a gérer ce sont les semis comme les carottes, les poireaux...
    il existe des systèmes de désherbage thermique à la flamme ou à vapeur mais bon pour le moment ce n’est pas dans nos objectifs car cela a un coût financier et énergétique plus important.
    Ne pas oublier la binette qu’elle soit à main ou tractée par une roue !


  • Merci Jocelyne de ces détails techniques et pour votre combat au quotidien. Vous êtes une pionnière qui préparez un monde meilleur comme quoi il y a encore des utopies qui se réalisent. Encore faut-il que de plus en plus de personnes s’engagent à acheter local des produits de qualité. Ce faisant nous participons nous aussi à changer positivement notre façon de vivre.
    Solidairement.


  • Bel itinéraire que le votre avec des choix qui semblent plein de sagesse. Je suis très admirative des maraîchers ou producteurs, de la façon dont vous choisissez de l’être. C’est une chance pour nous et pour notre planète. Alors merci pour le travail que vous accomplissez.


  • Très joli texte ! Je n’ai qu’une envie : commander vite vos confitures maison !

    Sandrine


  • Viktoriro :

    Jocelyne,
    Je me suis attaché à votre style actif qui ne s’arrête pas comme votre journée. Il y a un mélange pudique du je et du nous chez vous. On ressent dans votre écriture votre corps qui respire bien, le rythme de vos déplacements dans votre univers. J’ai ressenti cet apaisement, cette quiétude à cultiver votre jardin, un endroit paradoxal de repos, de bien-être.Il faudrait être là pour vous voir ou vous regarder quand le client choisit vos tomates qui deviennent siennes. Vous avez bien étendu votre maison si féminine à un jardin à deux, à trois, vous lui avez donné de l’aisance. JMLeclercq..


  • Je tombe sur ce texte par hasard avec un an de retard sur les commentaires. On ne peut tout lire sur le web. Je suis admiratif devant tant d’attachement à la terre. C’est je crois viscéral.
    Je trouve cette collection très en enrichissante. Merci a ceux qui en ont la responsabilité.



Votre commentaire

Pour poster un message, vous devez vous connecter ou avoir créé un compte.