Le travail
raconté par ceux qui le vivent
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La création est si fragile -
par Cathy Raynal

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Publication : 1er avril 2014

Durée de lecture : 4 mn

Nombre de mots : 910

Une mère de famille nous fait entrer dans son jardin secret où elle nous parle de ses envies d’écrire et de jouer de la musique. Ces moments d’intimité sont troublés par les aléas du quotidien.

Le reste du temps, je m’ennuie.


8 commentaires :

  • Créer, c’est commencer par faire le vide en soi. Pour accepter de laisser son inconscient se remplir. C’est s’abandonner à son intuition, aux associations improbables, aux raccourcis inattendus. Mais cela ne s’accomplit pas de la même manière selon que l’on fait de la photographie (qui se concrétise par une rencontre) de la peinture (qui est une forme de yoga) ou que l’on écrive.

    J’ai remarqué que je pouvais peindre en musique. Photographier une foule bruyante. En revanche, impossible d’écrire au milieu d’une musique et encore moins sous la pressions d’un rythme techno. Certains y parviennent peut-être. J’ai besoin d’un vrai silence. Ce qui indique sans doute que nous ne faisons pas appel aux mêmes méandres de notre cerveau. Ni aux mêmes affects.

    Tout ça pour dire que je comprend bien ton désir. Pas une question d’ennui donc. Mais de contrariété. Inutile de se culpabiliser. Cela n’a rien à voir avec le génie. Ca c’est une autre histoire qui ne nous appartient pas. Créer est vital. Partager cette création vient en second lieu. Il faut pour cela parvenir à construire un discours. Intellectualiser son ressenti pour le réensemencer. C’est une autre affaire. Inutile d’y mettre son honneur. Commençons par vivre. En s’en donnant les moyens. Nécessité égoïste pour mieux partager.

    Amicalement
    Franz


  • Merci Franz pour ce retour très intéressant. Écris-tu toi aussi ? Je le soupçonne par des propos.
    Et oui le silence est indispensable, je suis comme toi Franz. Quand on est concentré et qu’on suit un fil, une inspiration, une idée, il suffit de presque rien pour nous le faire perdre ; chaque instant de la pensée est tellement intense sur le moment qu’ on peut avoir des envies de meurtres lorsqu’une personne rentre dans la pièce, ou fait du bruit non loin, ou même lorsqu’on entends une radio ou télé au lointain...
    J’ai bien aimé "Intellectualiser son ressenti pour le réensemencer." C’est si juste, c’est un travail difficile qui demande beaucoup de concentration.
    Oui le reste du temps je m’ennuie. J’exagère à peine.Je ne m’ennuie pas lorsque je suis dans mon jardin à regarder pousser mes fleurs, à les câliner du regard, à les prendre en photo. Je ne m’ennuie pas en compagnie d’artiste,, de rêveurs ou de poètes. Je m’ennuie lorsque je n’arrive pas à écrire ou parce que je n’ai pas le temps ou la tête à ça, parce qu’il faut préparer un repas par exemple, ou sortir faire les courses..Redescendre de mes rêves ou de mes réflexions pour gérer le quotidien me demande parfois un immense effort.


  • La vie est tendre et aisée à troubler disait Montaigne, vous avez raison de vouloir la préserver comme on le fait tous ici sur ce site ; Merci Cathy de ce texte sensible.
    A chacun sa méthode, rigueur, constance, disponibilité, ses singularités. J’aime bien me lever très tôt (5h) pour pouvoir être disponible. Mais je n’y arrive pas toujours. Le flux de la vie ordinaire nous emporte c’est bien normal quand on vit en famille et en société cela n’est pas moins vital . Je conçois la création artistique comme du sport de haut niveau, une activité de recherche expérimentale, un besoin vital qui requiert d’avoir tous nos sens en éveil. Mettre des mots sur son ressenti, celui des autres permet de se dépasser, de fusionner, de voyager...en allant puiser dans les profondeurs, en faisant un pas de côté.


  • 1/2Chère Cathy,
    Votre rêverie est votre atelier d’artisan, il vous prend une place prépondérante dans la vie d’artiste que vous êtes... Aménagez lui une place confortable, même de façon immatérielle, elle le vous rendra au centuple. Pas forcément en vous couvrant d’or, pas forcément sur le champ, mais à la longue, à force de remettre le métier sur l’ouvrage.
    Échangez donc cette frustration de ne pas posséder, dépossédez-vous de cela et vous verrez en vous ce que l’esprit recèle de trésors cachés. L’écriture vous anime, c’est très bien ! C’est alors, apportez lui le grain à moudre, celui qui se terrer dans la parcelle pudique, fouillez ce tréfonds comme s’ l s’agissait d’un gisement à exploiter, sans vous soucier de la famille, amis, ou de l’œil critique.


  • 2/2 Il m’aura fallu une trentaine d’années pour m’accepter tel que je suis, poète. Durant tout ce temps, par excès d’orgueil, je me suis caché de tout, des mots, des personnes et de moi-même ! Conscient que l’on ne rattrape pas le temps, pas tout à fait ! Je fait en sorte que mes écrits, même s’ils ne sont pas publié, et ils ne le seront sans doute jamais, n’ayant pas l’esprit mercantile, je fais en sorte qu’ils corroborent avec mon état d’esprit, mon intime conviction ! Une chose est certaine, lorsque je partage mes poèmes et textes, et ils commencent à être assez nombreux, je suis sûre de le faire avec mon cœur, parce qu’une part non négligeable de moi y est issue. C’est comme un sceau, comme une charte que je m’impose, avec une grande sévérité. Quel contraste, tout de même, avoir le cœur et le corps endurci par la vie et chercher la douceur par l’écrit...


  • 1/2 Merci Antonio-Giuseppe pour votre lecture attentive et pour la peine que vous prenez à m’écrire et me donner des conseils que je trouve judicieux ; je trouve difficile en effet d’écrire lorsqu’on a une famille, avez vous déjà ressenti cette gêne ? moi oui, car j’ai vraiment besoin d’être seule pour cela. J’ai beaucoup moins peur de faire lire mes écrits à des inconnus, qu’à ma famille, mes proches etc...car ce que j’écris est parfois très intime, et sort 1/2 directement de mes tripes. J’ai récemment trouvé un lieu pour écrire : la bibliothèque de Toulouse. Mais je dois prendre la voiture et le métro pour y aller, ça ne peut pas être tous les jours. Alors j’attends le moment où la maison se vide pour me précipiter sur mon ordinateur. Parfois lorsque ma petite famille rentre le soir, je n’ai rien prévu pour le repas ! mais comme je suis de bonne humeur d’avoir pu écrire, j’arrive à tout faire en un rien de temps, et avec le sourire.
    Donc au final, j’ai trouvé comment aménager un temps et un lieu pour ma passion, grâce peut être à ce site, aux échanges qui m’ont amené à une réflexion "productive".


  • 2/2
    Quant à vous ...Je sens bien que vous y mettez une part de vous, de votre coeur et plus encore. C’est ce qu’on attends d’un poète, qu’il parle de la vie dans ses douleurs et ses joies, la vraie vie transcendée, ou pas, la vie telle qu’on la ressent ou qu’on l’espère.
    Après, on peut se demander pour qui on écrit, et pourquoi, ...ça arrive, surtout lorsqu’on n’est pas publié..Le vrai problème est qu’il y a beaucoup plus de gens qui écrivent de la poèsie que de gens qui en lisent ! à partir de ce constat, on fait quoi ?
    j’ai été touchée par votre dernière phrase : "Quel contraste, tout de même, avoir le cœur et le corps endurci par la vie et chercher la douceur par l’écrit". j’avais perçu ce contraste en voyant quelques photos de votre vie publiées sur fb : Oui Antonio, vous nous l’apprenez si on en doutait : on peut être un travailleur de force, peintre, maçon ou plombier, et être un poète, La preuve : Les merveilleux textes et poèmes que vous écrivez une fois la truelle posée !


  • Comme je vous comprends ! Temps libre et tranquillité sont devenues denrées rares. Je n’ai pas fini d’en faire l’amère expérience. Au point de regretter mes temps de solitude. Il est difficile de trouver l’équilibre dans cette vie que le temps social envahit toujours plus. Jusqu’à la retraite qui nous est confisquée ! Mais à vous lire - et c’est grand plaisir -, il apparaît que vous avez la sagesse pour trouver ce passage, si étroit soit-il. N’est-ce pas le propre des poètes de savoir se toiletter l’âme des poussières du monde ? Tenez bon : c’est impérieux, la créativité !



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