Le travail
raconté par ceux qui le vivent
|

Le trouble guère -
par Antonio-Giuseppe Satta

Permalien



Copiez le code d'intégration

Publication : 20 mars 2014

Durée de lecture : 13 mn

Nombre de mots : 2720

L’expérience du service militaire.

La guerre, au bout, il y en a un qui tombe, voire mille, voire des millions et à l’autre bout, il y a celui qui appuie sur la gâchette, voire sur le bouton et au milieu, il y a moi et je dis non.


10 commentaires :

  • salut "mon drôle"
    on dit comme ça chez nous quand on s’adresse à un plus jeune qui vous est sympathique.
    eh oui le service vingt avant c’était pareil.
    quelques uns on dit non aussi à leur façon.
    quelques guerres plus avant, nos grands pères et pour vous arrière grands pères, ont vécu les mêmes souffrances . en pire et n’en sont pas toujours revenu. je pense tout à coup à la chanson d’Aragon- Ferre : "tu n’en reviendras pas..." je ne sais plus le titre exact du poème.
    quelle rage pacifique semble vous animer ! la jeunesse semble plus vivante qu’on nous le laisse accroire.
    une question subsidiaire : qu’est-ce que vous cousez avec votre machine : tricotez vous vos textes : en version plastique
    continuez en tout cas


  • 1/2
    Chère Madame,
    En effet, vous parlez bien d’une rage pacifique ! Une rage qui me tient sur pied depuis 68... C’est que la vie me joue des vilains tours, mais bon ! Je ne veux ni m’en plaindre, au risque de tomber dans le larmoiement surfait, ni baisser les bras, au risque d’avoir fait tout ce chemin en vain...
    Seulement dans ce texte, je me suis efforcé de raconter le plus risible, et le reste... Je peux pas, pas là, c’est pas racontable et puis je peux pas tout dire, pas tout en bloc, pas comme çà sans préambule et gratuitement... Puis faut du temps pour écrire ! Moi le temps je l’ai pas ou alors je me le vole par brides.
    Et dans mon gratuitement, n’entendez pas, je vous prie, une somme d’argent ! Puisque ici l’échange et la diversité sont les seuls monnaies qui vaillent, n’est-ce-pas ! Encore que... Dans raconter la vie, avez-vous comme moi rongé votre frein de ne pas parler d’amour ? Une volonté éditoriale, sans doute...
    Vaste programme qu’est l’amour, joies et peine du cœur, amour naissant, silencieux ou désœuvré.


  • 2/2
    Quant à la machine à coudre ! Elle me sert juste à reprendre des ourlets, du reprisage pour ma fille et sa mère Et pour moi, je rapièce les jambes de mes pantalons de charpentier, ils ont beau être en moleskine, ils n’en sont pas moins éternels et le prix du largeot m’encourage de les faire durer un peu plus longtemps...
    Pour finir, "Tu n’en reviendra pas" est le titre, dont je vous partage le poème.
    Bien à vous, Madame et merci...


  • TU N’ EN REVIENDRAS PAS
    Tu n’en reviendras pas toi qui courais les filles
    Jeune homme dont j’ai vu battre le cœur à nu
    Quand j’ai déchiré ta chemise et toi non plus
    Tu n’en reviendras pas vieux joueur de manille

    Qu’un obus a coupé par le travers en deux
    Pour une fois qu’il avait un jeu du tonnerre
    Et toi le tatoué l’ancien légionnaire
    Tu survivras longtemps sans visage sans yeux

    On part Dieu sait pour où ça tient du mauvais rêve
    On glissera le long de la ligne de feu
    Quelque part ça commence à n’être plus du jeu
    Les bonshommes là-bas attendent la relève

    Roule au loin roule train des dernières lueurs
    Les soldats assoupis que ta danse secouent
    Laissent pencher leur front et fléchissent le cou
    Cela sent le tabac l’haleine la sueur

    Comment vous regarder sans voir vos destinées
    Fiancés de la terre et promis des douleurs
    La veilleuse vous fait de la couleur des pleurs
    Vous bougez vaguement vos jambes condamnées

    Déjà la pierre pense où votre nom s’inscrit
    Déjà vous n’êtes plus qu’un mot d’or sur nos places
    Déjà le souvenir de vos amours s’efface
    Déjà vous n’êtes plus que pour avoir péri
    Louis Aragon


  • Alors vous, vous savez écrire !
    Continuez , je vous en prie !
    Quel style ! On s’y croirait ... Hélas !
    Et vous racontez les histoires les plus drôles , elles sont déjà assez sordides comme çà.
    Moi je suis bien contente d’être une nana avec un tout petit taux de testostérone ( oui oui les femmes en ont et certaines ont aussi une petite moustache !)
    mais quelle Bêtise , elle semble intemporelle car votre récit n’est pas si vieux.
    Merci beaucoup de prendre le temps d’écrire car vous avez du talent pour ciseler vos récits.


  • Bonjour Sandra,
    Soyez heureuse d’en posséder, vous voilà en parfaite santé, Docteur ! A en croire Wikipedia, la testostérone est responsable de la perte de cheveux chez l’homme. Tiens, j’ai encore tous les miens ! Bon...
    Quant à bon nombre de ces jeunes militaires, ils étaient sur le point d’atteindre le pic de taux de testostérone, mais n’en n’avaient nulle conscience.
    Quant à savoir écrire, c’est facile d’aligner des mots comme pour parler, raconter la vie quoi ! Qu’il s’agisse d’écrire un fait vécu, les images sont encore présentes, je ne fais que transcrire sur le papier. C’est d’imaginer que je ne sais pas faire ! Non pas que je manque cruellement d’imagination, mais plutôt, mon imagination va et vient, elle est vagabonde, insaisissable , c’est ainsi. Toutefois, je prends vos compliments, plus que de flatter mon ego, ils sont un baume.


  • Merci pour ce beau texte qui rend le témoignage acceptable. Quelle horreur que ce service militaire, heureusement que la société a évolué, pourtant ce n’est pas si lointain. L’humour rend la lecture agréable et l’on ressent la stupidité d’un certain personnage que vous avez eu à subir. Peut-on ajouter que cette période, pour certains jeunes, était un préambule à l’alcoolisme et comment parler d’égalité femmes/hommes quand, sous l’égide de la République, les femmes, que ces jeunes fréquentaient, n’étaient que de la pure consommation. L’armée ne rime pas avec éducation comme cela a été dit tout au long du 20ème siècle. Enfin, un homme qui ne se souvient pas du service militaire comme d’un souvenir "merveilleux", vous êtes une exception.
    Continuez à écrire, la lecture est plaisante.
    Amicalement.
    Marie


  • Bonjour Marie,
    C’est qu’il m’en fallut du temps de réflexion, d’analyse pour ne pas sombrer dans le pathos.
    Quant à l’égalité des sexes, entendu l’homophobie évidente, il était de mise pour l’ensemble du genre humain de cracher dessus sinon de faire la chasse à l’homosexualité par pur défoulement, ou pour taire un refoulement...
    L’homme est ainsi fait, chère Madame ! Il veut bien fantasmer sur le séant joliment galber d’une femme, assouvir un désir sous couvert de l’érotisme, quitte à payer pour ce faire, sans que jamais le désir réciproque ne soit avoué... De là à penser que maman n’est pas loin, il n’y a qu’un pas.
    Puis, les rapports de force sont omniprésents, une hiérarchie promeut cela, jusqu’au mâle alpha.
    C’est vous dire le gouffre, l’abîme qui sépare encore la femme de la mère.
    Un jour viendra, je devrai à mon tour, m’affirmer dans un monde de femme. Je m’y prépare déjà, vous savez !
    Bien à vous


  • Bonjour,
    Quel rythme dans votre écriture, un peu comme celui d’une mitrailleuse.
    J’ai été emportée par votre récit, précis, concis et net pour évoquer un rituel qui heureusement, n’a plus cours de nos jours.
    Sacrée initiation que voilà et vous l’abordez avec le second degré salvateur qui a du vous aider à supporter les pires supérieurs et les pires conséquences d’un "effet de meute" qui est capable d’annihiler toute capacité de raisonnement. Un peu comme dans Full Metal Jacket, grand film au demeurant.

    Merci pour ce micro voyage que vous m’avez proposé dans l’intimité de la vie d’un jeune homme au service militaire.

    Bien à vous,
    Marie


  • Bonjour et bonsoir Marie,
    J’ai laissé juste la fenêtre entrebâillé, pour ne pas enrhumer mes souvenirs encore présents.
    Un chat de passage est passé par là et c’est un courant d’air qui suivit, emportant au passage comme l’eût fait un voleur, mes plus belles pièces, mes instants de vie, les moins endiablés... Dés lors, je veille comme le gardien du phare pour ne pas oublier ce qui me reste de vie en mémoire.
    Parfois, je me repose. Il advient durant ces instants paisibles qu’une once de doux souvenir m’envahisse en mon entier, et qu’une souvenance apparaisse... Une pièce, un morceau de choix à mon puzzle éclaté vient me mettre en liesse au moins pour la journée entière.
    Quant à se rappeler du plus risible, c’est forcément le moins pénible à dire... Puis faut pas tout dire ! Tout n’est pas racontable, ça pourrait plomber l’ambiance !
    Bien à vous, Marie...



Votre commentaire

Pour poster un message, vous devez vous connecter ou avoir créé un compte.