Le travail
raconté par ceux qui le vivent
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Madame A. -
par Pierre Cendrin

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Publication : 15 janvier 2014

Durée de lecture : 12 mn

Nombre de mots : 2440

Mme A. a 56 ans. Elle est veuve, femme de ménage et aide à domicile. Elle se perd dans les papiers administratifs et court après les heures de travail. Un portrait sensible et juste de Pierre Cendrin.

Mme A. est d’origine bretonne. Née d’un père qui entretenait sa petite ferme et qui était ouvrier d’usine, d’une mère qui tenait son foyer en élevant ses douze enfants.


9 commentaires :

  • Bonjour,
    la solitude devant les problèmes de la vie, la maladie.
    C’est très émouvant.
    Bien sûr, on sent qu’on n’a pas envie de faire pleurer dans ce récit plein de dignité.
    Mais cela nous renvoie forcément d’une façon ou d’une autre à nos expériences passées/ j’ai eu un père malade, j’ai eu affaire à des assistantes sociales, des gens dans des bureaux qui n’ont pas idée de ce que c’est que de voir dans le regard des autres le poids des soucis trop nombreux pour une seule personne.
    Enfin je ne veux pas mobiliser la parole devant la souffrance de cette dame. Mais j’ai envie de pleurer parce que tout cela me fait encore mal et , surement aux autres aussi qui vivent encore de tels conflits avec des gens qui sont là pour comprendre normalement et aider.
    Merci.
    Bien à vous,
    Sandrine.


  • Le ton journalistique , sans pathos, tranche fortement sur le portrait en creux dessiné de Madame A. La puissance du propos n’en est que plus forte. Le narrateur/spectateur n’est cependant pas dénué de parti-pris lorsqu’il fait apparaître ses commentaires subjectifs à certains endroits du texte et qui laisse surgir son empathie pour cette Madame A. Il ne faudrait cependant pas grand chose pour en rire ; la limite est fragile entre ironie et respect, entre rire et émotion. J’aime beaucoup.


  • J’ai lu ce témoignage avec beaucoup d’intérêt mais j’éprouve néanmoins un sentiment de gêne . Le ton du récit - et donc de celui qui tient la plume - semble être celui de quelqu’un chargé de faire un rapport sur une situation, de l’évaluer . Par exemple, Mme A confond les contrats TIL et les contrats PIL. Et bien en ce qui me concerne, je n’en ai jamais entendu parler non plus et je n’ai aucune idée de ce que c’est , et si ça peut être utile à Mme A.
    J’aurai aimé plus de développement sur ce qui est esquissé dans une phrase " le repérage par le mari pour voir où c’était " , mari décédé qui ne peut plus chercher avec sa femme les adresses où elle doit exercer son activité .
    J’aurai aimé aussi plus de développement sur la nécessité d’un déménagement obligeant Mme A. à quitter un jardin et ses rosiers , qui semble un grand élément de réconfort dans sa vie actuelle.
    Et enfin, j’aurai aimé plus entendre la parole de Mme A. elle-même .


  • J’ai relu ce récit après l’avoir édité celui-ci me mettant mal à l’aise après ma première lecture. Une deuxième lecture fait apparaître un certain nombre d’incohérences à savoir "Madame A est née en 1957 d’après son âge, sa première fille naît en 1970 elle a donc 13 ans, les années suivantes naissent deux filles 71 et 72 puis un garçon en 74. Les grossesses se terminent donc en 1974 Madame A est donc âgée de 17 ans. Le parcours n’est déjà pas commun.
    Elle divorce en 1984 âgée de 26 ans et se met tout de suite à travailler. 20 ans d’expérience professionnelle...
    Outre le ton du récit qui parfois est condescendant voire indélicat : "âgée de 56 ans elle en parait 10 de plus", "quand nous sonnons chez l’allocataire" "après un intense effort de mémoire, elle se souvient..." etc...
    Ce qui me désole compte tenu du parcours de cette femme c’est la solution proposée pour résoudre la solution ; une VAE d’auxiliaire de vie un emploi très dur et qui ne me semble pas du tout approprié à son état de santé : début infarctus en 2010 et hernie discale. Cerise sur le gâteau pour alléger ses charges et alourdir son sort lui enlever ses souvenirs et son jardin... Je suis mortifiée par ce récit, J’espère qu’un jour la pesée du nombre d’années de travail sera faite au poids de notre parcours enfant jeune état de santé pour valider une retraite qui paraît être méritée avec des allocations plus décentes


  • Bonjour à vous,

    Merci de votre intérêt et de vos commentaires.

    L’entretien sociologique ne fait que recueillir la parole de l’enquêtée. Les incohérences dans les dates sont autant d’indicateurs d’une trajectoire erratique, remplie d’embûches et de difficultés.

    Sur les confusions relatives aux types des contrats de Mme A., cela dit bien toute la distance entre ceux qui conçoivent les politiques publiques, de droite comme de gauche (et tout spécialement concernant le RSA), et leurs publics.

    Et dire que Mme A. fait 10 ans de plus que son âge, ce n’est aucunement de la "condescendance" : c’est rappeler la différence entre l’âge social et l’âge biologique. Et oui, les membres de certains groupes sociaux sont victimes, justement, de leur appartenance sociale.

    Encore, le fait d’avoir oublié le rdv est significatif des priorités qui occupent son esprit, à savoir faire "la cavale", et ne veut aucunement sous-entendre que Mme A. aurait une tête de linotte.

    Encore merci de vos attentives lectures.

    Cordialement,

    Pierre Cendrin.


  • Certains de sourire, d’autres d’aller vérifier des dates, confondant deux générations au plus fort de leur suspicion, d’autres encore d’accuser l’auteur. Oublier, confondre, ne pas savoir, ne pas pouvoir se jouer de la machine administrative, ne pas pouvoir se dire. Le portrait est forcément forcé. Se raccrocher à ses rosiers, garder les dents serrées, ne posséder que son corps. Ne pas plier, ne pas se coucher, ne pas céder. Ne pas se soumettre, une fois encore, aux injonctions de l’assistante sociale, de l’employeur municipal, au patronat bienveillant qui vous scrute gratuitement.
    Je connais ces femmes précaires. Je suis au milieu d’elles, de la caste des seigneurs, parce que je suis titulaire de mon poste. Parce que je suis armée. Je maîtrise la parole. Mme A ne viendra pas écrire sur ce site. Mme A dort devant la télé, se meurt de honte peu à peu, se ressource à ses enfants, tout doucement, histoire de ne pas trop leur prendre.
    Oui, l’écriture sociologique se fait au scalpel. Elle charge de tout leur poids de déterminisme nos "cavales". Alors rengainez vos rires, repliez vos gênes, oubliez vos apitoiements et vos consternations de convenance. Allez voir le film "De Mémoires d’Ouvriers". A nous autres seigneurs, qui se payent le luxe d’écrire le dimanche, et même le jeudi, respect pour ceux qui en savent pas, qui ne peuvent pas.
    Je vous remercie monsieur Cendrin. J’ai écrit un texte intitulé "Compter les Sous que je n’ai pas". A vous de voir.


  • Le récit m’a beaucoup surprise : il entre dans la rubrique "au service des riches" et je m’attendais à tout autre chose. Cette femme n’est pas au "service des riches" : l’aide à domicile, le stage dans une collectivité, etc. sont-ce des prestations pour "riches" ?
    Je rejoins, sinon, le malaise que d’autres lecteurs ont ressenti à la lecture de ce récit : oui, on peut parler du scalpel de l’écriture sociologique. C’est aussi sûrement l’impuissance des témoins face à une personne en souffrance, que le médecin doit traiter à coups de prozac ou autres médicaments du même acabit. Impuissance du témoin devant une personne "engluée" sociologiquement et personnellement.
    On a à la fois envie de la plaindre, envie de la secouer...
    C’est en tout cas trop facile de s’en prendre aux assistantes sociales, il me semble, ou autres agents qui font aussi ce qu’ils peuvent.


  • Merci pour ce témoignage si proche d’une vrai réalité. De secrétaire de direction j’ai du faire des ménages et du repassage en passant par la case gardienne d’immeuble â nettoyer les poubelles. Et pourquoi pas se prostituer me suis je demandé alors que je subvenais difficilement a mes besoins. La réalité monsieur c’est que nombreuses sont les personnes qui essayent de joindre les deux bouts et vous l’avez très bien décrit et peu importe le chemin l’épuisement moral et physique se font forcément présents dans ces cas là et oui on prend tous 10 ans dans la figure...


  • Madame A., c’est un peu moi, en plus vieux. Moi, je suis Madame B., B comme Babeth, B comme bonniche, bonne à tout faire ou bonne à rien, je ne sais plus trop à force. Merci pour ce témoignage très fort, qui mérite d’être lu et partagé.



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