Le travail
raconté par ceux qui le vivent
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Matricule 113 -
par Kahina S.

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Publication : 12 juin 2014

Durée de lecture : 19 mn

Nombre de mots : 3850

Une étudiante, caissière à Carrefour, étouffe puis démissionne.

Une année de bons et loyaux services et pas un remerciement, pas un sourire. Pas de pot de départ. On fête le départ des cadres, des chefs, des responsables. Pas celui des caissières.


44 commentaires :

  • Une gifle pour démarrer la journée, ça réveille... merci !


  • Bonjour,
    Merci pour votre lecture et votre commentaire. Je crois que c’est l’une des vocations de mon texte de ´´mettre une gifle", je souhaite briser l’omerta, choquer, exprimer sans détours ce qu’est le quotidien d’une caissière, mettre chacun devant ses propres responsabilités. Ce texte, c’est ma révolte !

    Je vous souhaite une bonne journée,

    Kahina


  • Superbe !
    L’écriture, le style, le rythme.
    Vos réflexions sur l’écriture et la narration.
    Tout.
    Et surtout votre témoignage.
    Vous écrivez votre vie, comme vous le dites et avec tant de force et talent !
    Bravo.


  • Chère Catherine,
    Merci pour votre commentaire qui me touche beaucoup. J’ai témoigné sur ma vie et celle de tant d’autres. Le style et le rythme d’un texte donnent ce je ne sais quoi qui fait qu’il plaît. Par dessus tout, je pense que le fond prévaut. Parce qu’une existence pas forcément exceptionnelle mérite d’être contée. Combien y a-t-il de magasins en France ? Combien de caissières emploient-t-ils ? Comment vivent-elles leur quotidien au travail ? Lisez les forum qui ont pour thème la vie de caissière ; c’est édifiant, des Kahina il y en a partout. Derrière mon "je" se cache un "nous".

    Bonne fin d’après-midi.

    Kahina


  • Je suis tout à fait d’accord, des Kahina il y en a partout, des invisibles aussi, et c’est bien pour ça que j’apprécie autant la lecture des nombreux témoignages offerts sur le site de Raconter la vie !


  • Idem pour moi ! Je crois que nous formons un Parlement des Invisibles !!


  • Bravo Kahina…superbe témoignage, absolument maîtrisé ( un étudiante es Lettres) qui mène son récit sans temps mort . Je viens de lire "sur le quai de Ouistréham" de Florence Aubenas auquel votre texte me fait penser.
    Vous avez du talent.
    merci


  • Cher Christophe,
    Merci infiniment pour votre lecture et votre commentaire. J’ai entendu parler du livre de Florence Aubenas, elle se met dans la peau d’une femme de ménage. Je ne sais pas si j’ai endossé le costume d’une caissière ou si je suis véritablement devenue caissière durant cette année. J’ai refusé de me soumettre aux diktats moraux mais, j’ai accepté de me nier parfois. C’est trop difficile pour moi de renier cette vie de caissière par solidarité envers mes anciens collègues. Je suis sortie de ce cauchemar mais eux y sont encore. Mais il ne faut pas oublier qu’un tas d’autres professions à l’image des agents de sécurité (je vous passe les remarques des clients les concernant) et les agents d’entretiens vivent les mêmes choses. J’ai travaillé en tant que femme de ménage durant un été pour une société très connue de recherche pharmaceutique. Je n’ai jamais vécu pire humiliation ; les gens qui vous toisent comme si l’air que vous respirez leurs est dû, les mots envoyés à la hiérarchie parce qu’une toile d’araignée s’est logée derrière le chauffage, j’arrête d’en parler ça m’énerve. Il faut changer les choses et pour cela, tous doivent prendre conscience de ce qui se passe. Voilà l’une des raisons de ce texte.

    Bien à vous,

    Kahina


  • Bravo, je ne devrais dire que cela, les autres commentaires l’ont bien exprimé, et je les partage . Une leçon que certains oublient en réduisant encore et toujours les gens à leur tâche du moment, pour en établir une bête hiérarchie


  • Cher Pierre,
    Merci pour votre commentaire. Je crois aussi qu’on est bien souvent réduits à nos tâches, quand on travaille dans certains domaines. Je condamne cela.

    Bon après-midi,

    Kahina


  • Bravo ! C’est un texte très fort et percutant. Vous nous faites vivre votre quotidien sans apitoiement sur vous-même. Et nous partageons aussi votre lassitude et votre révolte.


  • Bonjour,
    Merci pour ce gentil commentaire. Vous avez bien saisi le but de mon texte ; une révolte contre un système déshumanisant et humiliant.

    Bien à vous,

    Kahina


  • quel souffle ! et quel soufflet :)


  • Merci Seysha ! Je crois qu’il faut arrêter de se murer dans le silence. Cesser de subir. Ecrire sans concessions !!

    Bien à vous,

    Kahina


  • Quelle rythme ! essoufflée moi aussi. C’est vous que je vais voir derrière les sourires des caissières de mon SuperU, Kahina, en espérant que toutes possèdent votre énergie. Je n’ai pas lu votre récit comme celui de Florence Aubenas - mais j’ai pensé moi aussi à ce superbe livre - car vous n’êtes pas devenue caissière pour enquêter sur le métier mais bien par nécessité. Vous témoignez donc autant de votre statut d’étudiante que de celui de caissière, ce qui en dit long sur les conditions de vie des étudiants.


  • Chère Catherine,
    Merci pour votre commentaire. Les conditions de vie des étudiants peuvent être difficiles lorsque les parents ne peuvent pas subvenir à leurs besoins. Les aides de l’Etat sont parfois soumises à tant de conditions que nous en sommes exclus. Parce que j’ai 28 ans je paye mon abonnement de transports en commun 57 euros par mois, je recherche actuellement du travail. J’ai appelé la MDR pour une aide qui m’a envoyée au CCAS qui m’a renvoyé au CROUS. Tout le monde se dégage de ses responsabilités. Que faut-il faire ? Travailler. Un job étudiant, voilà ce qu’était mon travail de caissière. Mais pour certains c’est une carrière. Il faut une prise de conscience du fait que certains travailleurs sont déshumanisés. Il faut changer les choses !!

    Bonne soirée,

    Kahina


  • S. :

    bravo pour ton texte percutant


  • S. :

    c’est une situation dans laquelle je me retrouve absolument, étant moi-même étudiante et contrainte d’effectuer un job étudiant complètement avilissant...
    les coups durs de la vie (ceux qui n’arrivent qu’aux pauvres) ont fait que j’ai pris 3 ans de retard dans ma scolarité. à 25 ans, je suis toujours résidence CROUS, à suivre en traînant des TD avec des gamins donc l’âge creuse un fossé entre eux et moi.
    de vrais sables mouvants : plus je vieillis, plus mes besoins financiers augmentent, moins j’ai de temps à consacrer à mes études, moins j’ai de chances d’avoir un salaire convenable vu le peu de chances que j’ai désormais d’avoir mon master...
    tout ça pour que je finisse avec un bout de papier qui ne vaudra rien sur le marché du travail.
    avec une culture qui ne me servira à rien dans le milieu que je ne pourrai jamais quitter, qui n’engendrera que des frustrations "j’aurais pu, si les conditions de départ avaient été plus favorables" etc
    cette culpabilité, d’avoir choisi les lettres et les humanités, plutôt qu’une formation technique, d’avoir fait un choix de petite fille gâtée, d’avoir fermé les yeux sur les réalités de ma condition sociale de départ.

    bref, de mon côté, je ne suis pas caissière mais hôtesse d’accueil en entreprise.
    c’est la même merde, les mêmes insultes, le même manque de reconnaissance.


  • Chère Claude,
    Merci beaucoup pour votre commentaire. J’ai moi aussi arrêté mes études pendant quelques années parce que les coups durs de la vie ne m’ont pas épargné non plus. J’ai choisi les lettres parce que l’écriture est la seule chose qui m’anime. Ça peut paraître assez utopique de dire cela. C’est difficile d’en faire son métier. Alors je poursuis mes études en espérant trouver une voie réaliste dans laquelle je peux m’engager. Même si je suis bien plus âgée que mes camarades de classe, j’ai fait de superbes rencontres ! Oui, nous avons besoin d’argent et donc, nous devons travailler. Des jobs avilissants pour la plupart. La vision que l’on a d’une hôtesse d’accueil ne doit pas être éloignée de celle de la caissière du moins sur le plan de la déshumanisation. Je suis souvent pessimiste mais je ne peux pas me dire que les choses ne peuvent pas changer pour nous. La réussite doit être le fruit d’un combat constant. Les lettres ont une image négative. Moi je m’y sens bien. La finalité que je vise c’est l’épanouissement. Je préfère être pauvre et heureuse !!!

    Bonne soirée,

    Kahina


  • Vote style est enlevé:Il donne envie de lire la suite.
    Ce que vous décrivez,se retrouve malheureusement souvent:Comment arriver à avoir des rapports sociaux moins agressifs ? C’est peut etre l ’esprit de compétition qui pourrit nos échanges.
    Rechercher des situations "zen" pour compenser ,un peu,l’agressivité quotidienne,c’est ce que j’ai essayé:Marcher,prendre le temps de respirer,voir un film qui me fait du bien,gouter lentement un gateau,etc.
    Chercher à retrouver notre sérénité.Cest un entrainement constant.

    Quant auxcaissières,moi,un client,je les trouve très bien:Agréables,réservées, je leurs mets 20sur 20.


  • Cher Jean-Paul, merci pour votre lecture et votre commentaire. Malheureusement, les rapports sociaux tendent de plus en plus vers une espèce de méfiance et de moins en moins vers l’aménité. C’est assez affligeant je dois bien l’avouer. Je suis d’accord sur le fait que l’on doit compenser pour se décharger. Mais c’est parfois difficile, lorsqu’on mène une vie à 100 à l’heure ! C’est gentil pour les caissières, même si de plus en plus perdent leur sourire !

    Bien à vous,

    Kahina


  • Merci Kahima pour ce récit. Prendre le temps de sourire, de plaisanter avec les caissières de supermarché. Prendre le temps de vivre tout simplement. Grâce à vous je ne passerai plus à la caisse comme une formalité. Il est vrai que je suis dans une petite ville où sauf quand les touristes arrivent on a le temps de vivre dans notre Super U.Les caissières ne sont pas anonymes et quelquefois le luxe de pouvoir les choisir en fonction de leur gentillesse, de leur remarques : "C’est bientôt les vacances, vous allez avoir vos petites filles ?" Je ne suis pas une anonyme et ma caissière elle aussi a sa vie, je deviens une grand mère. Ce travail peut être plein d’humanité, cela dépend de l’ambiance donnée par la direction. Bon courage pour la fin de vos études. Je suis pleine d’admiration pour ces étudiants qui doivent travailler.


  • Bonjour,
    Merci pour votre commentaire. Je crois que vous avez raison, il faut prendre le temps de vivre. Les caissières sont un exemple éloquent. "Grâce à vous je ne passerai plus à la caisse comme une formalité" : cette phrase montre que mon texte a atteint l’un de ses objectifs, rendre visible les caissières, les "humaniser".

    Bien à vous,

    Kahina


  • Finalement, je crois que je n’irai pas à Auchan aujourd’hui :)
    Merci !
    Style ébouriffant et lucidité, j’adore !


  • Bonjour, merci pour votre commentaire !


  • Merci beaucoup, Kahina, pour votre texte. J’ai aimé le lire, il y a du rythme, du souffle, de l’émotion, on vit avec vous, on ressent les injustices. C’est bien d’avoir écrit ce texte, continuez,
    Micheline


  • Chère Micheline,
    Merci pour votre lecture et votre commentaire. Je pense que ce texte avait une raison d’être ; il a été une thérapie parce que cette expérience a été difficile et l’exprimer à l’écrit permet de se libérer et de regarder les choses sous un prisme différent !

    Bien à vous,

    Kahina


  • Merci pour ce texte si bien écrit et qui nous plonge dans le concret de ce que l’on pressent en faisant ses courses ou en discutant avec les caissières...
    Si plus de personnes arrivaient à écrire de tels textes peut-être ces supermarchés se verraient-ils contraints de changer de politique, au nom de leur sacro-sainte image.


  • Bonjour,
    Merci pour votre commentaire. Je partage entièrement votre avis. Mais voir une évolution possible des choses me semble bien illusoire ! Presque toutes mes anciennes collègues craignaient la hiérarchie et donc, étaient très dociles. La rébellion pouvait leurs valoir leur poste. Alors écrire... Indubitablement on se tait et on supporte...

    Bonne journée,

    Kahina


  • Je viens de lire votre texte. Très bien écrit. Violent. Comment avoir envie de rentrer dans la vie active en ayant cette première expérience ? Vous êtes courageuse. Cette grande distribution broie les femmes et les hommes qui y travaillent et peut-être même qui y achètent. La fin de votre récit est très réussie également.


  • Merci pour votre lecture et ce commentaire, cher Julien. Une expérience comme celle-là, c’est une gifle que l’on se prend en plein visage. Oui, j’ai peur de rentrer dans la vie active mais je me battrai pour exercer le métier que j’aime. Sans soumission à aucun diktat. Je suis peut-être bien naïve, mais je suis convaincue qu’on peut faire changer les choses.

    Kahina


  • Uppercut de grande conso ! Ca fait un bien fou !
    Carrouf’ qui déshumanise les caissières, et les clients ! Le client Roi est une expression qui m’a toujours filé des boutons !...peut être parce qu’au roi justement on lui a coupé la tête il y a déjà un moment ?!
    Bravo d’avoir opté pour la liberté d’une vie choisie et non-soldée !


  • Bonjour,
    Merci pour votre lecture !
    Le véritable roi est l’argent ; oui, générer du profit est l’objectif numéro un dans le monde du travail. Faire du chiffre, investir. Au mépris de certaines libertés fondamentales. Au-delà des libertés du salarié, je parle des libertés dont doivent pouvoir jouir tous les êtres humains. Quand on a des patrons ou des responsables qui écrasent leurs employés pour un tas de raisons qui ne relèvent pas forcément du travail en lui-même (volonté d’asseoir son autorité...) et qu’on voit que certains salariés ne se défendent pas par crainte de perdre leur travail et bien, ça me fout en rogne. Alors je démissionne ! Et si mes droits sont bafoués de nouveau, je ne me laisserais pas faire. Démissionner, ça a été une libération, mais une fuite quelque part. Avec le recul, je pense que j’aurais dû me battre (syndicat, prudhommes) parce que certaines pratiques étaient illégales. Il faut tirer des enseignements de chaque expérience !

    Bonne fin d’après-midi,

    Kahina


  • Texte acéré. Nous en sommes là d’un monde économique au profit sans fin, à la compétitivité sans merci.
    Malgré les études montrant le caractère pathogène d’une organisation du travail où tous auraient à gagner d’un fonctionnement plus coopératif. Ce que le bon sens sait d’emblée.
    Démissionner a toujours été le fait d’une minorité, même il y a 40 ans, au début de la crise du pétrole.
    Pour ce qui est des prud’hommes, des modifications dans la réglementation sont en train de les désarmer. Il est temps de s’en saisir et de renouer avec la solidarité et les luttes collectives. Pour plus d’efficacité et pour rendre la charge individuelle plus légère.
    En vous souhaitant de meilleures conditions d’étude et de belles perspectives.
    Merci, Kahina, pour ce témoignage et cette belle énergie.


  • Marie,
    Merci pour votre lecture. Je crois que ceux pour lesquels nous travaillons (la plupart), n’ont aucun intérêt à organiser le travail de manière à ce que ça arrange le plus grand nombre. Nous ne sommes que des pions, là pour faire du chiffre, tout est quantifié, calculé, et donc le facteur "humain" n’entre plus en considération. J’ai fait le choix de démissionner parce que ma part d’humanité est trop réfractaire à ce fonctionnement. Peut-être, que c’est une erreur de ma part. Peut-être, que je devrais laisser ma part d’idéal au placard. Vous avez raison, démissionner n’est pas le fait du plus grand nombre, parce qu’il y a certains aspects à prendre en compte avant d’opter pour ce choix (factures à payer, enfants à nourrir...). Je sais néanmoins que je démissionnerais à nouveau, si je juge mes conditions de travail inacceptables.

    Bon après-midi

    Kahina


  • Kahina,
    Je m’aperçois que j’ai dû mal me faire comprendre, concernant la démission. Non seulement, elle me semble légitime, mais bien sûr, salutaire. Simplement, beaucoup y renoncent, par confort, par nécessité ou manque de confiance.
    D’autre part, si certaines entreprises modifient leur organisation du travail, ça n’est pas par humanisme mais dans un souci de tirer un meilleur profit de leur "ressource" humaine.
    Il est toujours difficile de faire passer ses idées, sans développer. Merci à vous de m’avoir donné l’occasion de préciser ma pensée.
    Bonne après-midi,
    Marie.


  • J’ai bien entendu vos propos sur la démission, et je suis entièrement d’accord avec vous, relisez mon commentaire ! En parlant de mon propre cas (choisir de démissionner et envisager la démission comme une option à prendre en compte dans mes expériences professionnelles futures) je ne peux que considérer sa dimension salutaire. Simplement, certaines personnes ne peuvent pas prendre cette option même si elles le voudraient, parce qu’elles sont tenaillées par certaines obligations. Concernant l’organisation du travail, mon commentaire était également en accord avec le vôtre. L’intérêt de l’entreprise c’est la rentabilité qu’apporte le salarié. Et moi, lorsque ça dépasse les limites, ça me dérange. Je refuse d’être déconsidérée.

    Kahina


  • Bonjour et merci pour votre témoignage.
    Le livre de Florence Aubenas m’a beaucoup fait réfléchir sur mes relations avec les femmes de ménage qui font le nettoyage le soir dans l’entreprise ou je travaille et les relations sont aujourd’hui nettement plus humaines.
    Votre récit aura sans doute le même effet sur mes relations avec les caissières de carrefour que je croise toutes les semaines.
    Bonne fin de journée.

    Jean christophe


  • Cher Jean Christophe, merci pour votre lecture. Beaucoup déconsidèrent les caissières ou agents d’entretien. Ces personnes sont trop souvent perçues comme faisant partie "du décor"... Un sourire, un bonjour, c’est gratuit et ça permet à l’autre de se sentir considéré. C’est quand même dur de supporter chaque jour l’ignorance mais aussi le dédain. J’ai déjà travaillé en tant que "femme de ménage" dans des bureaux. J’en suis encore choquée et en colère, des années après, en repensant au comportement de certaines personnes qui y travaillaient. Il faut une prise de conscience. Vous l’avez eue ! Merci !
    Je vous souhaite une bonne soirée,
    Kahina


  • Chère Kahina,
    votre récit est très enlevé. On y sent sourdre la colère. Et comment ne pas être en colère face à temps de dédain de mépris, d’humiliations quotidiennes, tant de la part des clients que de votre hiérarchie. Vous soulignez que "la caissière" est souvent présentée comme un être décérébré. Cela me rappelle une anecdote rapportée par ma fille il y a 3 ans, alors qu’elle était en classe de troisième. Son professeur principal en commentant les mauvais résultats d’une de ses camarades de classe et s’interrogeant sur son avenir lui suggérait d’être caissière chez Auchan...
    En attendant, Kahina, je crois bien que je vais brûler ma carte Pass !
    Bien à vous.


  • Chère Isadora,

    Merci pour votre lecture et votre commentaire. Le professeur de votre fille était dans le stéréotype comme beaucoup d’autres. Dans l’imaginaire, la caissière est fondamentalement une bécasse. Beaucoup de colère dans ce texte, vous avez raison, les nerfs encore à vif devant tant d’injustice. Écrire m’a permis de dénoncer pour pouvoir m’affranchir.
    Bonne journée,

    Kahina


  • Chère Kahina,
    • Ce qui est alarmant dans l’organisation de ce supermarché (dont l’efficacité est loin d’être prouvée), c’est l’alliance du Tyran-négrier avec le Roi-client contre l’autre partie intrinsèque de l’entreprise (la chaire vivante de l’entreprise) : les Salariés.
    • Vous avez la chance d’avoir pu choisir les Lettres. Car quelles que soient les professions que vous serez amenée à exercer, vous aurez toujours une longueur d’avance sur les Négriers que vous rencontrerez, grâce à vos connaissances en Lettres, à vos possibilités (rares aujourd’hui) de pouvoir réfléchir rationnellement, sainement, humainement.
    Toujours, vous les toiserez (les Négriers qui ont colonisé le Monde), les comprendrez mieux qu’ils ne se comprennent, devinerez leurs motivations, décrypterez leur discours d’entreprise et leur com, détournerez leurs mauvais coups, les ferez reculer de votre beau regard intérieur, fier et lettré.
    Vos collègues aussi se tourneront vers vous pour connaître votre opinion sur le cours des choses, pour rédiger lettres, affiches, tracts, pour retrouver le véritable sens des mots détourné par leur com., etc.
    Bref, pour rester dans les Lettres, votre récit pourrait faire, métaphoriquement, sien cette conclusion de Poe dans son Arthur Gordon Pym : “J’ai gravé cela dans la montagne et ma vengeance est écrite dans la poussière du rocher”. Woauaahhh !
    Et merci.


  • Cher Jean-Paul,

    Je crois que le cas de cette entreprise n’est pas unique. L’intérêt principal des patrons c’est de faire du chiffre et le chiffre eh bien, c’est la clientèle qui l’apporte. Donc on asservi les salariés qui ne sont que de vulgaires intermédiaires. Les connaissances et compétences acquises au cours de mes études de Lettres ont pu renforcer et affiner ma conception des choses. J’ai un recul critique sur les événements, et je les analyse. J’ai parfois l’impression d’être complètement "à l’ouest" dans le monde professionnel ; comment m’adapter à des pratiques capitalistes qui me paraissent grotesques ? Ce qui m’a consterné lors de mon expérience de caissière, c’est surtout le manque d’humanité. Peut-être que dans le cadre du travail, il ne faut pas en avoir. Mais, occulter mes sentiments reviendrait presque à me nier, d’où ma crainte d’entrer dans le monde du travail. J’ai eu l’occasion, cet été, de faire des cours de communication des entreprises, et j’entends mieux désormais les motivations des Négriers. Merci pour la référence à Poe, la citation est très imagée et me parle !


  • Chère Kahina,

    Vous savez que l’on pense à vous souvent ?
    Où en êtes-vous en ce 1er juillet 2016 ? Comment vivez-vous entre la fournaise (le brasier, l’étuve, l’étouffoir) du monde salarié et le monde silencieux (paisible, calme, tranquille, discret, invisible, réfléchi) de la lecture (le domaine des Lettres) ?
    Jean-Paul



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