Le travail
raconté par ceux qui le vivent
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Par-delà la démence -
par Dominique Beau

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Publication : 20 octobre 2014

Durée de lecture : 6 mn

Nombre de mots : 1250

Les secrets d’une patiente.

Elle était toujours derrière sa fenêtre et regardait passer les trains. Il n’y en avait jamais eu et Clémentine souffrait de la maladie d’Alzheimer, ce qui expliquait apparemment qu’elle restât assise là, à ne rien regarder.


11 commentaires :

  • Une très belle histoire ...
    Clémentine est touchante, on a envie de la prendre dans ses bras.
    Merci...


  • Clémentine m’a appris que l’on pouvait être dément et garder quelque chose de réel et de tangible un peu comme les toiles d’araignées qui ne tiennent que par une ou deux attaches si l’on en arrache une la toile n’est plus fonctionnelle mais elle n’est pas détruite. C’est ce qui semble se passer avec les démences et en conséquence c’est que la communication reste possible pour peu que l’on soit attentif et que l’on trouve un autre système de communication que la parole . Heureux que cela vous ait plu ! j’en ai d’autres il n’y a qu’a demander ! cordialement


  • bonjour,
    je trouve formidable la façon dont vous racontez une histoire qui repose ou s’articule sur un simple geste de la main.
    merci pour ce récit qui m’a bluffée


  • Merci d’avoir apprécier l’histoire de Clémentine . C’est elle qui m’a permis de me rendre compte que la com reste possible malgré tout .Mais c’était aprés coup .... Je pense que si j’avais eu la clef de ce geste avant le dc de Clementine j’aurais sans doute pu communiquer avec elle...Cet épisode appliqué aux autres démences permet de penser qu’il y a beaucoup de sens cachés et à décrypter dans la façon de communiquer avec eux . Cordialement


  • merci de votre retour, qui prolonge en quelque sorte votre récit, et le plaisir qui va avec.
    votre souci de communiquer avec les malades d’Alzheimer apparait très fortement. j’imagine que cet investissement humain vous demande beaucoup d’énergie. bravo !
    pour autant, je réfléchis depuis quelques temps sur le sens des efforts produits par l’entourage des malades de la maladie d’A. pourquoi vouloir continuer à maintenir les relations humaines "comme avant" alors que la personne ne fonctionne cérébralement plus comme avant ? pour qui : pour elle ou pour les gens qui la connaissent ? pour conserver à la personne malade une dignité qu’elle ne défend plus elle-même mais qu’il faut défendre à tout prix ?
    j’espère ne pas vous blesser d’une manière ou d’une autre par mes interrogations toutes personnelles, ce n’est pas du tout mon objectif. simplement cela me pose question, entre un positionnement philosophique humaniste et la réalité médicale. dites-moi svp ce que vous en pensez.


  • je vous arrête tout de suite avant que l’on discute plus avant sur Clémentine cette histoire est un mix entre plusieurs épisodes dont mon métier m’a fait d’être témoin !
    Je ne pense pas que la dignité soit à conserver ni à défendre car "elle est" par le simple fait d’être humain . Ce n’est pas la perte des facultés qui ferait un"non digne" La dignité n’est pas un prix que les bien portants attribueraient à ceux qui ne le sont plus en fonction de critères qui varieraient selon leur bon vouloir , mais un état de fait que tous les êtres vivants partagent par le fait qu’ils sont en vie .
    Pour votre questionnement "pourquoi vouloir continuer à maintenir les relations humaines..." Perso( et parce qu’en 35 ans de médecin généraliste je n’ai pas arrété de me poser la même question) j’aurai tendance à dire parce que l’être humain n’est que relation et que si on lui empêche d’entrer en relation il devient fou . Le petit enfant de quelques jours sourira à une musique ou pleurera si ses parents se disputent .Donc à l’autre bout de la vie il en est de même et tout être humain n’est qu’en devenir .Ce devenir ne dépend que des autres et des relations qu’ils on pu développer avec eux . Comme un enfant nouveau né qui s’élabore, un être en finitude quoiqu’il advienne continue à s’élaborer


  • merci. je trouve en vous un merveilleux interlocuteur. je crois que je connais cette façon de penser. elle est belle et généreuse.
    je garde néanmoins et peut-être de façon irréductible un petit doute : certes je conçois tout à fait que l’absence de relations rend fou mais est-ce vrai quelque soit l’état du cerveau ? (je n’ai pas moi-même les connaissances pour avoir la réponse à cette question).
    je me demande en fait si cette histoire de relation n’est pas quelque part ou essentiellement une affaire de culpabilité ou de conscience de ceux dont le cerveau n’est pas malade. pardonnez ma franchise.


  • si un bb est sensible à une ambiance et réagit sans conscience véritable cela doit etre la meme chose pour un dément ou un coma.Pour le reste c’est le pari de Pascal ou le saut de la foi dans "indiana jones et la dernière croisade"... . A un moment il faut prendre le risque de se mettre en danger ( s’exposer à se fourvoyer ) sinon tout est bloqué. On dit que l’ho parfait a les pieds sur terre et la tête dans les nuages . S’il n’a qu’une dimension ce sera un fou ou un nazi...cela est vrai de votre (notre ) questionnement. Cordialement


  • un questionnement c’est un doute et le doute n’est pas mauvais en soi, je crois même que c’est tout le contraire, à condition bien sûr qu’il débouche sur un positionnement, au-delà du doute qui peut subsister, qui subsiste.
    j’aime beaucoup que vous parliez de Pascal et du pari. je préfère qu’on me dise que c’est surtout un pari de choisir le chemin de la relation avec des malades d’A : si c’est à fond perdu, alors tant pis, en revanche s’il y a réellement relation, aussi minime ou isolée soit-elle, alors c’est un pari gagnant, donc on a tout intérêt à parier que la relation avec un malade d’A est gagnante.
    j’aime moins que vous me parliez de l’"homme parfait". je pense qu’il n’y a rien à gagner à penser dans ces termes, qu’on s’y perd. laissons l’homme tranquille, loin de considérations de perfection ou d’amélioration.
    je ne voudrais pas terminer sur une note négative alors que je suis réellement très heureuse de nos échanges, surtout de ce que vous amenez, qui est très profond. ça fait un moment que je n’avais pas eu ce type d’échanges, que j’aime beaucoup, et je vous en remercie.
    bien à vous


  • "Dans le doute, autant aimer", effectivement, je fais miens vos mots.
    Monade


  • Merci d’avoir bien voulu faire part de votre ressenti . "Dans le doute autant aimer " c’est toutes les expériences relationnelles que nous avons tous . Celles qui se passent bien et qui construisent une amitié ou un amour sont celles qui ont commencées par là . Il y a toujours un doute dans chaque relation . On ne peut rien construire sur de la méfiance . Seul l’abandon est source de quelque chose . Cordialement



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