Coeur ouvert

Des moments d’hôpitaux.


Je n’ai pas coupé à la fouille ; tripotage en règle dans le thorax ; fouille à cœur pour une valve. Fouille à fleur pour deux pontages. On profite du sommeil du patient pour fouiller.
Cinq heures d’archéologie. Un travail dans la viande. Dans l’échancrure, dans la béance on sépare, on s’oriente, on éponge, on compresse. On décide vite. Il faut dévier les vaisseaux, la trachée, les artères, préparer le terrain pour œuvrer dans le confort, opérer dans la sérénité en quelque sorte. On Soutine, on Bacon, on Rembrandt pour nature morte, dans le magma moutonneux des nuances vermeils par petites touches précises. Il faut s’y retrouver dans la sanguine, la pâte vermillon. Une palette de mouvements. De la haute couture. Cinq heures. On opte plutôt pour un résultat-Vermeer que pour une finition-Picasso. Avant de refermer, il faut aménager tuyaux- vidange, sérums, fils- stimulation cardiaque et autres extensions techniques. Les conduits et les fils sortent du bide comme indices marquants d’une gestation en profondeur. Le ventre, dardé d’index, marque l’agenda de l’infirmière. Le ventre, dardé de marques, indexe l’agenda de l’infirmière, si vous aimez mieux. La médecine griffe, s’implante, donne cœur au ventre.

Faut dire que tout cela n’est pas arrivé tout seul. Mon médecin détecte un souffle au cœur : « Allez voir le cardiologue ». Le cardiologue de la bourgade à 10 kilomètres : « Passez à la clinique de la ville, les appareils sont plus fiables », à 30 kilomètres.
Thorax nu, allongé sur côté, giclée de gel glacé sur les côtes, le spécialiste scanne à la barrette gluante ; un balayage soigné, insistant, extorque le bruit de la circulation chuintée en tempête par la machine ; ratissage très long vers le point fort, la partie faible, l’anomalie, raclette aux aguets, glissements furtifs. Arrêts. Affût. La tête du médecin pensive me préoccupe : « valve mitrale en fuite, cordes cassées, trois sur quatre sur l’échelle des dégâts ; opération conseillée, imminente si ma collègue d’en face le confirme ».
Salle des échographies trans-œsophagiennes, la médecin m’offre un verre d’anesthésiant. Je sens que je vais trinquer, à la vue des appareillages... Elle s’assoit en face, genoux contre genoux, m’enfile dans la gorge un mandrin hallucinant, illico je déglutis, expulse presto la bouchée molosse. Elle réintroduit. Énergie décuplée, avaleur de sabres, direct l’estomac. Aller chercher en va-et-vient, en torsions, en mouvements pendulaires une collection d’images, un chapelet d’icônes, une frise de négatifs. La barre extraite, de nouvelles photos du cœur, confirment.

Passeport d’admission pour le bloc. Un porte- à-porte enchaîne les officines. Les spécialistes poursuivent l’album des organes mis à jour ; c’est le moment de scruter les artères de l’intérieur. Coronarographie : cette seule expression me shoote quelques dizaines d’ années en arrière, un mauvais souvenir, très mauvais. Je ne partais pas confiant. Picotements anesthésiques à l’aine, départ de la caméra dans l’artère, glissement vers le cœur. Envie de vomir, cœur sur le bord des lèvres « respirez à fond, artères bouchées à 90 % », je suis cerné, consterné, terrassé... « Quitte à ouvrir le thorax autant ponter en même temps. » Extraction de l’endoscope, grand bandage collant autour de la cuisse, blessure confinée. Cicatrice à venir. Diagnostic confirmé, portes de l’hôtel de santé, bras ouverts.
Une autre expérience imposera quelques semaines plus tard la coutume de l’intrusion. Une hernie, boule au ventre. J’attends que ça se passe, aucune envie de repasser ; ça empire, donc visites médicales et naturellement analyses. Coloscopie bien sûr. Nom, prénom, âge, antécédents, griffonnage formulaire, Le coloscoman enfile ses capotes à cinq doigts : « déshabillez-vous, étendez-vous, écarterez les genoux » et hop ! « Asseyez-vous », enfilage d’un tube dans le nez pour ponctionner quelques substances suspectes dans l’estomac. « Il faudra vous purger selon la procédure signalée par l’ordonnance ». Soirée et nuit de breuvage citronné pour nettoyer le colon. La voie est prête pour l’endoscope. Caméra de survivance.
Les gants blancs n’invitent pas à la courtoisie, rapport aux gestes mal placés. Les courbettes scrutent mais ne flattent pas. Ego flottant.
La médecine pénètre, darde, aiguillonne pour aspirer les informations cruciales, injecter toute les substances salvatrices, surveiller les écarts aux normes. L’institution plante ses serres, prend racines dans le terreau corporel, fait faille à l’intégrité personnelle. Elle poursuit, têtue, ses investigations, talonne l’intimité. Contrôle de l’arythmie ; une petite boîte noire me colle « au corps et au cœur », pendant 24 heures, moucharde le moindre écart jusque sous la couette. Judas de l’intime. Conclusion : séjours à l’hôtel de santé. Mes journées s’étendent sur le lit.

« C’est l’heure », susurre l’infirmier ; moment de flottement, soulèvement de l’âme. Changement de grabat, pensée gravats, la drogue de la veille ralentit la vigilance, amollit les réparties, jugule les sautes d’humeur, fait accepter. Mais n’allons pas trop vite ; huit jours avant : petite escapade pour solliciter d’autres analyses, inspection à plat de coutures, passage en revue poumons-radio, souffle-tube, gorge-spatule, nez-coton tige. Un outil l’autre pour cerner définitivement les risques… Germes dans le nez : on diffère l’admission. Précautions. 8 jours de délai, de quoi penser, remuer les images, brasser les angoisses endurer le flottement.
L’hôpital m’ouvre les bras, désormais, sur des bases saines. Maintenant nettoyage à fond. Curetage. Récurage, sacro sainte hygiène.
Un rasage du pubis, et des testicules plutôt de la peau des testicules. Sentiment-castration tout de même. Me voilà un triangle en moins, un petit froid, un froid en forme. Un froid triangulaire, un triangle de froid. Nu comme un ver, plus qu’à poil. Tondue au rasoir électrique, cette toison vivace n’est plus que tas épars sur le haut des cuisses. Boule de végétaux secs ballottés par le souffle.
Orgueil du bas ventre, moustache des gambettes, évapore le corps, aspire l’air, floute les contours, avant-court les plaisirs, impose du mystère. La broussaille disparue, place nette ; plus de zone tampon, le sexe n’est que le ventre étiré par les jambes. Un déshabillage ultime avant l’épluchage thoracique. L’entrejambe en mue, la verge décolletée, je perds la façade, je ravale ma pudeur. Après le « maillot intégral » le tour de cuisses, juste sous la verge mollement reposante, rabattu sur le ventre, le gland mi-clos désenchanté d’un regard triste vers le nombril. Me voilà debout en négatif du bas ventre, dans la salle d’eau, douche à la Bétadine. Je deviens « jaunisse » même pire ; renouvellement le matin du lendemain, dans cet espace exiguë, exsangue ; me déshabille contre un lit, devant la cabine de douche, quelques ordinateurs obsolètes d’un côté, balance et jerricanes de l’autre, débarras – je me sens vieux mannequin de grenier. Ma copine de l’intime, collée contre moi s’affaire à effacer les traces de colle laissée par les électrodes sur le thorax et les épaules, je frotte avec ce diluent peu efficace, Une simple blouse blanche sépare mon nombril du sien.
« Vous pouvez tirer sur le cordon si vous avez besoin d’aide et le bouton quand vous avez terminé ». Je me regarde en altitude et me marre de la situation. On a tout pour être heureux avec la compagnie des femmes. La vie à retrousse poil. J’ai beau avoir du recul les tabous tombent par l’impolitesse des extrêmes. Je n’ai plus que la peau sur l’estime, ma superbe tombe des nues avant l’expérience ultime du champ opératoire. Je perds sens, je suis crêpe.
Vêtement-transfert, ça y est on va vers du sérieux. De retour à la chambre, après la Bétadine, une galette vert pâle, pliée carré sur le lit, attend ; cette parure stérilisée offre un bonnet barbotteuse pour tête d’indéfrisable, une chemise à fermeture arrière galère à nouer, deux sachets pointure lâche pour chausser. Taille universelle, uniforme difforme, « on ne reconnaît plus personne en benêt de parfait clone ». Un sac informe attend le bloc. Mon corps nu dans le non tissé, contracte les muscles pour garder ses chaleur s ; éviter les fuites de température au moindre courant d’air, la pellicule est frêle pour garder son sang-froid. La nuisette, tombe vite au bloc, à l’arrache. Nu devant les machines, pas de sidération, tout s’accélère.
Pas si vite, laissons ce privilège à l’infirmier chargé de transférer un corps vert pâle sur lit roulant. Le rallye est profilé par la vision de la tête-infirmier à l’envers sur fond de plafond filant, virage à gauche, freinage, virage à droite, friction du mur, monte-charge, bouton sous-sol, descente douce ouate, caves, les portes coulissent,lisses, cul-de-sac d’attente, ça caille. Nuage doré de la couverture de survie, fourreau furtif « ça va aller Monsieur ! » De l’attente, remue-méninges, flottement ; le couloir, plus loin, bruisse à l’étouffée. Courant d’air… Le bloc ouvre, livraison bon port, recommandée par l’épais dossier médical, une base sérieuse pour une opération de grande ampleur. Le chariot stoppe. Coup d’œil circulaire sur les lieux, à main droite piqûre au poignet, en face une grande en blanc m’attrape la bite sous la couverture et hop un tuyau dans l’urètre, gonflé dans la vessie pour éviter la dérobade. Un viol à revers, introduction pour la suite. Piqûre, masque,…les vapes. Je ne sais pas ce qu’ils m’ont fait mais d’après le rapport ils ont besogné dans les chairs pendant cinq heures. Pensez ! Réparer une valve, ponter des artères ! Ils l’ont écrit ; un compte rendu détaillé du travail. Matériel, accessoires, mots précis et froid du bistouri, deux pages quand-même !

Dans la salle de réveil il faut se réveiller, saucissonné d’électrodes, boudiné de fils, bondé de tubes, bouquet reliés aux machines, compteurs, jerricans, poches... Je prends racine, m’attache, fais corps avec le monde du soin, m’incruste dans l’établissement. Ces introspections charnelles épinglent chaque organe par des tentacules qui diluent au lit, imprègnent aux draps, transpire au matelas, tissent une protection. Des modules électroniques, patchs, parsèment, guettent les minuscules variations du processus vital. L’abdomen dardé, poupée vaudou bienfaisante. Empalement doucereux, jaillissement de gerbes techniques. Mon identité s’éparpille dans un enchevêtrement technologique. Ligoté, fagoté, fanfaronner dans une salle de réveil, prendre l’air, randonner ? Hors de question ; villégiature ? Haut le cœur ; promenade ? Nausée ; ballade ? Chavirée ; course ? Chaloupée. Une chiffe, un lambeau, une loque, une moisissure, une épave, un laisser-aller, un laissé pour compte, un démâté, une coulure, une bave ; retourné, j’étais. Il était obligatoire, dès le deuxième jour, injonction-infirmière, de s’asseoir, sur un fauteuil gris souris. Impossible de tenir le dos droit. La tête collée, comme Dali montre molle, sur une table à roulette en face de ma femme apeurée, j’implore le retour au lit. « Pas question il faut s’accommoder. » Le lit est loin, intouchable. Les trente minutes passées, feu vert, je l’atteins. Ma couche éponge mon abyssale fatigue.
Radios, scintigraphies, scanners, coronographies, doppler, IRM, scrutent, détectent l’invisible, lorgnent la tripaille. Images corps éclaté, en vrac, dispersé, atomisé, l’assaut d’analyses ébranle l’intégrité. On espère réparation. Le staff médical recolle comme il peut, étale les icones d’échalas sur tables lumineuse, billot iconique, transparents négatifs, courbes en rubans épinglés. Cette collection retourne l’intérieur, inverse, vous chavire quand même. En réunion, les spécialistes font synthèse, agglomèrent le corps éparpillé ; il faut faire bonne figure face au malade, colmater cette mise en pièces iconique. La société médicale me reconnaît par graphiques, courbes, et radiographies ; malade de la 234 côté fenêtre, comme localisation pour infirmières et administration. Le sourire plaqué des employés colmate la distance entre quidam immatriculé et sa singularité, apporte sociabilité, exhibe convivialité. Cela fait plaisir, quand-même, un personnel avenant.

Le corps défait, éparpillé sur papiers est manne, source inépuisable. Le hors-norme fait norme dans l’office de santé, l’anormal du naturel. Les machines dissèquent mais limitent les dégâts psychologiques en élevant le corps au rang de la science. Statut solide, gage de sérieux, cela rassure. Mon changement d’identité est validé, enfin utile. Ma civilité mise à zéro, je suis fier de confier mon corps à la science ; la vie a du sens. Le lien frêle qui ferme mon dossier, la tranche qui désigne mon matricule construisent désormais mon intégralité. Se voir tas de viande, accumulation d’organes, entassement d’ossements fane les espoirs, fait perdre pied, rend fébrile, dissout le quant-à-soi. L’institution de santé veille et offre l’occasion d’un nouveau départ. Réveil d’un homme neuf. Le désagrégement partiel de l’identité me donne une sensation étrange de ne plus m’appartenir, mes certitudes se troublent, mes valeurs floutent. Un moi vaporeux, un désengagement relatif relayé par une reconstruction glacée. Date de préemption reculée. Mon corps mordait la vie à pleine dent, la vie mordait le corps avec appétit. La vie allait droit au corps. Le corps donne son avis, l’âme quitte ses envies. J’ai repris depuis. Merci.
S’ennuyer ? Pas le temps, non ! La salle de réveil, offre un plein d’activités. L’aide-soignante domine la situation : « rouler à droite » le drap propre glisse, « rouler à gauche » sous les fesses comme papier à cigarette. Humide, le gant frotte le dos, le gant mouille le ventre, le gant rafraîchit le visage, enfin une lingette essuie le gland décalotté avec délicatesse : à charge de faire moi-même plus tard. Je n’ai ni le gland glorieux ni la hampe fière. Je suis momie, je suis confis, pas le courage d’être confus. Éteint. Les jours suivants, l’esprit s’éclaire, la nausée s’estompe. Un ballet d’infirmières vide les divers bidons reliés à l’abdomen (remisés sous le lit), m’arrache les tubes, slurp, vite par surprise ; le fil électrique à cœur, ça pique, ça brûle minuscule ; le drain urinaire extirpé la veille, dégonflement du ballon rend le tuyau véloce, la queue libre. Je peux pisser direct, couché sur bassinet. Les tentacules vitaux évincés font place au goutte-à-goutte, portique mobile lié au poignet, crosse d’évêque à roulettes pour promenades corridors. On refait les pansements, on attenue les pincements. Puis l’anesthésiste, le nez dans le dossier, épluche soupirs, égrène les feuillets du dossier, au point d’oublier ma présence derrière lui. Le chirurgien ou son double apparaît majestueux et discret, absent mais déterminé, la cuisse contre le lit, la main délicate sur mon poignet. Tout va bien, la caresse de l’œil sur la cicatrice thoracique le satisfait. Déjà reparti.

L’oreiller contre une montagne de machines clignotantes, gémissantes, sifflantes. Terribles, les bips continuels jours nuits fusant des blocs électroniques en tête de lit, les battements du cœur rendus publics, la moindre variation, panique les infirmières. Enfin panique ? Léger intérêt, minuscule émoi, avec cette marée de malades...
Les instruments qui trahissent l’intérieur, traduisent les humeurs. Ce réveil qui sonne toute la nuit, agaçant, énervant, obsédant. J’ai décidé de ne pas me faire emmerder par la technologie. L’irrégularité des battements du cœur, affole la machine. Je contrôle ma respiration pour réduire les écarts, il semble que ça marche. Contrôler ne facilite pas le sommeil, maintient en état de veille. C’est une salle de réanimation.
Seul loisir apathique, s’ébahir devant le mur en bout de lit, rose pâle ; les discrètes prises techniques et bidon d’antiseptique animent le champ visuel, la fenêtre-soleil balaie les heures sur la peinture. Doucement la cloison se boursoufle, gesticule m’époustoufle, me suffoque ; Ma seule référence fixe se dérobe, prend ses aises ; « Hallucinations » susurre l’anesthésiste rompant son mutisme « force personne payerait cher pour obtenir ces visions ». Il a l’air absent, désabusé, amusé même. Le mur colle au pied du lit, image au pied du mur. Je referme les yeux, les réouvre, il retourne à sa place. Chaque battement de cils, peint une toile différente, en couleur, en tissus écossais, tissage hyper lisible, vision loupe, regard lentille. Les tissus s’effilochent aux encoignures, des bavures sinueuses et noires tortillent dans tous les angles, aimantent toutes les arrêtes.
Je quitte la salle de réanimation pour une salle de repos. Fils électriques, tranches de portes pourtours des murs, s’agglutinent de poils en ruban de plastic noir d’un côté et miroir de l’autre. Je passe un mouchoir sur le fil de téléphone, pas de traces sur le mouchoir, les poils disparaissent et repoussent lentement. Heureux que les ondes de portables restent propres pour éviter l’embrouille. Les plantes grimpantes fulgurantes, les radicelles foudroyants rendent suspect le travail des femmes de ménage, je me plains, je signale. Le personnel se tient distant, on a décidément pas la même vision de la propreté. Puis ces poils deviennent des nids d’abeilles plats, rigides, horizontaux par nappes minces, métalliques, de toutes tailles, descendent du plafond nonchalamment ; certaines abeilles s’approchent lentes et majestueuses, arrogantes, glissent sur le silence. Je les attire, les attrape avec mon pied, doté d’un morceau de papier entre les orteils. Ondulation, disparition. Aucune trace sur le papier. D’autres renaissent, s’approchent, je ferme les yeux un temps, ouvre les paupières, ces structures spatiales ont fait du chemin, ce n’est pas une illusion. Mise en doute de ma bonne foi par mes proches, je mitonne une explication rationnelle : ces poils, ces rubans proviennent de déchets occasionnés par le massicotage des déflecteurs en feuilles miroirs chapotant les néons du plafond.
Le soir, à fleur d’endormissement mon lit fait cage en tube de bonne section, cage voûtée qui reflète un gros projecteur ; de ci de là pendent des agrès, je suis en sécurité protégé de mon voisin de chambre au ronflement bestial. Le lendemain, un ballon de rugby en morceaux de glace survole. Pâle, très pâle, ballon à santé précaire.
Les machines m’ont diffracté, c’est au tour des médicaments. On provoque l’imaginaire avec la chimie, culture camée. Ces visions sont remplacées par un bruit incessant, lancinant de machine, travaux de rue, turbine de ventilation, c’est obsédant quand on a plus les « substances » comme diversion riche de divertissements.
Ma valise au pied du lit, j’attends mon transfert dans une clinique à 80 kilomètres, assis, mains pincées par les genoux, pensée en vague, conscience en flou, à chaque remue-ménage du couloir, remue-méninges d’un espoir ; j’attends mon tour par petits sauts de cœur.
Mon heure de transfert est modifiée pour effectuer un covoiturage avec un patient à destination similaire ; apparaît la chauffeuse, bras pleins de documents, elle m’invite à quitter la chambre pour rejoindre le taxi, l’autre opéré me parle de dépassements d’honoraires, la chauffeuse le rassure. Je lui confie mes hallucinations, il acquiesce.
Même phénomène.
Nous signons pour les assurances, un papier justifiant la course. Le ronronnement de la route amollit, les arrêts sirupent, les redémarrages alanguissent, l’accordéon autoroutier mélasse le paysage. Esprit vapeur, pensée brouillard, idées vacances, no man’s land psychique. Roulement léthargique, taxi amniotique.
Lassé des lacets d’autoroutes. Parking de la clinique. La chauffeuse, nous accompagne, transmet tous les papiers à ses connaissances, et nous guide à nos chambres. Travail de pro.

Le ballet des infirmières-médicaments, des soignants-prise-de sang- température- pansements-piqûres. La petite colonne roulante, pompe à renseignement, mouchard anatomique ne trompe pas, va gonfler au bras le brassard, dénicher le pouls, scruter la tension, pistoler l’oreille pour température. Bouquet de données recueillies. « À toute à l’heure » chantonnent les aides-soignantes. J’essaie un petit mot d’esprit pour faire importance, épicer mon matricule impersonnel.
« La prise de sang ! » entonne une laborantine. Garrot, aiguille aïe-aïe-aïe, éprouvette, éprouvant, flacon plein, l’aiguilleuse remise l’outillage dans sa petite malle noire et disparaît avec son nécessaire de vampire. « À demain ! » En relais un spécialiste empoigne organigrammes et courbes ; « comment ça va ? », déjà reparti.
Visite quotidienne du kiné-désarticulation, gymnastique pliage, attentif aux plaintes du corps. D’abord la respiration, puis les articulations, enfin la marche. Marche à petits pas traînés, pantoufles pesantes, refus de l’escalier. La première marche rebelle. Montée insurmontable. Le kiné me tire coude vers la chambre « on verra plus tard ».
Le soir somnolence, glissement lent vers le sommeil. Néant. Brutale lumière flash. Piqûre. Ventre-douleur, trop tard, c’est la cuisse, d’habitude ! « Excusez-moi ! Bonsoir », extinction.
Les journées cadencées, bousculent le corps par petites touches rituelles, Les journées diluent la responsabilité, estompent l’autonomie, émiettent...
Chaque infirmière et chaque médecin ont leur morceau d’organes, les visites sont ciblées, le corps s’éparpille dans les services. Le corps est fraction, les appareils en faction déresponsabilisent, endorment progressivement les défenses ; pas désagréable de ne plus deviser, de ne plus ordonner, de ne plus décider, de ne plus prévoir, de baisser la garde des préoccupations et tensions quotidiennes. La volonté s’estompe en coton psychologique, une barre dans le cerveau, l’identité s’enlise. Tout projet disparaît. Plan de carrière aux oubliettes.
– Une opération comme ça à mon âge !
– Quel âge ça vous fait ?
– Quatre ans de plus que moi, vous ne les faites pas, vous êtes bien de 38 ?
– 37.
– C’est encore jeune !

Les repas, le goûter comblent l’attente, satisfont l’estomac. Divertissement gourmand. Une femme, tablette tactile en main, interroge notre choix de menu du midi et du soir. « Désirez-vous salade, ou salade- purée- escalope ou escalope-purée, yaourt ou yoghourt ? Très bien, jeune homme vous avez du goût ». Chacun déjeune de son côté, dans l’aire de son séant, le regard perdu dans l’ennui du mur, puis selon l’état des cicatrisations, assis sur le bord du lit dos-à-dos et rapidement face-à- face Approche lente de l’apprivoisement par le biais de l’approvisionnement.les limites de l’intime s’émoussent mais ne crèvent pas pour autant la sphère. La relation ne va pas jusqu’à la liaison et meurt à la convalescence.
– Un tour de couloir ?
– Volontiers.
Des allées à la française sans fleurs ni buissons. Une allée luisante de linoleum crème ne crisse pas sous les pas, ne colle pas sous les chaussures. Côte-à-côte, nous progressons à pas lents-courts ; mon partenaire traîne coûte-que-coûte sa crosse à roulettes. Un petit tour, puis un plus long, peu à peu, selon l’humeur, l’état général. En chemin, un infirmier, des personnels sous vitre, un malade en pyjama.
Essoufflé, je m’arrête. Plus avant, un corps de dos, couché dans une chambre ouverte, Essoufflé… Très vite premier couloir à gauche, encore à gauche, à gauche de nouveau et à droite la chambre enfin. Décompression sur la couche.
Le lendemain, déjà, rituel-balade-couloir, des draps sales moussent dans un chariot, un visiteur perdu cherche un malade-chambre, mes yeux aspirés par une ouverture sur le parc auto, puis par un jardinet sous verre en plongée. Une travée-raccourci, à gauche me tente, héroïque j’évite. Avec ma marche de traîne, j’atteins la prochaine que j’emprunte, petite victoire sur la veille. Fumet de repas. Retour à la chambre, fin de randonnée. Draps, corps allongé, muscle allégés. Le lendemain, par conviction, un tour de couloir, infirmière, malade, linge, visiteur, repos, tablettes, lit, corps couché. Poussée vers une travée supplémentaire ; Tout de même la marche reconstruit. C’est un pas vers la sortie, un pied vers l’étrier. Je chausse mes lunettes nasales à oxygène, nouvel accessoire depuis peu. Plateau repas. Plutôt raté. Omelette-épinard, l’œuf a la côte ce soir. La table roulante des ballet choque la porte, chamboule la quiétude, dérange la léthargie des méninges. La lavette emmanchée serpille les recoins, cogne les pieds de lit, bascule les chaises, bouscule la table, le lino humide fait du lit une île. Eviter de se lever pour marcher sur les eaux, épargner le seau qui disparaît dans la salle d’eau. Crissement de verres, fracas de chasse d’eau, chuintement de robinets parfumé aux nettoyants. Silence. « Bonne journée » grommelle la femme de ménage. Je peux aller me doucher. Pas de rideau. La pluie sur le tabouret. La bruine sur la robe de chambre. L’averse sur les mules. Une déferlante sur la serviette. Savonnage minutieux autour de la plaie, rinçage méticuleux avec la pomme, jet timide. J’épargne les entours. Séchage parfait sauf le dessous des pieds, le sol n’est que flaque. Plus tard les dents et la barbe. Les outils attendent du côté P (porte). (F est celui de la fenêtre). On ne mélange pas les ustensiles d’hygiène mais on sait de quoi le voisin est au parfum. Je regagne mon lit (P) les mules mouillées.

La salle calme attend les visites. Je prends goût à la vie hospitalière. On s’occupe de moi : médecins, infirmières aux petits soins, enchaînement des visites, Je n’ai pas vu autant d’amis. Climat d’empathie extrême, paradis de gentillesse. Logis, couvert et blanchissement ne gâchent pas le séjour, je suis rémunéré par la sécurité sociale. La tournée des spécialistes organisée dans les services diversifie l’horizon de ma chambre. Je suis le mouvement, je deviens « malgré-moi » ; mes parcelles confisent, ma vigilance s’essouffle, ma conscience s’empâte. Esprit chiffe-molle, bien-être, bain-bonheur. La vigilance est en berne, sens critique ....
Je vis ouate, je demeure amorti, je respire estompe.
Jamais vu autant de monde, vie rêvée, je m’habitue, je renouvelle le bail. Visites en cascades. Mon épouse au quotidien, des amis et connaissances de temps à autres, c’est l’occasion de briller, je me présente héros combattant de la maladie, chevalier de la santé. Je fanfaronne ma vie de soins, j’informe pour que fuse hors de la chambreune part de moi confisquée par la clinique, mitonnée par les services, accaparée par les labos. Bannir l’exclusivité.
« Messieurs-dames je vous demande de sortir, tension, température ! » Infirmière annoncée par les cliquetis métalliques de la table technique en approche.
L’aréopage de blouses blanches volette autour de mon lit, extorque les anomalies de mon corps, compare les chiffres, oppose les courbes.

Courant d’air. Soudain toux, envie de toux, Le fond de la gorge réclame, implore, appelle, une quinte plutôt une sexte irrémédiable, irrésistible. « T.O.U.X. » un mot brut est suffisant pour la percussion, pas pour la fréquence, « expectoration » conviendrait mieux mais donne trop l’effet de se voir tousser de l’extérieur.
La toux retrousse. Il faut endiguer la déferlante, vite les bras croisés serrés autour de la cage thoracique, comme conseillé par le médecin la veille de l’opération. Ne pas rouvrir la plaie. Tousser par la bouche, ne pas éclater de partout. Enlacé, le chapelet de spasmes peut poursuivre.
Enfin seuls à deux, on tisse des coups de fil, on ravaude des relations laissées en plan par le séjour hospitalier ; bribes de conversations intimes, voix basse pour rétablir un mur de confidences. Relations d’utilité pudique.

J’ai pris un coup de vieux, un cou de vieux, j’ai pris un vieux coup, devenu un vieux coucou. Ne faisant jamais mon âge, là je ne fais plus que ça. La jeunesse n’est plus de mon âge. J’en ai tiré la corde.
Je décompte mes anniversaires.
Le corps jadis creuset de caresses, captait les douceurs. Dorénavant les caresses s’arrêtent où ça fait mal. La peau devient poreuse, progressivement, passoire presque béante en traître. Le corps s’exprime, la mécanique interne s’imprime. La peau parchemine des douleurs, bavarde les souffrances, buvarde les outrances, le sang d’encre estampe les rougeurs d’hématomes. Les veines gaufrent, les gerçures gravent, le temps réprime, déprime. L’intérieur en a marre d’être à l’ombre, les organes suintent, se montrent, revendiquent. Cà n’en peut plus d’être contenu, confit, bouffi, incarcéré, ça explose de colère, ça s’exprime. Le corps lisse est entamé, buriné. Le temps prépare minutieusement ces irruptions, pour la gourmandise hospitalière. L’anatomie s’offre en spectacle, sort des coulisses ; le mal irradie, fait des siennes. S’étale en plein jour. Jeunesse rideau. Ma peau ride de petits-bleus- piqûres, vire bleu, jaune, violet d’hématomes, les jambes dessinent varices et vergetures, le visage plisse, le corps froisse comme un brouillon, tâche comme un souillon, lâche comme un couillon. La peau jardin d’œdèmes, parterre de gerçures, plate-bande d’engelures, bordure de vergetures, bras allumettes, jambe cigarettes, je pars en fumée, illusions enfumées. On ne fait pas son âge c’est l’âge qui nous fait. Les organes grincent, craquent, pincent, piquent, brûlent, coincent ; les maux rivalisent de diversité, enrichissent le panel des souffrances. Le moindre geste rappelle à l’ordre les muscles jusque-là discrets. Le cœur bat la chamade, les intestins soufflent des histoires intestines.

De la naissance à la mort l’hôpital veille, à chaque virage il joue l’incruste, santé exige. Procréation assistée, choix du sexe, intervention intra-utérine pour éradiquer les anomalies, pré-naissance, naissance, post-naissance, visites de contrôle, bilans de santé, palette de soins, réparations, retraite médicalisée, acharnement thérapeutique, euthanasie, disparition, autopsie. Hôpital à pension complète. La vie de l’hôpital comme l’hôpital à vie.
La santé se pare de bijoux, bracelets, colifichets, colliers, lunettes piquées de puces, veinés de circuits. Au poignet, au cou, aux yeux, aux hanches, aux cuisses, le corps en chiffres Les petits filets luisants clignotent la vie, frétillent de vie, numérisent la peur.
Pourtant ces petits trésors scrutent ; ça moucharde les organes. Eperdument le corps se confie. Bruits, température, secrétions, entrent en confession avec les computers pour revendiquer le droit à la santé sans concession. La peau, sac anatomique, devient jet d’ondes permanent. Les pores en furie suent l’information. Contrôles, guidages, orientations dictent un « je » téléguidé. Un jeu de mise à jour, de reconfiguration. Les i-soins ne gardent plus de secrets médicaux. Empêtrés dans un filet d’ondes nous rendons grâce au marché du soin. La médecine se dématérialise, elle renvoie la balle au filet. À flux tendu les soins conseillés tiennent le malade à distance, mais les logiciels nous rattrapent, nous coachent, chiffres et cadrans sont de nouveaux amis, des confidents. Ce miroir digital fait figure analogique, le corset des nombres fait figure de psyché. L’obsession de la santé colle à la peau. Elle aspire à la pérennité. Demande l’éternité.
Du pas encore né au plus jamais mort il y a de la place pour les appareils, les instruments et les machines, des interstices pour la nanotechnologie, une faille pour la biologie. De l’homme réparé à l’homme augmenté, on défie l’éternel.
L’homme porte greffe, tronc fier ; son arbre de vie émondé, son arbre généalogique numérisé. La science fait enfin sens.
La santé devient culte.

La lecture d’une belle brochure couleur et d’un imprimé maison stipulant les interdits culinaires, parraine ma sortie de la clinique. Moi qui adore, et la salade et les tomates et les choux : ces Vitamines K, coagulants, pas bon. Fromage et saucisses : Cholestérol, une casserole de plus. L’assiette contrôlée, les plats limités. Menu, menu. Il n’est pas interdit de faire l’amour, entre les repas.
À la maison, chambre au premier étage. Il faut avaler la marche première, la contremarche rebelle. La rampe fait main stagnante ; la deuxième marche c’est Ventoux, la troisième Everest. Le sommet... manque d’oxygène. La descente …toute trouille dehors.
Là j’exagère, les mots m’emportent. Les mots s’évadent, trahissent la réalité, font monter la pression pour un rien ;ils prônent, ils sanctuarisent, ils héroïsent pour une descente d’escalier. N’empêche que la pente est rude pour l’endurer tous les jours.
Le travail de santé ne s’arrête pas au portique automatique de sortie. Avant de partir, le cardiologue m’a fortement conseillé la marche, alternative à un séjour dans une maison de rééducation. Marcher d’un bon pas. J’ai souvent des excuses d’empêchement ; malgré une maison en pleine campagne, les balades ne me tentent guère.
Pendant mes « grandes vacances » à la clinique, je me suis imaginé handicapé, l’horizontalité provoque des pensées ; bricolage aux oubliettes, jardin-potager en friche, jardin paysagé en jachère. Tout juste bon à écrire, greffé ordinateur, happé écran. Rien de tout ça en vérité, seulement adaptation des tâches à mon état physique. Ma femme prend le relais des champs. Je l’admire sur ma chaise mirador. Le temps aidant, les forces de retour, je ponctionne le râtelier, J’ai la sarclette douce. Très douce. Je trouve des vertus nouvelles aux mauvaises herbes, je les accepte désirables. Les activités me ressaisissent au compte-gouttes.
Marteaux, pinces, tournevis pas loin d’être délocalisés, regagnent peu à peu la douceur de l’établis. Je reprends le dessus.
Mais pas question de démarrer sur les chapeaux-de-roue, de jouer les héros avant d’entreprendre une action, le dieu zèle doit être préchauffé : préparer le cœur, lui faire les yeux doux.
« Deux ans à te remettre » sourit un collègue des « affaiblis du cœur », j’ai dû rajouter une demi bougie à l’anniversaire.
L’ambiance médicale imprègne la maison.

Tiens justement, une petite scintigraphie de contrôle post-opératoire ne me ferait pas de mal. Piqûre légèrement radioactive, pour préparer les épreuves d’endurance. Délai de quatre heures avant ce plaisir. Retour, déshabillage, plat-ventre sur un plan dans un « travail à chevaux », surtout ne pas bouger, mise en route grondement, main mal calée sous le front, douleur croissante, dommage une demi- heure immobile. Puis direct sur un vélo fixe. Deux entraîneurs en blanc m’attendent, l’un me greffe une perfusion au poignet, l’autre me fait l’article sur les vertues de l’appareil. « Pédalez, pour l’instant c’est sur du plat »… facile, « dans trois minutes une côte »…sévère ; rapidement je n’en peux plus, « on double la dose du cocktail tour de France ? » me dit l’autre acolyte. Mes cuisses éclatent, je n’en peux plus, je ne peux plus. « Continuez, il n’y a plus que cinq minutes de route ». Pour preuve l’écran bardé de courbes qui attendent les derniers virages, rivages encore lointains…Je « tombe » de vélo. Je n’ai pas fait les trois quart du parcours, mes supporters m’engueulent, ou plutôt soupirent de mécontentement. Illico de retour sur la planche précédente. La machine commence à râler, Trente minutes de vibrations, la main encore coincée sous le menton. Moins mal, que sous le front. Rhabillage, voiture, at home. Sorti de l’hôpital, l’hôpital entre chez moi. Tracasseries à domicile. Protocoles dans mes meubles. Soins dans l’intime de l’intime. Au matin quotidien, l’infirmière claque la portière dans la cour, trousse à bout de bras, sacoche de rituels, philtres chimiques et seringues magiques. On pénètre, on infiltre. Pantalon bas. « Vous pouvez vous asseoir ». L’écharde à piston décharge dans la cuisse. À force de piquer, la jambe se mouchette de points noirs dans le meilleur des cas, d’auréoles dans le pire. Arc-en-ciel épidermique bleu et jaune. Quinze jours en gros pour retrouver le taux idéal de fluidité du sang. Un petit coup d’œil sur la cicatrice thoracique, désinfectant, pansement si nécessaire. Quinze jours d’infirmière matinale. Puis un médicament prend le relais de l’aiguillon quotidien.
Les contrôles ne s’arrêtent pas là, le cardiologue m’a à l’œil, plutôt à l’oreille ; déshabillage, allongement, ventouses électrocardiogramme, doute, hésitation, moue ; le souffle au cœur ne manque pas de souffle. Le moral a pris du plomb dans l’aile, je me revois sur le billard. Nouvelles analyses de confirmation, en pays des top machines à trente kilomètres. Le chemin me connaît. En définitive, rien de grave. Ca me détend, je profite de ce rendez-vous pour faire part de mes douleurs aux cuisses occasionnées par l’ascension de pentes et de faux plats. Le cœur reste indifférent au moindre effort, les muscles crient famine ; le médecin réduit la dose de bétabloquant. Il faut négocier avec l’institution, adapter son traitement, faire sien ses soins imposés par défaut, tremplins tous les mois du renouvellement du stock. Ces potions n’évitent en rien repos et siestes prolongées.

Date anniversaire de l’intervention « mon » chirurgien tient à me rencontrer ; rendez-vous pris péniblement, vue la rareté des créneaux disponibles, non les miens, bien- sûr ...Voiture, quarante kilomètres, côté Touraine. Attente feutrée, lumières tamisées, rencontre quasi-immédiate, coup d’œil velouté sur la cicatrice disparue… Satisfaction. Parking, retour.
Le chirurgien a réparé ma valve en introduisant un anneau, alliance à vie avec le monde médical ou bague de repérage.
Je suis refait à cœur.