J'irai discuter avec vous

Aller à la rencontre des Français en vélo.


À 19 ans, grâce à une bourse de l’association Zellidja, j’ai quitté mon Tarn-et-Garonne pour partir découvrir, pendant six semaines, les Siciliens. À 20 ans, je remettais ça et j’allais à la rencontre des Malinkés en Guinée. À 33 ans, après dix ans de salariat au sein de grosses et petites entreprises, de conseil auprès des collectivités territoriales, j’ai décidé de partir à la rencontre des Français, de tous les Français. J’ai décidé d’aller découvrir leurs parcours de vie, interroger leur sens de la politique, leurs envies, leur regard sur le monde et ainsi mûrir le mien. En somme réveiller le citoyen qui sommeille en chacun.
Je regardais, sceptique, les commentaires s’accumuler sur les articles de médias. Peu défendaient les alternatives, quelques-uns s’indignaient, beaucoup étaient agressifs, tranchés, défendant le pouvoir en place. Dans mon univers, je rencontrais pourtant des gens pleins de rêves, de projets, d’envies de faire mieux, d’inventer des lendemains qui chantent. Alors je suis partie à la rencontre de tous ces gens, de manière aléatoire, sans préjugés, un peu comme un voyage Zellidja. Pierre Rahbi a dit « Tout changement implique le changement de soi car si l’être humain ne change pas lui-même, il ne pourra changer durablement le monde dont il est le responsable ». Je voulais voir les femmes et les hommes en train de changer, percevoir leur prise de conscience, leurs envies.

Le départ

Trois années de réflexion, de doutes, de questionnements. Et soudain une évidence, mon projet était mûr, j’étais prête. Et tout est devenu simple, limpide, source de bonheur quotidien. Je ne savais pas encore vers quoi j’allais mais toutes les rencontres que je faisais me soutenaient et me nourrissaient. Ceux que je commençais à interviewer rêvaient de relations humaines. J’allais les vivre. Les langues se déliaient, les rêves s’exposaient, je rencontrais ceux qui l’avaient déjà vécu et ceux qui allaient le vivre sous peu. Je discutais avec cette pétillante Portugaise qui avait trimé toute sa vie avec son mari dans les vergers pour construire leur maison. Et faisant encore des ménages elle me disait « Tu as raison, au final, nous on ne connaît rien, on n’a rien vu. »
L’entreprise dans laquelle j’avais passé mes sept dernières années me comprenait. Je partais avec le sentiment de tourner une page, sans renier les chapitres précédents. Je sautais dans le vide, mais en fait, j’avais surtout l’impression de sauter sur une grande toile d’araignée, dont tous les brins allaient me porter et me guider jusqu’à ce que je touche le sol. Les liens qui me reliaient à mon entreprise se rompaient. La digestion était assez rapide finalement. Ils passaient vite à autre chose, moi aussi. C’est une question de survie pour une entreprise, comme pour un individu. Aller de l’avant.

Après quelques années d’investissement dans la politique, parce que je me disais qu’on ne pouvait pas critiquer sans cesse et ne pas se mouiller, je lâchais prise. Qui étais-je pour prétendre représenter les gens ? Est-ce que je les connaissais assez ? J’étais fatiguée de me battre pour des idées toujours aussi justes mais avec des scores toujours en deçà du FN, un parti vert empêtré dans ses stratégies, un PS hégémonique et un UMP ridicule de soif de pouvoir. J’avais envie de les laisser à leurs guéguerres pour un temps. De toute façon, il n’y a pas de changement sans rupture, c’est un passage inévitable. Il faut savoir l’accepter, ne pas en avoir peur.

Là où j’irais

Je veux aller là où je ne serais jamais allée. Non pas, par voyeurisme, non pas par pour me punir de quoi que ce soit. Non juste pour transcender mon cadre de référence, pour comprendre, pour ressentir.
Je veux aller à la rencontre de ces visages. Pourquoi certains, laisseraient-ils une trace, éphémère ou posthume ? Pourquoi un jeune, par une photo postée au hasard de twitter se retrouverait-il soudainement avec 700 000 followers, alors que tous ces anonymes, on ne les écoute jamais. Ils sont pourtant profondément intéressants, riches, ils me nourrissent et sont mon énergie vitale. Ils sont l’énergie vitale de l’humanité de demain, bien au-delà de celle recherchée pour maintenir les serveurs de la toile internet en activité.

À vélo

Je veux voyager, mais voyager ne veut pas dire aller à l’autre bout du monde. Voyager, cela peut commencer par rencontrer ses voisins, les personnes que l’on croise tous les jours, découvrir sa région d’origine. C’est aussi revenir là où je suis passée trop vite, dans ces villes plus ou moins périphériques, et prendre le temps d’en côtoyer les habitants. Ce sera donc un Paris-Montpellier avec mon vélo Brompton ! Parce que c’est un lien entre ce que je suis, là où je viens, ce que j’ai survolé et ne connais pas assez.
Le Brompton, c’est parce que c’est mon infatigable compagnon, qu’il va m’obliger à aller doucement, à prendre le temps, pas plus de 30 ou 50 kilomètres par jour et me laisser le temps d’improviser, de sauter dans une voiture, un train, un bus !
Mon projet, s’intitule « J’irai discuter avec vous » et vous pouvez le suivre sur le site ou les réseaux sociaux !