Je me suis accroché

Perdre sa mère.


Un mercredi sous la pluie, je sors du bus et arrive chez moi. À la maison, ma grand-mère, en pleurs : « Il faut appeler les pompiers ! Ta mère a une perte de mémoire, elle tient des propos incohérents. ». Mes larmes coulent, les secours arrivent, le médecin nous explique qu’il s’agit sûrement d’un accident vasculaire cérébral et qu’il faut l’emmener. Aux urgences, les minutes sont des heures, les heures des années. En fin de soirée, un médecin nous parle enfin (mon grand frère, ma petite sœur et moi : « Nous n’avons toujours pas trouvé d’où venaient les problèmes de confusion de votre maman. Nous lui ferons des examens complémentaires demain. Nous vous préviendrons lorsque nous aurons éclairci le problème. » Nous l’accompagnons à sa chambre et la quittons.

Quatre ans avant, ma mère a eu un cancer du sein – longues périodes en centre hospitalier, chimiothérapie, chute de cheveux. Puis elle a eu un cancer à l’autre sein. Cette malchance, la sensation d’avoir une vie merdique, on la connaissait bien car deux ans après : le cancérologue nous a appelés pour nous dire que notre mère était atteinte de tumeurs à la colonne vertébrale. Troisième cancer.
Ma mère, allongée dans un lit d’hôpital dans un piteux état et je suis là, incapable de faire quoi que ce soit…

Le lendemain, nous retournons à l’hôpital pour prendre des nouvelles de notre mère. Son état de santé s’est amélioré – soulagement : « Nous avons écarté la possibilité d’un AVC mais cependant nous pensons à une infection due à la maladie de votre maman qui aurait touché son cerveau. » Nous faisons toutes les démarches pour que notre mère soit transférée dans le centre de lutte contre le cancer où elle était suivie car ils connaissaient bien son dossier médical. Le lendemain, une ambulance vient la chercher. Son état de santé est aléatoire, un jour avec des hauts, le lendemain des bas.

Chaque jour, pleurer pendant des trajets de plus de deux cents kilomètres aller-retour. Voir sa mère mourante branchée sur un lit d’hôpital. Les médecins l’avait plongée dans un coma léger. Le pire devait arriver. Mentalement, on devait s’y préparer…

À la rentrée scolaire de Toussaint, je suis heureux de retrouver mes amis et je passe une bonne journée. Pendant ma dernière heure de cours, une surveillante vient me chercher : il fallait que je prenne mes affaires et que je descende au bureau de la Vie scolaire. Ma cousine, en larmes, était déjà là. J’ai tout de suite compris ce qu’il se passait. Je n’ai rien voulu entendre, c’est enfin que j’ai réalisé que ma maman était partie dans l’autre monde. Elle avait trente-neuf ans et trois enfants de onze, dix-sept et dix-neuf ans.

Je me suis accroché, je me suis battu, j’ai eu mon baccalauréat pour la rendre fière, et maintenant je suis en première année d’études supérieures, je m’accroche à la vie même si chaque jour c’est difficile d’avancer, de se retrouver seul, sans repère...