Retour au naturel

Les mots d’un agriculteur.


Moi, à l’origine, j’ai fermé en 2001. J’avais un garage poids-lourds et mon épouse était au bureau. J’employais mon épouse. Donc je l’ai licenciée et on fermait l’garage, parce que moi j’devais aller m’faire poser des prothèses de hanches et j’pensais être en invalidité, d’après c’que le médecin-conseil avait dit : « Aussi bien, vous pourrez plus travailler, tout ça, tout du moins plus faire l’boulot que vous faites. ».

Donc moi, comme on avait racheté ici en 98, j’voulais faire du maraîchage, mais un p’tit peu comme ça, parce que mes parents étaient agriculteurs ici, un p’tit peu au-dessus, et c’est ce qui me plaisait. Donc j’voulais travailler la terre. Bon, les médecins, ils voulaient pas, mais j’ai dit : « Si, j’le fais ! ». J’ai fait la ferme, pendant 20, 25 ans, de mes parents mais toujours en travaillant à l’extérieur, j’faisais mes heures à l’extérieur et j’venais le soir et mes congés, les week-ends, travailler la ferme d’chez mes parents, puisque mon père était malade. Donc c’est pour ça que moi ça, ça m’plaisait, c’est c’que j’voulais faire, mais juste pour l’plaisir, plutôt que pour en faire vraiment un revenu quoi ! Et vendre un peu d’légumes ici comme ça quoi !

Mais ça s’est pas passé comme ça puisque que … J’ai été m’faire opérer. J’ai 2 prothèses de hanche. Donc ça dure, parce qu’entre 2 opérations faut, j’sais plus, 7 ou 8 mois, et donc j’ai été m’faire opérer et d’un seul coup, au bout de 2 ans, j’reçois un courrier d’la caisse comme quoi je ne fais plus partie d’leur effectif, je suis résilié. Alors plus de revenus, plus rien, plus d’indemnité, plus rien, et une maison à payer, et mon épouse au chômage qui touchait plus la totalité de ses journées. Donc il a fallu trouver une solution. Donc de là on a passé par le RMI, parce qu’attention : plus indemnisé par la caisse-artisan, mais pas l’droit d’retravailler, puisque le médecin-conseil de la caisse m’avait interdit d’travailler. Donc c’est pour ça qu’on a passé par le RMI, et à partir du moment où vous avez droit au RMI, vous avez droit à tout. On a droit à rien, on a le RMI, ça y est on a droit à tout … bref, c’était bon. Et moi c’qui m’intéressait c’était d’retrouver l’droit d’travailler.

Donc de là j’ai repris un boulot à mi-temps en tant que chef de garage dans une petite entreprise, j’étais l’seul mécano, mais j’m’occupais du parc d’véhicules à mi-temps. Donc j’ai r’travaillé pendant 2 ans, 3 ans. Et, à la suite de ça, le cultivateur qui avait repris les terres de mes parents, il partait à la retraite, donc les terres se libéraient. Donc quand les terres se sont libérées, j’ai dit : « Tiens ! », comme j’avais toujours pris un boulot à mi-temps et pis que c’était c’boulot-là que j’voulais faire, j’ai dit : « Les terres, j’les garde, j’les laisse pas partir au repreneur. ».

Donc j’ai repris les terres, seulement bon… Le gars qui cédait voulait 16 000 euros. Donc résultat, on est passés au tribunal. Il me réclamait 8 000 euros, c’étaient les 8 000 euros que mes parents ont touchés de reprise, quand eux, lui ont cédé, mais en plus … Et c’est vicieux comme tout ces trucs-là, parce qu’il a tout monté son coup : quand il a fait l’papier à mes parents quand il a repris leurs terres, il savait qu’il leur donnait 8 000 euros à mes parents, mais le lendemain si il allait au tribunal, il récupérait ses 8 000 euros et il gardait les terres. Quand mon avocat a vu c’papier-là, il a dit : « On est perdus d’avance, c’est sûr, parce qu’avec le papier qu’il a fait, il y a tous les éléments dessus pour lui donner les droits. Quand il a eu fait c’papier-là, il savait pertinemment que le jour où il y aurait quelque chose avec vos parents et ben il leur réclamerait l’argent ». Donc, il a réclamé les 8 000 euros, plus les intérêts depuis 92 : 8 000 euros, ce qui fait16 000 euros et des poussières. Y a plus d’intérêts que de somme versée ! Mais seulement c’est toujours pas fini, puisque maintenant, moi c’est pas moi qui dois payer, c’est l’indivision, les terres sont encore à mes parents, à mes soeurs et tout. Mes parents sont décédés mais c’est encore avec mes sœurs quoi !

Mais, en fait, celui qui cède, il tient pas à récupérer les 16 000 euros. En fait, il veut me changer l’emplacement de mes terres. Parce que les terres sont dans la plaine et elles coupent ses 2 parcelles. Il a 2 grandes parcelles. Sa culture, c’est 2 grandes parcelles de 60 hectares. Et forcément j’coupe ses 2 parcelles en 2, parce que j’ai une parcelle d’un côté de 2 hectares et une parcelle de l’autre d’1 hectare et demi. 3 hectares et demi en tout. Parce que 16 000 euros c’est pour 3 hectares et demi ! Et il veut me redonner 2 hectares ici en face, au lieu des 3 hectares et demi dans la plaine. Et les 16 000 euros il m’en fait presque grâce si j’accepte de venir là. Mais moi j’en veux pas, j’veux mes 3 hectares et demi et c’est tout. Alors il dit : « Ben ouais, mais c’est un drôle ! Il veut pas échanger ses terres et tout ! ». Alors que c’est pas vrai, moi au départ j’ai dit que je voulais bien changer. Bien sûr. Mais pas partir n’importe où. Pas n’importe comment. En plus là-bas j’ai qu’un voisin, qui est le même cultivateur qui est tout l’tour d’moi puisque j’coupe sa parcelle en 2, donc c’est lui que j’ai toujours autour. Déjà si il me ramène ici, j’ai 2 voisins, donc 2 sources à problèmes.

Cette année, mon voisin là-bas dans la plaine, ça fait 2 fois que j’l’attaque parce qu’il brûle mes récoltes avec ses produits. Comme moi j’cultive en bio, j’mets pas d’produits et ben l’monsieur il brûle mes récoltes. Donc si j’viens ici, ça va être 2 voisins que je vais avoir et comme le fermier ici au-dessus il est encore plus j’en foutre que l’autre ! C’est pas un mauvais gars mais alors lui il vit sa vie ! Donc j’vais pas aller prendre une parcelle où je vais avoir 2 voisins ! Donc j’suis toujours au tribunal et j’ai toujours pas officiellement les terres.

Donc j’ai là-bas, dans la plaine, les 3 hectares et demi et en plus ici, à côté, un 1 hectare en maraîchage. Et là-bas, dans la plaine, il y a d’ailleurs une parcelle où j’ai un gros gros gros problème, c’est que…, là aussi je l’ai attaqué au tribunal ! Parce que l’année où il m’a recédé les terres, et ben après avoir cédé, il les a passées au round-up. La parcelle de 2 hectares. Il l’a passé au round-up. Il a passé les terres à lui autour et puis il a passé sur les miennes. Sans s’occuper de rien. C’est affreux. C’est affreux. Il y a une parcelle, il l’a passée au round-up, l’autre parcelle il l’a pas passée, parce qu’elle était de l’autre côté, donc il l’a pas passée. Et ben la parcelle qui a été passée au round-up, depuis c’temps-là, je suis envahi d’chardons, mais même les techniciens qui viennent, ils disent qu’ils ont jamais, jamais jamais vu ça. Maintenant c’est un champ de chardons et impossible d’en être maître. Cette année c’est la troisième année que j’récolte pas dedans, parce que dès que j’mets quelque chose tous les chardons passent au-dessus. Il y a un ancien cultivateur avec qui on travaille, une dame dans les Flandres qui vient assez souvent et son mari c’est un ancien cultivateur aussi, quand ils voient ça, ils disent : « Mais j’ai jamais, jamais, jamais vu ça ! J’ai jamais vu autant de chardons de ma vie ! ». Et d’après les techniciens, ils disent que c’est le round-up qui favorise la levée des herbes l’année d’après. Le développement des herbes l’année d’après. Comme ça ils sont surs de revendre du produit. Ça peut être que ça ! Et là, moi, j’ai vraiment l’exemple, parce que sur l’autre parcelle, il y a des chardons aussi. Parce que si y avait pas du tout du tout du tout d’chardons de l’autre côté, j’dirai : « Bon, cette parcelle-là il y avait des chardons, ça se voyait pas, c’était maintenu à peu près propre, donc ça se voyait pas. » Mais non, de l’autre côté il y a un peu de chardons aussi et je n’ai pas désherbé et les chardons ça va. Cette année on a passé 2 heures à couper les chardons à la faucille, sur un hectare et demi. C’est pas terriblement mortel quoi ! Tandis que de l’autre côté, c’est impossible, tous les chardons se touchent, c’est un tapis de chardons. Les techniciens, ils n’ont jamais vu ça. C’est de là que les techniciens ils se posent beaucoup de questions, ils se disent, ils commencent à se dire : « Oui, le round-up, il y a vraiment un problème, ils ont poussé peut-être plus loin qu’ils ne le disent. ». Mais là on n’a pas d’moyen. Ils s’en rendent peut-être pas compte, je sais pas, il passe l’désherbant, les chardons ils brûlent, ils brûlent tout. Tous les chardons ont crevé ! Impeccable ! Ça j’veux pas dire ! Mais à l’heure d’aujourd’hui, tous les chardons sont repartis. Donc leur produit, y sert à quoi ? Juste brûler c’qui dépasse de la terre et puis, après, comme ça, l’année d’après ils sont sûrs d’en ravoir.

Et ici aussi, à côté où je fais l’maraîchage, le cultivateur il m’a brûlé une bande de deux, voire trois mètres de féveroles. Et ben le gars qui vient pour payer, l’assureur, il dit : « Faites une analyse, si vous arrivez à m’trouver un labo qui vous trouve du produit d’dans, j’vous paye la parcelle complète. » Ils sont sûrs d’eux.

On m’a empoisonné mes bêtes aussi et tout, on a un vétérinaire, il dit : « Tant que vous avez pas trouvé un truc vraiment, pour pouvoir dire c’est ça, c’est tel truc et puis ça vient certainement de tel endroit, et puis avoir une preuve vraiment bonne, », il dit, « ça sert à rien de faire analyser, ils trouveront pas, ils vont pas trouver l’produit. Ils vous diront toujours que vous avez mal nourri vos bêtes, ou bien peu importe, mais ils vont pas trouver. Par contre, si vous donnez l’produit avec, en ayant vraiment une preuve et tout, on a peut-être une petite chance. ». C’est le vétérinaire lui-même qui a dit ça.

J’suis l’seul. Très mal vu dans l’village à cause de ça. Déjà le voisin, là qui est un peu j’en foutre, il veut pas être tout près de moi parce que je vais mettre des maladies à ses récoltes. Comme là, il parlait des pommes de terre, mais moi mes pommes de terre, je ne mets jamais rien, rien, rien. Je ne traite jamais une seule fois mes pommes de terre. Mes pommes de terre attrapent le mildiou en fin de saison, mais les pommes de terre au pied pourrissent pas. Si, il y en a une de temps en temps qui pourrit, j’veux pas dire … Mais le reste, il pourrit pas. Tandis qu’eux, dès qu’il y a un tout p’tit peu d’mildiou, ça y est la récolte, elle y passe.

Et moi, mes pommes de terre, c’est du plant que je refais moi-même tous les ans depuis… 15-20 ans. J’achète pas de plants. Enfin, tous les ans, maintenant j’en achète un peu parce qu’en travaillant en AMAP, j’ai pas assez de pommes de terre pour produire mais j’ai un meilleur résultat avec mes pommes de terre qu’avec les pommes de terre que j’achète.

La première année que j’avais mis mes pommes de terre, j’avais des bandes, des routes de pommes de terre du plant de moi, et à côté il y avait des pommes de terre que j’avais achetées. Et ben le mildiou a passé au-dessus des miennes. Les 2 à côtés des miennes avaient l’mildiou et les miennes elles l’ont eu mais 15 jours, 3 semaines après. Et quand j’ai récolté, j’avais presque pas gâté aux miennes de pommes de terre, une de temps en temps comme toujours quoi ! Mais dans les autres il y en avait beaucoup. « On dit qu’on traite pas, mais on va traiter la nuit ! », eux c’est ce qu’ils disent, ben ouais, sinon on peut rien avoir ! Si bien : si on met rien, on a rien ! Voilà, donc à partir de là que voulez-vous leur dire ? Ils sont conseillés par des gens qui se font d’l’argent sur leur dos sans s’en rendre compte…

Il y en a qui disent que c’est une secte ici… Y’a un voisin au-dessus, il dit que c’est une secte ici… Parce qu’en AMAP, vous savez, les gens viennent travailler et tout ça. Donc le samedi, le week-end, y’a souvent des gens qui viennent, y a beaucoup de voitures ici. Alors c’est une secte ! Alors voilà , bon, mais ça maintenant j’m’en fous. Comme je suis originaire de c’village ici, je pense que l’problème qu’il y a, le problème qu’ils ont, qui les embête, tel que celui qui m’a cédé les terres, c’est qu’ils s’attendaient pas que j’revienne. C’est que j’suis parti à l’âge de me marier à 21 ans, de 21 ans jusqu’à 56 même presque… Ils ont jamais su ce que j’ai fait quoi ! Après j’étais ici mais j’étais en maladie. Donc ils savent pas ce que j’ai vécu, le garage était pas ici… Donc ils ont pas su du tout ce que j’ai fait et puis d’un seul coup je me suis ramené ici… Donc déjà je les embête.

Mes parents ont été la première ferme par ici à mettre du maïs pour les vaches. L’une des premières à faire de l’ensilage. Aujourd’hui je m’rends compte de c’que c’est, parce qu’une vache qui mange de l’ensilage tout le temps, matin et soir, à longueur de journée, 24 heures sur 24, c’est la même chose qu’un être humain qui boit 4 litres de whisky par jour. Donc quand j’ai appris ça, j’ai dit : « Ça m’étonne pas que toutes les bêtes, y crèvent comme ça ! ». C’est catastrophique. Et à l’époque, j’aurais dû déjà m’interroger quelque part, parce que mon père il donnait son maïs et ma mère elle transformait tout le lait. Tout le lait partait en beurre, c’était du beurre principalement. Elle faisait 2 tournées de beurre toutes les semaines… Elle vendait je n’sais plus combien de kilos de beurre. Et dès que mon père donnait un p’tit peu trop de maïs, il en donnait qu’une fois par jour, et les bêtes étaient pas en stabulation libre comme maintenant, elles étaient encore liées individuellement et on mettait à manger à chaque vache, et dès qu’il donnait une trop grande ration de maïs, ma mère rouspétait parce que l’beurre avait un goût. Aussi vite ! On avait une cliente surtout, elle c’était la référence, parce que dès qu’elle arrivait là, ma mère se faisait appeler de tous les noms parce que l’beurre était pas bon. Donc j’aurais déjà dû m’interpeller quelque part. Et j’suis de 53, alors ça c’était dans les années 60 – 70. Bon mais l’ensilage si on reste raisonnable, c’est pas l’plus mauvais quand même, c’est que maintenant on est arrivé que la bête elle ne mange que ça, et quand j’vois comment les bêtes elles sont arrangées, mais c’est catastrophique. Une vache si elle vit 5-6 ans, c’est bien ; chez moi les vaches avaient 10-15 ans, et les vaches étaient en bonne santé malgré tout. Là sans arrêt, sans arrêt toutes les semaines, ils crèvent des vaches et tout… Ils sont au bout, au bout, au bout…

Ils opèrent les vaches d’la caillette. La caillette, c’est ce qui est dans la panse et ben la caillette tombe dans la panse, alors ils raccrochent la caillette en haut d’la panse, elle fait plus son effet quand elle est en bas. Elle tombe parce que la panse elle doit être complètement, j’sais pas moi, devenue chimique. Donc l’naturel il résiste plus avec ça. C’est sûr !

Moi, mon père a toujours été malade, ma femme l’a jamais connu travailler. Il a toujours été malade et tout ça, toujours des problèmes d’estomac et tout. On sait pas exactement pourquoi. Bon au départ, ses problèmes d’estomac d’après l’médecin, c’est d’avoir fait du cheval. Comme il faisait toujours courir les chevaux, il aurait eu une descente d’estomac, ou j’sais plus quoi, enfin j’sais plus exactement. Donc mon père a toujours été malade et puis moi d’un seul coup ça a commencé. J’commençais à avoir des problèmes et j’en étais venu à ne plus pourvoir rien manger. Cachets pour l’estomac sans arrêt, sans arrêt, des maux de tête tous les jours, et puis aller voir les médecins. Les médecins, c’est tout simple, vous arrivez là, votre médecin général, lui, il vous donne des médicaments et puis d’un seul coup il vous envoie voir un spécialiste. Le spécialiste commence à vous demander vos antécédents. Bon ben vot’père, il était malade, et ben v’la ça y est, vous êtes catalogué, vous allez être malade toute votre vie. Ils me disaient pas : vous avez ça ou vous avez ça, non, j’étais sensible de l’estomac, voilà c’qu’ils disaient. Mais c’était normal, puisque mon père avait ça. Fallait qu’ma mère, elle prenne un autre père, c’était ça ! En gros ! Au départ vous vous faites une raison et puis après c’était devenu, même avec les médicaments et tout, impossible, impossible… Et on a commencé à s’poser des questions. Parce que comme j’venais encore ici et comme je pouvais presque plus rien manger, je savais plus quoi manger, j’étais malade quoi, mon père faisait souvent de la soupe, parce qu’il aimait bien faire la cuisine ! Parce que ma mère elle était partie. Elle a cédé la ferme et elle est partie… D’un seul coup, j’me suis rendu compte que c’était même avec la soupe que j’étais malade, j’ai dit : « Mais mince ! Pourtant d’la soupe ! » Mon père avait des légumes et tout, j’ai dit : « C’est pas normal. ». Et d’un seul coup j’ai dit : « Comment tu fais ta soupe ? ». Il me dit : « Ben j’mets des légumes, et tout... » Et puis j’ai quand même mis un moment avant de trouver, mais d’un seul coup ça y est, on a trouvé : au départ, il faisait ça avec de l’ail et tout ça, mais après il achetait les préparations toutes prêtes, avec tout ce qui est ail, thym, persil et tout… les herbes Ducroc, les p’tites bouteilles, là. Il en utilisait beaucoup. Et ben c’était avec ça que j’étais malade. Alors c’est de là qu’on a commencé à se poser des questions. Du coup on a changé totalement de nourriture : d’abord on a plus mangé d’viande, presque plus d’viande et puis on a commencé à manger plus naturel. Et ben aujourd’hui je ne prends plus rien, plus de médicaments, plus rien, et puis les crampes d’estomac, c’est très très très rare que ça m’arrive. Pourtant j’crois que j’ai encore le même père qu’à l’époque ! Il y a que ça qui a changé, alors là on a dit : « Là, là, il y a quelque chose. ».

C’est tout ça qu’a fait qu’on est parti sur tous ces trucs-là, et c’est pour ça que même moi la bio, l’nom bio il me plaît pas. J’dirais naturel, un point c’est tout, faut laisser faire la nature. Bio, c’est encore les gros trusts qui ont réussi à faire partir un nom. Voilà. Du coup, moi mon rôle c’est de planter un pied de fleur à côté d’un pied de tomate parce que le pied de fleur va aider la tomate : son odeur va chasser les insectes. C’est amener du compost dans la terre pour aider à protéger, pour que d’autres insectes puissent être là, aider à favoriser les insectes et tout ça, mais surtout mettre aucun produit, même bio.

Parce qu’il y a deux ans, oui c’était il y a 2 ans, j’avais mes poireaux, ils avaient la rouille, donc on a appelé le technicien. Il vient et il dit : « Ben la rouille, on peut rien faire, si vous les arrosez, vous allez obligatoirement aggraver l’cas. » Il dit : « La rouille, c’est pas grave, grave, grave. C’est parce qu’on arrive au mois de septembre, l’air est fort humide et l’poireau, lui, il a eu soif. Comme il a fait sec, il manque de végétation, donc il est sensible à la rouille. La seule chose qui faudrait faire c’est l’arroser mais si vous l’arrosez, vous l’aggravez. Ou alors il faut l’arroser mais au pied pour pas que l’eau vienne sur les feuilles. » Du coup, j’ai mis du goutte à goutte et du coup en même temps, il a regardé mes poireaux : il y avait des vers. Il dit : « Par contre, là il y a un peu d’vers et tout ça, ça c’est pire que la rouille, mais ça s’voit pas pour l’instant. » Donc il me dit tel produit bio, faut acheter. On achète la boîte, on est allé chercher une boite tout de suite, et quand mon épouse est revenue avec la boite, je regarde pour l’utilisation ; alors : protège les abeilles et tout, jusque là c’est bien. Puis, d’un seul coup, en dessous : attention pour l’utilisation de c’produit, mettez un masque, ne pas traiter dans un endroit où les abeilles sont à proximité. « Oh ! », je dis. La boite, elle est restée là, je m’en suis pas servie, parce que j’ai dit : « Si c’est dangereux pour certains insectes, faut mettre un masque… C’est encore reparti dans l’système du chimique… Moi j’mets pas ça. » Et je l’ai pas mis, et mes poireaux en sont revenus. Et après, le gars qui passe, d’Ecocert là, celui qui nous contrôle, il nous demande : « Vous avez achetez le produit ? » Je dis : « Ouais. Ah, ouais. » Il dit : « J’croyais que vous alliez pas l’achetez. » Je dis : « Ouais, ben je l’ai acheté » Il dit : « Ah bon ! » Je dis : « Le produit tenez, le v’la. » Il dit : « Ben alors, vous l’avez acheté mais vous l’avez pas mis ? » Je dis : « Non ! Lisez la boite et après vous me direz. » « Ah si, pourtant c’produit là … », il dit : « Je connais, il est référencé chez nous. Pas de problème, c’est bon et tout, » Je lui dis : « Oui, mais lisez sur la boite. » Il lit et ça lui a quand même paru bizarre que c’était marqué que ça attaque les abeilles, qu’il fallait pas traiter à côté des ruches et tout ça. Donc « Ça..., il dit, ça c’est un peu bizarre. » Mais il dit : « L’histoire qu’il faut mettre un masque et tout… Pourtant le produit, j’ai pas d’expérience qu’il est mauvais jusqu’à maintenant, c’est du bon produit. Moi je pense que c’est eux qui ont été obligés de mettre ça pour se protéger, parce que si jamais le voisin, il traite, et puis que vous, vous avez traité aussi, vous vendez vos légumes, la personne, elle est malade avec, elle vous attaque… Moi je pense que c’est ça », il dit. Alors c’est pour ça, moi j’mets rien, rien, aucun engrais, rien du tout. J’ai dit : « J’ai c’que j’ai » Comme là pour les chardons j’ai mis de la luzerne, ils disent que la luzerne fait mourir les racines de chardons. Donc on va voir, j’ai mis de la luzerne.

Avec 1 hectare, moi je suis sûr qu’on peut vivre. Là, c’était une année vraiment pénible, j’ai arrêté mes inscriptions à l’AMAP parce que je suis pas sûr d’avoir assez de légumes pour la fin de l’année. Je sais pas ce qu’ils vont avoir comme légumes. Je vais plus rien avoir. Donc là, je vais voir s’ils sont vraiment engagés ! Mais, moi, c’est pas à moi que je pense, c’est aux jeunes ! Moi j’ai commencé ça à 56 ans, j’ai 58 ans maintenant, je vais avoir 59 ans, si j’ai pas fait ma carrière, c’est pas maintenant que je vais la faire. J’ai toujours toujours toujours travaillé, jamais été au chômage, jamais rien, j’ai fait plusieurs emplois et tout ça, après je me suis mis à mon compte, et je m’en suis toujours sorti. Aujourd’hui, j’espère bien regagner un tout petit peu et puis aller jusqu’à ma retraite, puis ça sera bon ! Mais, moi, c’est aux jeunes que j’pense. Moi j’me mets à la place d’un jeune. C’est ce que j’ai dit au gars qui contrôle pour Ecocert : « Moi, pour moi, la bio, c’est pas assez sévère. »

Comme là : je vous explique l’histoire encore qui a brûlé mes féveroles. Il y a des endroits, ça va jusqu’à trois mètres ! Que les féveroles ont brûlé ! On voit que c’est le produit qui est venu, ça fait un peu des vagues. Au bord, les deux mètres, il a dépassé sa rampe d’mon côté. Faut pas rigoler ! J’en suis sûr. C’est les gros machins qui traitent 35 mètres de large, donc pour être sûr d’aller jusqu’au bord… Après, on voit que ça fait des vagues dedans, jusqu’à 3 mètres dans l’champ. Sans problème ! Donc, là, moi, j’ai dit au gars d’Ecocert : « Il faut tout me déclasser la terre, je redémarre à zéro. » J’venais d’être en bio et il me dit : « Déclasser la terre ? », tout de suite il fait un peu peur, mais moi il me fait pas peur, parce que moi je lui dis : « Vous déclassez la terre et moi je vais réclamer les trois années de certification bio. Je vais les réclamer à l’assurance. » Normal, c’est traité, il faut 3 ans pour repasser en bio. Et ben, il a même pas l’droit ! La loi lui interdit. L’organisme certificateur n’a pas le droit de me déclasser les terres, de me faire redémarrer à zéro. Parce que lui, il l’avait noté sur la feuille : on peut déclasser la terre que si c’est moi qui l’avais fait, si c’était moi qu’avais traité. Là on peut pas me déclasser les terres. Donc je vends du produit qui est pas en bio et j’ai le droit de l’vendre en bio. C’est pas juste ! C’est tromper les gens qui mangent le produit derrière.

Moi, c’est pas vital, là je suis à mi-temps au chômage puisque j’ai été licencié du boulot que j’avais. Donc pour moi, c’est pas vital pour l’instant, mais moi je me mets à la place du jeune, qui lui, à ma place, se retrouverait avec ses terres déclassées pendant 3 ans et à recommencer à zéro ! Au bout de 3 ans, il redémarrerait à zéro. Moi je me mets à sa place, il a déjà trimé pendant 3 ans et tout ça et puis rebelote là, à cause d’un voisin ! C’est là où je suis pas d’accord ! Et puis moi ce que je vois c’est le résultat, c’est ce qu’on vend derrière. Je peux vendre en bio l’année prochaine, pas de problème ! Donc c’est pas normal. Ils viennent à dire que le produit a été sur la plante, mais a pas été à terre ! Donc, voilà, là je peux vendre du produit et vous pouvez cultiver côte à côte d’un gars qui traite juste à côté. Juste à côté, vous vendez le produit, il est bio.

Quelqu’un qu’aime pas la nature pour moi, ça peut pas aller. Je pense pas. Et je m’en rends compte que maintenant en plus ! Parce que il y a tellement de choses à connaître, à regarder et tout. Comme là, mes pommes de terre, j’ai commencé à me dire : il y a un problème quelque part. Parce qu’ils disent pour mettre une culture qui favorise faut mettre des choux, à côté des pommes de terre, des betteraves. Donc moi, je mettais une route de pommes de terre, une route de betterave, enfin 2-3 routes de betteraves, puisque les betteraves on les met beaucoup plus serrées, donc et si vous mettez qu’une route de pomme de terre et une route de betteraves, tout va être couvert et il n’y aura pas de betteraves ! Et je me suis rendu compte à ce moment-là parce que on a arraché une route de pomme de terre pour nous, à la main – encore maintenant, tout ce que j’arrache c’est à la main, tout mon travail est fait à la main – et j’avais un pied de pomme de terre ici : pas de mildiou, celui à côté : complètement pourri, celui après rien. Donc j’ai dit : « Il y a quelque chose, pourquoi celle-là l’a eu, pourquoi les deux autres qui étaient juste à côté l’ont pas. Alors qu’ils disent que la contamination, c’est quand ils se touchent ? » Ben là, ils étaient sur la même route et il y avait un problème. J’ai commencé à dire : là il y a quelque chose à faire, leur sélection, elle va pas. Donc j’ai commencé à garder des pommes de terre des endroits où le pied de pomme de terre avait été malade. Si il en restait qu’une, je la gardais et je replantais l’année d’après. Et l’année où j’ai été opéré en 98, j’avais mis des pommes de terre ici, et cette année-là, il y a eu le mildiou au mois de juin et moi, mes pommes de terre avaient eu le mildiou. C’était que le début que je commençais à faire ça, mais le mildiou était tellement fort… Et je partais me faire opérer, j’avais pas pu les couper et puis ma femme, elle l’a pas fait non plus, pas le temps, comme elle travaillait. Donc les pommes de terre, on les a laissées comme ça, et j’ai eu que des petites pommes de terre, et quand je les ai arrachées, j’ai dit : « Ça m’embête, j’ai plus de pommes de terre. ». Ça faisait plusieurs années que je commençais à sélectionner mon plant, bon ben là, j’avais plus rien… et j’ai dit : « Je vais en garder quand même, c’est peut-être l’occasion ». Et là, elles l’avaient vraiment toutes eu ! Et depuis ce temps-là, c’est encore ce plant-là dans mes pommes de terre. C’est des pommes de terre qui avaient été toutes malades et j’ai beaucoup moins le mildiou depuis ce temps-là. Ils se défendent naturellement. Et c’est ça qu’il faut arriver à provoquer chez toutes les plantes et tout.

Moi, je faisais toutes mes graines, j’étais venu à faire beaucoup beaucoup de graines quand c’était pour moi, mais maintenant que c’est pour l’AMAP, j’ai plus beaucoup de temps. L’année dernière j’ai recommencé un petit peu plus parce que je me suis rendu compte que mes produits à moi sont meilleurs que les graines qu’on peut acheter. La plante est adaptée à la région, à la terre, et tout. Alors moi, c’est ça que je veux défendre justement.

Comme on dit encore à la télé, c’était ce matin, hier, je ne sais plus, j’ai entendu : il y a trop de monde sur terre pour se nourrir avec ce que la terre peut produire. Ben, moi je dis : « C’est faux ! C’est totalement faux ! » Quand on me dit : « La terre, elle produit pas assez », c’est pas vrai. C’est l’utilisation qu’on en fait. Avec 1 hectare, moi j’suis sûr de nourrir 50 familles. Avec 1 hectare, si c’était employé à fond, mais pour ça, il faut de la main d’œuvre, parce que même 1 hectare, nourrir 50 familles vraiment, en légumes, je veux dire que les gens n’aillent pas acheter de légumes à l’extérieur pour les 50 familles, et ben je suis sûr qu’à deux on serait pas d’trop. Cette année, je suis envahi d’herbe, c’est vraiment une catastrophe, j’vais perdre beaucoup, beaucoup, beaucoup de surface. J’ai semé des carottes, j’ai semé 3-4 fois et puis je vais pas en avoir à la fin à cause de la sécheresse. Les légumes, ils ont pas poussé. L’herbe, elle, elle était habituée. Elle, l’herbe, s’est sélectionnée elle-même, donc une année sec l’herbe elle va chercher l’eau. Elle, elle pousse, mais comme vous avez semé à côté des petites graines qui elles ne sont pas sélectionnées dans le même système, ben les graines elles attendent qu’il pleuve ou alors elles crèvent sur place. La germination, elle commence et puis la graine, elle crève, donc vous avez pas grand-chose. Et après celles qui lèvent, ben l’herbe à côté, elle a levé avant elle, donc elle est étouffée par l’herbe, donc vous avez rien et vous pouvez pas arracher l’herbe, parce que quand vous arrachez l’herbe, l’herbe a déjà fait tellement de racines pour chercher l’humidité que vous arrachez les carottes, vous arrachez toutes les plantes. Donc c’est ça qu’il y a eu cette année qui était très difficile. Par contre, si on avait de la main d’œuvre à la main, on peut y passer, même que l’herbe quand elle est toute petite, on peut passer à la main et enlever l’herbe, mais moi je pouvais pas, tout seul c’était impossible, faut être là sur toutes les parcelles le même jour… Donc tout ça, c’est impossible. Donc il y a beaucoup de légumes de perdus. C’est pour ça que je dis : « V’là un système pour lutter contre le chômage ! » Là il y a de la main d’œuvre à mettre !

Mais aujourd’hui, on peut pas dégager un salaire. Déjà moi, j’ai des paniers à 15 euros… Alors ça aussi : c’est à l’appréciation des gens parce que j’ai aucune idée des prix, vraiment rien. De toute façon, moi j’ai un très gros problème avec l’argent, ça me rend malade ! Dans la charte des AMAP, c’est pas dit : c’est un Smic, c’est ci, c’est là ; c’est : un salaire décent. Je fais une assemblée générale en début de saison, et c’est là qu’on décide le prix du panier. Et l’année dernière, j’avais demandé 14 euros 50 et ils m’ont donné 15. Ils ont dit : « Non, c’est 15. Gilbert veut 14,50 pour avoir un Smic, pour nous un salaire décent, c’est pas un Smic ! Et surtout par rapport aux heures qu’il fait. » Ils viennent souvent en chantier, ils voient ce que c’est ! Bon j’suis d’accord par rapport au travail qu’on a en agriculture, un Smic c’est catastrophique ! Pour un jeune qui démarre, je suis tout à fait d’accord et c’est ça que je veux défendre. C’est pour ça que même moi, ayant déjà un demi-chômage à côté, j’ai pas besoin d’un Smic, pour moi en somme, mais je voudrais pas dire : « Moi, je fais mes paniers à 7 euros parce que j’ai 300 euros pour vivre, avec mon chômage, c’est assez. » Non, je ne veux pas ça parce que si derrière moi il y a un jeune, et que l’année prochaine je dis : « Bon ben voilà, je prends ma retraite… », et qu’il y a un jeune qui arrive prendre ma place, ben comment il va faire pour passer de 7 euros à 15 euros ? Il va passer pour un voleur… Moi, c’est ce que je dis : « Il y a tant de gens qui foutent rien et qui touchent de l’argent, je vois pas pourquoi celui qui travaille, il a pas les moyens de s’payer. » Non, mais c’est vrai !

C’est ma mère qui a pas voulu que je reprenne les terres, elle a tout cédé sans que je le sache, alors que je faisais le boulot tous les jours sur toute la ferme. C’est moi qui faisais le boulot dans les champs et elle, elle s’occupait des vaches. Maintenant, je lui dis : « Merci ! », parce qu’elle a fait ça pour m’ennuyer sans doute mais maintenant je lui dis « Merci ! », parce que aujourd’hui je s’rai pas là. Je pense que je serais comme eux. Exactement comme eux. Tandis que là, j’ai changé d’esprit. C’est peut-être même un petit peu ce qui m’a décidé à me mettre en maraîchage aussi.

Quand j’ai été à la ferme là-bas, j’ai dit : « C’est plus une ferme, c’est une usine, c’est tout. Les vaches, c’est des numéros, c’est tout, c’est que ça ! » Et puis, aujourd’hui, celle-là, elle boite, c’est rien, ça va à l’abattoir ! L’autre ben ça y est, elle est crevée, bon ben c’est tout, ça y est ! Ils sont pas du tout attachés. Et j’ai dit : « Mais c’est pas possible ça ! » Et ils font des conneries, mais c’est impensable ! C’est là que j’me suis posé la question : pourquoi les vaches sont dans cet état-là ? Elles sont là, elles n’ont plus d’allure, elles savent même plus marcher, les vaches. J’ai dit : « Mais chez moi, y’avait des vaches de quinze ans, elles avaient beaucoup plus belle allure que celles-là ! C’est pas possible ! » Donc je lui ai dit : « Tu devrais arrêter de donner tant de maïs, donne un peu de betterave, du foin. » « Ah non ! Si on donne du foin, il dit, on perd autant d’litres par jour. » Ils en sont même pas à calculer que même si ils perdent, je sais pas j’dis n’importe quoi, 1 de litre de lait par jour, ben au bout de l’année, ça fait tant de litres d’accord, mais à côté d’ça, ils ont perdu combien d’vaches qui sont crevées ? Et la somme de c’qu’ils ont perdu là ? Parce que je vois beaucoup beaucoup de vaches, de génisses qu’ils élèvent pendant deux ans, donc qui ne produisent rien pendant 2 ans. Ça coûte qu’à les nourrir. Au bout deux ans, ils ont un veau mais ils produisent aucun litre de lait parce que la vache elle crève ! Bon, cette somme-là, combien ça économise de litres de lait si on nourrissait autrement ? Alors quand j’attaque là-dessus, on m’dit : « Mais tu t’rends compte la main d’œuvre qu’il faut après derrière pour faire le foin ? » Ben moi j’dis : si ils aiment leurs bêtes ! Mais ils les aiment pas, ils le disent, mais non ils peuvent pas les aimer, pour moi c’est pas possible. Et après, ils sont tellement, tellement tellement aussi tenus par tous les crédits, tout ce qu’ils ont derrière… Si on leur prouvait, si on leur disait : « C’est garanti : t’as une assurance. Ça va pas te coûter plus cher mais tu vas gagner autant. Et par contre tu vas gagner en qualité d’vie. » Mais ça, la qualité d’vie pour eux, c’est aléatoire. Pour eux, le confort est pas là. Le confort il est : on fait tout au tracteur, on fait tout au télescopique, on fait tout vite fait et puis après on rentre chez soi. Le confort, il est là. Mais non, avoir l’confort dans le travail, moi j’aime bien… Comme là, mon compost et tout, j’mets tout à la main…, j’étale tout, ben l’soir j’ai mal au bras, j’ai mal un peu partout, ben c’est rien, j’rentre, j’dors, c’est impeccable, j’suis content. Et puis j’suis content de c’que j’ai fait. Eux, non, ce plaisir-là ils ne l’ont plus.

Même des poules, dans ces élevages-là, il y en a plus. Là, le cultivateur de la ferme en face de chez mon fils, il avait 2 poules et ben l’vétérinaire il a dit : « Faut vous débarrasser des poules parce que c’est elles qui amènent des maladies à vos vaches. » Donc les 2 poules, il les a données à mon fils. Parce que mon fils, il habite en face de la ferme, c’est comme ça qu’on a rencontré l’fermier et c’est de là que j’ai vu ce que c’était l’agriculture aujourd’hui.

Mais moi, si j’ai plus de bêtes, si je suis obligé d’arrêter mes bêtes pour faire mes légumes, j’arrête tout. Enfin j’arrête mes légumes mais pas mes bêtes, parce que mes bêtes sont pas sur la ferme. Elles sont sur une pâture que j’avais du temps de mes parents. Donc je fais un peu de foin et tout ça, et j’ai clôturé le tour de ma parcelle. Toujours pareil quoi ! Pour pas énerver de l’extérieur. En même temps comme c’est des haies, des arbres tout l’tour, donc je peux pas aller cultiver jusqu’aux pieds des haies ni aux pieds des arbres, je vais rien avoir en-dessous, donc j’ai clôturé, j’ai laissé 5-6 mètres de large, et on a mis un grillage tout l’tour. J’cultive que le milieu du terrain, et tout l’tour j’mets mes bêtes. J’ai une chèvre, parce que j’arrive pas à en avoir plus depuis que je suis ici. Ils sont toujours crevés, ils sont toujours crevés. On fait du lait, on fait du beurre, du fromage. C’est pour nous ! Parce que si je vends ce que je produis là, d’la manière que j’le fais, j’suis en prison tout de suite ! Ah ouais ! Avec les normes de sécurité et tout ! C’est catastrophique ! Parce que moi le fromage blanc et tout ça, je le fais totalement naturellement. Pendant un moment, on achetait du caillé à la pharmacie. Et mon épouse a vu sur un article que le caillé c’est plus ce que ça a été. C’est devenu un peu chimique aussi ce truc-là quoi, donc j’ai dit : « Pourquoi on va s’emmerder à acheter du machin ? » Je le laisse surir comme ça. Ce qu’il faut surtout pas faire ! On va empoisonner tout le monde ! C’est pas des nids, c’est des usines à bactéries ! Et puis moi, j’mange ça et puis j’ai plus mal à l’estomac ! Donc il y a un problème ! Il a même été une fois où on avait oublié un bocal de fromage blanc que j’avais fait. Il était resté dans la pièce à côté. Il avait été poussé derrière quelque chose et puis on l’a retrouvé trois semaines, un mois après. Alors le plat de poils et tout ! Là ma femme elle dit : « Je vais l’mettre aux chiens. » J’dis : « Non, il est beau en-dessous ! Non, non, bouge pas ! Moi je l’mange. Tu verras bien, si j’meurs, t’en mangeras pas ! » Et ben j’ai rien eu, rien du tout.

C’est de là que j’dis qu’il y a un problème. On mange quelque chose qui est soi-disant aseptisé et tout, parce qu’il faut quand même pas dire on n’a jamais été aussi propre qu’aujourd’hui, et pourquoi dans les maisons de retraite ou bien dans les cantines scolaires, d’un seul coup on retrouve des enfants morts, des vieux qui sont décédés parce que il y a eu une salmonelle. On n’a jamais été aussi propre qu’aujourd’hui ! Donc il y a un problème. Pourquoi la salmonelle a eu le temps de se développer ? Ah ouais, il y a eu la rupture de la chaîne du froid. Ah ça, ils sont bons avec ça ! Et moi il y a pire que la rupture de la chaîne du froid, moi ça passe jamais dans l’froid ! Quelquefois, ça reste en plein soleil derrière la fenêtre ! Le soleil, il tape en plein dessus, les bactéries doivent se régaler et moi le lendemain, je le mange ! Et puis, j’suis même pas malade ! Le problème, il est pas où ils disent ! On est devenu, j’pense, trop propre. Parce qu’on n’a pas l’choix : vivre avec les bactéries et tout, on n’a pas l’choix : il faut . On est condamné à vivre avec les bactéries ! On a beau faire c’qu’on veut on n’arrivera pas à les éliminer.

C’est le même que les plants, c’est la sélection qui est pas bonne. On est parti sur un système de sélection qui est pas bon. C’est pas que je veux me vanter, c’est peut-être un hasard que j’ai commencé comme ça, mais au lieu d’essayer d’avoir tous les plus beaux plans et tout, non ! Il faut justement peut-être se servir des plants qui sont pas beaux. Eux, ils luttent contre la maladie et tout ça. Moi je pense que pour la sélection, on est parti sur un mauvais côté. Avoir une belle longue carotte, la nature n’a jamais été faite pour faire du beau. Et des fois, j’vois à la télé on passe des belles femmes soi-disant… Enfin ce qui est beau pour certains n’est pas beau pour d’autres ! C’est comme les vaches, j’suis allé justement dans une fête agricole dans les Flandres où il y a des « Blancs Bleus », et puis il y avait un concours… Malheur, malheur ! J’ai jamais rien vu de si triste ! C’est affreux. Il y en avait beaucoup qui en faisait par ici, ils ont arrêté parce que il y a beaucoup trop de casse, ils appellent ça. C’est des césariennes obligatoires.

Et par une de l’AMAP, j’en apprends tous les jours par rapport à tous ces trucs qu’on est parti à l’envers du bon sens ! Parce qu’on a appris beaucoup depuis que je suis avec l’AMAP ! Aussi bien l’utilisation des légumes et tout ! Nous, on a appris. Nous, on mangeait tous nos légumes mais on a appris des manières de les utiliser et pis des légumes qu’on mangeait pas. Comme des courges. On mange des courgettes maintenant ! Avant j’mettais un pied ou deux de courgettes, des années j’en mettais même pas, parce que pour nous courge, courgette, on faisait un coup, une soupe, un coup farcie… Bon ben c’était pas tous les jours ! Tandis que maintenant depuis que je travaille pour l’AMAP, on aurait une courgette à manger toutes les semaines et ben il n’y a pas de problème ! On la mange même crue, râpée et tout. C’est tout des trucs qu’on a découverts ! Et puis c’est bon, on se régale ! Voilà, c’est comme ça !


Propos recueillis à l’automne 2011, par Hélène Mathon et Benoît di Marco pour la préparation du spectacle 100 ans dans les champs.