Uppercut

Le cancer d’un frère.


Tu consens finalement à me détailler le mal. Tu me parles d’une tumeur « agressive » à la jambe gauche. On t’a demandé de faire une batterie d’examens complexes, puis d’en refaire certains pour lever les doutes. « Non, il n’y a pas d’erreur possible. »
Tu m’énumères une liste de mots abscons. J’écoute ta voix, mais tu me sembles loin. J’ai le sentiment que ce n’est pas toi qui me parle. Cancer, ostéosarcome, métastases. Ces mots sont inhabituels dans ta bouche. Chimiothérapie, radiothérapie. Ils sont laids, tranchants et dégagent une odeur nauséabonde. Ils semblent porter en eux toute l’atrocité d’une souffrance inévitable. Je suis pétrifiée. La possibilité de te perdre germe brusquement dans mon cerveau. Elle m’obsède et envahit chaque recoin de mon corps. C’est le chaos dans ma tête. Je raccroche, éberluée.

Au téléphone, le médecin m’achève. Je me disais qu’un cancer, c’est réservé aux autres, aux vieux, aux fumeurs, à ceux qui ont travaillé dans l’amiante ! Ça ne peut pas le concerner : il n’est ni vieux, ni fumeur, ni ouvrier ! Et puis d’abord, c’est quoi au juste ce truc ? « L’ostéosarcome fait partie des cancers primitifs de l’os, c’est-à-dire développés à partir des cellules osseuses… » Je n’y comprends rien, mais je ne veux ni le nommer ni le définir, je veux qu’on expulse cet intrus qui s’est invité dans le corps de mon petit frère !
Aujourd’hui, le coupable est pour moi ce médecin. Je déteste ce médecin, je déteste tous les médecins.

De loin, on peut taire, on peut déguiser, on peut faire semblant. Il faut que je vienne vérifier. Pendant que les kilomètres défilent, je projette quelques scénarios improbables et je fais des statistiques de comptoir : les taux de guérison du cancer en Europe dépassent les 50 %. Je l’ai lu ce matin dans une étude européenne très sérieuse. Mon frère a donc 50 % de chances de guérir, c’est énorme ! Je me mets à implorer les cieux, les terres et les univers, à croire que tout est possible. Non, il ne peut pas être temps. Mon petit frère n’a que trente ans. Ses grands yeux noisette ne peuvent pas se fermer. Il a encore trop de choses insignifiantes et grandes à réaliser. Non, vraiment, pas maintenant, pas tout de suite, pas demain ! Il n’a pas le temps de mourir ! Ça serait tout bonnement idiot. Désolé, il est trop occupé.

Dès ma sortie de l’ascenseur, je perçois le brouhaha des grands jours. Je joue exagérément des coudes et des « Laissez-moi passer ! » pour me frayer un passage jusqu’à toi. Tu es accoudé sur la banquette au fond du salon, sourire aux lèvres : « Ah ça tombe bien que tu viennes, je me sentais si seul ! » Fratrie peu ordinaire, nous sommes dix, dix âmes tourmentées, dix cœurs troublés, dix angoisses à l’unisson. Ajoutons à cela les parents, les beaux-frères, les belles-sœurs et nos treize enfants, cela fait une somme considérable d’acteurs qui s’essayent à la tragédie.
J’ai le privilège d’avoir une place assise près de toi. Les visages sont tendus, mais chacun s’efforce de rire en faisant mine de protester. Tandis que tous échangent des banalités, les yeux expriment des sentiments d’un autre ordre : plus sérieux.
Aujourd’hui, c’est l’union sacrée en vue de la drôle de guerre qui s’annonce. Dans les couloirs, en aparté dans la cuisine ou dans une chambre, je sonde les cœurs et recueille les confidences. Les données médicales importent peu, pourvu que chacun puisse construire une vérité intime et puisse interpréter ce malheur à la lumière de ses croyances et de ses convictions. Certains voient là un rappel d’Allah pour t’éprouver et sont déjà persuadés que son amour et sa miséricorde t’apporteront une guérison salutaire et rapide Amen. D’autres se réfugient dans la désinvolture et l’humour, pour ne pas affronter totalement la brutalité de la triste réalité. Quelques-uns tentent la stratégie de l’incrédulité aveugle et refusent avec scepticisme cette information qu’ils estiment sans fondement.
Moi je me demande immanquablement : pourquoi toi ? Qu’as-tu fait pour mériter ça ?

Tu vas acquérir le statut de "patient" et entamer le marathon harassant des soins. C’est un parcours semé de doutes, une odyssée dangereuse au bout de toi-même. Aujourd’hui, je te conduis sur les lieux de la bataille. Je m’efforce de dissimuler ma détresse. Je suis une piètre comédienne. Tu ne tardes pas à me démasquer. Il est temps pour toi de me révéler ta lucidité sur la situation : « Nawal, je vais me battre ! Si je perds, quelle importance ? Je serais le premier mort de la tribu. Depuis quand tu crois qu’on est immortels, ma sœur ? Je n’ai pas peur ! Si mon heure arrive, m’rhba, bienvenue, parce que je vais t’apprendre un truc : l’heure viendra pour nous tous un jour. »
Même si on t’assomme de pronostics sombres, je peux lire dans ton sourire la détermination tranquille d’un homme face à son destin. Quoiqu’il advienne, tu es prêt à en découdre avec le démon. Tu veux monter sur le ring et envoyer des contre. Tu veux distribuer des droites, des crochets, des uppercuts. Tu es prêt à cogner de la tumeur et à faire saigner les gencives des métastases ! Tu veux repartir à la reconquête de toi, exproprier le petit crabe et replanter ton drapeau.

Maman, foulard digne et tablier en seconde peau, a bien noté que tu boites. Que dire, que taire ? Tu as une relation si particulière et si singulière avec elle. Tu es son plus grand confident, son protecteur, son conseiller, son colocataire et même son souffre-douleur.
Elle est analphabète, et ne parle pas français. Hormis quatre phrases exigées par la bienséance, elle refuse d’apprendre et de comprendre cette langue si barbare à ses oreilles.
Tu es son interface avec le monde extérieur. Béquille bienfaisante, tu la soutiens inlassablement. Tu l’accompagnes chez le médecin, l’ophtalmo, le dentiste, à la sécurité sociale, à la CAF, « chez EDF » comme elle dit. Tu l’aides à faire ses courses, à payer les factures. Tu es sa voix quand elle entreprend de passer un savon à l’office HLM parce que l’ascenseur est encore en panne. Tu es ses oreilles quand le facteur se présente à la porte ou que le téléphone sonne. Tu es ses yeux quand il faut déchiffrer les hiéroglyphes des courriers en tout genre. Personne n’a le courage de lui dire l’indicible et nous tentons tous de nous soustraire à la pénible tâche mais au fond, elle n’est pas dupe. Malgré sa naïveté apparente, elle sait mieux que personne sonder les vérités et débusquer les secrets de polichinelle. Son sixième sens maternel lui dit que c’est grave. Elle te voit trop souvent te rendre aux rendez-vous dans ce qu’elle nomme avec inquiétude « li bâtimou di koussir ». La majorité de ceux qui ont eu le malheur d’y séjourner en sort inexorablement les pieds devant. Peu importe, pour elle, les médecins soignent, mais c’est Allah le tout-uissant et le bienfaiteur qui donne la guérison et la santé. Inlassablement elle pose le front à terre cinq fois par jour et prie humblement.
Chibani à la mine austère, papa, quant à lui, ne dit rien. Enfin si, il dit : « va payer les factures d’eau » ou « donne-moi mes babouches ». Mais il ne peut pas dire que le feu de la peur consume ses entrailles parce qu’il ne sera pas capable d’assister à la déchéance de son fils. Il ne peut pas dire qu’il aimerait prendre ton mal et l’endosser. Il ne peut pas dire que ce drame aggrave un peu plus son diabète et son arthrose. Il a atteint l’âge de ceux qui ont tout vécu, mais il n’a jamais été formé à l’usage complexe des sentiments. Un soir, je le surprends, en train de pleurer dans la chambre. Je referme doucement la porte pour qu’il continue à avoir l’illusion que nous le trouvons de marbre face à ce drame.

Le téléphone arabe étant d’une efficacité redoutable, la triste information se répand comme une traînée de poudre dans le quartier, la ville, puis la France entière. Elle traverse les frontières jusqu’au fin fond de la vallée du Draa pour se perdre dans les oreilles de lointains cousins jamais rencontrés. Les visites affluent. Chacun commente la triste nouvelle avec effarement et vient s’enquérir de ton état avec compassion. Cette solidarité transcende les clivages sociaux, religieux et culturels. Même le voisin du dixième connu pour ses positions xénophobes te gratifie d’un « j’espère que vous allez guérir. » La maladie a pour vertu de rendre humble et balaye bien des certitudes et des préjugés.

« Il faut qu’il se repose. » Les infirmières se sont donné le mot et nous assènent, sans réfléchir, ces paroles creuses. Non, il est hors de question de te laisser seul ! Toute notre drôle de famille (mélange improbable de Nike Air Max et de barbes austères, de cheveux lissés et de voile intégral) va au contraire resserrer les rangs et ne plus te quitter.
Ta chambre est devenue le quartier général de la smala Rahizi. Dès les premières heures du jour jusque tard dans la nuit, nous envahissons le terrain. En berbère, en créole, en lingala, en bambara, en tchétchène, en swahili, en arabe, en verlan, la menace qui pèse sur toi est tenue en respect. Les « vas-y sale gros lard, tu m’as bolossé ! » et les « t’es un gros mytho » fusent des bouches juvéniles tandis que les « Allah ichafiik » (que dieu t’apporte la guérison) résonnent avec toute la dignité des mères enturbannées. Les barbes façon Ben Laden croisent les jeans slim et les jupes courtes. Les générations se croisent et se relayent. Nous débordons allègement dans le couloir. Chaque jour des centaines de petits mots à l’orthographe souvent approximative sont déposés pudiquement à côté de ton lit : « Lâche pas l’afaire mek ! », « Driss c’est Mehdi et Mouss on te soutien frère tu va ten sortir insha allah, nike le crabe ! »

*

Forts du principe que l’on ne souffre pas de ce que l’on ignore, nous expérimentons le déni : nier la maladie, ne plus la considérer peut aider à l’anéantir. En savoir trop peu, au contraire, contribuer à te mettre en danger. Ça serait risquer de t’entendre dire que tu vas mal ou pire que tu peux mourir ! Nous sommes convaincus que le rire est le pire ennemi de la maladie : lorsqu’il est présent, elle s’amenuise et se ratatine jusqu’à devenir totalement insignifiante.
Le personnel soignant est exaspéré par tout ce folklore orientaliste, ce bruit, ces odeurs de cuisine épicée. On a d’ailleurs pris soin de ne pas te mettre avec un voisin de chambre. Sans doute de peur qu’on ne l’achève.
Oui, nous sommes trop nombreux, oui, nous faisons trop de bruit, mais il faut bien ça pour intimider l’infect crabe. Faut rester groupé. Faut se serrer. Faut pas mollir, faut bomber les poitrines et faire bloc. Faut du sensationnel, faut de l’excès, faut de la démesure, faut du baroque et du panache, faut du bruit et de la fureur pour soumettre cet abominable envahisseur. Le rire, le bruit et l’odeur contre la douleur et la nuit.

Je participe activement à l’effort de guerre en te proposant des remèdes aussi insolites que futiles. Tu as beau être un cartésien dénué d’illusion, tu coopères sagement et tu acceptes tout, juste pour me laisser croire que je suis utile à quelque chose. L’huile essentielle de menthe poivrée, fût-elle infecte, les graines de nigelle et le miel bio au petit déjeuner, l’aubier du tilleul en décoction, le remède d’Arabie saoudite en cataplasme, les plantes du Sahara en inhalation, l’argile verte, la propolis, le gingembre, les prières incantatoires, tout est bon pour tordre le cou à l’abject conquérant.
« J’aimerais bien aussi que tu acceptes de voir ce marabout africain, tu sais, j’ai pris le prospectus dans la boite aux lettres. Marabout Aboubakar Dambassa, il aurait des pouvoirs extraordinaires et peut notamment intervenir de manière occulte pour te permettre de retrouver la santé en un temps record ! »

Six mois se sont écoulés depuis que le malheur t’a frappé. La première phase du protocole est passée. Tu as subi plusieurs séries de chimiothérapie. Tu as encaissé dans la dignité, sans vaciller. Tu ne veux surtout pas qu’on s’apitoie sur ton sort, alors tu brandis opportunément le masque de la dérision à la moindre allusion à ton état. Je sais pourtant ce que tu endures. Je sais combien tu peux douter, seul, lors de tes nuits dénuées de sommeil. Je sais combien il est difficile de supporter le poison qu’est la chimiothérapie, les nausées, la morphine et ses délires.
Un matin, je te surprends dans un sommeil sans doute arrivé tardivement avec les premières lueurs de l’aube. Sans faire de bruit, je t’observe. Il faut te regarder attentivement pour voir que tu respires. Tu n’es plus que l’ombre de toi-même. Ton corps autrefois athlétique et musclé a subi les assauts du mal, il est blessé, meurtri, décharné, jauni. Tes bras devenus trop maigres sont parsemés de bleus. Comme un morpion insatiable, un affreux cathéter s’accroche à l’un d’entre eux. Tes paupières autrefois ourlées de longs cils bruns ne sont plus que deux bouts de peau fins et repoussants, tes cheveux sont tombés et ton crâne lisse et légèrement bleuté semble démesurément lourd. Un fugace instant, j’ai la désagréable impression que ce n’est pas toi, mais un inconnu.

Incapable d’affronter ton image diminuée, je fuis vers le hall froid de l’hôpital qui me permettra de me livrer anonymement à mon chagrin. Alors que je me concentre pour contenir ma tristesse, une femme m’aborde avec un air affable et obséquieux : « Vous êtes la sœur du patient de la chambre 12 ? Je me présente, je suis Françoise N., je suis psychologue écoutante. Je suis là pour vous soutenir et vous écouter, c’est important d’en parler et de verbaliser ! » « Merci c’est très aimable à vous, mais je n’ai pas envie de parler aujourd’hui. » Elle n’a pas insisté. Elle a été bien inspirée. Je n’étais pas vraiment disposée aux confidences ce matin-là.

La guerre est déclarée. À la maison, tout le monde, comme un seul homme, se maintient fermement sur le pied de guerre. L’unique objectif pour les soldats loyaux que nous sommes est de juguler les invasions barbares. C’est le djihad anti-cancer, la croisade anti-métastases, l’expédition anti-tumeur.
Maman, commandante en chef de cette étrange armée, lance toutes ses forces dans la bataille. Dans sa lutte éperdue contre cet allié du démon, elle affûte ses deux uniques armes : nourriture et prières. Ses couscous et ses tajines sont des bazookas. Ses bricks à l’œuf et ses boulettes de viande sont des missiles sol-air. Ses prières et ses invocations sont des armes de destruction massive. Elle veut dégommer ce cancer à coup de sourates.
Le soir, elle rassemble les troupes dans la cuisine. C’est dans ce quartier général atypique qu’elle fait le bilan des opérations en comptant les bouchées que tu as avalées.
Aujourd’hui, louanges à Allah, tu as mangé une salade et du poisson frit. Demain on te fera des cornes de gazelle et de la pastilla, à moins que tu ne préfères un tajine au poulet et au citron confit ? C’est le programme « nourriture contre ténèbres ».

C’est l’état de grâce, il semble que le monstre t’offre un répit. Tu es autorisé à sortir. Tes cheveux repoussent. Parfaite illusion de bonne santé. Tu n’es plus malade, il n’y a plus de métastases, ou alors très peu et il y a très longtemps. Tu plaisantes et tu fais rire les enfants qui t’écoutent goulûment. Tu as l’air en forme, tu fais des projets, tu parles du futur. Nous aussi, nous parlons du futur, nous disons « quand tu seras guéri », « quand tu auras fini tes soins », « quand tu n’auras plus d’examens », « quand tu seras en rémission ».
Pour nous, ce mal est maîtrisé, dominé, peut être même anéanti. Peut-être avons-nous triomphé à force d’optimisme et d’espoir ? Victimes consentantes d’une douce amnésie, nous voulons nous persuader qu’un fantastique retournement de situation est encore possible. Nous voulons nous convaincre qu’un prodigieux miracle peut s’accomplir sous nos yeux ébahis, qu’une guérison inespérée peut advenir dans un avenir proche. Oui, mon frère, l’impossible tant réfuté par les médecins trop timorés aura lieu ! Les théoriciens du vent seront écartés.
À la radio on parle du plan cancer. « Priorité nationale ». Oui tu as bien compris ! C’est un signe ! C’est du sérieux mon frère ! Tu vas guérir. Heureux les débonnaires, car ils posséderont la terre !

Tu te lèves tôt ce matin. Tu t’appuies sur ta jambe. Elle flanche. Tu t’écroules. Ton fémur se fend en deux. Tes cris de douleur nous réveillent. Je sors de mon demi-sommeil en sursautant. Affolée, je me précipite vers toi et tente de comprendre. Maman est debout dans le couloir, elle panique, se griffe les joues. Méthodiquement, malgré la douleur, tu nous donnes des instructions : appeler le SAMU, t’aider à t’allonger sur la banquette du salon, sortir le dossier médical. Comme un robot, j’exécute machinalement tes ordres pour me contenir. L’équipe du SAMU débarque dans le quart d’heure qui suit. Tout en déployant un matériel sophistiqué, les médecins échangent des informations en langage codé. Encore en pyjama, je monte confusément dans l’ambulance avec toi. Nous voilà de nouveau en territoire hostile. Je suis refoulée à l’entrée du bloc : « Les visites sont interdites. » Les cheveux hirsutes, les yeux encore collants de sommeil, perdue au milieu du hall des urgences, je crains tout d’un coup qu’une infirmière zélée ne face appel au service de psychiatrie. Les toilettes sont un refuge salvateur.
En moins d’une demi-heure, toute la fratrie alertée est debout, têtes baissées dans le hall des urgences. L’inquiétude se lit sur les dix visages comme dans un livre ouvert. L’espoir se fait peau de chagrin. Malgré nos prières et notre amour, le sort s’acharne. Le démon aux doigts crochus ricane et jubile.

Pendant ce qui m’a semblé des heures, nous assistons impuissants au ballet de blouses pressées. Un médecin finit par nous faire un bilan ponctué d’examens, de scanners, d’IRM et de chirurgie programmée. N’en pouvant plus de cette attente angoissante, je négocie une courte visite. Je te trouve seul, allongé sur un brancard métallique, nu sous une blouse à pression, tu me reconnais à peine, tu es groggy par les antalgiques. Je te prends la main et je la serre. Tu me dis que tu as faim. Un infirmier passe et nous le sollicitons. « Vous n’avez pas le droit de manger, vous devez reste à jeun au cas où on ferait une intervention. » Encore des interdits !
Le chirurgien de garde s’est enfin libéré. un cliché à la main, sans préliminaires, il explique, lapidaire : « Votre fémur, rongé par la tumeur a fini par casser, c’est une conséquence assez fréquente dans ce genre de pathologie, nous n’avons pas d’autre solution qu’une ablation de la jambe. Nous tenterons de sauver quelques centimètres pour vous permettre de vous équiper d’une prothèse. » Je ne sais pourquoi, mon cerveau embrouillé retient le mot prothèse, sans doute parce qu’il contient l’espoir d’un après.
Tu accuses le coup, en te frottant le visage pour ne pas céder aux larmes, tu ironises encore pudiquement : « T’as vu, tu vas avoir un frère bionique. » Je fixe le sol, je tripote machinalement le brancard pour ne pas penser, pour ne pas parler, pour ne pas sombrer.
La nécessité de faire un compte rendu au reste de la famille qui brûle d’impatience me sauve une fois de plus de l’effondrement. Je suis reçue par un chœur de « alors » fébrile. Tous les regards sont suspendus silencieusement à mes lèvres. Ne sachant comment aborder la dernière catastrophe, je parle technique : chirurgie et prothèse.
Toute vérité n’est pas bonne à dire, c’est le moment d’expérimenter ce poncif. Il est inutile de prononcer l’ablation. Personne n’ose vraiment s’appesantir sur les mots nuisibles. On retient que tu es conscient, que tu as faim, c’est bon signe d’avoir faim !
Je mentionne l’obligation de rester à jeun. Nous en venons tous à la même conclusion complice : au diable les consignes ! Il faut te nourrir en secret. Nous élaborons un plan. Comme dans un parloir de prison, je cache un sandwich et une boisson que je te fais parvenir clandestinement.
La bouche pleine, tu me dis : « Je mourrais peut-être, mais pas de faim ! » Cette opération nourriture clandestine était la bienvenue, car, contingences hospitalières obligent, tu ne seras opéré que le lendemain en fin de matinée.

À ton retour de la salle de réveil, toute la famille impatiente et pleine d’appréhension te réceptionne dans ta chambre. Coincé dans ton lit, branché à une batterie de machines, encore un peu anesthésié, tu nous souris mécaniquement. Sous les draps encore frais qui te couvrent, on devine un vide. À la place de ta jambe, il n’y a plus qu’un moignon dont on imagine avec répulsion la cicatrice encore suintante. Ne pouvant t’empêcher de déguiser ta souffrance en bons mots, tu proclames : « cancer : 1, moi : 0 – j’ai dû céder ma jambe. Je l’ai envoyée en éclaireur. Elle prépare le terrain. » Un rire tout en larmes parcourt la chambre. Aucun d’entre nous n’ose se laisser aller aux lamentations. Chacun te réconforte comme il peut, t’embrasse et te touche comme pour mieux s’habituer à ton nouveau corps et sentir que tu es encore vivant. Moi, je peine à lever les yeux sur toi, je crains de m’effondrer, je repousse lâchement le moment fatidique où nos regards se croiseront. Je t’embrasse furtivement la main, avant de prétexter un oubli de ta trousse de toilette à la maison. Il y a des souffrances faces auxquelles la fuite est salutaire, alors, au moins provisoirement : courage fuyons ! Réjouis-toi cruel démon : tu as gagné cette partie.

Il a fallu plusieurs semaines pour atténuer ta souffrance et te permettre de commencer tes premiers pas d’unijambiste. J’assiste avec enthousiasme aux séances de rééducation. Tes progrès sont encourageants et le kinésithérapeute te prédit une nette amélioration dans les jours qui suivent. Je marche crânement à tes côtés le long du couloir. Les efforts que tu fournis pour avancer te rendent beau et noble. Le menton levé, je toise le personnel avec fierté, comme pour dire : « Regardez c’est mon frère, il est beau, il est debout, il va guérir, vous savez ! »
Dans quelques mois, tu vas remarcher comme avant ! Avec les progrès fulgurants de la science et les prouesses que les ingénieurs peuvent réaliser, tu sentiras si peu la différence. On va bien sur la lune, alors, rafistoler une petite jambe c’est de la rigolade !

Forts de notre enthousiasme borné, nous négocions une sortie et une hospitalisation à domicile. Nous t’avons aménagé une chambre avec un lit médicalisé. Nous avons même transformé le couloir en salle d’attente pour les visites qui ne manqueront pas d’être nombreuses. Malgré ta fatigue, nous veillons jusque tard. Les débats enflammés reprennent. Tu évoques avec conviction ta future rééducation et ta prothèse. Les angoisses se métamorphosent en rires optimistes. L’espoir est coquin, il se déguise en lumière pour éviter qu’on le reconnaisse au milieu des flots de mots effrayants. Ainsi grimé, il tente coûte que coûte de se frayer un chemin au milieu de la nuit. Maman brûle de l’encens et te fait écouter des sourates. C’est pour chasser le mauvais œil, le « eine », comme elle dit. Oui, parce qu’elle est persuadée que c’est quelqu’un qui t’a jeté un sort. Elle affirme à qui veut l’entendre que les gens sont jaloux parce que tu es trop beau et trop bon. Elle démontre, exemple à l’appui, que les hommes sont envieux et que leur méchanceté n’a pas de limites. Comment peut-il en être autrement ? Comment trouver un sens à ce qui te détruit gratuitement ? Quand l’espoir s’effrite, on use de l’irrationnel.
L’optimisme est une tête de mule. Il s’obstine coûte que coûte à sourire de toutes ses dents de mule sans se soucier du reste.

Ce que nous nions de toutes nos forces refait pourtant brusquement surface. La violence de la situation nous saute de nouveau à la figure. Ce matin, tu respires trop mal, tu grimaces péniblement, tu cherches vainement une position qui puisse te soulager, mais tu parais allongé sur des braises. Le moindre de tes gestes est un supplice.
Curieux paradoxe, le lieu que nous détestons le plus est aussi notre unique refuge, nous n’avons pas d’autre solution qu’une hospitalisation. Tout va trop vite. C’est la spirale infernale. Plus rien ne semble empêcher l’annexion fatale. Les cellules destructrices se développent et envahissent ton corps. Le nuisible gagne du terrain et te ronge dans une chute sans fin. Tu t’épuises. Les quelques heures de répit que tu peux espérer pendant un court sommeil ne sont pas suffisantes pour te permettre de récupérer. Tu ne manges plus. Tu délires parfois. Nous te perdons lentement, inexorablement. Tu agonises. Nous plongeons un peu plus dans le désarroi et la panique.
À l’entrée du couloir, je lis avec terreur « soins palliatifs ». Cette « cosmétique de la mort » ne trompe plus personne. Non, rien décidément, ne semble plus possible. Le monstre à la voracité insatiable se goinfre encore et toujours. Aucun trucage, aucune mascarade ne pourront l’arrêter. La mort est là tapie dans chaque coin de ce couloir. Elle attend. Elle guette. Elle s’impatiente. Le démon aux doigts crochus est à ses côtés, ils se regardent en complices.

*

Je suis venue te lire le journal mais tu es trop fatigué. Tu veux essayer de te reposer quelques heures alors tu as demandé une dose supplémentaire de somnifères et d’anxiolytiques. Dans un éclair de lucidité, tu me dis tranquillement : « rentre chez toi. Va t’occuper de toi un peu. » Je souris d’un sourire chancelant, je fournis un effort surhumain pour ne pas exploser lamentablement. Pour ne pas hurler, encore une fois, mon indignation et ma fureur face à l’injustice de ce que tu subis. J’aimerais que la fatalité vienne s’expliquer. Je la sommerais d’admettre son impardonnable erreur et elle se rendrait à l’évidence. Mais, perdue dans mon impossibilité à te secourir, je m’exécute. Je t’embrasse comme d’habitude avec désinvolture pour que cela ne paraisse pas être un adieu. Cette séparation doit être ordinaire, comme toutes les autres. On se reverra vite n’est-ce pas ? On rira encore, tu te moqueras encore de moi ?

On me laisse seule avec toi. C’est curieux, tu n’es plus entravé par la perfusion ni par toutes les machines qui habituellement mesuraient ton pouls ou ta respiration. Ton corps est comme libéré du carcan qui l’enserrait. J’embrasse ton front déjà froid et je te parle doucement : « Mon frère... Mon frère ! Réponds-moi encore, dis-moi une petite phrase de bienvenue, un mot ironique, moque-toi de moi s’il te plaît. » Comme c’est étrange, tu es désespérément silencieux. Je contemple ton visage pendant de longues minutes. Tu à l’air apaisé, serein. Aucune tension, aucune expression de douleur sur ton visage figé, comme si tu t’étais abandonné à un profond sommeil.

*

Ton calvaire a pris fin. Ton voyage au bout de la nuit s’est achevé. Je me suis vidée de la totalité de mes larmes. Mes yeux sont secs comme les montagnes arides de mes origines. Mon cœur est hermétique comme une dalle de marbre. Maintenant que la vie t’a quitté, maintenant que tu ne me feras plus jamais rire, plus rien ne semble compter. Tout m’indiffère, tout est fade, tout est insipide. Inlassablement, je répète ces trois mots : « adieu mon frère. » Je les formule un à un, distinctement dans ma tête. Je leur trouverai sûrement un sens, une logique, une cohérence, une vérité ! Tu es parti, il reste le chagrin, le vide, la souffrance et l’amertume du combat perdu. Je suis à mon tour en proie aux douleurs fantômes d’un de mes membres. Amputés sans anesthésie.
Où trouver une consolation ? Vers qui, vers quoi me tourner ?

Jusqu’à présent, j’ignorais tout de la mort et de ses fatalités ! Aujourd’hui, je suis debout devant elle, sans préparation, sans répétition générale, sans mode d’emploi. C’est impensable ; il devrait y avoir un mode d’emploi du malheur, un manuel, une notice !
Pleurer avec excès, se mettre en colère, crier sa rage avant de transformer doucement le malheur en résignation tranquille. Calmer les remords et les regrets, les aigreurs et les amertumes. Trouver un arrangement avec le temps. Inventer l’après. Convoquer les souvenirs et les suspendre définitivement à ma mémoire, car ce sont eux qui te donneront un peu d’éternité. Je tente de graver dans ma mémoire les plus justes images de ton visage souriant et vivant avant qu’elles s’évanouissent pour toujours dans les abysses du temps.

C’est l’assaut des condoléances. Flot intarissable dans le hall de l’immeuble, des centaines de personnes se pressent pour accomplir le devoir de soutien et partager notre douleur intime. Notre deuil est confisqué. Ce n’est plus notre tragédie familiale, notre drame privé, notre peine fraternelle, c’est la tragédie d’un quartier, d’une ville, d’une communauté. Tu n’es plus notre mort, tu es le mort de chacune des personnes qui nous entourent. Pantins articulés par des mains entreprenantes, nous sommes nourris, déplacés, pris en charge, plaints et étreints. Nous sommes recoiffés, rhabillés et choyés. Nos larmes sont séchées, nos cheveux repeignés, nos foulards réajustés. Nous ne nous appartenons plus. Impossible de se livrer à un précieux moment de souffrance solitaire !
Dans le petit couloir menant à notre d’entrée, des dizaines de paires de chaussures sont alignées les unes sur les autres. Une brave femme s’est spontanément autoproclamée préposée à leur rangement. Comme un ouvrier sur une chaîne d’usine, elle range les paires nouvellement arrivées d’une main tandis qu’elle redistribue celles qui s’en vont de l’autre. Les petits groupes de femmes, mouchoir à la main, se relayent en se frayant un chemin au milieu des paires alignées.
À l’intérieur, certaines, paumes des mains levées vers le ciel, le coran, d’autres s’affairent, lavent, rangent, préparent le café, le thé, les gâteaux, le déjeuner, le dîner, remercient les visiteurs, brûlent de l’encens. D’autres, enfin, ressentent simplement le besoin de parler de leurs morts. Comme si elles avaient enfin trouvé un alter ego qui puisse comprendre le feu de la douleur qui les consume.

Comme l’exige la tradition, mais surtout la majorité de la famille, nous rapatrierons ta dépouille au Maroc. Nous engageons un bras de fer avec l’administration et les autorités sanitaires pour que cela se fasse dans les plus brefs délais, car c’est un péché de laisser ton corps parmi les vivants. Chacun est certain de respecter tes dernières volontés en te permettant d’être enterré sur la terre qui t’a vu naître. Un départ avec ton corps s’est naturellement imposé à nous.

Il est 4 heures du matin, une pluie fine et glacée tombe sans discontinuer. Les visages froissés par la fatigue et les larmes sortent, en silence, des voitures conduites par des proches qui se sont improvisés chauffeurs de taxi pour cette triste occasion. Lentement, nous nous regroupons dans le hall de l’immense aéroport. Le cortège hétéroclite défile ensuite en caravane funéraire sous le regard curieux et intrigué des rares badauds présents. Laissez place ! Trente et une têtes inclinées et inconsolables passent. Ce triste matin d’automne, une famille au cœur lourd laisse couler ses larmes sur la moquette usée et sur les sièges inconfortables du vol AF56 27 de 6 h 18 en direction de Marrakech.

Ton enterrement a lieu ce matin au cimetière qui se trouve à quelques kilomètres de notre maison. Étant une femme, je n’ai pas eu le droit de m’y rendre. De notre terrasse, j’ai suivi le long cortège d’hommes marchant d’un pas lourd derrière ton cercueil. Je l’ai fixé jusqu’à ce que le dernier homme me soit dissimulé par les quelques figuiers de barbarie plantés à l’entrée du cimetière. Puis je me suis assise pour pleurer doucement. Longtemps, je suis restée assise, immobile, les yeux clos. Des larmes entre amertume et sérénité venaient par saccade inonder mon visage. Tu ne souffres plus. J’acceptais, résignée, que tu partes trop tôt.

Les quelques jours que nous passons au pays de notre petite enfance sont empreints d’irréalité. Nous flottons dans un univers dont nous ne maîtrisons plus tout à fait les codes. Il semble que tout ce que le Maroc contient de cousins de cousines, d’oncles, de tantes, de connaissances proches ou lointaines se soit donné rendez-vous pour partager notre malheur. Tristes et graves, des visages aussi inconnus les uns que les autres défilent, nous saluent, nous serrent, nous enlacent et nous consolent. Ils répètent les mêmes phrases et les mêmes gestes inodores et incolores.
C’est le théâtre du deuil, la tragédie se joue 24/24 et les protagonistes épousent leurs rôles avec tout le sérieux et toute la gravité exigés par la situation. Maman, « reine-chagrin » d’une forteresse inaccessible est isolée par un mur de pleureuses. Elle donne ses consignes de cuisine aux nombreuses petites fourmis venues prêter main-forte. De temps en temps, un cri de lamentation, plus aigu que les autres, se fait entendre. Il est aussitôt réprimé par des femmes savantes en la matière : « il n’est pas bon de pleurer trop fort sur le défunt, ça peut entraver son entrée au paradis. »

Entre deux prières, papa échappe au chagrin en se plongeant avec frénésie dans des considérations d’ordre pratique. Escorté par une armée de bras virils, il court de la cuisine au marché, puis du marché à la cuisine pour coordonner les opérations d’acheminement de la nourriture. Denrées et victuailles sont déposées par quintal au centre de la cour puis prises en charge par des groupes de femmes expertes. Faisant cliqueter les bijoux d’or et d’argent sortis pour l’événement, elles épluchent les kilos de légumes, coupent les morceaux de viande, assaisonnent les sauces avec une dextérité de magiciennes. Ailleurs, d’autres s’affairent, époussettent les tapis, lavent la cour à grandes eaux, chauffent les théières sur les braseros, déposent les plats et les fruits.

Par petites grappes, les hommes se déchaussent et prennent place sur des tapis de laine disposés autour de tables rondes. Ils prient et récitent le coran.
Après le cérémonial du petit déjeuner, je me confonds avec mes frères et sœurs. Nous ne voulons plus nous séparer, nous sommes une entité endeuillée. Nous nous déplaçons en groupes serrés, exécutant une lente chorégraphie au rythme des journées nonchalantes. La mort nous autorisant quelques écarts en matière de conventions sociales, nous fuyons la grande maison et ses hôtes encombrants pour nous réfugier dans le verger attenant.
Discrètement, à l’ombre des oliviers, des orangers et des palmiers, les souvenirs anciens ou plus récents jaillissent de nos mémoires meurtries pour te redonner vie l’espace d’un éphémère instant. Les anecdotes dont tu es le personnage flamboyant s’égrènent. Tu es le héros de nos contes d’automne. Le sourire aux lèvres et les yeux brillants, on te raconte : « il était une fois Driss le Magnifique, Driss le Terrible, Driss le Grand, Driss le Conquérant ». On en rajoute et surajoute. Les petites histoires insignifiantes et bénignes deviennent de grandes épopées qui nous tiennent en haleine et tour à tour les conteurs se succèdent pour narrer tes formidables aventures. La mélancolie est derrière chaque mot prononcé, mais nous la tenons à distance à grand coup de récits épiques. Nous sommes portés par cet instant fragile entre rires et larmes. Nos yeux brillent, mais il n’est pas question d’évoquer la tristesse. Les plaisanteries et les blagues dont nous sommes coutumiers font même un timide retour. Les rires se font gras et tonitruants. Nos cœurs endoloris se libèrent. On commence de nouveaux chapitres d’une histoire où il n’y aurait pas de point final. On te réinvente. On oublie un instant la gravité de la chose, l’absurde acidité de la mort, la douleur de ton absence définitive.

Le mystère insondable de la mort appelle le secours rassurant de la religion. En de pareilles circonstances, elle console, elle sauve de l’effroyable vide. C’est donc tout naturellement que nous trouvons refuge dans la prière et le recueillement. Nous nous tournons humblement vers Allah et nous prions pour ton salut. On te prédit tout naturellement un jugement dernier des plus cléments. Le paradis, ses fruits sucrés, ses jardins luxuriants et ses houris, sera à coup sûr, ta demeure éternelle.
Je ne sais s’il s’apparente à ce tableau niaisement idyllique. J’ai composé, moi aussi, mon tableau niais et idyllique. Je t’imagine dans un ailleurs inexprimable, un ailleurs sublime où tu transcendes la putréfaction et la poussière et où tu respires mille parfums exquis. Je formule le souhait que la poussière et la putréfaction se transforment en élan de vie, tout comme le fruit trop mûr tombé de l’arbre nourrit les racines dans un cycle sans fin. Je t’imagine emporté dans une aventure chargée de mystères et d’inconnu, sillonnant avec légèreté l’immensité de l’univers. Je formule le souhait que cette aventure soit pleine d’harmonie, de lumières éclatantes et de merveilles inattendues.

Je t’imagine dans une autre dimension où les âmes, poussières d’étoiles, fusionneraient avec la beauté de l’éternité. Je formule le souhait que tu trouves dans cet ailleurs le secret d’un bonheur que rien jamais ne ternira.
Je t’imagine ne faisant qu’un avec l’éternité. Je formule le souhait que tu goûtes à l’extase et à la félicité.
Je t’imagine accédant au merveilleux secret de l’au-delà, au savoir pur et absolu et au langage de toutes choses. Je formule le souhait que ce savoir absolu te procure la sagesse infinie et l’apaisement perpétuel. Amen.