La (re)naissance

Il y a un an. Le 18 octobre 2012, ma vie a basculé. A 03h09 du matin, je voyais mon fils plonger ses grands yeux noirs dans les miens pour la toute première fois. Ce jour-là, je suis devenue mère. Ce jour-là nous a mené sur des chemins que nous ne pouvions absolument pas imaginer. Ce petit être de 47 centimètres, notre fils, a tout bousculé, au point de remettre toute notre vie en question.

En 2007, nous nous installions à Paris. Mon compagnon continuait ses études et moi j’entrais fièrement dans la vie active. Jour après jour, nous avons construit notre univers, nous avons fabriqué notre quotidien dans cette si belle capitale. Les années ont passé. Belleville est devenu notre nouveau quartier. De 25, nous sommes passés à 42 mètres carrés. Le luxe. (A Paris). Nous avons aimé arpenter les rues de ce quartier tellement cosmopolite. Nous avons goûté à tout. Certains restaurants sont devenus nos cantines. Nous avons humé l’air des Buttes Chaumont à nous faire exploser les poumons. Nous aimions tellement ce 20ème arrondissement…

Et puis la vie faisant, les jours passant, l’horloge biologique tournant, nous avons voulu avoir un enfant. A deux nous voulions devenir trois. Huit ans après notre premier baiser dans un camping de Normandie, il était temps. Très naïfs, et surtout légèrement inconscients, nous pensions continuer à mener la vie que nous avions presque toujours connue. Cette vie à explorer les recoins d’un Paris tant aimé. Mais avec notre fils,un sentiment inconnu est né. Les mois passaient et tout devenait plus lourd, plus dur. Chaque pas nous coûtait un peu plus. Sortir avec la poussette devenait un casse-tête presque quotidien. Je culpabilisais à la simple idée d’emmener mon bébé dans le métro. Je suffoquais dans ces 42 mètres carrés autrefois si convoités. Et cette boule dans le ventre qui nous empêchait de respirer. Respirer… Voilà, ce qu’il nous manquait à Paris. Le lit d’enfant, la table à langer, le transat avaient envahi notre espace vital. Nos pieds s’entrechoquaient un peu plus chaque jour. Il fallait se rendre à l’évidence. Notre ville était devenue trop grande, notre appartement trop petit. La ville lumière avait arrêté de scintiller pour nous. Tout était noir, noir, noir, dur et compliqué. Paris n’était plus fait pour nous parce que Paris n’était pas fait pour notre famille. Non, cette ville ne nous faisait plus rêver…

Un doigt qui survole une carte de France, un rapide tour des horizons, et nous voilà à rêver de Bordeaux. Bizarrement, ni lui, ni moi n’avions posé le pied par là. Mais cette ville au nom gourmand nous appelait. « Bordeaux » était notre chant des sirènes, mais surtout notre champ des possibles. Tout nous paraissait plus grand, plus beau, et surtout plus simple. Six mois après la naissance de notre fils, nous avons pris la décision de partir. Alors le temps de l’attente est venu. Le plus dur je crois, quand on a aussi peu de patience que moi, que les choses sont claires et que l’on veut simplement passer à l’action. Mais qu’il faut attendre. Attendre que quelque chose, que quelqu’un nous attende là-bas justement. Et puis faire le deuil. Le deuil de cette vie qui nous faisait vibrer sept ans auparavant. Ravaler ses larmes qui montent quand on pense à tous ceux qu’on laisse derrière nous, mais qui restent avec nous malgré tout. Les mois ont passé, les espoirs déçus aussi. L’attente encore, la frustration toujours, le désespoir parfois, et puis finalement, un beau mercredi de juillet, la libération.

J’ai trouvé un emploi, ce saint Graal, qui nous permettait de nous installer à Bordeaux. Un soir de juillet, alors que je regardais mes mails sur mon téléphone, j’ai reçu une annonce Pôle Emploi. A sa lecture, j’ai eu le sentiment étrange que c’était celle-ci, que cette offre était faite pour moi. Inspirée et surtout motivée, je me suis relevée au beau milieu de la nuit pour envoyer ma candidature. A 9h30 le lendemain matin, je recevais un coup de téléphone pour convenir d’un entretien. La lumière apparaissait enfin au bout du tunnel. Après un aller-retour express à Bordeaux, après mon rendez-vous, après avoir touché de doigt cette vie qui pourrait être la nôtre, nous sommes rentrés et nous avons attendu. Encore. Une semaine plus tard, ma responsable m’annonçait que je commençais mon nouveau travail trois semaines plus tard. Tout s’est donc fait très vite. Nous emballions nos affaires dans des cartons que nous n’avions pas encore réalisé que nous partions.

Trouver un appartement et organiser un déménagement à 600 kilomètres, avec un bébé et un chat, en trois semaines, nous paraissait un challenge insurmontable. Mais finalement avec l’aide de nos proches, avec le soutien (et le courage) de nos amis qui ont été jusqu’à nous accompagner à Bordeaux, le 18 août 2012, dix mois après la naissance de notre fils, nous posions nos affaires dans notre nouvel appartement. Un grand trois pièces comme nous n’avions jamais pu en rêver à Paris. Avec deux chambres, ce à quoi nous aspirions depuis si longtemps.Encore étourdis par ces semaines d’une intensité folle, nous sourions à l’idée d’avoir réussi notre pari. Notre rêve d’un ailleurs devenait enfin réalité. Nous pouvions commencer à regarder plus loin. Nous pouvions enfin recommencer à vivre.

Deux mois après notre installation, me voici à raconter ce que je n’osais imaginer il n’y a pas encore si longtemps. Je raconte ma vie, ma vie d’avant, ma vie rêvée et ma vie finalement. Aujourd’hui, j’habite Bordeaux. Aujourd’hui, mon fils dort dans sa chambre. Aujourd’hui, tout est plus simple, ou presque. Il a quand même fallu faire des sacrifices pour en arriver là. Tout n’est pas forcément rose. Il y a eu des espoirs déchus. Et puis la solitude. Se retrouver en tête-à-tête quand nous étions habitué à être en entourés. Il faudra du temps bien sûr. Du temps pour retracer notre chemin, du temps pour nous reconstruire une vie, encore. Mais l’avenir s’annonce beau et prometteur. J’ai confiance.