Elle ira loin

Vie privée et vie professionnelle.


Ophélie

Elle intègre la SSII « The Brain », vingt-huit ans. Célibataire, elle n’a pas trop de vie sociale en semaine et reste chez ses clients ou dans les locaux de sa SSII très tard chaque soir. Son boss, Daniel, au cours d’une réunion commerciale :
– Ce mois-ci, nous avons augmenté notre marge de 10 %. Ce résultat a pu être atteint grâce à l’efficacité et l’implication d’Ophélie. Bravo à Ophélie et à son équipe !
– Merci Daniel, je prends à cœur de gérer mes projets dans les temps impartis et d’obtenir la satisfaction de nos clients.

Daniel en off : je fonde de grands espoirs en elle, elle ira loin. Ses collègues en off : Elle est tellement perfectionniste ; elle est capable de rester une semaine entière sur un script de programmation pour déceler toutes les erreurs… En même temps, elle n’a pas de vie en dehors du travail.
Deux ans plus tard, elle rencontre Mathieu ; c’est le coup de foudre et les soirées au cinéma, au restaurant s’enchaînent. Si la qualité du travail d’Ophélie n’a pas changé, elle fait beaucoup moins d’heures sup’. Après quelques mois de vie commune, elle est enceinte.
Daniel, dans le bureau d’Ophélie :
– Ophélie, peux-tu me représenter à l’AG de ce soir ; ce sera l’occasion de te faire connaître auprès du conseil d’administration ?
– Daniel, tu aurais dû m’en parler plus tôt, j’aurai pris mes dispositions… Ce soir, je dois partir à l’heure, j’ai d’autres engagements.
– Mais que t’arrive-t-il ? Cela fait plusieurs semaines que je ne te sens plus aussi impliquée qu’avant !
– Je n’ai plus les mêmes priorités qu’avant, c’est tout !

Un an plus tard, de retour de congé maternité, Ophélie ne retrouve pas son poste, qui a été confié à un autre collaborateur de son équipe. Ophélie, dans le bureau de Daniel :
– Antoine devait assurer mon remplacement, mais il n’a jamais été question qu’il prenne l’encadrement de l’équipe au-delà de mon congé !
– Avec lui, je n’aurai jamais de mauvaises surprises. Je pourrai toujours compter sur lui !
– Quel bel état d’esprit ! Je ne te connaissais pas sous cet angle ! Heureusement, les chiffres te contredisent : depuis que je suis absente, les objectifs de mon équipe sont rarement atteints.

En réunion commerciale, Daniel :
– Nous fêtons aujourd’hui le retour d’Ophélie parmi nous. Elle travaillera avec Antoine pour reprendre progressivement la main sur les projets en cours. Antoine, merci pour ton soutien.
– Au cours de cette dernière année, il y a eu de grands changements dans ma vie. Cela m’a permis de revoir mon mode de fonctionnement au travail : je suis toujours aussi motivée et je remercie Daniel pour sa confiance, mais, aujourd’hui, je pense qu’il n’est pas utile de passer plus de temps que nécessaire sur un livrable. C’est pourquoi, je demanderai à chacun d’entre vous d’avoir une organisation optimum afin de tout pouvoir gérer (y compris les imprévus) dans un minimum de temps et avec un maximum d’efficacité !
Antoine, rouge de colère lorsque Daniel a confirmé qu’Ophélie reprend sa place, applaudit, avec le reste de l’équipe l’aparté d’Ophélie.
Daniel : « Elle ira vraiment loin cette fille ! »

Marc

Marc est à la tête d’une imprimerie familiale centenaire Imprim’heure, depuis dix ans. Sa femme Coralie, gère tous les aspects administratifs de la société depuis leur domicile. Ils ont deux enfants, pré ado. Alors que jusqu’à présent les affaires étaient prospères, depuis quelques mois, les clients se font de plus en plus rares et les commandes sont moins importantes.

Un dimanche, au cours du dîner, Marc très agressif, lance :
– Je suis harcelé par mes fournisseurs qui réclament le paiement de leurs factures. Tu ne sais plus faire de virements ou quoi ?
Les enfants quittent la table pendant que Coralie réplique :
– Tu es fier de toi, nous ne pouvons même plus partager un moment agréable en famille. Tu es rarement à la maison et quand tu es là, c’est pour être désagréable.
– Si tu m’aidais un peu plus pour faire tourner l’imprimerie, ça se passerait certainement mieux !
– Tu ne te rends même pas compte que notre marché est en chute libre et qu’avec le digital, nous avons perdu tous nos gros clients. Aujourd’hui, on ne fournit que des autoentrepreneurs pour quelques cartes de visite et les restaurants du quartier à chaque changement de menu.
– Et alors, ça t’empêche de payer nos fournisseurs ?
– Les payer avec quoi ? Notre dernier encaissement date de six mois et il ne couvre même pas nos frais bancaires.

Huit mois plus tard, nous retrouvons toute la famille de Marc à Deauville, sur un petit voilier, l’air content. En plan plus large, on voit d’autres voiliers qui se dirigent vers une porte flottante au-dessus de laquelle est écrit : « Imprim’heure challenge cup » Le soir, dans une salle de gala, plusieurs tables rondes avec des convives joyeux. Marc est sur scène avec un micro et derrière lui un décor en papier découpé au laser : « Développement durable et ère digitale auraient pu tuer Imprim’heure mais nous sommes toujours dans la course grâce à vous chers clients ! » Au cours du dîner, Marc fait le tour des tables pour remercier les clients de leur présence. Les clients :
– Félicitations pour ce magnifique week-end. La course était géniale, on ne s’est même pas mouillé ! Mais comment avez-vous fait pour revenir sur un marché en déclin aussi rapidement ?
– Ma femme Coralie a su me convaincre de reprendre contact avec chacun d’entre vous pour être en mesure de vous apporter un nouveau service d’imprimerie. À la fois éco responsable, d’excellente qualité et innovant.

Marc rejoint sa famille à table. Coralie : « Rien ne vaut l’esprit de famille pour surmonter les crises ! » Plan large sur la piste de danse. Marc et Coralie s’embrassent.

Laurence

Laurence, trente-cinq ans, divorcée, trois enfants : deux jumeaux de huit ans et une fille de dix, dont elle a la garde une semaine sur deux. Elle a toujours travaillé chez « Allô », au fur et à mesure des années, elle a vu sa charge de travail s’accroître. On voit Laurence dans un bureau partagé avec quatre autres personnes et peu de dossiers à côté de chacune. Un an plus tard, Laurence n’est plus qu’avec une seule personne, avec une pile de dossiers de taille équivalente. Encore un an plus tard, Laurence est seule dans son bureau, envahit par les dossiers et le téléphone n’arrête pas de sonner. Dring : « Laurence, c’est Chantal, tu peux m’envoyer les provisions du prochain trimestre pour l’ensemble des services, il me les faut pour le Copil de demain »
À l’entrée du bureau deux personnes : « Charles est venu récupérer son solde de tout compte, tu lui remets s’tp » Dring : « Service marketing, on en est où dans la conso du budget events ? » Laurence sature. Elle raccroche au nez du service marketing et se met sur répondeur.
« Voilà Charles ton solde de tout compte. Très bonne continuation. » Charles s’en va et là stupeur, une file de vingt personnes attend à sa porte pour récupérer les tickets restaurants du mois. Laurence dépitée : « Je n’ai pas encore fait partir la com’ sur la distribution des tickets resto. Qu’est-ce que vous faites ici ? » Un salarié : « Pierre nous a dit que tu les avais reçus il y a déjà une semaine. » Laurence hors d’elle : « La distribution ne se fera pas aujourd’hui ! Merci d’ATTENDRE mon mail pour venir. » Elle claque la porte en entrant dans son bureau et s’empresse d’appeler Pierre pour lui remonter les bretelles : « Pierre, et si tu t’occupais de ton boulot au lieu de saboter le mien. Au passage, bravo pour ta discrétion ! »
Les salariés mécontents : « Elle abuse quand même ; elle n’a que ça à faire ! » Laurence part du travail, elle est pensive « Ça promet, nous ne sommes que lundi et je suis complètement vidée. » Dans sa voiture, alors qu’elle met le contact « Mince, il faut que j’aille chercher les enfants chez leur père. » Laurence arrive devant la maison du père de ses enfants, qui l’attend sur le pas de la porte : « Laisse-moi deviner, tu as encore oublié tes enfants. » « N’en rajoute pas pour une fois. » Les enfants sortent en faisant la tête, dans la voiture, Laurence essaie de garder bonne figure. Laurence : « Soirée Mc Do, ça vous dit ? » Les enfants en chœur : « Papa dit que c’est pas bon pour nous » Laurence en off « Super, la vraie mère indigne. » « Soirée pizza alors : pâte à pain, fromage, tomates ; c’est sain et équilibré, non ? » Les enfants, sans conviction : « Ok. »

Grâce à la pugnacité de Laurence, la soirée se passe dans la convivialité. 22 heures, texto de Chantal : « J’attends les provisions pour le CoPil de demain à 9 heures. » Réponse de Laurence : « Tu auras les éléments dont je dispose à ce jour dès mon arrivée au bureau. La prochaine fois, anticipe ta demande. Bonne soirée. »
Le lendemain, Laurence va voir son chef de service et lui fait part de ses difficultés à gérer toutes les tâches qui lui ont été attribuées au fil des ans :
– Laurence, jusqu’à présent, vous ne m’aviez pas remonté ce point, je suis surpris que, du jour au lendemain, votre charge de travail soit devenue à ce point insurmontable.
– En deux ans, mon service est passé de cinq à une personne. Depuis un mois, j’ai toutes les demandes des différents services qui me tombent dessus… Donc oui, avant d’être plein et de déborder, le verre est vide !
– Je vois. Rédigez-moi une fiche de poste avec les tâches qui vous sont attribuées et celles que vous pouvez déléguer. Nous en parlerons cet après-midi.
Au terme d’une discussion assez mouvementée, Laurence et son chef de service arrivent à un compromis. Quelques mois plus tard, Laurence a retrouvé un rythme et une charge de travail normaux.

On la voit sortir de son travail, heureuse, puis avec ses enfants en cuisine pour la préparation du dîner.