Mais dans ce lieu

Ouvrage collectif d’apprentis chauffagistes et menuisiers visitant Auschwitz.


Ce texte a été écrit par les apprentis de Nicolas Boivin (professeur de Français/Histoire Géographie) des Terminales TMA/TISEC et 2ème année CAP IS1 du BTP CFA de Nangis. Voici leurs noms par ordre alphabétique (ceux qui ne sont pas mentionnés ici ont souhaité garder l’anonymat) : Pierre Bouard, Julien Frick, Alexandre Ghesquiere, Arnaud Lange, Thibault Mangeard, David Pereira, Alexis Sarriau, Adrien Soucarre et Corentin Sousa.

Encore

Je continue. J’essaie. Pour eux. Pour nous. Contre l’intolérance. Contre la haine. Pour leur citoyenneté. Je poursuis mon rôle d’accompagnateur des apprentis à la citoyenneté. Cette année, grâce au Mémorial de la Shoah et à la Région Ile-de-France, j’ai pu emmener une nouvelle fois mes chauffagistes et mes menuisiers visiter le centre de mise à mort d’Auschwitz. Mes apprentis ont du mal avec les mots. Ils ont du mal à trouver les mots. Ils ont du mal à utiliser les mots, surtout quand ils se sentent jugés. Ils ont dépassé leurs appréhensions, ils ont trouvé le courage d’écrire leur ressenti au retour d’Auschwitz. Leur témoignage est essentiel car il confronte l’abstrait d’une leçon à l’expérience vécue en Pologne, dans les plaines de l’est, dans le froid glacial des marécages de cendres. Et pourtant, ils nous narrent leurs perceptions. Ils nous en font cadeau, pour que nous puissions les comprendre.

Nous devions partir fin novembre 2015. Les apprentis s’étaient préparés, tant psychologiquement qu’intellectuellement. Ils allaient affronter ce qu’ils ne voyaient que dans les livres, à la télévision ou sur Internet. Ils verraient de leurs propres yeux le projet génocidaire des nazis. Ils avaient visité le Mémorial, ils avaient rencontré Sarah Montard, cette jeune fille qui chassait les papillons noirs (Sarah Lichtsztejn-Montard, 2011, Chasser les papillons noirs, Le Manuscrit). Ils avaient été impressionnés par la force de caractère de cette rescapée des camps, de cette demoiselle qui se sauva du Vel d’Hiv, de cette jeune fille qui avait quelques années de moins qu’eux lorsqu’elle trouva un courage exemplaire pour dépasser sa peur. Ils en ont peut-être même été jaloux : auraient-ils eu ce courage, à sa place ?

Ils étaient prêts. Et puis l’horreur a recommencé. La haine religieuse, la haine de la liberté, la haine des valeurs des Lumières avaient frappé de nouveau en cette fin 2015. Ils ne pouvaient plus partir. Ils ne pouvaient plus voir, consignes de sécurité obligent. Heureusement, l’intégrisme n’a pas gagné. Nous nous sommes envolés le 7 janvier 2016, nous avons commémoré une nouvelle fois pour ne pas oublier. C’était même devenu un acte de résistance, un acte de bravoure. Un seul apprenti a préféré abandonner, personne ne lui en a voulu. Être conscient du danger est aussi une qualité.

Ils ont écrit pour se dévoiler, en intériorisant ou en expulsant. Ils écrivirent dans leur coin, sur leur table sans se préoccuper du texte des autres. Ils sont devenus des écrivains éphémères parce que ça leur semblait tellement important, tellement humain de le faire. Ils ne se sont pas forcés. Leurs larmes étaient des mots, leur rage fut une syntaxe, leur (in)compréhension formait des paragraphes. Ils abandonnaient leurs outils pour façonner avec leur stylo, sur une feuille vierge.

Adrien

Avant la visite d’Auschwitz et de Birkenau, je ne connaissais pas tout ce qui s’était passé, en dehors du fait que des gens avaient été assassinés. Je ne savais pas non plus que les nazis avaient poussé leur fanatisme à un tel degré. Pour moi, ces camps étaient des camps où on tuait, je me suis aperçu que les méthodes étaient assez différentes d’un endroit à un autre.

Pendant la visite on comprend peu à peu l’organisation des camps, le comportement des soldats et des médecins nazis qui ont nié leurs actes, leur responsabilité à la fin de la guerre. Pendant la visite, on ne peut pas s’empêcher d’imaginer le lieu en fonctionnement, l’ambiance morbide qui régnait. C’est un lieu vraiment sombre où les pires atrocités (les meurtres, les expériences entre autres) étaient constantes. On ressent une drôle d’impression, comme si le temps s’était arrêté et que rien n’avait bougé depuis. Après avoir visité ces camps, je me suis dit que l’homme est capable de faire bien des choses, les meilleures comme les pires.

Corentin

« L’ennemi de l’Humanité, c’est l’Humanité elle-même ».

Je n’ai jamais eu une grande confiance en l’Homme avant d’avoir visité Auschwitz, mais après, cela m’a conforté dans l’idée que l’Homme ne mérite tout simplement pas de faire partie de ce monde. Faire la différence entre le bien et le mal est toujours compliqué dans un monde où les religions, la politique et l’argent obligent tout le monde à ne penser qu’à son petit confort personnel. L’Homme détruit tout, sa destruction est apparemment sans limite.

Un million, que représente donc ce chiffre pour nous ? Pour moi, ayant visité Auschwitz, il représente ce que l’Homme est capable d’anéantir en un seul camp. Dépouiller – déshabiller – raser – gazer – brûler – jeter – et oublier. Oublier, voici le mot le plus cruel de cette liste, l’Homme est un expert pour oublier, son oubli est impressionnant. Comment oublier Auschwitz ? L’Humanité fait des erreurs, les oublie et les répète plus tard. Même après ce qu’ont subi les Juifs, d’autres guerres ont recommencé, recommencent, continuent et ne se terminent pas.

La Haine.
La Haine d’un seul parti a permis le génocide de plusieurs millions de personnes.
La Peur.
La Peur des autres a entraîné la lâcheté, Auschwitz.

Alexis

Le 7 janvier 2016 nous sommes partis à Auschwitz. En arrivant en Pologne, nous rigolions dans le froid en attendant les navettes. Une fois l’entrée du camp franchie, je vois mes camarades plonger dans l’effroi. Je sombre aussi. Une ambiance pesante s’était abattue sur nous.

Agir pour l’avenir, c’est ne pas oublier, ne pas effacer un crime commandité par l’ère nazie. Je connaissais l’Histoire d’Auschwitz, je savais ce que l’on m’avait appris. Mais dans ce lieu, j’ai ressenti une souffrance, celle vécue par les personnes mortes dans ce camp. Et pourtant, moi, je n’ai rien vécu de tout cela. Nous marchions comme des fantômes dans ce froid sibérien. Nous traversions des paysages de mort, désolés, encore marqués par les atrocités commises. Je n’ai pris réellement conscience des inhumanités que lorsque j’ai vu les chaussures, les valises, et surtout les prothèses. Je me suis rendu compte des bestialités des SS, ces hommes qui faisaient en sorte que les juifs pensent aller dans des camps de travail avec des baraquements chauffés. Des mensonges, bien évidemment. Le guide prenait le temps de nous livrer son explication très complète. Tout ce que l’on a vu ne nous laissera jamais plus indemnes psychologiquement. J’ai marché où ces pauvres gens ont marché pour leur dernière fois, et je l’ai fait dans le plus grand respect possible. Nous, contrairement à eux, nous connaissons la fin…

Dans le bus, pour le retour, j’essaie en vain d’écouter de la musique pour me changer les idées sur ce que j’ai vu. À ce moment même, ma vie me parut futile.
J’ai simplement le sentiment que je n’oublierai jamais. Paradoxalement, Auschwitz m’a rendu à jamais plus humain.

H.

J’ai grandi avec l’idée que les juifs étaient riches et voulaient contrôler le monde. Je rigolais beaucoup de blagues sur les juifs. Quand je repense à tout cela, je ne peux oublier mes racines. L’ambiance aux abords de la salle de prière m’a fait penser à des choses que je regrette maintenant. Il est évident que ce n’est pas mon Imam qui m’a fait penser cela, c’est juste un discours commun. Je pensais donc que mes profs me mentaient et qu’ils étaient certainement juifs eux aussi. Je me trompais.

La visite du Mémorial de la Shoah, à Paris, m’a permis de comprendre beaucoup de choses. Les cours préparatoires à la visite aussi. L’antisémitisme est né dans les profondeurs des religions monothéistes. En Europe, l’antisémitisme était monnaie courante. Quand je réfléchis à tout cela, il me semble que mes anciens étaient aussi sémites, si on reprend les termes historiques. Du moins, c’est ce que j’ai cru comprendre en cours et au Mémorial.

En visitant Auschwitz, j’ai compris que je ne pouvais plus penser comme avant. La mort est partout et le froid vous la rappelle. Je n’ai pas envie de partager mon expérience de la visite. Je la garde pour moi car elle n’est pas racontable. Je sais juste qu’aujourd’hui je sais où mène l’intolérance. Je vais être honnête : je continue à rire des blagues sur les juifs mais maintenant je rigole aussi des blagues sur les musulmans. Nous ne devons pas nous haïr, nous devons nous aider pour affronter les partis racistes.

Thibault

Je ne savais pas grand-chose de ce camp. Je savais que le génocide avait eu lieu. Je savais que la haine contre les juifs continuait. Mais je ne savais rien. Je n’avais pas vu Auschwitz.
Je pensais que c’était un camp, un camp de concentration où l’on tuait quand même. La machine est infernale en réalité. Les juifs descendent du train et vont directement se faire tuer, sans le savoir. Une minorité seulement était gardée, elle observait les fumées.
Je ne pensais pas que c’était si grand. L’immensité est impressionnante. Je n’ai plus de mot en me rappelant cette immensité. Ça me rappelle juste tous ces morts. Je préfère me taire. Je le partagerai peut-être plus tard. Je ne sais pas.

Arnaud

Personnellement, mon opinion a beaucoup changé après Auschwitz. Avant, je ne pensais pas que l’être humain pouvait être aussi horrible, aussi machiavélique. Je ne pensais pas qu’autant d’horreur pouvait être possible même s’il y a des preuves dans les livres que l’on a au collège. J’ai vu et je crois. Cette journée du 7 janvier 2016 restera dans ma tête tout au long de mon existence. J’ai découvert véritablement ce que les SS (Schutstaffel) ont fait subir aux déportés dans les camps d’Auschwitz et de Birkenau. Je me suis rendu compte qu’en rentrant dans cet espace, les prisonniers ne vivaient plus, ils mouraient. Quelques-uns survivaient, mais peu. Ces survivants devaient avoir froid. Nous, habillés chaudement, nous avons eu froid, alors les déportés à peine habillés… J’ai vu les conditions de détention. J’ai vu aussi les crématoires qui ont été construits par une grande firme allemande. Ces fours pouvaient contenir plusieurs milliers de personnes. Les SS pouvaient gazer jusqu’à 4 750 personnes par jour, les fours pouvaient fonctionner jusqu’à 24 heures d’affilée. J’ai vu le Kanada, j’ai vu le Sana, j’ai compris l’horreur. Je pourrai le dire. Je peux témoigner.

T.

Visiter Auschwitz change la vie des gens. Mes parents m’ont toujours dit de me méfier des juifs. Je crois même que j’en avais un peu peur avant d’aller en Pologne. C’est toujours un peu bizarre les choses qu’on ne connaît pas. Ils ont des rites différents des nôtres et ils ont tué Jésus. C’est comme cela que je le comprenais. J’aime croire. La religion m’a toujours plu, elle me rappelle ma famille et mon Portugal. Au collège, on m’a appris que les juifs ont subi des massacres. Je trouvais que c’était normal, ils sont contre les catholiques. Et puis je me suis aperçu que ce n’était pas si simple.

En visitant Auschwitz, on comprend que personne ne devrait vivre un enfer comme celui-ci. Les fours nous montrent l’horreur. J’avais les pieds glacés, la faim au ventre. Je ne voulais pas me plaindre car une fois sur place on ressent ce que vivaient tous ces pauvres gens, morts pour leur croyance. Je me suis dit, à Auschwitz, que ce n’était pas juste de mourir pour une religion. Nous prions tous le même dieu. Rien ne sert de se détester.

Je n’ai plus peur des juifs. Je les comprends même, je crois. On devrait tous aller à Auschwitz. Nous verrions tous ce qu’est l’inhumanité. Ça vous glace le sang. Quand on imagine que tout cela est né d’une haine entre un parti politique et un peuple, ça nous fait réfléchir. Je le dirai à ma famille et à mes enfants. Nous avons le droit de penser différemment, ça ne doit pas entraîner la haine.
Merci pour cette visite, je crois encore plus en la miséricorde.

Alexandre

Nous nous sommes rendus en Pologne, non pas pour le pays mais pour les camps de la mort. C’est la première fois, mais aussi la dernière fois, que je mets les pieds à Auschwitz et Birkenau.
Mon ressenti de cette visite, si on peut appeler ça comme cela, a été violent. Ce n’est pas le froid le plus dur mais le mental. Personnellement, en rentrant dans le camp de la mort, ce fut bizarre, étrange comme sensation car des milliers de personnes sont passées sur le chemin, si grand, pour la dernière fois. Cependant, les nazis avaient tout prévu pour exterminer les juifs, car c’étaient les personnes destinées à mourir qui devaient faire fonctionner le camp.

Ce qui m’a le plus touché au fond de moi, et qui m’a vraiment fait mal au cœur, c’est quand nous avons visité les bâtiments d’Auschwitz. Voir des cheveux de milliers de personnes, des chaussures, des affaires, c’était vraiment horrible. Le pire du pire, ce fut les petites chaussures qui avaient la taille de celles de ma petite sœur. Dans ma tête, tout s’est chamboulé et les mots ne sont pas assez forts pour exprimer mon dégoût envers les personnes qui ont commis les horreurs envers les juifs.

Pierre

Je pensais Auschwitz plus petit. Quand je suis arrivé, je n’osais pas le croire. Je ne pensais pas que des gens pouvaient créer une chose d’une grandeur si importante pour tuer. Le camp est au milieu des bois pour qu’il soit le moins visible possible. Cacher le meurtre de plus d’un million de personnes est compliqué. Il fallait des forêts autour.

J’ai marché là où des gens ont marché pour la dernière fois, ces mêmes gens qui n’étaient plus libres. Certains partaient travailler, d’autres devaient mourir. Ce qui est dérangeant en visitant Birkenau, c’est d’être sur un chemin dont nous savons que d’autres l’ont pris pour aller mourir. La destruction est partout à Auschwitz-Birkenau. Nous avons vu le petit escalier que les personnes prenaient en croyant aller à la douche, la vraie. Les femmes, les enfants, les hommes, tous brûleront. Comment imaginer une telle chose ? En visitant ces camps, nous comprenons tout. Nous ne pouvons plus douter.

Julien

J’ai débarqué en Pologne dans des conditions normales, au chaud dans un avion qui atterrit sur une terre refroidie par l’hiver. Il est difficile de se mettre dans la peau de ces Hommes destinés à l’abattoir. Et pourtant, ces Hommes ont tellement souffert psychologiquement et physiquement. L’atmosphère est morbide à Auschwitz. Les restes du mal sont encore visibles. Cette sensation que l’horreur m’entoure me glace le sang. Comment rester de marbre devant tant de souffrance humaine ?

J’ai suivi les pas de notre guide à travers la neige qui tapissait le sol. Chaque arrêt était accompagné d’explications intéressantes qui permettaient une meilleure analyse du lieu et du fonctionnement de ces camps de la mort. Pour ma part, je ne pouvais ressentir que du respect en ce lieu pour toutes ces personnes tuées. Je dois bien reconnaître que les ruines des baraquements ne m’ont pas fait un effet bouleversant. Je pensais que ce serait plus traumatisant. Ce ne sont pas les constructions qui vous interpellent dans ce lieu, c’est l’étouffante atmosphère, comme si les atrocités restaient dans l’air, comme si elles nous envahissaient à l’instar des fantômes qui vous hantent la nuit.

La chose qui m’a le plus fait sombrer dans un puits sans fond c’est la présence des fours et des salles de douche. Le mur de la mort dans Auschwitz m’a également plongé dans un état d’effroi. Maintenant que j’y repense, les barbelés m’ont étouffé. Je suis entré dans le baraquement où se situaient des objets appartenant à des morts. En me tournant sur ma gauche je tombe nez à nez sur un monticule de chaussures derrière une vitrine, près de 40 000 paires. C’est vertigineux. En avançant dans cette pièce, je me suis arrêté devant des paires de chaussures pour enfants, si petites que seuls trois de mes doigts y entreraient. J’ai fermé les yeux quelques instants, voyant de si petits êtres dans un univers si démoniaque. En rouvrant les yeux, j’entendis dans le casque le guide annoncer la suite de la visite. Contrairement aux propriétaires de ces chaussures, j’étais un visiteur, je ne pouvais qu’imaginer. Nous devons nous rappeler de leurs histoires pour notre Histoire.

David

Le froid glacial de la Pologne m’accueillit en ce début de janvier. Je ne m’attendais pas à voir quelque chose d’aussi horrible même si j’avais étudié en cours la Shoah. Je suis resté stoïque devant les murailles de barbelés de Birkenau et d’Auschwitz.

À l’intérieur de l’enceinte de fils de fer, plus d’un million de personnes sont mortes en se rendant compte que la vie leur échappait à la descente du train. Avec ce froid de l’Est, on imagine à peine ce que pouvait être la souffrance de ces âmes. Au fil des heures, je marchais, pieds gelés, avec la mort qui me hantait, qui envahissait tout le camp, qui sifflait dans les ruines des bâtiments, qui mordait le fer des rails remplis de douleur à force d’acheminer des milliers de personnes à la mort. Puis nous sommes arrivés dans un bâtiment où il y avait en exposition des photographies des personnes qui sont venues ici, contre leur gré. Quand on regarde ces visages, leur regard était vide, sans expression. Ils savaient qu’ils allaient mourir, les vivants avaient vu les fumées. Les visages marquaient la tristesse du vide, la perte de l’espoir de revoir leur famille. Ces regards me glaçaient autant que le vent nordique qui brûla le camp dans l’après-midi.

En avançant dans le froid, le « nez stalagmite », j’écoutais le guide attentivement. Il nous expliquait l’Histoire de la Mort. Et puis, nous sommes arrivés devant les chambres à gaz et les crématoires. Nous y pénétrâmes même en fin de journée. La pièce était noire comme la mort qui nous encerclait. J’ai compris ce qu’était un génocide. Je n’avais plus de mot pour m’exprimer. Un camp de la mort, voilà un nom tout trouvé. Visiter Auschwitz, c’est comprendre la souffrance, la peine et l’inhumanité. C’est comprendre l’Histoire. Toutes les histoires gravées dans les murs d’Auschwitz ne sont pas imaginables, elles ont été, tout simplement. En arrivant chez moi, quelques heures de sommeil en plus, j’ai allumé mon appareil photo. J’ai décidé de supprimer la plupart de mes photos de ce lieu. Je voulais oublier. Et pourtant, il ne faut pas oublier Auschwitz.

Encore bis

Encore. Et pourtant, je sais à quel point ce voyage d’étude est fondamental pour mes jeunes. Je les vois trop souvent douter sur les faits historiques, je les sens de plus en plus intéressés par les théories du complot, par les extrêmes intolérances, par le racisme et l’antisémitisme.
Les années passent et à chaque fois Auschwitz m’apprend quelque chose. Ces voyages m’usent moralement. Ce n’est pas facile de voir Birkenau si souvent. Ce n’est pas facile de préparer mes apprentis à affronter les camps de la mort. Mais tous ces témoignages me rassurent. Ils me prouvent que c’est utile et efficace. J’ambitionne que la visite de ces lieux fera d’eux des citoyens capables d’en parler à leurs enfants, à leur entourage. J’espère qu’ils tiendront tête aux imbéciles qui osent nier cette Histoire. Je souhaite qu’ils réfléchissent avant de mettre un bulletin dans une urne, je sais que je leur ai fait un cadeau empoisonné. Ils ne pourront plus jamais retrouver l’innocence de leur enfance mais maintenant ils peuvent le dire, ils peuvent témoigner, ils peuvent choisir entre un monde difficile à construire avec la beauté des différences, ou la facilité de détester la diversité des êtres humains.

Apprenti : n.m, personne douée de raison qui apprend la vie à travers un métier, une expérience citoyenne et qui s’offre les moyens d’affronter un monde en construction.