Je m'ennuie

Plusieurs collèges de la Nièvre ont participé au « Parlement des invisibles des jeunes ». Ce texte a été écrit avec l’aide de la professeur de français de Chloé, Lise Duwa.


Une fois de plus, la sonnerie du réveil de mon portable me fait péniblement ouvrir les yeux. J’ai du mal à faire la mise au point mais j’arrive à voir qu’il est 6 h 13. Je les referme en me disant qu’il me reste deux petites minutes de sommeil, mais lorsque je les ré-ouvre, ce n’est qu’après un temps de réaction plutôt long que je m’aperçois qu’il est déjà 6 h 57. Mon sang ne fait qu’un tour. Je suis, comme la majorité, souvent en retard… D’un seul coup, je prends mon téléphone, choisis en un éclair ma tenue du jour et descends à toute allure les escaliers. J’arrive dans la salle de bain, écoute ma musique, commence à danser puis je regarde l’heure et il me revient à l’esprit que je ne suis pas très en avance. Je me dépêche donc de me doucher et de me préparer. Toujours en courant, je vais faire mon sac. Je jette un coup d’œil furtif dans mon agenda et remarque un certain exercice de maths qui ne me rappelle rien. En vitesse, j’ouvre mon cahier et effectivement, il ne me dit rien puisque je ne l’ai pas fait. Coup de stress supplémentaire, je sors mon manuel et fais le fameux exercice à l’arrache.

Il est maintenant 7 h 30. Mes voisins, avec qui nous covoiturons, ne vont pas tarder à passer me chercher. J’enfile alors ma petite veste et sors dans l’allée. Après dix longues minutes d’attente pendant lesquelles je commence à m’impatienter – j’en viens peu à peu à regretter de ne pas avoir mis mon blouson plutôt que cette malheureuse petite vest –, enfin, j’entends les portières de leur voiture claquer, le moteur démarrer et la lueur des phares se rapprocher doucement. Comme presque tous les matins, à peine suis-je assise et attachée que je les entends s’excuser d’être en retard et comme d’habitude, je réponds que ce n’est pas grave. Durant le trajet, j’observe la route, cet itinéraire que je vois défiler quatre fois par jour depuis plus de sept ans. Je pense que même les yeux fermés, je le reconnaîtrais. Puis j’écoute la musique qui me semble alors n’être qu’un bruit de fond qui passe à la radio.
Enfin, j’arrive au collège. Commence alors la routine. Je rejoins mon groupe d’amis. Vient l’étape où il faut dire bonjour à tout le monde, ce qui prend déjà cinq minutes. Ensuite, comme il y a toujours au moins une personne avec une enceinte et de la musique, je me mets à danser et rigoler avec quelques copains. C’est en partie grâce à eux que j’arrive à être heureuse et de bonne humeur si tôt.
Le surveillant qui est de grille ce matin nous fait signe qu’il est l’heure de rentrer. Tout notre petit groupe monte alors dans la cour avant qu’un surveillant vienne nous ordonner de nous ranger. Après avoir résisté quelque peu au pion, nous nous regroupons par élèves de même classe et allons rejoindre nos rangs respectifs. Notre professeur d’histoire arrive et nous fait monter dans la salle.

L’histoire n’est pas la matière que je préfère. Enfin, tout dépend du sujet abordé, par exemple lorsque l’on a travaillé sur la Première Guerre Mondiale, là j’ai vraiment bossé puisque cela m’intéressait beaucoup. Peu importe. En ce moment, nous travaillons un thème de géographie qui me stimule déjà beaucoup moins… Les aires urbaines. Ce n’est pas pour autant que je ne travaille pas. Je vais dire que je fais ce qu’on demande, ni plus, ni moins. En cours, je suis à côté d’un garçon avec qui je m’entends bien. On est tous les deux très bavards. Je fais souvent exprès de prendre beaucoup de place quand j’écris ou de le pousser en prétendant ne pas l’avoir fait exprès et lui fait la même chose. Ce n’est pas très sérieux comme comportement, certes… Mais au moins, on est sûr de ne pas s’ennuyer ! Puis sonne la fin du cours. J’ai ensuite anglais. Je traverse les couloirs, descends les escaliers. Là, il faut élever la voix afin de se frayer un passage parmi ce champ d’élèves qui, pour moi, sont comme des nains – il faut dire que je suis grande. Ce qui me fait rire, c’est que les 6e, quand ils lèvent la tête et m’aperçoivent, prennent peur et se collent au mur. Je pense que s’ils pouvaient carrément rentrer dans le mur, ils le feraient ! J’arrive donc dans le couloir des salles d’anglais et des cours de SEGPA (Sections d’Enseignement Général et Professionnel Adapté) où je retrouve la moitié de ma classe ainsi que la moitié d’une autre. Je remarque que j’ai toujours le sourire lorsque je rentre en anglais puisque c’est ma matière préférée et celle dans laquelle je pense être le plus à l’aise. J’ai des facilités. Depuis que je suis en CM2 à peu près, je regarde des films en anglais et je joue aussi à beaucoup de jeux vidéo dans cette langue.

La sonnerie retentit. Il est 10 heures, c’est la récré. Je remonte aux casiers, retrouve des amies de classes différentes. L’une d’elles nous demande de la rejoindre aux toilettes. Dès que mon amie a fini de se recoiffer, nous allons discuter sur un banc. Puis la sonnerie retentit à nouveau. Le prof arrive et nous partons au gymnase. Dans les vestiaires nous nous changeons. Une fois que tout le monde est là, nous nous échauffons. Pendant les heures de sport, je suis en général tout le temps avec les garçons. Quand je le peux, je joue avec eux. Aujourd’hui, nous jouons au handball. Après les échauffements, nous faisons des matchs dans lesquels je me donne à fond. Nous allons nous changer avant de retourner au collège. La sonnerie retentit et je vais directement à la grille, montre mon carnet de correspondance au surveillant. La voiture de la mère de ma voisine arrive, nous montons et discutons toutes les trois le temps du trajet.

J’arrive chez moi où m’attendent ma mère et mon chien, qui ne manque pas de me sauter dessus en me voyant. J’allume la télé, aide ma mère à mettre la table puis mange. Après le déjeuner, je m’installe dans le canapé où je tente de récupérer un peu de sommeil. C’est vraiment agréable d’avoir une coupure dans la journée. Ma mère me réveille. Comme il est bientôt l’heure de partir, je vais préparer mon sac et nous récupérons ma voisine puis nous rentrons dans l’enceinte du collège. Je me dirige vers la case d’espagnol où je retrouve ma classe. Le prof arrive et nous fait entrer en B5. Pendant le cours, je me contente d’écouter et parviens, grâce à cela, à m’en sortir. Je trouve l’espagnol relativement simple à partir du moment où on est un minimum attentif et qu’on a les leçons en tête. L’heure passe assez vite, la sonnerie retentit à nouveau et nous rejoignons la salle de français.
Je m’installe en classe. J’ai toujours été plus scientifique que littéraire. Lorsque notre prof de français nous parle, on voit qu’elle est vraiment passionnée, alors que moi, pas du tout ! Ce n’est pas que je n’aime pas cela ! J’aime lire, il n’y a pas de problème de ce côté-là. Mais l’analyse de textes, la grammaire sont loin d’être ma tasse de thé. Après c’est la récré. Je retrouve les mêmes personnes que le matin et nous passons toute la pause à nous promener dans la cour en discutant. Vient la dernière heure : des maths ! J’ai tendance à m’ennuyer en maths, non parce que ça ne me plaît pas, au contraire. Simplement, j’ai souvent fini en avance et je trouve le temps long. Je fais des exercices supplémentaires dans ce cas-là mais je n’aime pas spécialement travailler plus que les autres… Aujourd’hui, nous réfléchissons aux fonctions. J’en avais déjà entendu parler, mais sans plus. La fin du cours sonne. Il est 17 heures. La journée de cours s’achève. Je sors du collège et retrouve mes amis devant la grille. Nous restons là cinq minutes puis je rejoins ma mère.

Nous rentrons. À peine arrivée, je vais chercher quelque chose à grignoter et je m’installe devant la télé. Je monte ensuite dans ma chambre et allume mon ordinateur. J’appelle des amis sur Skype, que je connais grâce aux jeux vidéo sur Internet. J’apprécie que tout soit beaucoup plus simple. Ils ne se fondent ni sur le physique, ni sur le passé, la « réputation », etc. mais uniquement sur la personnalité. Je joue donc avec eux jusqu’à ce que ma mère m’appelle pour dîner. Je descends et constate que mon père n’est pas encore arrivé. En ce moment, il ne rentre pas avant 20 h 30 quand ce n’est pas 21 heures. Ce qui m’attriste, c’est que je le vois peu puisque le matin, il part avant que je me lève et que souvent, les week-ends, lorsqu’il est à la maison, il travaille quand même sur son ordinateur. Ma sœur et son copain nous retrouvent et nous commençons à dîner. Mon père rentre enfin. Nous finissons le repas tous ensemble. Je débarrasse puis remonte dans ma chambre en prenant mon sac au passage. J’ouvre mon agenda, fais mes devoirs. Je remarque alors qu’il est 23 heures passées. Je vais au lit et fais un tour sur les réseaux sociaux sur mon téléphone. Je discute avec des amis par messages. Depuis que je suis petite, j’ai du mal à m’endormir et je sais pertinemment que cela ne sert absolument à rien que j’essaie de dormir si je ne suis pas fatiguée. Ce n’est qu’à une heure du matin que je commence à ressentir la fatigue. J’éteins alors les lumières, démarre ma playlist, active mon réveil et ferme les yeux…