Dans mes oreilles

Plusieurs collèges de la Nièvre ont participé au « Parlement des invisibles des jeunes ». Ce texte a été écrit avec l’aide de la professeur de français de Margaux, Dominique Douriaud.


Je m’appelle Margaux, j’ai onze ans et j’habite à Narcy, aux Bertins. Avant, j’habitais dans le hameau de Pilles à Couloutre. On s’est installés à Narcy car on était locataires de la maison, alors que là, on est propriétaires. Mon père est restaurateur de cadres et ma mère restauratrice de tableaux. Ils ont leur atelier à eux, et cela m’a permis de les voir exercer leurs métiers. Je n’aimerais pas faire le même métier qu’eux, car je suis plutôt attirée par les animaux. J’ai un petit frère de sept ans et une grande sœur de quatorze. Je ne m’entends pas toujours avec eux car ils n’arrêtent pas de se chamailler.

Je suis devenue malentendante à cause d’un virus appelé le CMV (Cytomégalovirus). Il s’est attaqué à mes oreilles lorsque j’étais dans le ventre de ma mère : mes oreilles étaient en train de se former ! Ce virus aurait pu atteindre d’autres organes comme le foie ou le cerveau, et me rendre complètement handicapée dans un fauteuil roulant, ou même pire…
Dans mes oreilles, c’est une espèce d’escargot appelé la cochlée qui a été attaquée. La cochlée se trouve dans l’oreille interne. Elle contient des « petits cheveux » appelés : cellules ciliées. À ce qu’il paraît, la cochlée de mon oreille gauche a été entièrement détruite alors que dans mon oreille droite, seulement une partie est abimée.

Pour m’aider à corriger ma surdité, j’ai des appareils auditifs. Les bruits vont dans la membrane. Les micros captent d’où viennent les sons, les graves et les aigus. Ils les transforment en électricité. Le microprocesseur analyse, distingue, et corrige ces signes électriques. Le volume est réglé par l’amplificateur. Le haut-parleur transforme les signaux électriques en vibrations. Les sons, l’air qui vibre parviennent à l’embout par le tube qui me l’envoie dans l’oreille. La technique, c’est génial car peut-être que si elle évolue encore plus, je pourrais avoir des appareils encore meilleurs. Peut-être qu’un jour, on pourra implanter un microprocesseur dans mes oreilles, ou bien carrément les réparer…

J’adore l’école car on y apprend plein de choses. Même si, en tant que malentendante, je peine à suivre des cours facilement : dès que le professeur donne des consignes, je n’entends pas forcément toutes les informations. Je suis donc obligée de me fier aux autres pour pouvoir comprendre ce qui a été dit. Alors, j’agis en conséquence : lorsque je n’arrive pas à deviner le travail demandé, je fais répéter les consignes. Au collège, il y a beaucoup de bruit et pour pouvoir vivre normalement, j’utilise le langage labial. Comme je n’arrive pas à entendre tous les sons, je lis sur les lèvres et je comprends majoritairement. Sans aucun son, j’ai du mal à déchiffrer ce que l’on me dit, c’est pourquoi il faut me parler en face, fort et articuler. Pour m’habituer à un professeur il me faut du temps : une semaine, parfois deux.

Pour me faire des amis, c’est assez compliqué aussi : quand mes camarades comprennent que je suis sourde, ils n’ont pas forcément envie de m’accepter, même si on leur explique en quoi consiste mon problème : ils refusent en disant que c’est un handicap un peu trop particulier par rapport aux autres handicaps. Moi je ne vois pas pourquoi ils disent ça : je vis normalement, comme les autres.
J’ai fait deux entrées au collège, une en 6e et une en 5e, car j’ai déménagé. Je suis passée d’un petit à un grand établissement. Pour moi, la différence c’est qu’un petit collège a un ou deux bâtiments et il y a un ou deux professeurs dans chaque discipline alors qu’un grand établissement a plusieurs étages, plusieurs bâtiments et beaucoup d’enseignants dans chaque matière.
Ce qui a été le plus dur à mes entrées au collège, c’est ma surdité. Pour mon entrée en 6e c’était compliqué car les professeurs devaient s’habituer à mon problème. Je devais aussi m’habituer à eux et au fonctionnement du collège. Des élèves se moquaient de moi et m’appelaient « la sourde ». Maintenant, c’est plus rare mais quand ça arrive, ça me fait de la peine même si je suis habituée.

Je me plais beaucoup plus dans cet établissement que dans mon ancien car celui-ci est plus organisé malgré les activités impossibles (déjeuners allemands, etc.) et l’impossibilité d’avoir un adulte référent, mais mes parents disent que je n’en ai pas besoin car je suis très forte.
Au collège, mes matières préférées sont le français et l’allemand. J’aime le français car je suis forte en orthographe et en conjugaison donc les dictées sont plus ou moins faciles. J’aime l’allemand car c’est une langue étrangère, mais je n’aime pas l’anglais car pour moi, c’est du « chewing-gum » : du coup je n’y comprends presque rien. Je trouve ça trop compliqué par rapport à l’allemand. La matière que je déteste, c’est les maths mais pas la géométrie. J’ai des difficultés dans cette discipline et je comprends rarement.

En dehors du collège, je fais du saxophone. Je voulais faire de la trompette mais le son était trop fort alors que le saxophone convient mieux à mon audition. Le cheval est mon animal préféré. Je fais de l’équitation bien que mes parents disent que je ne devrais pas pouvoir en faire car il me manque de l’équilibre : lorsque le CMV a attaqué l’oreille interne, il a détruit une grande partie des vestibules qui servent à donner l’équilibre. Dans dix ans, je me vois soigneuse d’otarie, mariée sans enfants (car c’est agaçant !) J’ai choisi l’otarie car lors d’une visite au zoo de Beauval, j’ai découvert cet animal docile et intelligent.