Fils de boulanger

Plusieurs collèges de la Nièvre ont participé au « Parlement des invisibles des jeunes ». Ce texte a été écrit avec l’aide de la professeur de français de Thomas, Lise Duwa.


Ce bruit est vraiment assourdissant et désagréable. Mes pauvres tympans, vous êtes en train de souffrir. Où es-tu, saleté de réveil, ah te voilà. Quoi ? Non ! Déjà 5 heures du matin. Mais ce n’est pas possible, je ne vois même plus mes nuits passer. Peut-être parce que je dors comme un gros bébé ? Bref, j’aurais tellement envie de rester dans mon lit, bien au chaud, quand tout à coup, j’entends une voix qui m’agresse ! Mais heureusement pour moi, je viens de me réveiller, je n’entends pas ce qu’elle me dit. Elle s’approche de moi :
– Ah ! c’est toi, maman ?
– Oui, tu te dépêches, il est déjà 5 h 10 et dans dix minutes, on est partis. Tu peux venir me donner un coup de main pour mettre les gouttes dans les yeux des deux chatons.
– Oui, oui pas de soucis, j’arrive.

En effet, nous avons recueilli deux chatons qui, pensons-nous, ont à peine un mois. Nous les hébergeons dans notre garage car ils ont une maladie de l’œil (coryza). Allez ! Faut se lever ! C’est qui ça ? Arrête de me tripoter, tu me chatouilles. Je m’en doutais que c’était toi, ma petite Douchka, mais attends, faut que j’y aille. Elle est très câline, pas comme l’autre qui n’aime pas trop les papouilles. Elle me fait des ronrons tous les matins, elle a le même caractère que mon autre chat Yanis, sauf que lui nous a malheureusement quitté il y a maintenant un peu plus d’un an et demi. Bref, passons sur ce mauvais souvenir.
C’est bon, les gouttes sont mises, je vais maintenant faire mon lit pour ne pas perdre de temps ce soir. Je suis très maniaque. J’aime que tout soit bien rangé à sa place. J’aime qu’avant de partir, le lit soit fait, le sac de cours préparé, les vêtements prêts ! Du coup, je n’aime pas quand c’est le bazar dans ma chambre. Maintenant qu’il est 5 h 20, on doit aller dans la boulangerie-patisserie de mes parents, à Raveau (à trente minutes de là où je suis en ce moment., à Jussy le Chaudrier). Raveau, c’est un mini village, ils y ont leur commerce depuis seize ans. Pas une seule fois je ne les ai entendu se disputer. Je me demande comment ils font parce qu’ils passent tout leur temps ensemble !

En fait on a deux maisons. Une à Raveau et l’autre à Jussy Le Chaudrier où c’est calme et reposant. Le temps qu’il m’a fallu pour vous raconter tout ça nous a permis d’arriver plus vite à Raveau. Il est 5 h 50 ! Je dois, parce que ma mère me l’a ordonné, donner à manger à mes deux petites chats. Ils sont très gourmands. Ça y est, c’est fini, il est temps pour moi d’aller me recoucher pendant quarante minutes jusqu’à 6 h 40. Le temps passe extrêmement vite lorsqu’on se repose. Oh non pas déjà, c’est un réveil en musique. Je ne m’attarde pas trop dans mon lit. C’est reparti, je me lève alors que mon frère part au lycée, emmené par ma mère et que mon père travaille pendant ce temps-là dans son fournil à faire du bon pain. À 6 h 50, mon ventre gargouille, il faut que je le rassasie. Vite, un pain au chocolat. Je trouve quand même que j’ai énormément de chance d’avoir des parents boulangers-pâtissiers car je peux avoir des croissants, des pains au chocolat, des gâteaux et surtout du pain, et des bonbons. C’est pour cela que je suis aussi grassouillet aujourd’hui. N’empêche c’est super bizarre car ma famille me dit que je suis gros, ils utilisent d’autres mots d’ailleurs et assurent que je devrais maigrir alors que mes amis me disent que je suis maigre. Moi je sais bien qui croire : ma famille ! Je vais être sincère avec vous, je déteste mon corps ! Tous ces bourlets qui dépassent, cette masse graisseuse en trop. J’en ai marre qu’on se moque de moi sans arrêt, je veux maigrir mais quand je fais un régime, je reprends aussi vite. Comment faire ? Je traîne ce mal être en moi depuis la 6e. On m’a énormément traité de gros et d’obèse mais j’ai fait face à toutes ces insultes. En résumé, je ne m’aime pas trop, mais malgré tout, j’ai quand même certains atouts. Avant, je faisais les marchés avec mes parents de la dimanche de chaque fin de mois. J’étais beaucoup dans le fournil, là où travaille mon père. Le week-end, je réapprovisionnais la boutique en pain et gâteaux. Maintenant je préfère sortir avec mes copains.

Je viens à peine de finir mon petit-déjeuner que je dois aller m’habiller. Je fais tout cela devant euro shopping, c’est une émission de télé-achat – j’aime bien découvrir les objets présentés. Voyons, allons dehors, qu’il fait froid. Je vais m’habiller chaudement. Allez un pull, dessous un tee-shirt et un pantalon bleu. Rien ne s’accorde mais bon, je ne suis pas styliste comme Christina Cordula sur M6 ! Je vais aussi mettre mes nouvelles chaussures. Il est presque 7 heures. Ma maman va se reposer tout comme moi durant dix minutes dans notre chambre jusqu’à ce qu’elle ouvre sa boutique. Je vais me brosser les dents rapidos, me peigner, un coup de déo par ci par là, pareil pour le parfum. Mon bus arrive à 7 h 30. Me voilà à l’arrêt. Ok, contrôle de carte de bus heureusement pour moi, je l’ai. Pendant ce temps je révise mon devoir commun de S.V.T, j’ai peur de le louper.
Dix minutes plus tard, j’arrive au collège. Mes amis sont déjà là car eux ne prennent pas le bus. Quand même, c’est vraiment énervant de saluer plus de trente personnes tous les matins. Le reste se fera au cours de la journée. Je vois dans tous leurs regards qu’eux aussi ont peur pour le devoir commun. Les grilles ouvrent. Il est 7 h 45, j’éteins mon portable, vais déposer mes affaires au casier. Tous les 3e sont déjà là. La sonnerie retentit dans le collège et Madame Cornu arrive avec un surveillant et plusieurs professeurs pour nous placer au self. On m’appelle. Je vais m’installer. On commence tous à écrire, à réfléchir et c’est parti.

Ça y est, ça sonne : « Go to the french ! » Déjà ! Encore cette saleté de sonnerie. Je suis obligé d’aller me ranger, sinon les pions vont encore hurler. Deux heures de maths, l’enfer que je vais subir, en plus je suis seul au fond, même si c’est moi qui en ai décidé ainsi. Moi, j’adore les maths, mais trop de maths tuent les maths. Ça sonne.

Mon ventre est capricieux, il me réclame de la bouffe. En plus, il a du bol, aujourd’hui c’est steak frites – tout ce qu’il y a de plus gras. Je ne mange qu’avec des filles car je ne suis pas trop accepté par les gars. Même s’ils sont très gentils avec moi, je ne me sens pas à l’aise avec eux, du moins la plupart. C’est bizarre mais je trouve que toutes les récréations passent super vite. J’ai anglais, je n’ai pas envie. En plus, y a contrôle. Le tic-tac de l’horloge me stresse. J’ai tout d’un coup une bouffée de chaleur et des maux de tête mais cela m’arrive tous les mardis (c’est une journée super longue). J’ai peur d’aller en musique car elle doit m’interroger pour mon slam et je n’ai rien trouvé comme accompagnement. Je dois gravir ces foutus escaliers avant d’atteindre sa salle. Je sens que l’heure va être très mouvementée et par la suite, cette supposition devient réalité. C’est l’un des cours où il est plus difficile de se concentrer au collège, comme l’art plastique. J’adore chanter même si je le fais mal. Enfin, une petite récréation avant la dernière heure. C’est quoi déjà ? Ah oui espagnol, cool. « Holà ! Buenas tardes, Madame Alache. »

Enfin finie cette journée comme les autres : soûlante et sans fin. Heureusement que je ne prends pas le bus. Par contre, il me faut encore au moins dix minutes pour dire au revoir aux mêmes personnes saluées le matin, mais c’est juste par politesse. Bon, tu es où papa ? Où tu es ? Ça fait trois ans que tu me dis que tu viens me chercher à 17 heures pile poil, mais tu arrives toujours quinze minutes plus tard. J’attends donc comme un abruti de première. Je lui fais la gueule durant tout le trajet pour rentrer à la maison. Mes nausées reviennent, il ne me manquait plus que ça. Ça m’énerve. Bref, je dois maintenant faire mes devoirs car ils ne vont pas se faire tous seuls, je pense. Je dois faire le portrait de quelqu’un que j’adore en anglais, j’ai ma S.V.T à réviser pour un contrôle vendredi et je dois faire des maths ainsi qu’une rédaction en français qui raconte l’une de mes journées. Je sens que je vais m’amuser.

C’est l’heure d’aller me laver. Il est 18 h 30. Après cela, je vais me recueillir sur la tombe de notre chat Yanis, enterré dans notre jardin. J’y vais tous les soirs, comme ma mère. Mon père et mon frère n’y vont pas car ils disent que c’est idiot et que cela malheureusement ne le ramènera pas à la vie et nous en avons conscience. Tiens, en parlant du loup, elle arrive. Elle finit son boulot à 19 heures, et elle arrive à la maison trente minutes après. Là, on mange en famille, on se raconte sa journée, on rigole, on passe de bons moments ensemble devant les infos. Quoi ! Encore de la pluie ? Des morts ? Mais ce n’est pas possible, ça. Cela me fait de la peine. Moi, je suis fatigué. Mon père va se coucher à 21 heures, ma mère et moi une heure plus tard. Demain, une grosse journée m’attend.