Ma première étoile

Faire du ski.


C’était enfin les vacances. Nous étions en février et l’hiver se faisait sentir. Dans deux jours, je partirais à la montagne. Assise sur mon lit, je prévoyais toutes les tenues possibles : pull, sous-pull, masque, gants, bonnets, jean, manteau, etc. Tout y était. Le coffre se remplissait très vite et nous partîmes le lendemain matin.
4 heures... Il fallait déjà se lever, mais cette fois, c’était pour la bonne cause. Comme à chaque départ, j’avais installé les valises et organisé le peu de place qui me restait pour dormir. Après avoir trouvé la position parfaite (les pieds sur les skis, la tête sur le sac des combinaisons, petite couverture sur mes épaules), je m’endormis. Je dus me réveiller vers 8 heures. Ayant un peu faim, je dérobai un pain au chocolat dans un sac puis me rendormis aussi vite. Mes rêves tournaient autour de la neige. La deuxième fois que je rouvris les yeux, je fus éblouie. Je me rappelle de cette neige aussi blanche et profonde qu’une mer de nuages qui reflétait les faisceaux lumineux de l’étoile appelée soleil. Mes yeux, encore brouillés, apercevaient au loin des formes géométriques – des triangles. Peu à peu, le contour de l’image se précisait, le triangle laissait place à la montagne. Imposante et fidèle à elle-même, son extrémité pointue perçait les nuages. J’adorais ce paysage... Je ne me lassais pas de regarder les flocons tomber à travers la vitre de ma porte. Plus que quelques kilomètres et je connaîtrais enfin le plaisir de faire du ski.

À notre arrivée, nous nous installâmes tranquillement et allâmes faire un petit tour dans le village. Je mis mes bottes afin de ne pas glisser. Au pied des pistes, il y avait de nombreux petits commerces, mais surtout beaucoup de magasins pour s’équiper. Ici, on ne manquait pas de gants, de bonnets ou encore de skis. La journée se déroula plutôt bien, l’air de la montagne n’était pas comparable à celui que nous connaissions. Le soleil apportait un peu de chaleur, ce climat était parfait pour skier. Les heures défilèrent et plus vite que je m’y attendais, la nuit arriva. Une fois dans mon lit, je fermai les yeux et m’imaginai comment allait se passer ma première journée. Je n’avais jamais fait de ski. J’étais tellement pressée. En même temps, du haut de mes six ans, je ne mesurais pas vraiment le niveau du danger qui pouvait m’attendre.
Après avoir passé une très bonne nuit, j’entendis un bruit crispant qui m’était familier, surtout les jours d’école. Je me levai, un peu déboussolée. Je me croyais encore un de ces fameux lundis où il fallait commencer une semaine de cours. Mais heureusement, je repris très vite mes esprits et me rendis compte que j’étais en vacances et que j’allais bientôt vivre mon premier cours de ski. J’enfilai mes gants, mes bottes et ma combinaison rose de petite fille.

Quand j’arrivai dans mon cours, j’avais très peur. C’était pour les débutants de tout âge mais j’étais encore petite et les plus grands que moi me paraissaient être des géants. Je commençais peu à peu avec « le jardin des enfants ». Je me débrouillais plutôt bien, petits virages, chasse-neige, etc. Au bout de deux ou trois jours, ceux qui s’en sortaient le mieux, partaient avec un autre moniteur pour commencer à affronter (si je puis-je dire) les pistes vertes. À cette époque, ce léger plat me paraissait être un précipice. Au fil des jours, je prenais de plus en plus d’assurance. Mes virages étaient fluides, il m’arrivait même parfois de passer en parallèle. J’évoluais très vite. Comme toutes les bonnes choses, celles-ci avaient aussi une fin... Ce qui arriva beaucoup trop vite à mon goût d’ailleurs. Le dernier jour, mon moniteur me fit passer un petit examen pour voir un peu où je me situais, déjà, dans le niveau de l’école de ski française. Quelques heures plus tard, à la surprise des professeurs, certains enfants avaient réussi à atteindre le palier de première étoile. À mon grand étonnement, je me trouvais dans ce groupe restreint... J’étais tellement heureuse ! C’était la première fois que je faisais la rencontre de cet univers. Je me rendis toute fière à l’accueil de l’école afin de chercher ma petite médaille. Je ne la quitterais plus jamais. Elle était magnifique. Un flocon en argent était souligné d’un arc de cercle dans lequel figuraient les couleurs bleu, blanc, rouge. Le sigle E.S.F. se trouvait en son centre et formait une toute petite pointe. Mais ce qui ornait tout ça était une petite étoile, d’où son nom la première étoile. Quand on retournait l’objet, on découvrait une broche. Cela représentait pour moi, ma première récompense au vu de ce sport dangereux.

À partir de là, à chaque fois que je me rendais au ski, j’emmenais toujours mon étoile avec moi. Je la glissais dans la petite poche de mon avant-bras, au même titre que mon forfait. Cela me rassurait de la savoir près de moi. Les années passèrent, je grandissais mais prenais toujours des cours pour améliorer ma technique. Peu à peu, j’oubliais même qu’elle était là. Je ne faisais plus du tout attention à elle. Je l’avais oubliée, déjà remplacée par ma troisième étoile. N’étant plus qu’un lointain souvenir, aucune de mes pensées ne se tournaient vers elle. Aujourd’hui une petite tempête de neige paraissait, je n’aimais pas ce genre de temps. C’était très désagréable de skier quand on n’apercevait même pas la personne juste devant soi. Nous, avec mon papa, nous appelions cela de la purée de pois. Ne me demandez pas pourquoi. Cette année, pour changer, j’avais décidé d’avoir un professeur particulier. Après m’avoir enseigné le maximum de choses sur la technique, elle décida qu’il fallait que nous nous amusions un peu. Alors nous descendions à fond les pistes rouges et nous remontions aussitôt avec les télésièges. Puis elle m’apprit à faire la godille. Ce mouvement me valut une belle chute. En me relevant, je me rendis compte que la fermeture de ma manche était ouverte, sur la neige j’aperçus une étoile qui brillait... Je la pris et me rappelai qu’en fait, je l’avais complètement abandonnée alors que c’était grâce à elle si aujourd’hui, j’avais pu atteindre un bon niveau. Mon subconscient me rappela soudain ce que j’avais oublié.

Elle m’accompagnait dans chacune de mes aventures sur la piste. Elle m’aidait à me relever et à continuer malgré les difficultés car je savais que si j’avais été capable de la décrocher, alors je pourrais tout obtenir. Dans ce magnifique paysage, elle avait dévalé chaque petit morceau de pentes avec moi. Elle était là quand je m’amusais dans les petits chemins de bosses tracés en forêt, quand je descendais la piste rouge à toute allure et arrivais en rouler bouler sur des gens que je ne connaissais pas, ou encore quand je prenais de la vitesse et faisais un dérapage super contrôlé qui ensevelissait ma famille sous une pluie de neige. J’avais tant de bons moments à raconter. Le midi, très souvent, nous nous arrêtions sur des aires de pique-nique sur les pistes, pour repartir directement afin de ne pas perdre une minute. Et généralement, pendant ce laps de temps, je la sortais de ma poche et l’admirais au soleil. Elle brillait, c’était incroyable. J’avais peut-être passé des moments agréables, en effet, mais j’en ai vécu de moins plaisants en sa compagnie. Par exemple un jour où j’ai passé mon examen pour obtenir mon étoile d’argent. Je me remémorais souvent cette scène. Je me revois la prendre et réfléchir à cette première fois... Quand je ne connaissais pas encore les risques et que j’étais tellement fière d’avoir obtenu cette étoile. Je rentrais dans ma bulle et ne pensais plus qu’à des choses positives. J’écoutais tout autour de moi, le bruit des skieurs dévalant les pistes. Seul quelqu’un qui avait déjà été à la montagne pouvait comprendre de quel bruit il s’agissait. D’ailleurs, à ce propos, ce son me détendait, m’apaisait. Alors qu’au contraire, je sais qu’il énervait beaucoup de mes amis. Je prenais une grande bouffée d’air frais en admirant le pic des montagnes. La neige m’attirait énormément, sa consistance, sa couleur, sa température, son caractère, etc. Elle s’étendait à perte de vue et quand elle se décidait enfin à tomber du ciel, c’était un spectacle fabuleux qui s’offrait à nous... Ensuite, je décompressais en me disant que finalement ce n’était qu’une petite médaille et que si je ne l’avais pas cette fois-ci, je pourrais toujours la repasser la prochaine fois. Voilà, j’étais détendue et j’allais enfin pouvoir tout donner dans mon parcours...
Cet objet a vraiment joué un rôle important dans ma vie. Il m’a permis de prendre confiance en moi. Encore aujourd’hui, je sais qu’il se trouve dans ma table de chevet, tout près de mes nuits. Au moment où j’écris cette rédaction, je sais pertinemment que demain soir, je serai en vacances. De plus, je pars au ski, devinez quel sera le tout premier objet à rentrer dans ma valise ?