D'où l'on vient

Plusieurs collèges de la Nièvre ont participé au « Parlement des invisibles des jeunes ». Ce texte a été écrit avec l’aide de la professeur de français de ces élèves, Lise Duwa.


Tristan Afonso

Je me souviens, je l’ai eu pour mes quatorze ans. C’était le cadeau de mes parents. Je l’ai eu parce qu’il me plaisait, que j’en avais envie depuis longtemps et qu’il correspondait à toutes mes attentes. Quand je l’ai vu, la couleur noire mâte avec les bandes rouges brillantes et les écritures blanches m’ont tout de suite plu. Je l’ai montré à mes parents. Mon anniversaire approchait et ils ont décidé de me l’offrir en dépit de son prix élevé, 450 euros. Il est à ce prix-là car c’est un très bon vélo, équipé de freins à disques hydroliques et d’un cadre allégé. C’est un VTT spécial descente.
Que de bons moments j’ai passé sur ce vélo, quand je fais de l’enduro ou de la vitesse ! Ce que j’adore faire avec mon VTT, c’est aller sur les chemins de terre ou dans les endroits où se trouvent des ruisseaux à traverser. J’aime aussi la vitesse. Ce que j’aime quand je fais du vélo, c’est que je ne pense à rien : je m’amuse !
Bien sûr, j’ai aussi quelques mauvais souvenirs, par exemple, la fois où j’allais très vite, à environ 45 km/h. Mon pneu arrière a glissé sur l’herbe et j’ai eu très peur. J’ai eu le temps de récupérer mon vélo avant de tomber, ce qui m’a évité une belle chute ! Il y a aussi le jour où je me suis fait peur en faisant de l’enduro dans les bois. Ma roue avant s’est prise dans une ornière pleine de boue et mon vélo a penché en avant ; je suis passé par-dessus le cadre… Cependant, je conserve surtout les bons souvenirs, les balades entre potes, les moments de complicité et les rigolades à vélo.

Naomi Andriantsalama

Ma mère m’avait offert le jour de mes sept ans un ours en peluche que j’avais appelé Bakou. Il pouvait me dire : « Je t’aime » à chaque fois que je le souhaitais. Il était d’une couleur jaune très pâle, avec des yeux ronds et noirs. La mère l’avait aspergé de son parfum que j’aimais tant. J’étais tellement contente de ce cadeau que je ne voulais plus le quitter. À cette époque, ma mère m’avait dit que Bakou chasserait mes cauchemars, mes peurs et les « mauvais esprits » comme elle avait l’habitude de dire. Dans mon innocence, je comptais toujours sur Bakou lorsque j’avais du chagrin. Et étonnamment, quand je le serrais dans mes bras, mes larmes séchaient.
Ma mère était très absente à cause de son travail. On ne la voyait presque jamais. Elle commençait très tôt le matin et finissait très tard. Un jour, mon père la chargea d’un voyage d’affaire à l’étranger. Je fus séparée d’elle pendant six mois ; C’est peut-être à cet instant que je compris que ma peluche avait une fonction symbolique. J’étais triste d’être séparée de ma mère. Heureusement, il y avait mon ours qui avait la même odeur que maman. Les années ont passé. Ma famille pensait qu’en prenant de l’âge, je me lasserais de ma peluche et qu’elle rejoindrait les autres jouets au grenier. Mais ce ne fut pas le cas.

Dans quelques mois, j’entrerai au lycée avec des ambitions, des projets de réussite mais je suis incapable de m’endormir sans Bakou. Rien n’a vraiment changé à part notre reflet dans le miroir. Ma peluche ne peut plus me dire qu’elle m’aime mais je compense puisqu’à présent, c’est moi qui le lui dis. Moi aussi, j’ai changé, à vrai dire : je pleure moins souvent…

Maïdy Aubriet

Avant son décès, ma grand-mère m’avait donné sa bague. Elle y tenait énormément, j’étais très touchée qu’elle me la confie à moi et pas à une autre, cela me faisait chaud au cœur. Lorsqu’elle me l’a donné, j’avais six ans. Sa bague était d’abord beaucoup trop grande pour moi mais je la gardais précieusement dans une boîte que je rangeai dans ma table de chevet. Je la regardais tous les soirs sans exception avant mon coucher, en pensant très fort à ma grand-mère. Elle me manque beaucoup. Sa bague me réconforte quand j’ai du chagrin. Encore aujourd’hui, je peux la regarder pendant des heures et des heures.

Il s’agit d’une bague traditionnelle d’apparence, avec une pierre centrale entourée de diamants, sur un jonc de volume moyen. C’est dans les détails qu’on peut apercevoir la modernité de la bague. La pierre de centre est taillée en coussin. Elle a une forme vintage. Le sertissage des diamants donne une pureté géométrique à la tête de la bague. Cette bague se transmet de génération en génération. Mes ancêtres la portaient aussi. Je porte cette bague lors des fêtes de famille, des soirées costumées, des soirées entre amis, bref lors des occasions rares. Je la mets aussi pour passer mes examens. Elle me porte bonheur. Grâce à cet objet, je réussis souvent mes examens ou je passe des soirées extraordinaires et inoubliables en sa compagnie. Je ne me séparerai jamais de cette bague. Elle a pris une place énorme dans ma vie, je ne l’échangerai contre rien au monde. Le seul jour où je m’en séparerai sera le jour de ma mort. Je la confierai à mes petits enfants pour qu’elle se transmette encore plusieurs générations. C’est ma grand-mère qui me l’a demandé, je ne la contredirai pas. Je lui ai promis que je le ferais, donc je le ferai.

Maintenant, je n’ai plus six ans. Je peux porter cette magnifique bague à l’annulaire de ma main gauche. Je ne suis plus obligée de la garder dans une petite boîte et l’observer tous les soirs avant de le coucher. Non, maintenant je peux la regarder à longueur de journée. Elle illumine mes journées. Elle brille au soleil. Elle est tout simplement sublime, elle me va à ravir, c’est une petite merveille. Le jour de mon mariage, je changerai la bague de main, elle sera donc sur l’annulaire de ma main droite et je porterai mon alliance à l’annulaire de ma main gauche, le doigt où je porte la bague de ma grand-mère. Mon alliance ne pourra jamais être aussi magnifique que la bague de ma grand-mère car je n’ai jamais vu une bague aussi sublime que celle-ci, c’est impossible de la détrôner. Je suis sûre que ma grand-mère doit être très fière de moi là-haut, je pense très fort à elle. Tous les soirs, après l’école, je me rends au cimetière, sur sa tombe, et quelques fois, je dépose un bouquet de fleurs. Je regarde sa bague et je pense à elle. Je repense à tous les moments qu’on a passé ensemble. C’était magique, je ferais tout pour la revoir mais ce n’est pas possible, elle me manque énormément.

Cécilia Billault

Je l’ai eu à ma naissance. C’est un ourson beige clair avec un petit sourire, de grands yeux et des oreilles toutes rondes. Il est rempli de billes et quand on le secoue, les billes s’entrechoquent et provoquent un petit bruit. Quand j’ai commencé à parler, je l’ai appelé Nounou ou plutôt, « mon » Nounou ! Quand j’étais petite, je ne le quittais pas. Il était avec moi vingt-quatre heures sur vingt-quatre et sept jours sur sept.
Dans la voiture, je lui mettais sa ceinture. Je l’installais à côté de moi pour regarder la télévision. Je lui donnais à manger, bon, je n’y arrivais pas mais il avait faim, tout de même ! Je l’emmenais avec moi à l’école, au restaurant, dans les magasins et même quand j’allais sur mon petit pot !
Je le promenais en poussette, partout dans la maison. Je jouais avec lui à la dînette. Je lui faisais faire sa sieste : c’était mon bébé !

Il me réconfortait. Quand je le perdais, je pleurais. Il est arrivé un jour où je l’oubliai dans un restaurant. Mes parents ont refait le chemin pour aller le chercher. Heureusement, il était encore là ! À l’école, avec tous les autres enfants, je mettais mon nounours dans la corbeille de la maîtresse. Elle nous les rendait au moment de la sieste. Une fois, elle avait perdu Nounou. Quand elle s’approcha de moi dans le noir – elle se guidait simplement avec le rai de lumière de la porte restée entr’ouverte – je ne vis pas Nounou mais je compris tout de suite que c’était lui qu’elle me rendait.
Avec papa, maman et mon petit frère, nous allions nous promener plusieurs fois par semaine dans la campagne. Je me souviens d’une mare à canards et d’un champ dans lequel étaient enfermés deux chevaux. Je parlais à Nounou des animaux afin qu’il sache ce que c’était. Oui, je sais, ça peut paraître idiot mais pour moi, c’était un être vivant qui comprenait tout. Je le protégeais aussi de mes chats car je craignais qu’ils mangent Nounou.

Chaque année, quand nous partions en vacances, je courais avec Nounou dans les vagues et une fois, je l’ai même fait tomber. Il était tout trempé !
Je le plaçais en haut de mes châteaux de sable mais j’ai arrêté de faire cela le jour où, en me retournant, je ne le vis plus. C’est papa qui le retrouva.
Après notre déménagement, quand j’avais cinq ou six ans, j’avais enfermé Nounou dans un placard et je ne l’ai retrouvé que quelques mois plus tard. Et ce fut la première fois qu’on le lava. Je ne voulais pas mais bon… Tous mes souvenirs sont partis avec son odeur dans la machine à laver. Vilaine machine !
Quand j’étais en CM2, j’ai fait une croisière et bien sûr, Nounou devait m’accompagner ; c’était évident ! Quand on partait en excursion, je mettais Nounou dans le coffre-fort de l’hôtel. J’avais peur qu’on me le vole !
Maintenant, cela fait quinze ans que je dors avec lui chaque nuit. Je ne l’emmène plus comme avant. Il reste dans ma chambre, sauf quand je pars en vacances.
Parfois, je dispute ma chatte Katie parce qu’elle adore prendre des nounours et les transporter dans sa gueule à travers la maison. Je gronde aussi mon frère quand il me le prend pour me faire du chantage. Je n’aime pas cela. Personne ne touche à Nounou !

Cassandra Blouzat

Mon collier de trèfles à quatre feuilles

C’était une journée du mois de mai 2014, peu de temps après mon anniversaire. J’avais invité mon meilleur amie Thomas à passer une après-midi chez moi, pour fêter mes treize ans. J’étais heureuse et attendais ce moment depuis un bon bout de temps. Je me doutais bien qu’on allait s’amuser ! À peine arrivé, Thomas et moi faisions les fous et rions aux éclats. Une promenade, une partie de WII, de jeux de société ou encore un petit tour au cinéma et notre journée fut bien remplie. Vers 16 heures, c’était l’heure du goûter et des cadeaux ! Après avoir dégusté le délicieux gâteau que ma maman avait soigneusement préparé, Thomas me tendit un emballage dans lequel se trouvaient deux cadeaux. Je pris le premier, qui était emballé d’un magnifique papier cadeau multicolore. Quand j’ouvris ce cadeau, je fus extrêmement contente. C’était un DVD de ma série télé préférée. Mais ce n’était pas tout. « Le plus beau pour la fin », me dit-il. Je vis un emballage semblable à une boîte à bijoux. Je fus agréablement surprise quand je découvris ce que contenait ce petit paquet rectangulaire doré. Il enfermait un collier représentant un trèfle à quatre feuilles.
Il était d’un vert magnifique. J’adorais cette couleur. Il brillait. Quelques strass avaient été incrustés sur l’une des feuilles. Je n’avais jamais vu un collier aussi beau. Je le remerciai de tout mon cœur. Je l’essayai de suite. « Qu’est-ce qu’il est beau ! », me disais-je en moi-même. Cette journée avait été tellement bonne que je me la remémore au moment où j’écris. Je repense au petit visage amusant que Thomas avait en me tendant ce magnifique collier et j’en ris.

Le lendemain, j’avais porté ce collier pour aller au collège. J’eus beaucoup de compliments de la part de mes copines. Elles en étaient toutes folles. Elles auraient tellement aimé avoir le même. J’en étais fière. Ce jour-là, j’avais un contrôle en mathématiques. Je tenais fort mon collier dans ma main gauche pendant que ma main droite, elle, était occupée à écrire des équations ou autres formules mathématiques. J’avais eu une très bonne note. Était-ce le pur hasard ou est-ce grâce au collier ? Un autre jour, je devais aller passer une radio de mes genoux. Une douleur atroce me prenait tous les jours. J’avais peur d’avoir quelque chose alors j’avais bien sûr mis mon collier fétiche. Quand le médecin m’annonça les résultats, j’étais libérée, je n’avais rien. C’est à ce moment-là que je commençai à mettre, quand il me fallait de la chance, mon collier porte-bonheur. Quand je ne vais pas bien, je m’allonge dans mon lit, mes écouteurs dans les oreilles, et je tiens fermement dans ma main mon collier. Cela me permet de penser aux bons moments et d’oublier les mauvais. Me portera-t-il chance pour tout ce que je ferai ?
Une chose est sûre, c’est que je continuerai de le porter pour ma plus grande fierté et des années encore !

Paul Delagoutte

Quand je suis né le 26 septembre 2000, mon premier cadeau a été cet ours en peluche bleu clair paré d’un nœud papillon. C’est mon frère aîné qui avait alors quinze ans qui me l’a offert. Ce doudou, quand je suis arrivé au monde, était plus grand que moi. Je mesurais seulement cinquante-cinq centimètres et il devait en faire au moins soixante. Il avait les yeux et le nez noirs. Dès l’instant où je le découvris, nous devînmes inséparables. En grandissant, je restais souvent devant la télévision à regarder mes dessins animés préférés comme Dora, Les Télétubbies ou Bonne nuit les petits avec mon grand frère. Souvent, c’est lui qui me donnait le biberon.
Le soir, quand je m’endormais, l’ourson était là, tout près de moi, blotti dans mes bras pour me protéger des monstres cachés sous le lit. Quand je faisais des cauchemars, ma maman venait me rassurer mais quand elle quittait la chambre, c’est ma peluche qui me permettait de me rendormir.
Je gardais toujours mon ours avec moi, plus particulièrement à l’arrivée du chiot Apollon car il voulait souvent s’en emparer pour jouer. Mais non ! Il n’y est jamais parvenu ! Heureusement, car lorsque mon frère et mon papa sont allés choisir le avant ma naissance, c’était le dernier ; ils ont eu de la chance !

Quand j’allais à la crèche, j’emportais mon doudou et mon goûter dans mon sac à dos. Au début, c’était dur de quitter maman et papa pour y aller mais mon doudou était là pour me remonter le moral. Il me rendait le sourire. Des fois, après la sieste, à mon réveil, je ne trouvais plus mon petit ours et je me mettais à pleurer et à crier. Je devais vite le retrouver. C’était souvent mon grand frère qui me faisait des farces, alors, je lui en voulais mais au bout d’un moment, l’envie d’être avec lui était plus forte et je lui pardonnais parce que c’est mon grand frère et que je l’aime.
Une fois, à Noël, j’eus plein de doudous et de jouets. Je les mis tous sur mon lit, tout près de moi. Ainsi, je me sentais en sécurité, protégé de tout. Pourtant, c’était toujours l’ours bleu que je préférais. J’étais triste quand on devait le laver car nous étions séparés. Je pleurais et pour m’occuper, je regardais mon frère jouer à la console. La Playstation 1, c’était trop bien ! Je me disais que plus tard, je voudrais cela, moi aussi, pour m’occuper. Il me laissait jouer un peu, je m’en souviens, c’était le jeu de la coupe du monde 1998 ! Trop bien !
Quand je n’avais pas le moral, ce doudou était là pour essuyer mes larmes comme le jour où mon grand frère quitta la maison pour s’installer à Paris. Il n’y avait plus personne pour m’embêter, me faire rire, jouer à la console. Alors quand on allait le voir, j’étais trop content. On visitait la capitale : c’était magnifique ! Il a aussi adouci mon chagrin quand j’ai appris que mon grand-père avait la maladie d’Alzheimer. C’est horrible de ne plus reconnaître personne… Il m’a accompagné à l’école et lorsque j’étais puni, je me précipitais dans ma chambre et le serrais dans mes bras. Bref, ce doudou est associé à très bons souvenirs et ce n’est pas fini !

Tom Fery

L’objet dont je vais vous parler est un objet qui m’est très cher. Cet objet, c’est Nounours, la peluche d’enfance que je possède depuis que j’ai quinze jours. Nounours a toujours été avec moi depuis, partageant chaque journée, chaque nuit, chaque rêve.
Mon fidèle ami mesure une vingtaine de centimètres debout mais il ne tient qu’assis, alors je dirais plutôt une quinzaine. Comme un simple petit pantin, il possède deux jambes, deux bras, une tête avec deux oreilles, deux yeux et une bouche souriante. Il est cousu de tissus bleu et jaune. Le bout de ses jambes et ses bras, sa tête et les deux boutons en forme de losange alignés sur l’axe central qui ornent son corps sont jaunes. Le reste est bleu. Les marques du temps sont très visibles sur lui. L’arrière de sa tête est décousu, il manque du tissu dans le bas de son ventre et un trou à sa jambe gauche pourrait faire penser qu’il a été attaqué par un animal.
Lorsque j’étais petit, je ne comprenais pas que pour dormir, il fallait fermer les yeux. À cause de cela, mes nuits furent remplies de cauchemars et à mon réveil, j’étais toujours rassuré par sa présence qui me faisait oublier peu à peu mes mauvais rêves. Même si j’eus de nombreuses peluches, aucune ne parvint à prendre la place de Nounours ou bien son rôle de confident à qui je résumais chaque jour mes craintes, mes amours, mes victoires, mes rencontres, mes amitiés et j’en passe.

C’est aussi lui qui m’aida à retenir mes larmes dans les moments de tristesse. Lors de la séparation de mes parents, je dus bien évidemment faire ma valise chaque semaine pour passer d’une maison à l’autre. Il pouvait m’arriver d’oublier un cahier ou un jouet, mais maintenant, je me rends compte que si cela se produisait, c’est parce que je voulais à tout prix penser à Nounours ; lui, je ne l’ai jamais oublié.
À présent, et ce depuis mes dix ans, je ne dors plus avec lui. Il trône sur mon étagère, tel un père surveillant son nouveau-né. De là-haut, il peut voir tout ce que je fais. Vous pouvez penser que je suis encore un gamin en gardant ma peluche mais à vrai dire, je n’en ai rien à faire car pour moi, Nounours est et sera toujours le symbole de mon enfance. Cet objet n’est pas un objet. C’est une personne qui incarne le grand frère protecteur et attachant que j’ai toujours rêvé d’avoir. C’est Nounours.

Chloé Jacob

Je m’appelle Chloé Jacob, j’ai quatorze ans et je suis Nivernaise. Je vis depuis onze ans à La Charité-sur-Loire. Avant, j’habitais à Geugnon, une ville plus grande, en Saône et Loire. Mon ancienne maison se trouvait au bord d’une nationale assez fréquentée qui passait à peine à cinq mètres du portail. Je me souviendrai toujours de mon étonnement lorsqu’arrivée dans ma nouvelle demeure, je n’entendis plus le vacarme continu que provoquait le passage des multiples voitures et camions. Même le train qui passe à une petite centaine de mètres de la maison ne semble produire qu’un faible murmure, comparé à cela. Murmure qu’avec l’habitude, je n’entends d’ailleurs plus. Les seuls bruits persistants sont les chants des oiseaux. J’ai l’impression de vivre en pleine campagne alors que le centre-ville ne se trouve qu’à cinq minutes de chez moi. Que ce soit de ma terrasse ou des fenêtres exposées au sud-ouest, j’aperçois plus ou moins nettement la Loire au fil des saisons.
En hiver, par exemple, lorsque les feuilles en décomposition sont recouvertes par la neige, au travers des branches nues, la visibilité est parfaite et il est très appréciable d’observer le fleuve tout en buvant un bon chocolat chaud près de la cheminée. Au printemps, j’aime tout autant observer les reflets du soleil sur la Loire à travers les bourgeons naissants. Parfois, mon regard croise un écureuil qui traverse mon jardin – est-ce qu’on peut encore qualifier 1, 4 hectare de terrain de jardin ?

Maintenant que je connais la vie à la campagne, je ne me vois pas vivre en appartement dans une grande ville, sauf si j’y suis contrainte par mes études… Ce n’est que depuis peu que je me rends compte de la beauté d’une cité telle que La Charité ; c’est une ville à l’architecture historique. Avant, j’aimais beaucoup monter passer du temps dans la plus haute tour des remparts. On n’a plus le droit maintenant. Elle offre une vue imprenable sur toute la ville ainsi que sur le pont de pierres menant au faubourg. De là, on aperçoit aussi le Prieuré et les deux églises. Il y a très peu de chance pour que je reste toujours ici mais je sais que quoi qu’il arrive, je finirai par y revenir.

Christopher Jallot

J’ai quatorze ans, je suis Nivernais et je vis à La Charité-sur-Loire avec ma mère. Même si c’est une ville historique, je ne m’y plais pas trop… Heureusement, j’ai toujours mes potes pas très loin et mon vélo ! En général, quand je fais du vélo, je ne reste pas dans le coin. J’explore et je m’aventure. Juste en face de chez moi se trouve un petit couple de vieux plutôt curieux qui observe souvent nos allées et venues.
Très souvent, les week-ends, avec mon frère, on part faire un basket au mini-stadium, près du gymnase, pour sortir un peu. Je suis collégien, alors, je n’ai pas trop de temps, le soir, pour sortir.

Un week-end sur deux, je vais chez mon père, à Villatte, à cinq minutes de la Charité. Le village se situe dans la campagne, ce que je préfère largement à la ville. Là, je ne m’ennuie pas. J’adore la maison parce que c’est le lieu où j’ai toujours vécu. Il n’y a pas grand-chose à voir, même rien, mais le village est calme et paisible. Il y a un terrain de foot et un terrain de tennis mais je n’y vais jamais. Je préfère me balader dans le village à vélo. Rien ne m’empêche de flâner. Je suis sportif, alors rien de telle que la campagne pour me divertir, courir…
À la Charité, je n’aime pas trop me balader. La ville ne m’inspire pas sauf si je suis avec quelques amis. Mais, de toute façon, pour aller au collège, je dois bien y passer… Les week-ends, quand je suis chez ma mère, je reste enfermé sauf les jours de championnats de basket, en général les samedis.

J’adore mon grand frère. Je le vois rarement car il vit à Montluçon et il n’y a que quelques mois qu’il est rentré d’une longue année en Australie. Et déjà, il rêve d’y retourner. Alors, je profite le plus possible de lui !

*

Tout a commencé en 2005, quand mon frère m’offrit une mini balle de basket pour mes trois ans. Même si elle était petite, j’avais du mal à la tenir dans mes mains. Sur cette balle était inscrit « NBA all start game » mais à trois ans, je ne comprenais pas le sens du slogan. Elle était orange avec des bandes noires comme une balle de basket classique.
Je jouais tout le temps avec. Je la lançais partout. Pour mes quatre ans, ma mère m’inscrivit dans un club à La Charité-sur-Loire. Je faisais toujours mes entraînements avec cette balle. C’est grâce à elle que je sais jouer et que ma passion est née. Mon frère avait vraiment su me faire plaisir. Quand je n’allais pas à l’école, je courais dans toute la maison avec ma balle, ce qui énervait souvent mes parents…

À partir de mes six ans, je commençai à participer aux matchs. La balle était de plus en plus petite à mes yeux mais de plus en plus grande dans mon cœur, alors je la gardais toujours avec moi : c’était mon porte-bonheur.
Pour mes quatorze ans, mon frère est revenu d’Australie et a passé deux mois avec nous. Il m’avait apporté un cadeau pour mon anniversaire. Il savait à quel point j’aimais ma petite balle et le basket. Quand j’ouvris le paquet qu’il me tendait, j’aperçus exactement la même balle mais plus grosse. Elle avait appartenu à mon grand frère.
Pour les matchs et les entraînements, je venais à présent avec mes deux balles. À mes yeux, ce sont certainement les cadeaux les plus importants de ma vie.
Je n’arrêterai jamais de faire du basket : c’est mon avenir et ma passion. La balle la plus petite et la plus ancienne est associée aux souvenirs avec mon frère âgé de vingt-cinq ans qui vit en Australie. Pour moi, cet objet a une vraie valeur.

Maëva Lamoureux

J’ai treize ans, je suis Nivernaise. Je vis à Garchy, un petit village où tous les habitants se connaissent. Il se situe à une dizaine de kilomètres de La Charité-sur-Loire. La Nièvre est un département que j’apprécie car il se développe de plus en plus, c’est-à-dire qu’il y a, par exemple, de plus en plus de magasins. Dans la Nièvre, il y a beaucoup de jolis paysages et la Loire.

Avant, j’habitais à Argenvières, dans le Cher. Je n’aimais, c’était les bouchons au niveau du pont, quand ma mère nous amenait à l’école. Je préfère habiter là où je loge actuellement.
La Charité est une ville que ma mère connaît depuis son plus jeune âge. Ce qui est drôle, c’est que lorsque ma mère était jeune, elle a étudié au collège Aumeunier-Michot. Elle raconte souvent qu’il n’a pas changé depuis son époque !
Pour moi, La Charité, c’est la ville où j’ai grandi. Je trouve cela génial d’avoir des monuments historiques à côté de chez soi ! Les remparts, par exemple.
Pour moi, La Charité en général est historique. Ce que j’aimerais rajouter à la Charité, ce serait plus de magasins et un parc d’attractions mais faut pas trop rêver !
Je ne suis pas mécontente d’habiter dans la Nièvre car ma famille « proche » ( maman, grands-parents, tonton…) habitent à dix, vingt minutes de chez moi. Le seul bémol, c’est que mes parents sont séparés. Mon père vit en Haute-Savoie et une de mes grands-mères habite à Paris.
Le petit village où je vis actuellement est calme . Je le trouve très joli et chaleureux. En plus, il ne se trouve qu’à dix minutes du collège. Du coup, je peux aller rapidement rejoindre mes amis. On va au mini-stadium pour y jouer au foot et au basket. Heureusement que ce mini-stadium a été créé !
Je préfère habiter dans une petite ville plutôt qu’à Paris avec ses nuages de pollution, ses poubelles renversées dans les rues, ses murs tagués ; Cela fait maintenant neuf ans que je vis dans la Nièvre et cela me plaît…

Shéryline Sanchès

C’était le lundi 8 janvier 2001. Il était 16 heures. Je venais tout juste d’arriver au monde. Même si je ne comprenais pas vraiment ce qui se passait, j’avais pu percevoir que la femme qui me tenait dans ses bras, les yeux plein de larmes, était ma maman. Elle répétait doucement le même mot : « Shéryline ». À peine avais-je eu le temps de la regarder que je me retrouvais dans une salle pleine d’enfants qui pleuraient.
On m’avait tordu dans tous les sens pour voir si je n’avais pas de problème avant de me déposer dans les bras d’un monsieur. Il sembla très ému en me voyant. Je compris bientôt que cet homme était mon papa. Je connaissais maintenant ma famille au grand complet.

Quelques mois plus tard, on me surnommait « le bébé du XXIe siècle » car j’étais la première Charitoise née avec le siècle. Mon nom avait été cité dans L’Écho Charitois, le journal local. J’étais très connue ! À chaque fois que ma mère m’emmenait en promenade, les gens demandaient si j’étais bien le bébé en photo dans le journal. Ma mère acquiesçait et tous la félicitaient.
La première fois que maman me montra le journal, j’étais ravie. À cette époque, j’étais encore une petite fille. J’avais quelque chose que personne d’autre ne possédait et j’en étais fière. J’avais hâte de montrer l’article à mes amies. Elles seraient surprises en voyant ma photo publiée.
Mais maintenant, quand je revois ce journal, je suis toujours heureuse même si j’ai un peu honte. J’aurais préféré voir quelqu’un d’autre à ma place mais on ne pouvait pas le décider ; c’était comme ça. De toute façon, aujourd’hui, personne ne se souvient de moi ni ne me reconnaît. L’article de journal est comme un secret même si quelques personnes sont au courant.

Le journaliste nous avait pris en photo. Ensuite, il avait posé des questions à mes parents. Il voulait en savoir plus sur ma famille, sur le nombre de petits-enfants de mes grands-parents. Ma mère m’a raconté qu’il avait proposé de revenir faire une interview le jour de mes dix ans afin de savoir ce que j’étais devenue mais j’ai refusé : je suis bien trop timide. Quand je parcours ce journal et que je relis l’article, cela éveille des souvenirs. Je comprends alors que je suis unique. Je serai fière, un jour, de le montrer à mes propres enfants.

Antoine Sanchez

6 heures : Je me lève, jeudi matin, un peu fatigué. Je vais me laver. Ensuite, je prends mon petit-déjeuner. Ma mère arrive et me dit : « Dépêche-toi, tu vas être en retard, tu vas louper ton bus ! » Je regarde l’heure.

7 heures : Mince ! Le bus arrive. Je cours et monte dedans. On arrive devant le collège. Je dis bonjour aux copains. D. arrive et nous dit : « Tous ceux qui prennent à 8 heures rentrent, c’est l’heure. » On rentre. Ça sonne. Je vais me ranger dans le couloir de techno. Deux heures de cours. On commence à corriger les exercices faits à la maison. Ensuite, on remplit une fiche avec le professeur puis ça sonne. Donc, on prend une pause. On parle du cours d’histoire, des travaux que l’on a à rendre. Ça sonne. Le professeur nous demande de rentrer. On finit la fiche. Ça sonne. La récré… Je vais voir les copains. On parle. La sonnerie retentit. Je vais me ranger dans le couloir d’histoire. Avec Tr. Et T., on parle en attendant Madame M. Elle nous dit de rentrer en classe. Elle vérifie qui a fait le travail. Tout le monde lui rend l’exercice et elle nous félicite. Elle nous apprend à traiter un sujet d’histoire des arts. Ensuite, on a une petite pause car on a deux heures de cours ensemble. On finit le travail entamé. Ça sonne.

12 h 10 : Je vais regarder le menu avec A., T. et Tr. On ne mange qu’à 12 h 40. On va donc s’asseoir sur un banc pour parler de jeux vidéo. Ensuite, on regarde l’heure. Il faut qu’on y aille. On descend manger puis on remonte dans la cour. On retourne s’asseoir et on reprend notre conversation sur les jeux. À la fin de la pause, on va chercher nos sacs et on va se ranger car ça sonne. On a anglais et un oral à passer. Je suis interrogé. Le prof nous distribue une feuille avec un arbre généalogique à compléter et ça sonne. Là, on va en mathématiques avec Madame MA. On fait des révisions sur les théorèmes de Pythagore et de Thalès. Personnellement, ça me saoule un peu. On l’a déjà fait l’année dernière. Ça sonne et c’est la récré. Je rejoins Tr. et T. On parle et ça sonne. Je vais donc me ranger dans le couloir d’arts plastiques. Le professeur vient nous chercher et nous demande de nous installer. Elle nous distribue des travaux à terminer. Ensuite, ça sonne. Je prends le bus. Je rentre chez moi. Je fais mes devoirs. J’aide mon père à réparer son 4x4. Ensuite, on dîne et je vais me coucher.

Camille Walk

À ma naissance, mon doudou, M. Toudoux, est entré dans ma vie. Dès que je l’ai vu, j’ai su que nous passerions de bons moments ensemble, qu’il me réconforterait la nuit et qu’on ne se quitterait jamais. D’ailleurs, pour le moment, c’est toujours le cas. Il est là, près de moi et le restera. M. Toudoux est blanc et beige, a de toutes petites oreilles et de petits yeux jaunes. Il a aussi un petit nœud bleu autour du cou. Je ne le lave jamais car je trouve qu’il a une odeur réconfortante et si je le lavais, j’aurais l’impression que tous les souvenirs partagés avec lui disparaîtraient. Il m’a toujours accompagné partout, à l’école, à table. Enfin, il n’était jamais très loin, même dans les magasins. Je jouais à la dînette avec lui. C’était mon meilleur ami et c’est toujours le cas. Je lui raconte tous mes secrets et je sais qu’il ne les répètera à personne ; Bon, c’est vrai que techniquement, il ne peut pas mais au fond de moi, je suis certaine qu’il parle et qu’il est peut-être vivant.

Je me souviens que quand j’avais trois ans, j’avais été malade et M. Toudoux était à côté de moi. Je lui avais vomi et ce fut la première fois que ma mère le lava. J’avais pleuré parce qu’après le lavage, je trouvais qu’il ne sentait pas bon. Une fois, il était tombé dans l’aquarium. Une autre fois, j’avais joué avec lui dehors et je lui avais mis de la terre sur la terre.
Quand j’avais cinq ou six ans, j’ai pris M. Toudoux et je l’ai amené avec moi dans la piscine ; ce fut la dernière fois que ma mère lui fit « prendre une douche ».
À ma rentrée en CE1, j’avais tellement peur d’aller dans la cour des grands que je l’avais emmené avec moi, dans mon cartable et cela m’a rassuré. Ma journée s’est mieux passée.
Il n’y a pas très longtemps, mon frère a failli lui arracher la tête car il était énervé parce que je l’avais embêté. Il s’en est donc pris à M. Toudoux mais il n’a pas réussi.
J’ai quatorze ans mais je continue à dormir avec lui. Je me blottis contre lui et c’est comme s’il me protégeait car quand j’étais petite, j’avais peur du noir et avec lui, ma peur s’en allait. Quand j’allais dormir chez des amies, je l’emportais tout le temps dans mon sac car je ne pouvais m’endormir sans lui mais à présent, je ne le fais plus. Mes parents me disent parfois que je suis trop grande pour garder M. Toudoux mais ce n’est pas grave ! Il restera toujours avec moi. C’est mon confident et je ne suis pas prête de renoncer à lui.