JOURNAL D’UN SCHIZOPHRÈN (...)

Préambule
Le 21 Juillet 2016
Avant de commencer je tiens tout particulièrement à remercier toutes les personnes qui m’ont soignée et accompagnée de mes phases de délire jusqu’à ma stabilisation.
Au fil de mes écrits je m’aperçois que c’est la première fois que j’arrive à faire un récit « cohérent » de ma vie. En 1994 j’avais, en même temps que ma psychanalyse, tenus un cahier au fil des jours et des séances, hélas pas grand-chose n’y est exploitable.
Assis devant mon ordinateur avec un bol de café qui ne se vide jamais et une cigarette qui attend la suivante avec impatience, je me lance dans le récit de ma vie. Suite d’événement tel un journal années par années. Le fichier texte que j’écris se trouve sur une partition cryptée de mon disque dur et je coupe ma connexion internet lorsque je l’ouvre signe de ma grande paranoïa.
Lorsque je me sens mal, j’écris, le plus souvent eu petit matin. Je constate au fil de mes entrevues avec la psychologue que mon esprit Darwiniste ne laisse pas assez de place dans mon esprit pour la spiritualité, j’entends par là tenir compte des textes et préceptes de la religion qui je le constate maintenant sont en partie le fondement de notre société. Bien loin d’être pratiquant, mon éducation inclus ces préceptes et je me dois d’en tenir compte.
Je considère ces textes comme des interprétations des lois saintes dictées par Dieux, si Dieux il y a, car ils ont été écrits des millénaires après les faits par des moines érudits donc coupables de manipulation des masses afin que cette nuée d’hommes se dirigent dans leur sens. Je suis bien loin de maîtriser ce sujet car je ne m’y suis jamais intéressé. Mais je n’oublie pas que ces moines écrivaient sous la dictée de supérieurs inféodant déjà les masses. Seulement voilà, ils (les écrits et les idéologies) gouvernent une grande partie du monde dans son fonctionnement.

Solitude

Elle m’étouffe
me rend fou
m’éloigne
me renferme
Et me pèse
Le fardeau du passé,
Les actes manqués,
Les idéaux normalisés
auxquelles je ne veux me soumettre
y résonnent sans cesse dans le noir de ma tête.
Elles sont toutes partis vers d’autres horizons,
Les femmes et leur tendresse qui me donnent des frissons,
Qui m’apportent quiétude dans un bain d’illusion,
Je ne demande qu’une chose, retrouver cette fusion.
Une source à laquelle boire
pour retrouver l’espoir
sortir du désespoir
ne plus vouloir savoir
savoir qui je suis ; et devenir Elle.

1- Ma famille

Cet hiver-là, mon père anxieux et ma mère tenant son ventre partirent par une nuit gelée vers l’hôpital le plus proche. Ma mère allait me mettre au monde. Tout au long de la route des voitures avaient quitté la route à cause du verglas, elles gisaient plantés dans la neige. A 9h30 je passais la tête dehors cet hiver de 1963.
Né d’une mère (née en 1940) d’origine Lorraine et d’un père (né en 1935) Alsacien tous deux de confession Juive. Premier enfant de ce couple, ma mère n’avait aucune idée de la façon d’élever un enfant comme beaucoup de femmes de son époque et d’après ses dires, elle ne devait pas compter sur sa mère pour apprendre car elle avait assuré la garde de son frère durant son enfance. L’image qu’elle me renvoie maintenant de sa mère est très négative.
J’ai un frère âgé de 18 mois de moins que moi. Mon frère et moi avons passés notre enfance à nous taper dessus, je lui ai ouvert le crane 3 fois. Je voulais visiblement le casser, qu’il ne soit plus un rival vis à vis de mon amour pour ma mère, signe de mon complexe d’œdipe.
Il est également instable sans avoir développé de problèmes psychiques à soigner. Le connaissant peu, je déduis son instabilité du fait de ses nombreux déménagements et changement de région et d’entreprises au nombre de 25 depuis son entrée dans la vie active. Il est marié avec un enfant conçu avec sa femme (ma nièce), qu’il a eu beaucoup de mal à élever car ses ordres étaient contradictoires de ceux de sa femme, et a reconnu l’enfant (mon neveu) que celle-ci avais déjà. Il a une bonne situation (Responsable de production). Adolescents nous n’avions pas les mêmes amis, il était sportif, moi non. Les seuls liens qui nous unissent maintenant sont une poignée de main lors de nos rares rencontres chez mes parents.
Mes grands-parents aussi bien maternels que paternels étaient issus de familles nombreuse mais éloignée par les distances. [Trois de mes ancêtres proches ont développés des désordres psychologiques graves.]
Ma mère a un frère (ingénieur agronome) et mon père 2 sœurs ; l’une travaillant au FMI à Washington, l’autre mariée à un riche libanais a vécue en Guadeloupe avant de s’installer à Miami.
Mes parents se sont rencontrés à Paris au cours d’un « rendez-vous arrangé » par les familles. Ma mère est bavarde et rieuse mon père le contraire (je consacre plus loin un chapitre entier à mon père).
Vendeurs dans le magasin de prêt-à-porter de mon grand-père maternel (magasin dont il avait fait l’acquisition après la guerre).
A la mort de mon grand-père maternel mes parents reprennent le magasin. Ils habitaient au premier étage du magasin dans une petite 2 pièce de la rue principale du centre-ville (petite ville de 6000 habitants environ à l’époque). J’y reste jusqu’à l’âge de 5 ans, mes parents déménagent alors en HLM. A mes 10 ans ils achètent la maison dans laquelle ils résident encore. J’y vie jusqu’à mon départ pour l’armée avec un passage à l’internat du lycée.
Mon père et ma mère se sont mariés environ 1 an avant ma naissance, cela me laissent à penser que j’ai été conçu rapidement et/ou me questionne sur la légitimité de la paternité et/ou enfant non désiré, bref une grande confusion dans mon esprit. Ma mère à beau me dire qu’elle peut me certifier qu’il s’agit bien de mon père, j’ai eu longtemps des doutes à ce sujet.
Force m’est de constater que ce questionnement n’est pas le seul fait d’une corrélation de dates, mais également du comportement de mes parents dans leur démonstration de leur amour réciproque et de mon père en particulier (que je développe plus bas) qui a développé chez moi un complexe d’œdipe
— Tout geste de tendresse m’était caché. J’ai aperçu 1 fois et UNE SEULE (j’étais pré-ado) mes parents s’embrasser sur la bouche dans la cuisine, leur réaction fut vive et immédiate, ils se sont séparés, l’air surpris avec une façon de dire « c’est rien tout va bien, ne t’en fait pas » non énoncé et j’imagine avec un sourire emprunté
— Vous pouvez donc imaginer ma stupeur lorsque la porte mal fermée de la chambre de mes parents m’a laissé entrevoir le sexe de mon père alors qu’il s’habillait. Constat il est beaucoup plus gros que le mien, ce ne peut donc être mon père
— Je suis châtain clair aux yeux bleus, alors que mes parents mon frère mes grands-parents ont les cheveux noirs et les yeux marrons.
J’ai été élevé dans un contexte dont j’ai peux de souvenirs concernant la tendresse (démonstrative envers moi) de ma mère. Elle a je pense été une mère juive protectrice (j’étais toujours dans ses jupes à dire — « je sais pas quoi faire ») mais peut être aussi avec un comportement par ses paroles (ou qui ont renforcés mon complexe d’œdipe) avec des phrases comme
— « si tu continu comme ça tu ne trouveras jamais de femme » — « je plains ta future femme comment fera t’elle pour te supporter » — en réponse à mon comportement excentrique et fainéant, répétées durant mon adolescence, puis plus tard
— « elle n’ait pas faite pour toi » — lorsque j’étais avec une femme. Peut-être que dans ce cas précis je donnais le bâton pour me faire battre car je ne lui parlais que de ce qui n’allait pas entre mes amies et moi.
— « on ne sera pas toujours derrière toi pour t’aider » — face à mes résultats scolaires.
Que rétorquer envers ces phrases prédictives répétées à longueur de temps.
[Dans mon enfance vers 2/3 ans je ne sais pas je répétais sans cesse — « j’me sens pas bien, j’me sens pas bien ... » — les médecins généralistes ne trouvais aucun problème. Source : La retoucheuse du magasin qui disait constamment — « cet enfant doit avoir un problème ». Ma mère ne se souvient de rien]
J’ai certainement ressenti des non dis, des secrets très tôt au sein de la famille mais la révélation du malaise qui planait m’a je le suppose été donnée trop tard.
L’attention qui m’a été apporté sur le plan des maladies psychosomatiques (je veux dire des maladies et problèmes physiques) ne fait aucuns doutes. Par contre sur le plan psychologique, rien, nada. Ce n’est qu’en 1974, j’avais donc 11 ans, que ma mère formule sa première question sur ma personnalité auprès d’un professeur en endocrinologie (dont j’ai la trace écrite ; voir plus loin dans le texte)
Concernant le mode de vie de mes parents, leur insertion dans la société, je ne leur ai jamais connu d’amis proches, je veux dire des potes (à l’exception d’un ami d’enfance de mon père qui vie en Israël). Aucune sorties (hors mis culturelles pour nous, moi et mon frère), aucune personnes invitées à la maison hors mis la famille à laquelle nous rendions visite en réponse, ce qui était peu fréquent à cause des distances qui nous séparaient. Ils menaient une vie simple et calme avec certainement une influence due à leur enfance qui s’est déroulée durant la guerre. Cette influence est certaine concernant mon père, pour ce qui est de ma mère elle ne parle jamais de cette période en ce qui la concerne (elle est de 1940 donc plus jeune que mon père).
Il faut dire qu’en 1982 des attentats ont été perpétués contre les juifs à paris, rue des Rosiers, et nous avons reçu des appels téléphoniques de menaces des terroristes à la maison nous fessant croire qu’une bombe allait y exploser afin d’installer un climat de peur (je suppose appel des noms à consonance juive pris dans l’annuaire).
Enfant, ma curiosité me fessait poser beaucoup de questions et braver l’ordre d’extinction des feux et d’aller au lit pour savoir ce qu’il se passait APRÈS. Je me suis rendu compte alors que une fois couchés mes parents parlais de nous dans le secret de leur chambre.
L’ambiance qui régnait au sein du foyer familial « par la froideur ? » et l’étrangeté que j’y ressentais m’a fait penser (dès l’âge de raison ?) d’aller voir ailleurs, dans l’intimité des autres foyers, comment cela se passait. J’en suis devenu voyeur dans mon intimité et simple observateur des autres dans ma vie en société.
J’ai également profité de tous les instants où je me trouvais seul dans la maison pour explorer la chambre de mes parents. Au début pour voir le couteau à crans d’arrêt au manche d’ivoire qui appartenait à mon père et se trouvait dans le tiroir de sa table de nuit.
Il était l’objet de fantasmes tels que l’utilisation que mon père avait pût en faire. Puis un jour j’y ai trouvé un magasine érotique « LUI » qui a fait ma joie ainsi qu’un rapport (étude américaine sur la pratique de la masturbation chez la femme ; d’après mes souvenirs) un gros livre (sans images celui-ci) que je dévorais à chaque occasion.
La seule éducation sexuelle qui m’a été apportée est un livre d’éducation sexuelle illustré et adapté à mon âge (peut-être 12 ans) offert non pas par mes parents mais par un grand oncle (fils d’un frère de mon grand-père maternel).

2 – Mon père

Mon père est né en Alsace en 1935, il a vu sous ses yeux ses parents se faire enlever par les allemands en 1940 direction les camps de concentrations. Cette révélation m’a comme je l’ai déjà dit annoncée trop tard et fut brutale.
Les photos de familles c’est bien, cela permet de replonger dans ses souvenirs, seulement celle qui m’a été montrée au moment de la révélation représentait le portrait d’une belle jeune femme. Cette belle jeune femme que je ne connaîtrais jamais avait donc subie des actes de barbarie que mon jeune cerveau ne pouvait assimiler sans distorsion. Alors que dire de l’effet sur mon père qui a vécu cette disparition et les quelques années de guerre qu’il restait.
Il a été élevé par un frère et une sœur de sa mère. Frère et sœur qui ont vécus ensembles toute leur longue vie (elle est décédée à l’âge de 100 ans). Il a deux sœurs dont une est maintenant décédée d’un cancer. Je ne connais pas la date à laquelle il a été séparée de ses sœurs ni même si il a été élevé en même temps quelle dans leurs enfance d’ailleurs.
Il a exercé un apprentissage de boucher charcutier en Alsace puis à pratiqué à Paris (ou il a connu ma mère) avant de prendre la mer en tant que cuisinier sur un paquebot de transport de bananes. Il a ainsi pu voir ses sœurs qui étaient en Amérique et en Guadeloupe et par la même occasion a vu du pays. Puis comme je l’ai dit au début s’est installé dans le Berry avec ma mère.
Traumatisé à vie par cet événement (la déportation de ses parents), il parle peu, s’isole et fait encore à ce jour des cauchemars. Ma mère m’a même dis un jour, lors de mes questionnement « et encore tu ne sais pas tout », parlait-elle du passé de mon père ou de leur vie de couple ? Je ne sais pas.
Pour ce qui qui est de notre relation (communication) pendant mon enfance, je ne me souviens pas vraiment, je me souviens seulement de parties de pêche que je n’appréciais gère et de son tube Citroën dans lequel je montais toujours avec joie.
Du fait de son mutisme j’en sais un minimum sur lui mis à part ce que j’ai demandé à ma mère ainsi que quelques anecdotes de sa vie toutes aussi peu glorieuse les unes que les autres.
Pour ce qui est de l’autorité il était le donneur de coups de martinets, puis lorsque moi et mon frère avions arrachés toutes les lanières, il utilisa une cravache pour les chevaux.
Seulement voilà, cette cravache était à destination d’animaux est non pas d’enfants dans mon esprit. C’est ainsi que j’ai imaginé qu’il utilisait un nerf de bœufs, je suis certain d’en avoir vu un dans mon enfance mais mon frère affirme qu’il n’a jamais été utilisé sur nous pour nous frapper.
Peut-être l’ai-je vu en Alsace chez mon grand oncle, il était marchand de chevaux et possédais une petit écurie attenante à sa maison avec quatre à cinq boxes.
3 – La religion
Mes parents ne pratiquaient les rituels religieux que lors des événements tels que le nouvel an en septembre, pâque … avec un respect des contraintes strictes définies par la religion jamais observées et qui s’est amenuisée au fil du temps. Pour exemple à pâque, il ne doit pas rester une miette de pain ni de farine de blé dans la maison, ces derniers étant remplacés par du matz et de la farine de matz. Aujourd’hui ma mère mange son pain et mon père son matz. Pain et matz rangés dans le même tiroir ce qui est une hérésie.
En famille qui elle pratiquait, j’ai assisté régulièrement à des rituels lors de repas, dans les synagogues et lors de barmitzvah d’autres enfants.
A l’âge de 13 ans s’est posée pour moi la question de passer ma barmitzvah. Il existait encore à l’époque une communauté juive à Bourges où j’ai commencé à apprendre l’hébreu pendant 1 an. Puis à ma grande surprise mes parents m’annonces qu’ils me laissent le choix de la religion que je veux pratiquer !!
[Je discute avec ma mère, mon père est assis à côté. Il ne prononce pas un mot comme d’habitude. Ma mère me demande donc si je me souviens de l’année passée à Bourges pour apprendre l’hébreu.
J’en discute avec elle un moment et finis par dire — « non et en plus vous nous avez laissé le choix de la religion suite à ça. ».
La mon père sort alors brutalement de son silence pour dire — « c’est faux, nous vous avons laissé le choix de pratiquer la religion ou non, vous êtes de parents juifs vous n’avez pas le choix » — je réponds surpris que je n’avais pas compris cela à l’époque. Il retombe alors dans son silence.
Je n’aime pas parler pour ne rien dire mais apparemment lui aussi. Donc une fausse interprétation de ma part depuis tout ce temps.]
Je me rend compte que je prends conscience maintenant de la signification de ce cérémonial, le passage du monde de l’enfance à celui de l’homme — « tu seras un homme mon fils » — et l’appartenance à une communauté ; seulement être un homme ne collais pas avec mon psychisme et appartenir à une communauté qui m’était étrangère par bien des aspects, mes parents ne pratiquant pas vis à vis du reste de la famille, ne me convenais gère d’autant que la filiation de la religion viens de la mère chez les juifs et elle pratiquais encore moins que mon père. Je ne convenais pas aux attentes de mes parents, surtout celles de mon père, concernant cet aspect d’appartenance spirituel. J’ai occulté cette partie spirituelle en me bornant aux concepts darwiniste et scientifique de la vie ce qui n’explique en aucun cas les choses vertueuses de la vie.
J’ai moi-même essayé de me rapprocher de la communauté juive de Sedan dans les Ardennes lorsque j’en ai eu l’occasion vers mes 40 ans.
J’ai pu me rendre compte par moi-même d’une chose que j’avais déjà constaté dans ma famille, le fait que nous fessons parti de la branche pauvre de la famille, ce que ma mère nous a répété nombre de fois lors de notre enfance. Cette période a également conforté l’idée que je me fessais de la différence entre les Ashkénazes (dont je suis) et les Séfarades dont les rituels lors de cérémonies diffèrent.

4 – Ma vie

Nourrisson je suis tombé directement sur la tête sur le trottoir depuis la poussette qui début 1960 se trouvait à une hauteur non négligeable. Cela a du se terminer chez médecin le généraliste. Je me dois d’arriver à cette seule conclusion, — de toute façon une tête de bébé est malléable.
Psychiquement et physiquement, je ne vais pas me prendre la tête avec ça. Et puis pourquoi je pense encore à ça ? Pour le placer dans une discutions entre deux bières ou deux coupes de champagne. Absurde.
J’ai connu l’hôpital dès ma prime enfance (2 ans environ) dans un service des enfants malades à Paris pour cause de taux d’albumine trop élevé, si je ne me trompe pas (sur la cause), j’y suis resté plusieurs mois mais n’ai pas de souvenir des conditions de cette hospitalisation. Je sais seulement que ma mère était partiellement présente.
J’ai évité de justesse à la noyade (environ à l’âge de 3 ans) poussé dans la piscine par l’enfant de la nounou (devenu directeur d’entreprise) du même âge que moi. Je me souviens parfaitement de cette sensation de fin de vie engoncé dans un lourd ciré jaune, mais ne sais pas si c’est ma mère qui m’a secourue ou la nounou.
Le fait qu’il se soit fait une situation ne doit pas être étranger à mon attitude future vis à vis de mes responsables hiérarchiques. En effet, ma mère ne manquait pas une occasion pour dire — « tu te souviens de Michel ? Il a monté son entreprise maintenant » — fait que je pouvais effectivement constater tous les jours lorsque je passais devant cette entreprise et cela me rendais jaloux ou furieux, je ne sais pas.
Enfant curieux et naïf, je posais des questions à mon père sur les lois de la nature et autres questions des enfants de cet âge.
[Dimanche, je pose la question à mon père « je te posais quoi comme questions à l’âge où les enfants poses des questions » n’étant pas sur de la phrase citée ci-dessus. Il répond — « je ne sais pas » suivi d’un silence infini comme à son habitude.]
Je n’ai pas été propre (pipi au lit) avant l’âge de 8 ans. Une couche culotte électrifié reliée à une batterie m’infligeais des décharges à la détection de l’urine pour me réveiller. Les pipis au lit se sont espacés pour s’arrêter à l’âge de 10 ans après le déménagement dans la maison selon les dires de ma mère. Les monstres qui se trouvaient sous mon lit étaient-ils trop présents ou s’agissait-il de l’emplacement des toilettes dans l’appartement du HLM, avais-je peur du noir, car dans la maison je suis juste à côté des toilettes. Il est à noter que depuis ma décompensation en 2000, je refais occasionnellement pipi au lit suite à des changements de lieux accompagné de contrariété, cela se passe toujours de la même façon, je rêve que j’urine et c’est l’humidité qui me réveille à un stade plus ou moins avancé de la miction.
Je me souviens d’un cauchemar récurant à cette époque. Il ne se situe pas dans un lieu et personne n’y apparaît. C’est comme une sensation désagréable de malaise/mal-être. Je dirais qu’elle se présentait sous une forme patatoïde et mouvante. A cette époque également je me souviens que chaque soirs je me mettais la tête sous l’oreiller pour ne plus entendre les bruits. Quels bruits ? Je ne sais pas.
J’ai utilisé la violence physique 2 fois dans ma vie, j’y préfère la violence verbale qui fait selon moi autant de dégâts. La première fois à l’école primaire. Un garçon avait traité ma mère de pute ou salope enfin un truc comme ça. Je l’ai plaqué au sol et le tapais sans pouvoir m’arrêter.
La deuxième fois beaucoup plus tard en classe de seconde. Dans la période ou un groupe de 3 élèves de ma classe s’en prenais à moi physiquement, un 4ème plus lâche profitait de ma lâcheté pour « me faire des misères » celle qui a fait déborder le vase (une grosse éponge remplie d’eau placée dans mon cartable) je pense dans un contexte particulier m’a fait l’attraper par le col, le soulever du sol en lui plaquant le dos au mur et lui dire de ne pas recommencer. Il a pris peur et à arrêter de m’ennuyer. Le reste du temps j’encaisse sans rien dire à personne.
A l’occasion d’une opération chirurgicale que je devais subir, ma mère a posé une question sur mon équilibre psychique jamais verbalisé à mon encontre :
J’ai retrouvé cette lettre dans mon dossier médical un peu avant ma psychanalyse. En tout cas même si j’en avais la connaissance avant ce qui doit être le cas, je l’ai occulté de longues années.
1974, lettre au professeur H. Bricaire (endocrinologie et métabolisme) de l’hôpital Cochin, Paris au sujet de mon ectopie testiculaire bilatérale :
……. cet état est d’ailleurs totalement distinct des troubles caractériels que vous avez bien voulus me signaler, qui sont constitutionnels, et qui s’arrangeront, je pense, avec la maturation.
A la vue de cette réponse du professeur que je qualifie de plus que laconique, si j’avais été à la place de ma mère j’aurais cherché à approfondir le sujet auprès d’un spécialiste plus concerné par les problèmes psychologiques.
J’en veux énormément à mes parents (je pense plus à ma mère en écrivant ceci !) de ne pas s’être occupé de moi du point de vue psychique. A y réfléchir maintenant, je dirais que je n’aurais pas voulu connaître le milieu psychiatrique au début des années 70 qui je le suppose étais bien différents des années 2000 date de ma décompensation.
Ma mère découvre donc que je n’ai pas de problèmes d’ordre psychiques pendant que l’on m’annonce que je n’ai pas de testicules « je suis un garçon et j’ai pas de C….illes ».
L’examen des testicules (absents) pratiqué par un vieux médecin généraliste au visage non avenant fut extrêmement douloureuse et invasif (peut-être l’explication de l’un de mon questionnement : ai-je subit des maltraitances sexuelles ?). L’image de cette consultation qui reste dans mon esprit est celle d’un vieil homme enfonçant ses doigts dans mes bourses vides en poussant vers le haut.
Une stérilité possible m’a été annoncée suite à l’intervention chirurgicale sans explication de la signification du mot provoquant chez moi une incompréhension due à ma méconnaissance et une interprétation du mot stérilité en impuissance, enfin je dis cela maintenant en tant qu’adulte mais l’imaginaire d’un enfant méconnaissant les affres de la Chose, recèle de bien mystérieuses interprétations.
Lors de mon hospitalisation une jeune fille de mon âge voisine de chambre suite à mon opération m’a permis de relativiser ma situation. Nous nous amusions en effet à nous faire rire ce qui provoquait des douleurs à nos cicatrices mutuelles.
En 1975 lors de mes premières colonies de vacances, au quelles je ne voulais pas aller car je ne voulais pas quitter le cocon familial, j’apprends la nouvelle du décès de mon grand-père a mon RETOUR mes parents ayant jugés bon de me laisser passer mes vacances sans soucis ! J’étais furieux mais je ne pense pas l’avoir laisser voir.
Pendant les colonies de vacances je reçois un coup de pieds dans les parties de la part d’un autre enfant. Je me trouve obligé de révéler à la monitrice qui viens me consoler que j’ai subis une opération. S’était une belle jeune femme qui heureusement a été très compréhensive car timide comme j’étais, parler de mes testicules a une inconnue ne fut pas facile et humiliant.
En 1976 j’ai 13 ans ont me pose un nouveau diagnostique qui n’allais pas arranger mes relations avec le sexe opposé ; gynécomastie bilatérale. Je suis un garçon et j’ai une paire de seins !!
J’ai dû vivre avec jusqu’à ma majorité en attendant l’opération chirurgicale avec les complications relationnelles que cela a imposé à l’enfant naïf et timide que j’étais durant toute mon adolescence, toujours habillé de vêtement amples. Sans oublier la douleur et l’humiliation d’une mammographie pour un garçon de 13 ans.
Je me souviens très bien de cette femme infirmière au visage inexpressif qui me fait attendre dans la salle d’habillage froide à me demander ce qu’il m’attendait, et de la douleur que toutes les femmes connaissent provoquée par la mammographie.
A partie de là je change de lectures, je passe de la collection verte, histoires pour enfants, aux livres de science-fiction. Une évasion, un refuge.
Au collège je tombe secrètement amoureux de Valérie elle était la première à être physique développée avec un vrai corps de femme avec une poitrine et des hanches. Je crois me rappeler lui avoir donné rendez-vous un jour à la sortie de l’école. Lapin. J’étais bien sur exclu des boums.
J’étais trop effacé reclus au fond de la cours de récréation et timide pour susciter de l’intérêt. Seulement voilà mes hormones d’homme étaient déjà éveillées et ne pouvant m’approcher de la femme, je me suis réfugié dans la pornographie.
Je ne voulais pas de mobylette pour aller voir des amis, je n’en avais qu’un, mais j’avais remarqué, lorsque mon père m’amenais à la décharge pour y vider des ordures que cet endroit était une mine d’or où les gens se débarrassaient de tous leurs magazines (Lui, Playboy, Newlook...). Ne pouvant les récupérer en présence de mon père j’attendais avec impatience d’être possesseur d’une mobylette.
J’avais bien sur eu mes premiers émois (j’entends par là mon premier orgasme) bien avant, la première fois sur les bancs de l’école pendant un cours en regardant la maîtresse (je pense dès la rémission de mon opération chirurgicale en 1974), il m’a suffi de faire se frotter mon sexe en érection contre mes cuisses serrées. C’est d’ailleurs la seule période de ma vie où je pouvais encore faire appel à mon imagination, un support visuel m’était nécessaire par la suite pour pratiquer l’onanisme.
Au lycée un autre refuge apparaît, l’alcool. Mon dos s’est voûté afin de masquer ma poitrine.
Je me fessais frapper quotidiennement par une bande de 3 élèves de ma classe. Je n’ai jamais rétorqué, jamais parlé de ce problème à qui que soit, enfermement dans mon mutisme face aux brimades affligées. Je pratiquais des scarifications sur mes avants bras (entre autre le sigle des SS) pour me faire remarquer, montrer mon mal être à mes parents qui n’ont jamais dit mot à ce sujet. Deuxième signe d’autodestruction qui allait s’amplifier sous différentes formes tout au long de ma vie.
Mon contact avec les adolescentes était physiquement inexistant alors que mes hormones criais de frustration. En classe, je me plaçais derrière une fille aux cheveux longs pour jouer avec. Là encore j’avais un amour secret, Isabelle. Elle n’était ni belle, ni laide, juste particulière.
J’ai été le cobaye d’une pommade à base de testostérone à m’appliquer plusieurs fois par jours pendant les récréations et en cachette, pommade qui n’a eu à mon avis que pour effet de développer une pilosité excessive que je ne saurais qualifier. La pilosité étant un effet de mode je ne suis pas dans le coup, je ne suis pas un bon coup.
Vers mes 15 ans, ma mère demande à mon frère (qui me le répète) si je ne me drogue pas ou autre. C’est à ma connaissance son deuxième questionnement à propos de mon état psychique. J’étais adolescent, période mouvementée pour tous et toutes mais mon vécu fessais son œuvre. Elle était bien en droit de se poser des questions.
Pendant ce temps-là les tentatives d’activités extrascolaire (sportives car j’avais de l’embonpoint) se soldais toutes par des échecs cuisant, souffre-douleur du professeur de judo ?, but marqué contre mon camps au football en présence de ma bien aimé Valérie (secrètement bien sûr) dans les gradins… La seule exception fut le tir l’arc où j’excellais.
Vers 16 ans je me rends fréquemment à Paris chez mon oncle (frère de ma mère) pour m’adonner à l’un de mes plaisirs favoris, le cinéma. J’adore le cinéma et je commence bien avec des films comme « 2001 l’odyssée de l’espace » que j’ai revus 1000 fois sans en saisir le sens complet même après la lecture du livre, puis « Star Wars »… Puis les films d’horreurs que je ne peux plu regarder maintenant sous peine de nausée. Je suis resté fidèle à la science-fiction au cinéma comme dans mes lectures et je déplore le rachat de Lucas Films par Disney qui a transformé les nouveaux épisodes en films pour la génération millénium.
A Paris je pouvais me promener sans me soucier de mes complexes dans le quartier latin où les étales des librairies s’offraient à moi en exposant des myriades de bandes dessinées érotiques. En parlant de cela, j’étais à bonne école chez mon oncle car il était lecteur de Charlie Hebdo, Hara-kiri, l’Écho des Savanes… bref tout ce qu’il fallait pour découvrir l’humour noir teinté de culs et de fesses.
Adolescent silencieux avec mes amis, je me donnais de la constance par mes traits sarcastiques et ironiques en les utilisant pour faire rire de moi est des autres. Mon comportement fessais que je donnais le bâton pour me faire battre.
Pas mal de soucis pour un enfant qui ne sait pas si il est réellement un homme. Ma scolarité se passe moyennement (je parle des notes) avec un redoublement en 5ème puis un autre en terminale. Je suis viré du lycée en 1ère année de BTS pour notes insuffisantes dans l’objectif de décrocher le diplôme, ce qui ferrais baisser leur taux de réussite de l’établissement (du jamais vu dans ce lycée). Les seules matières où j’avais de bonnes notes fut le solfège au collège puis le dessin industriel au lycée (en dessin j’ai eu un 21/20 une fois car le professeur en avait assez de mettre des 19 et des 20).
Mes relations avec les autres se limites à faire la fête en discothèque et dans les bals parquet en me soûlent. Les filles qui font parties du groupe me considères toutes comme un amis voir un confident mais jamais plus.
J’ai ma première voiture à l’âge de 18 ans. Je suis opéré de ma gynécomastie. Il est temps de remédier à une chose, la Chose, me dépuceler ou plutôt me faire dépuceler puisque je monte à Paris rue Saint-Denis.
Il était hors de question que je trouve une copine, ce dont j’aurais bien été incapable, même sans mes seins car mon esprit avait été forgé de craintes et de frustrations. Une passe rapide et agréable mais sans plus. Je ne suis pas arrivé à la jouissance et j’avoue après l’acte que c’est ma première fois. Elle me répond que j’aurais dû le lui dire avant. Premier coït. Remords.
Pendant les vacances scolaires je travaillais. Mes parents voulant que je reprenne le magasin, J’y ai fait de la vente pour rapidement me rendre compte que je n’étais pas fait pour cela. D’autant que tous les soirs au dîner, je les entendais se plaindre du chiffre d’affaire et critiquer les clients.
Étant copain avec un collectionneur d’armes de la seconde guerre mondiale comme je le décrit plus loin, j’ai voulu posséder une arme, une fusil à plombs. Mes parents y étaient opposés sauf si je la gagnais avec mon propre argent. Ce que je fis. Fabrique de Camemberts, Abattoir de poulet et dindes, encore du travail à la chaîne à arracher les jabots des animaux (j’y ai perdu tous les ongles d’une main) Montage d’une scène pour la télévision France 2 dans la cours du château. Je l’ai eu ma carabine et je suis allé tirer les rats dans la décharge publique.
Pendant ce temps-là j’ai eu un seul vrai ami. Je l’ai fréquenté des années collèges jusqu’à mes 40 ans environ. On s’amusait bien tous les deux à faire les 400 coups et il est le seul à connaître mes deux soucis (seins et testicules).
Il était le meneur et Je n’étais pas conscient qu’il était dominateur envers moi et qu’il prenait un malin plaisir à me rabaisser même s’il disait — « s’est pour rire ».
C’est avec lui que j’ai connu un autre modèle de père (le sien) directeur d’usine et exubérant. J’ai pu également observer ce qui se passait dans un autre foyer. Sa passion, la collection d’armes, de vêtements, d’accessoires puis plus tard des véhicules de la seconde guerre mondiale. Il multipliait les conquêtes féminines, était infidèle et sportif. Moi le contraire.
Son goût pour les armes me plaisait au début, j’avais même une fascination pour celles-ci, ce qui est paradoxal par rapport à l’histoire de mon père et de mes grands-parents.
Il voulait être pilote de chasse, il a fait l’armée dans les paras puis est devenu gendarme.
Il s’est fixé avec une jolie belle blonde devenue esthéticienne, fine élancée désirable et je la désirais en effet. Il la trompait régulièrement et refusait de lui faire l’enfant qu’elle désirait. Moi j’imaginais qu’elle avait des relations avec le troisième larron de la bande, un autre amis a lui qui est venu se greffer à notre groupe qui est passé de 2 à 3 mecs (ce mot ne colle pas pour moi).
Une fois que la vie et les kilomètres nous ont éloignés, c’est toujours moi qui allais chez lui, toujours moi qui prenais de ses nouvelles. Donc après mon cancer en 2002 j’ai décidé de ne plus rentrer en contact avec lui. Au bout de plusieurs années j’ai reçu une carte de sa part avec sa nouvelle adresse et son numéro de téléphone que j’ai ignorée.
Mon entrée à l’armée fut aussi épique que l’ensemble de ma vie. J’ai fait mes trois jours comme tout le monde et juste avant mon incorporation j’ai fait une péritonite aiguë qui bien que pouvant être mortelle si elle n’est pas soignée à temps est bien une des choses les plus banales qui me soit arrivées, sauf bien sur si je rentre dans les détails ce que je m’apprête à faire.
A cette époque je traînais au relais de la poste d’une petite commune de moins de 400 âmes. Dans ce relais vivaient une femme et ses deux filles. Nous y passions de bonnes journées et de bonnes nuits (surtout les autres en ce qui concerne les filles).
Hors donc une nuit je suis pris d’énormes douleurs au ventre. Réveillé et dans l’impossibilité de dormir, je décide de bouger en attendant que ça passe. Après plusieurs pompes et la douleur grandissante, je me décide à téléphoner au médecin de famille. Il refuse de se déplacer en pleine nuit car il devait être environ 3 heures du matin et il venait de rentrer d’un accouchement. J’arrive quand même à le persuader de se déplacer jusqu’au petit village, ce qu’il fit. Le diagnostic posé, direction les urgences ou je serais opéré au matin même.
L’opération se passe bien et je me trouve en convalescence dans une chambre double. Dans le lit voisin un vieil homme asiatique. Il ne pouvait pas dormir gémissant de douleurs 24/24h sans interruption. Les médecins étaient incapables de comprendre un moindre mot de ce qu’il disait car il parlait un dialecte pour lequel ils ne trouvaient pas de traducteur.
Là je croyais devenir fou. Je n’ai pas perdu l’esprit en me raccrochant à une simple chanson. Mes parents m’avaient laissé un vieux poste de radio (celui de mon père) et Mylène Farmer sortait son premier tube « maman à tort » qui passais en boucle.
Cette chanson apaisait mon esprit déjà malade en me distrayant et me permis de tenir de jours en jours pendant que, chaque jour, une infirmière venais tirer sur les drains dans ma cicatrice.
J’avais de la compassion pour cet homme gémissant et âgé et ne supportais pas de le voir souffrir, l’idée de me lever pour apposer son oreiller sur son visage en appuyant bien fort m’a je l’avoue traversé l’esprit plus d’une nuit. En finir, il fallait en finir, je perdais la raison.
En y repensent maintenant, demander au personnel hospitalier de changer de chambre en expliquant la cause ne m’est pas venus à l’esprit.
Bref une fois les drains enlevés je suis libéré pour rejoindre l’armée. A l’époque il y avait plusieurs mois de classes à faire (apprendre à marcher, droit, au pas et en cadence). Avec une semaine de retard sur le programme j’ai fait mes classes en 3 jours assit dans une salle d’étude à apprendre la théorie. Le reste, des anecdotes de militaire et de dysfonctionnement des administrations. Ah j’allais oublier celle qui portait le charmant surnom de UNICEF la fille à soldats du village, pas une prostituée, une fille a soldats, tous le régiment lui est passé dessus sauf moi bien entendu.