JOURNAL D’UN SCHIZOPHRÈN (...)

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Je suppose que c’est à cette période que mes parents décident de me présenter une jeune femme de mon âge lors d’une réception. Je ne sais plus de quelle réception il s’agissait, peut être un mariage ou autre, en tout cas quelque chose de familial. Je me trouve donc à cette réception et ne quitte pas mes parents en leur collant aux baskets comme d’habitude.
Le souvenir des conditions est vague mais celle de ma réaction est bien présente. Ils me disent — « vas à la table des jeunes là-bas » — ce que je me refuse de faire. Ils vont donc à la table et reviennent avec une jeune femme. Elle se plante devant moi joyeuse et pleine d’énergie, et me sort son CV en me tendant la main pour me dire bonjour. Je ne me souviens même pas si j’ai serré sa main, je sais seulement que je me suis tenu là devant elle sans qu’un mot ne sorte de ma bouche en restant immobile. Je n’avais pas l’air d’un con ! Elle retourne donc à sa table d’où j’entends maintenant des rires et voie des regards narquois. Ma réaction étrange n’a pas suscité le moindre intérêt de la part de mes parents sur coup et après coup.
En 1986 je dois maintenant entrer dans la vie active ce qui je dois bien l’avouez m’effraie, comme une plongée vers l’inconnu. Je ne tarde pas à trouver un emploi et pas n’importe où, en Alsace, lieu de naissance de mon père, là où depuis ma plus tendre enfance nous allions rendre visite à ma grand-tante et mon grand-oncle.
Je suis embauché pour développer de nouveaux émaux sur de la poterie culinaire. Poste qui va rapidement évoluer vers une polyvalence à tous les postes de l’usine composée de 70 personnes.
Une petite dizaine de jeunes sont embauchés en même temps que moi et le directeur nous réunis assis sur des chaises placées en rond. ELLE est en face de moi. C’est le coup de foudre au premier croisement de regard. Dès que la réunion se termine elle vient vers moi. Brigitte celle qui va bouleverser et je pense aussi en partie modeler ma vie future.
1 millième de seconde pour te remarquer.
Des années pour ne plus souffrir.
Une éternité pour penser à toi.
Notre relation commence amicalement puis intimement toujours sans approche physique. Durant cette période d’intimité verbale, j’apprends quelle sort d’une histoire de 2 ans avec une autre femme, qu’elle se drogue et que son père la frappe elle sa mère et sa sœur tout en pratiquant de chantage affectif. Les questionnements deviennent alors intrusive par un jeu malsain et par trop intimes l’un envers l’autre. Ce jeux de questionnements démontre je pense le fait que nous n’étions ni l’un ni l’autre stabilisés et particulièrement sur nôtre sexualité, il faut ajouter qu’elle était constamment sous l’emprise de de la drogue.
Mon profond respect des femmes que je considérais a tort comme des anges et le transfert, psychanalytiquement parlant, que j’ai opéré sur elle en a fait pour moi une divinité. J’avais l’impression qu’une connexion mentale s’établissait entre nous. Je me devais de l’aider, à réduire voir arrêter sa consommation de drogue, c’était un électron libre et j’avais peur qu’elle passe aux drogues durs, l’aider à quitter le foyer familial pour l’éloigner de son père. Je suis resté avec elle environ 3 ans et s’est seulement sur la fin que nous sommes passés à l’acte.
Influencé et influençable, je me mets à fumer (et pas uniquement des cigarettes) alors que j’ai passé les caps du lycée et de l’armée où les occasions de m’y mettre n’ont pas manquées.
Notre première relation sexuelle fut torride, une première fois pour tous les deux en quelque sorte, ainsi que toutes les autres jusqu’à la dernière, fatidique. Aucune de nos relations sexuelle ne s’est faite sous protection, je parle du préservatif, alors que nous en plein commencement de la période sida. Il faut préciser que malgré un plaisir incommensurable à faire l’amour j’étais dans l’incapacité d’atteindre l’orgasme, blocage psychologique, peur de la souiller, de lui faire un enfant... ?. La toute première fois j’ai été naïvement étonné du fait qu’elle n’avait plus d’hymen du fait de son homosexualité ; je lui dis « tu n’es pas vierge ? » elle me répond « et les gods alors ! ».
Je n’ai bien sûr pas manqué de présenter Brigitte à mes parents sans rien leurs préciser de sa situation tout comme de la mienne bien sûr. S’est d’ailleurs pendant le premier trajet Strasbourg/Bourges que lors d’un arrêt pipi sur un petit parking au bord d’une départementale que nous avons échangés notre premier baisé. Parking sur lequel plus tard, après notre séparation, je ne manquais pas de m’arrêter pour cracher au sol avec rage afin de conjurer le sort.
Comme dans toute histoire il y a un début et une fin. Le début avait commencé sur un coup de foudre brutal, la fin le sera tout aussi, brutale. Un soir elle a voulu changer des habitudes et faire l’amour devant la télévision et non pas dans la chambre. Ce que nous avons fait. Ce changement signifia la fin de nos relations sexuelles car pendant que je lui fessais l’amour, elle ne se comporta pas comme d’habitude et regardais passivement la télévision, la tour infernale. C’est le moment que j’ai choisi pour lâché prise, me débloqué et attendre l’orgasme !? Le premier de ma vie avec une femme et la dernière fois avec elle.
« J’ai toujours considéré cette première et dernière fois comme une castration mais je me trompe. Je parle plus loin de Chantal que je considère comme narcissique, cette première fois n’est-elle pas en fait liée à mon ego narcissique ? En effet Chantal ne voulait que du sexe, de l’argent et des loisirs, de plus je n’aimais pas son odeur corporelle, elle n’avait pas besoin d’aide de ma part, c’est peut-être pour cela que j’arrivais à la jouissance avec elle car je laissais s’exprimer mon ego narcissique avec elle, je lâchais prise. »
Il ne faut pas croire que tout allais bien dans le meilleur des mondes durant notre relation, en effet je dois bien m’avouer que j’ai passé des nuits à la regarder dormir et à pleurer seul dans la cuisine pendant son sommeil.
L’amour rendant aveugle, je passe alors de mon petit deux pièces à un appartement de 120 m² POUR ELLE alors nous avions interrompus toutes relations physiques. Je me dis qu’elle pourra y échapper à son père et rester près de moi tout en ayant sa chambre et un espace de vie si elle le désire.
La première et seule fois où elle y vient, elle est accompagnée d’un autre homme. Il entre me demande où sont les toilettes. J’y entre après lui pour une envie pressante. Je constate qu’il a volontairement vidé sa vessie sur le sol. Je lui demande de nettoyer. Il nie. Je me retrouve à nettoyer son urine pendant qu’ils roucoulent sur le canapé du salon. Je n’ose pas me rebellé. Une castration de plus.
Je ne sais plu pourquoi mais un jour je cours environ 8 km (ma voiture devait être en panne) pour la rejoindre dans une maison où je supposais pouvoir la trouver. Violente insultes (larve, déchet de l’humanité ... (pas de ; pauv con, connard, casse-toi ou autres plus banales)) envers moi sans la moindre réaction verbale ou physique en réponse de ma part. C’était la première fois en 3 ans quelle proférait la moindre insulte à mon égard. Cette salve d’insultes injuste à mon égard sans réaction de ma part m’a hanté pendant une trentaine d’années.
Après des années à voir des psychologues j’en arrive à la conclusion suivante ; voulais-t-elle que je la frappe ? Le flot d’insulte était-il tourné contre elle-même et non contre moi ? J’avais besoin d’une réponse et j’ai décidé de la contacter par téléphone quelques 30 ans après. Bien sûr durant cette période elle pouvait avoir changé de lieux mille fois voir même de nom et je n’avais que le numéro de téléphone de ses parents.
Je décide alors de fuir l’Alsace. Elle pouvait me tromper avec toutes les femmes quelle voulait (ce qu’elle ne s’est pas privée de faire comme je l’ai appris plus tard) mais pas avec un homme. Je n’avais absolument pas intégrer quelle avait perdu son goût unique envers les femmes suite à notre amour ; qu’elle n’était pas mentalement fixée sur sa sexualité. Chaque endroit me rappelait Elle et je n’avais pas d’évolution possible professionnellement dans une entreprise familiale avec une paye de misère.
Nous nous disons au-revoir sans oublier de se faire la promesse de se revoir dans 10 ans. Je n’avais pas idée de l’impact de cette promesse me concernant.
S’en ai suivi une longue période de dépression non traitée avec une amnésie partiellement avec elle et de « tout » avant elle. L’évocation de cette période avec Brigitte est difficile et certainement approximative du fait de mon amnésie partielle.
Je continu à fumer des joint avec mes amis lors des sorties en boite jusqu’à un mauvais trip. Un jour, un pote avait confectionné un cake spécial (contenant de la drogue). Il le partage et en donne un morceau à chacun d’entre nous, je suis extrêmement retissant de peur de ne pouvoir contrôler l’effet. Je le prends quand même et au bout d’un moment en boite, je perds pieds, je vois l’ensemble de mon système sanguin, le réseau de veines, le sang qui y circule. Les hallucinations se succèdes toutes aussi désagréables les unes que les autres. Un yogi en spectacle cette nuit-là se contorsionne pour entrer dans une boite en plexiglas. Bref une perte de contrôle qui a mis fin à la drogue me concernant.
En 1988 Je quitte donc l’Alsace pour la Haute-Marne où j’ai trouvé un emploi dans une multi nationale américaine.
Attiré par les arts, j’ai choisi de faire mes études dans le domaine de la céramique influence par l’atelier pour enfants où je fessais des cendriers et des vases en colombins ainsi que quelques sculptures. Seulement voilà, une multi nationale américaine ne fonctionne pas comme ça.
Fraîchement arrivé seul dans cette nouvelle ville, je m’inscris dans un club de peinture pour étancher ma soif pour les arts. J’y fais connaissance de personnes sympathiques. Nous allions boire des verres en terrasse pendant que la peinture séchais et un petit groupe s’était formé avec lequel nous fessions des sorties en boite de nuit. Peindre, écrire, dessiner, puis plus tard photographier, je m’essayais à tout.
Sylvie étais la meneuse de cette joyeuse bande de peintres et elle n’avait pas froid aux yeux. Elle était originaire du sud de la France, rieuse mais mariée. Son mari était mécanicien sur une base aéronautique de l’armée et travaillais en journées. Moi je travaillais en 2/8 à cette époque. Donc non content de la titiller verbalement au club de peinture et physiquement lors des retours de boite de nuit (je la ramenais avec ma voiture), je passais des moments chez elle. Son amant était en prison et bien qu’étant en manque, elle se refusait à moi mais elle ne savait pas à qui elle avait à faire. J’avais attendu 2 ans pour un baisé de Brigitte, alors de la tendresse et des attouchements me convenais amplement tout le temps quelle voudras d’autant plus que je ne suis plus réellement attiré par le coït.
Puis une matinée pas comme les autres sans doute, elle décide de s’offrir à moi (avec préservatif). Il était midi moins dix et elle devait être en ville pour midi. Je me rends bien compte qu’elle a fait cela pour moi uniquement par pitié. Il faut également tenir compte du fait que sa stabilité étais mise en cause par son mari qui pratiquais des attouchements sur ses trois petites filles et quelle était en instance de divorce pour ces faits. Malgré tout je n’ai pu m’empêcher de fondre en larme à son départ devant les yeux incrédules du reste de la bande.
Je commence à une échelle modeste dans l’entreprise pour progresser vers un poste à multiples casquettes et à responsabilités. Malgré cette progression je resterais au niveau « employé » sur ma fiche de paye.
Usine de fabrication de colorants (secteur chimie) pour les plastiques (2 unités différentes), la céramique, les métaux, le verre. Soit un total de 5 unités de production. 5 Directions + un Gérant.
Je rentre comme technicien coloriste dans une des unités de plastique. Repéré par le responsable qualité suite à une étude qui m’a été confiée (SMED, Single Minute Exchange of Die), je passe au service qualité pour mettre en place la certification selon la norme AFNOR ISO 9002 (norme pour laquelle une entreprise doit être certifiée dans l’objectif de répondre à la satisfaction des clients, c’est un peu le chat qui se mord la queue (client/fournisseur), je suis certifié ISO 9002, tu dois l’être aussi) dans l’ensemble de l’entreprise.
Je finis comme (toutes les casquettes en même temps) :
– Responsable métrologie
– Contrôle des appareils de mesure et d’essais
– Assistant Qualité ISO 9002, mise en place du système documentaire en partant de rien et pour la veille selon le gérant (Gestion de la majorité des documents qualités (rédaction, classement, distribution)
– Responsable d’audits qualité (rédaction des questionnaires, réalisation des audits seul ou avec un adjoint, rédaction des remarques et non conformités)
– Animateurs de réunions de suivi des réclamations clients et actions correctives et préventives
– Animateur de réunions de résolutions de problèmes.
– Méthodes (analyse des données de production + bilan annuel)
– Mise à jour de gammes produites.
Ce pour 3 des unités de productions, soit sous la responsabilité de 3 directeurs + le responsable qualité + 1 responsable de production. Je suis en contact avec l’ensemble du personnel (administratif et production) de l’entreprise dans le cadre de la qualité (200 personnes). J’ai un rôle perçu comme celui du gendarme.
Au cours de cette période, j’avais des liens hiérarchiques complexes et des difficultés avec certains d’entre eux.
Je constate lors de ma psychanalyse que je ferais en 1994 que j’entretiens des relations enfant/parent avec eux.
Mon hygiène de vie se dégradais, j’arrivais fréquemment en retard au travail (peut être induite par le système de plages horaires pour le début et la fin du travail). Je travaille avec acharnement et un perfectionnisme inutile.
Ici le tutoiement est de rigueur ce qui n’empêche pas de rabaisser le travail accomplit ni de pratiquer le harcèlement morale. Ainsi lorsque je devais travailler avec le responsable du laboratoire R&D de l’unité métaux, les insultes et moqueries pleuvait régulièrement. Difficile de s’en plaindre vu sa position stratégique dans l’entreprise et son copinage avec le gérant.
L’accumulation des casquettes provoque également une surcharge de travail.
Après l’acquisition du poste des Méthodes je me retrouvais sous la responsabilité du responsable de production. Personnage intelligent et arriviste chapeautant toute l’usine à l’exception des plastiques. Moi le gestionnaire administratif technicien de formation, je me retrouvais dans l’incapacité à réduire les coûts de production demandé par ce responsable. Les évaluations annuelles était catastrophiques, je m’en prenais plein la tête à cause des objectifs de réduction de coûts non obtenus mais également car il m’avait dans le nez et que le service Qualité étais mal vu par la production car apportant une lourde charge administrative supplémentaire.
Pendant ces années je n’avais pas d’activités échappatoire jusqu’au jour où j’ai descendu le Mont Aigoual en vélo avec l’ami d’enfance que je cite précédemment. Je suis arrivé en bas vidé à la limite de l’évanouissement (30 km dans la montage pour rejoindre le lieu de location des vélos). C’est à partir de là que j’ai acheté un vélo et pratiqué régulièrement (tous les jours quelques kilomètres) allant jusqu’à faire pas loin de 100 km de distance dans une après-midi. Cela me vidait la tête.
Client de la prostitution depuis mes 18 ans je passe à la vitesse supérieure grâce à mon salaire qui me permet ce train de vie, fréquentation des sex-shops où je m’enferme dans les salles de projection, fréquentation des parkings échangistes, fréquentation des boîtes d’échangisme, 400 km dans la journée aller-retour Paris pour me rendre rue Saint-Denis et Pigalle….. Bref une fortune dépensée pendant de longues années dans tout le commerce du sexe et des kilomètres avalés pour y accéder. Pornographie sur Internet. Recherche de pornographie dans les sous-bois des parkings routiers à marcher dans les excréments et le papier toilettes usagé.
Voyeur je ne cherche pas principalement le sexe mais la vue de l’intimité des personnes dans tous les domaines de la vie. Est-ce pire ? Donc recherche de spots en voiture avec une paire de jumelles assez puissante pour des sensations uniquement cérébrales. Lorsque je reste dans mon appartement, c’est pour coller mon oreille aux murs et écouter les voisines faire l’amour.
J’étais dans le non-respect des préceptes de la vertu, en décalage avec mon esprit moral et fessais dans le secret vis à vis de mes parents des choses inavouables.
La Promesse des 10 ans que j’ai faite à Brigitte passe puis m’obsède jours et nuits. Je fessais des aller retours de Saint-Dizier à chez ses parents (près de Strasbourg) sur des coups de tête, je stationnais devant la maison et attendais dans l’espoir de la voir entrer ou sortir. Je tente de la contacter par téléphone en appelant ses parents, mais je me présente maladroitement et je suis tellement ému que je me trompe en donnant mon numéro. Je retenterais des années plus tard pour lui poser la question : Pourquoi cette salve d’insultes ?
Je me lave plus les dents pour éviter qu’une personne entre dans mon espace vital, je me dis que la puanteur du tabac froid couvre se fait.
J’arrête l’alcool à outrance, en fait je m’interdis toute détention d’alcool ; si j’avais une bouteille de whisky chez moi, elle ne tiendrait pas une heure.
En 1994 j’ai un emploi et je ne pratique plus la peinture dans le club où j’ai des ami(e)s depuis le départ de Sylvie. Mais je suis seul et vois bien que quelque chose ne va pas en moi et en ce qui concerne mes relations avec les autres. Je mets cela sur mon passé et décide d’en parler.
Je franchis donc le pas et choisi un psychanalyste dans l’annuaire (il y a peu de choix dans le privé dans cette ville). J’ai beaucoup de mal à rester sur le canapé et ne dis rien. Il me permet alors de m’asseoir face à lui. Je prenais dans notes dans un cahier à chaque fois que j’en ressentais le besoin. A leur relecture je m’aperçois qu’elles sont inexploitables à quelques exceptions près.
Son cabinet était situé à un carrefour emprunté par pas mal de monde de mon lieu de travail et j’avais honte et peur que quelqu’un me voit y entrer.
Je me souviens que j’ai connus Chantal (au travail) dans cette période de psychanalyse.
Je fais la queue dans la file d’attente du cinéma, elle y est également m’aborde et me dis — « on se connaît ? » —, effectivement nous travaillons dans la même entreprise. Elle a 10 ans de plus que moi, divorcée, un enfant (10 ou 12 ans) et vie chez sa mère et son beau-père. Nous sommes restés 3 ans ensembles, je précise que par ensembles j’entends avec elle mais je n’ai jamais vécu sous le même toit avec aucunes des femmes que j’ai connues.
Elle m’a fait croire qu’elle était enceinte de moi suite à un préservatif déchiré pendant l’acte— « Cela fait 3 mois que je n’ai pas mes règles » — elle avait 42 ans à ce moment-là, je considérais que c’était trop âgé pour avoir un enfant, je n’avais pas envie d’enfant avec elle. J’ai mal réagis à cette annonce. C’est la seule femme avec laquelle j’ai réussi à avoir des orgasmes (mis à part mon premier avec Brigitte).
Je mets fin à cette histoire par une grosse crise de jalousie et bien que je voulais me le cacher pour me venger de Brigitte.
Quelques années passent et j’ai besoin de changer de voiture. La rémunération de mon psychanalyste étant dépendante de mes revenus je tente de lui faire baisser ses tarifs pour pouvoir payer mon crédit auto, il refuse. Je vais mieux et décide alors l’arrêt contre son avis, il m’affirmait que s’était dangereux d’arrêter maintenant. Je suppose qu’il avait raison.
Après ma psychanalyse, je me laisse influencer par Pierrette collègue de travail et très bonne amie qui me dit qu’une autre collègue dont je ne me souviens pas du prénom est amoureuse de moi. Je me laisse convaincre et commence à la « draguer » ne m’étant pas aperçu de ses sentiments à mon égard. Une vierge (ce que je découvre au dernier moment bien sûr) âgée de plus de 20 ans.
La première et seule fois de ma vie ou j’ai « dragué » (sans sentiments uniquement pour la sauter). En 15 jours j’étais dans son lit. Arrivé à l’entrée de son sexe elle me dit « tu es amoureux ? ». Je ne mens pas et dis « non ». Ont remballe la marchandise. Comme à chaque fois je suis incapable de mentir sur mes sentiments.
Mais laissez-moi vous parler de Pierrette un instant. Elle était une très bonne amie et s’est trouvé un homme avant que je ne me décide de lui déclarer ma flamme. Elle a eu un fils avec lui et je passais mes soirées chez eux à refaire le monde tous les soirs avec lui et un peu d’alcool. De bons moments. Je les ai aidés à reconstruire leur maison acquise à bas prix car en mauvais état dans un petit village de campagne. Quand je dis reconstruire, je devrais plutôt dire démolir car je ne suis pas doué dans les techniques de reconstruction, mais casser un mur ou une dalle de béton, ça je sais faire. Dans une phase de pulsion en 2001, donc après mon déséquilibre psychique et juste avant mon départ pour les Ardennes, je me suis hélas rendu un soir chez eux pour avouer mon amour pour elle à Pierrette. Elle l’a très mal pris car je n’avais pas pris conscience que je fessais cette déclaration en présence de son fils âgé de 5 ans environ.
En 1996 je suis invité chez des inconnus pour la naissance de leur premier enfant par un couple d’amis (Pierrette et son homme), la soirée se passe dehors autour d’une grande table. Il y a à manger et à boire et je me retrouve vite dans la situation que je craignais, dans l’impossibilité de m’intégrer au groupe (je suis le seul célibataire, sans enfants, sans maison et les discutions tournent autour de choses qui me dépassent). Je m’isole donc en bout de table avec de quoi boire toute la soirée qui s’éternise.
Tard dans la nuit, il est l’heure de rentrer. Ils refusent de me laisser partir dans l’état d’ébriété dans lequel j’étais mais je refuse de rester.
Je me souviens seulement que j’avais une furieuse envie d’uriner et que tout le monde se trouvait devant la porte des toilettes et il n’était pas question que j’arrive à uriner avec tout le monde devant la porte.
En effet depuis ma première opération des testicules et mon complexe sur la taille de mon pénis suite à la vue de celui de mon père (et de bien d’autres par la suite) je ne pouvais uriner sachant que quelqu’un se trouvait à proximité. Il y avait 15 à 20 km à parcourir seul en voiture. Je rentre.
Le lendemain matin trou noir, je ne me souvenais plu de rien mais étais persuadé d’avoir commis un méfait irréparable et répréhensible pendant mon retour en voiture.
Au matin, mis à part les traces de cendre de bouchon de champagne qui m’ont été appliquées sur le visage pendant les phases de coma éthylique lors de la soirée je suppose et mon jeans mouillé par l’urine, je constate que j’ai un énorme mal de gorge. Pas un coup de froid, une douleur profonde comme si on m’avait inséré un quelconque objet dans la gorge. Cette douleur dure des semaines et je somatise dessus. Après cet épisode de 1996, tout bascule. Je me sens épié comme jamais au paravent.
En Décembre 1999 une énorme tempête frappe la France entière. Je me lève dans la matinée et j’entends le vent souffler violemment. J’ouvre les volets de mes portes fenêtres et vois les arbres au sol et des objets qui volent dans tous les sens. Je referme tout. Plus d’électricité. Je reste prostré dans le noir (panique, terreurs) en entendent le vent et les voisines dans le hall d’entrée de l’immeuble. Mon appartement est au rez-de-chaussée, la porte d’entrée donne dans le hall. J’ai envie de sortir dans le hall mais je ne peux pas. Je reste l’oreille collée à la porte.
Cette année est également l’année de naissance de ma nièce et de décès de ma grand-mère maternelle (quelques années avant). C’est deux événements de la vie m’ont influencés pour arrêter de fumer (50 cigarettes par jour). Après un an d’arrêt j’allume une cigarette, il restait un paquet entamé dans un tiroir.
En Janvier 2000, il y a des années que j’entends des voix, que mon ventre me parle, que j’interprète chaque chuchotement à mon encontre, que je me sent épié (micros et caméras dans mon appartement) jusque dans mon sommeil (capteurs dans mon matelas), constamment suivi dans la rue par des piétons, en voiture par d’autres véhicules. Je suis en plein délire de persécution.
Bref un jour j’allume la radio, j’entends sale con parlant de moi. J’éteins la radio j’allume la télé. Pas mieux. Je suis alors persuadé que des camions de forces de l’ordre (quel Ordre ? Je ne sais pas) m’encercles. Je prends une douche m’habille correctement et me rend au poste de police. Si un Ordre en avait après moi, je supposais que celui-ci, la police, saurait me le dire en face, c’était le plus simple des solutions qui s’offraient à moi, le plus réel et le plus accessible directement à toute heure.
J’ai été reçu par un policier qui a pris le temps de m’écouter. Je ne sais pas/plus ce que je lui ai dit mais je sais que j’étais dévasté et en larmes. A partie de là, direction hôpital psychiatrique. Les infirmiers qui m’ont transporté du poste de police à l’hôpital ne savaient pas réellement dans quel bâtiment me mettre. Arrivé devant un bâtiment dans l’hôpital ils discutent en se posant la question de savoir je j’étais encore conscient de mes actes ou non ? Lucide pendant cette phase de délire, je crois bien avoir échappé de peu à une chambre fermée à double tours.
Peut-être le surlendemain le Responsable de Production me contacte pour me demander si il peut venir me rendre visite « amicalement ». J’accepte, je n’aurais jamais dû. J’essayais de lui tenir un discours cohérent tout en ne pouvant involontairement regarder ailleurs que son entre jambe comme un loup soumis au chef de meute. Cette visite était bien sûr pour lui un moyen de se rendre compte de mon état et a certainement lourdement pesé sur le licenciement qui allait suivre.
Je voyais tous les patients comme des incarnations de connaissances présents pour me surveiller dans la salle des fumeurs. Je délirais de longs mois avant que la camisole chimique composée d’un cocktail de psychotropes ne fasse effet. Soigné puis sortie trop tôt, je reprends le travail à temps partiel, puis je suis ré hospitalisé.
Tentatives de suicide : ce qui m’a empêché de passer à l’acte définitivement, les conséquences que j’aurais à assumer (dommages matériel) en cas de ratage.
— Couteau de boucher de mon père (un petit tour à la pharmacie la plus proche les bras en sang pour acheter des bandages). Dans un accès de délire je voulais me le planter dans le ventre.
— Balles de fusil chez moi et fusil chez les parents (je prends la boite de balles et part en voiture chez mes parents malgré l’interdiction de conduire pour chercher le fusil). Dans un état second j’analyse tout au long de la route l’endroit où je pourrais me crasher avec le moins de dégâts collatéral possible. Arrivé chez mes parents avec l’ensemble de mes documents administratifs dans un sac, je demande si le fusil est toujours dans ma chambre. S’apercevant de mon état, ils me conduisent aux urgences psychiatriques.
En 2001 je suis très partiellement remis, le responsable de production entre dans mon bureau et me dis quelque chose comme — « Bonjour comment ça vas, tu n’aurais pris un peu de poids ces temps-ci, tu devrais passer dans le bureau du DRH ? » — à partir de là c’est la mise au placard de plusieurs mois dans l’attente que je démissionne de moi-même comptant sur mon état de faiblesse morale, ce que je n’ai pas fait.
Cette même année je suis licencié sans motif juridique, je passe dans les mains d’un reclasseur à la solde de la direction qui m’a absolument déconseillé de me diriger vers la voie de l’informatique qui me passionnait me considérant trop âgé.
Je pars pour les Ardennes y faire des études universitaires de Qualiticien que je finance de ma poche. Je me souviens de la rentrée des classes, j’ai 36 ans et je rentre dans une cour remplie de jeunes de 20 ans. Je me sens observé, puis au fil des jours ils s’habituent à ma présence et mon année se passe bien avec les autres élèves.
Mon arrivée dans les Ardennes signe pour moi l’arrêt du voyeurisme en voiture et de la fréquentation des sous-bois.
Ce départ a brisé le cœur de Claire que j’avais rencontrée en hôpital psychiatrique. Elle est bipolaire avec des TOC qui lui pourrissent la vie et des crises de violence, violée à l’âge de 15 ans. Elle a 10 ans de moins que moi. Elle est amoureuse de 2 hommes en même temps, moi et un autre. Étonnement je n’en suis pas jaloux. J’ai fait des allés et retours des Ardennes à la Meuse 200 Km la nuit suite à ses menaces de suicides incessantes. Un mois d’Août, je l’invite dans les Ardennes pour qu’elle change d’environnement, elle ne quittait jamais sa ville. Son séjour se passe bien jusqu’à un après-midi où elle me dit qu’elle va faire une sieste. Pendant qu’elle dort, je pars voir un film au cinéma. A mon retour, elle est réveillée, je reçois alors une salve d’insultes et de coups. Je la remets immédiatement dans le premier train en partance. Fin de l’histoire.
En Mars 2002 mes études sont en cours, j’ai un cancer du testicule. Cette fois c’est une réelle castration que je subie avec ablation de mon testicule gauche (le plus gros des deux bien sûr). Sous chimiothérapie je ne peux valider mon année d’études car j’ai un stage a effectué (dans une forge). Étant dans l’incapacité de faire appel à mon imagination pour atteindre un orgasme sans support visuel (vidéo et sons), je tente par trois fois et sans succès de faire le test de spermogramme avant la chimiothérapie.
J’avais attendu plusieurs mois avant de consulter mon généraliste car je constatais que le testicule avait triplé de volume. Il me dit que cela devait être un tuyau bouché, rien de grave mais m’envoie tout de même voir un spécialiste, on ne sait jamais. L’annonce du spécialiste fut direct et sans égares ce qui au lieu de me faire peur provoqua en moi une légère angoisse avec une petite voix intérieure qui m’annonçais calmement la fin. Je fus même déçus d’apprendre que ce type de cancer se guéris bien. Enfin une occasion d’en finir avec cette vie stérile.
Le responsable de la chimiothérapie m’annonce que suite à celle-ci j’ai des risques de stérilités (une fois de plus) ou d’avoir un enfant mal formé. De plus je constate à mon réveil que j’ai un pansement à droite et un pansement à gauche. Et oui, erreur médicale.
Le fait de savoir que je n’ai plus qu’un testicule qui a été sorti de sa bourse puis remise en place et que ce cancer est éventuellement du à mon opération précédente en 1976 (facteur de risque) me bouleverse et j’ai bien l’intention de demander des indemnités pour cette erreur.
Hélas mes parents présents durant ma chimio toujours désireux de rester dans l’ombre me dissuades de le faire sous le prétexte que ma chimio ne serait pas bien prise en charge si je fessais des problèmes et je les écoutes, merde !
Je demande tout de même des comptes au chirurgien qui m’annonce que lors de ma première opération en 1976, le chirurgien de l’époque avait opérer selon une méthode d’après-guerre consistant à croiser les cordons, soit le droit dans la bourse gauche et le gauche dans la bourse droite. J’ai du mal à comprendre que sachant la période à laquelle j’avais été opéré il n’est pas fait une simple radio au préalable pour s’assurer où il mettait les pieds (mains).
Suite à ce jeu de boules, je décide rapidement de vérifier si ma virilité n’est pas mise en cause et choisis pour cela d’aller voir une prostituée comme à mon habitude à cette époque. Je pars donc à 100 Km de chez moi pour en trouver une et ce qui devait arriver arriva, échec. Rationnellement cela n’aurais pas dû me surprendre car je n’ai jamais joui avec une prostituée, mais au retour j’ai fait une forte réponse délirante. Sur l’autoroute souffle coupé, cage thoracique compressée à l’extrême, colonne vertébrale arrachée par une main géante. Il me restait la vue et un peu de lucidité pour tenir sur l’autoroute a plus de 110 km/h dans l’attente de trouver une aire de repos le plus rapidement possible pour attendre la fin de la crise.
A cette époque je connaissais virtuellement Martine depuis de nombreuses années, nous délirions sur MSN (service de tchat qui n’existe plus) et je l’avais rencontrée deux fois avant mon cancer. La première fois était à l’occasion d’un rassemblement des amis virtuels à Nice. J’ai très mal vécu cette journée à cause de mon manque de socialisation générateur d’angoisses plus que de relations. La deuxième fois nous avions rendez-vous en Belgique.
Là elle a tout fait pour que nous dormions dans le même lit, mais ses 130Kg pour 1,60m ne m’a pas donnée d’envie de lui faire l’amour. Une chance pour elle que la jeune femme dont nous étions les hôtes fessait bruyamment l’amour avec son petit ami dans la chambre voisine, cela m’a permis d’imaginer ce couple pendant que je m’épanchais sur ses seins.
Elle était, je pense, amourachée de moi, nous nous arrangeons un troisième rendez-vous dans un hôtel à Lyon où pendant 3 jours elle a pratiquée des fellations sans pouvoir m’extraire la moindre goutte (ce après mon cancer du testicule pour soit disant que je reprenne confiance en moi). Durant ces trois jours elle a bien évidement voulue que je lui fasse l’amour ce que je me suis refusé de faire. Nous sommes toujours en relation téléphonique de temps en temps. Elle est maintenant mariée à un bûcheron.
De 2002 à 2005 mon état psychologique n’est pas vraiment stable, je suis toujours dans les Ardennes, cette fois ma prise en charge me permet d’évoluer positivement. En 2006 je vais mieux et j’entreprends de me reconvertir dans l’informatique ne trouvant pas d’emploi dans la Qualité. Je me rends à l’AFPA centre de formation pour adultes avec formation rémunérée. Je passe les tests d’entrée au mois de Juillet 15 jours avant les vacances d’Août période à laquelle les psychologues du travail pressés de prendre congé sont moins regardants sur les résultats des tests.
Je suis effectivement accepté malgré une impasse complète sur la partie mathématique. L’AFPA étant un organisme national, j’aurais pu me retrouver dans n’importe quelle ville de France, mais cette fois la chance me sourit. Il me dit — « Il y a une place à Bourges, cela vous convient ? » — Je suis envoyé dans le Cher, ma région natale.
En 2006 je rentre donc à l’AFPA pour une année d’études où je serais hébergé et rémunéré. Je garde mon appartement dans les Ardennes temps que je peux payer mon loyer. La politique des professeurs est de nous laisser livrés à nous même dans l’apprentissage ce qui provoque un joyeux bordel dans la classe dont je suis la tête de turc. Je m’entends bien avec tout le monde mais lorsqu’il y a une bêtise à faire elle est faite à mon encontre. L’hébergement est sommaire avec des murs assez fins pour passer au travers avec un coup de pied. Je fais 2 stages en entreprises le deuxième rapport de stage étant utilisé pour la validation des études et sera lu par les examinateurs. Je me donne donc beaucoup de mal pour faire ce dernier rapport de stage qui sera à peine ouvert — « il a l’air bien fait » — disent les examinateurs sans même le parcourir. L’année se termine en 2007 avec l’obtention de mon Baccalauréat qui s’avère être une voie de garage pour trouver un emploi 2 années d’études supplémentaires ayant été nécessaire, ce qui n’était pas de mon niveau.
A la sortie de l’AFPA je me retrouve au RMI et dois donc quitté mon appartement. Je remplis un dossier d’obtention de logement à Bourges tout en vivant chez mes parents qui acceptent de m’héberger en attendant.
En 2008, je passe du RMI à une pension d’invalidité, me voilà donc en HLM un petit 50m2 que je choisis car il est déjà partiellement équipé de plans de travail dans la cuisine et d’une cabine de douche. Je n’arrive vraiment pas à m’y faire. La promiscuité limite grandement l’intimité ce qui est générateur de stress et d’angoisses pour moi par ailleurs le voisinage n’est pas composé de personnes recommandables. Sans parler des feux de poubelles et de voitures qui n’imposent pas un climat de confiance. J’y vis reclus, ne sortant que pour mes rendez-vous et faire mes courses sans autre loisir que celui de rester assis face à mon écran d’ordinateur qui fait office de femme.
En 2011 après une succession de tentatives de me socialiser (tir à l’arc, gymnastique, promenade des chiens de la SPA) je trouve un endroit où je me sens bien, je pratique du bénévolat au Secours Catholique où je suis encore. J’y donne des cours d’informatiques du débutant aux plus confirmés et j’y gère les pannes du réseau d’ordinateurs.
C’est dans cette période que je me lance pour la deuxième fois pour contacter avec Brigitte, cette fois, je me présente sereinement à ses parents qui ne se souviennent pas de moi bien sûr. Je leurs dis que je travaillais avec leur fille dans les années 80 ce qui les rassures suffisamment pour me répondre — « je lui communique votre numéro de téléphone et elle décidera elle même si elle désire vous contacter » — Je dis d’accord puis attends.
J’ai attendu presque une semaine lorsqu’un jour elle m’appela. Nous avons passé 2 heures agréables au téléphone à nous raconter nos vies avant que je ne lui pose LA question dans l’espoir qu’elle se souvienne de cet instant. Hélas elle ne se souvient pas de cette salve d’insultes (normal 30 ans après) et m’avoue qu’elle n’était pas stable à cette époque sans oublier d’utiliser par 4 fois le mot `vortex’ dans la conversation ce qui me fait dire quelle est toujours aussi spéciale.