Récits de migrants

Je m’appelle Karim et je suis d’origine syrienne, j’ai 33 ans, je suis marié et père de deux enfants une fille de trois ans et un garçon de sept ans. Mon fils parle bien français et ma fille a du mal à parler français mais elle le comprend.
Mon fils va a l’école et ne veut pas quitter la France pour l’instant car il s’est fait beaucoup d’amis.
Mon père est mort pendant la guerre et ma mère est restée à Alep. J’ai également deux frères dont un qui est marié et l’autre qui s’est pris une balle dans la tête durant la guerre. J’ai aussi cinq sœurs dont une qui a quatorze ans, une quinze ans et les trois autres sont mariées.
Alep était une ville de dix millions d’habitants, il y avait beaucoup de mosquées et d’églises. Alep était une très grande ville industrielle de la Syrie. Dans ce pays il y avait en effet des industries de savon et de tapis, c’était également une grande ville touristique avant qu’il y ait la guerre.
J’ai quitté mon pays à cause de la guerre qui est constamment présente, notre ville est complètement détruite à cause des bombardements. Daesh ne fait pas la différence entre les enfants, les femmes et les hommes et les rendent esclaves. Les membres de Daesh détruisent tout et n’ont aucune compassion pour l’humanité.

Zigar et son ami étaient à la frontière de l’Iran et de la Turquie. Le grand froid compliquait la dure ascension de la montagne qui sépare ces deux pays. Après plusieurs heures de marche, ils virent au loin une famille en détresse.
Après les avoir vus, ils rejoignirent cette famille. Zigar vit alors une fille d’environ 16 ans, au sol, qui se tenait fortement la jambe droite comme si une douleur terrible s’y installait. Après une courte discussion avec cette famille, Zigar et son ami remarquèrent que la nourriture leur manquait et que la fatigue s’installait. L’ami de Zigar proposa alors de les aider en amenant leur fille avec lui, mais à une condition : avoir le droit de l’épouser en contre-partie.
Le père, qui voulait sauver sa famille ne pouvait pas refuser, et accepta son offre. Après quelques heures de marche, Zigar, son ami, et la jeune fille, payèrent une chambre dans un hôtel pour y rester un certain moment. Après quelques jours, quelqu’un frappa a la porte, Zigar alla l’ouvrir et vit le père de la fille. Il avait un air furieux, déterminé, comme un ours prêt à abattre sa proie. Le père réclama sa fille, son ami refusa, et une violente discussion commença.
Le père prit de rage, insulta le jeune homme, et lui reprocha de lui avoir pris sa fille. L’homme répondit alors : « Je ne l’ai pas prise, je l’ai sauvée ». Le père reprit son calme et commença à pleurer.
L’homme prit d’affection et de pitié accepta mais lui imposa une condition : de ne plus jamais abandonner sa fille, et de la chérir malgré les différents problèmes qui pourraient lui arriver.

Nous avons rencontré un homme surnommé Kasim d’origine Iraquienne qui avait 39 ans. Il habitait à Kirkouk en Irak et il était professeur d’anglais dans une université grâce à son doctorat.
Daesh est arrivé, a tout détruit et a pris le contrôle total de Kirkouk. Les personnes irakiennes qui parlaient d’autres langues ont été fusillées. Les différents professeurs restant dont Kasim furent obligés de fuir la ville avec les personnes de leur famille.
Kasim était accompagné de sa femme et de sa petite fille de neuf ans quand il a pris l’avion en direction de la Turquie. Il y avait beaucoup de problèmes de vol à Istanbul.
Ils ont alors trouvé plusieurs moyens de passer la frontière. Le premier moyen était de donner 5 000 $ pour aller en Grèce sans beaucoup de sécurité. Le deuxième moyen était de payer 3 000 $ de plus pour gagner en rapidité et assurer la sécurité maximum de sa famille. En effet le transport se faisait en bateau à moteur contrairement au premier.
C’est donc le deuxième moyen qu’il choisit.

Karim et sa famille étaient en voyage en Turquie, lorsque Daesh prit le contrôle du nord de la Syrie en 2011. Sa famille et lui ne voulant pas être sous son contrôle, ils s’enfuirent en Grèce.
Ils marchèrent durant plusieurs jours jusqu’a Izmir. Arrivés là- bas, ils prirent une barque avec d’autres émigrants et naviguèrent durant trois heures, pour rejoindre l’entrée de la Grèce. Les conditions durant la traversée étaient très rudes, les vagues étaient énormes, ils pouvaient se renverser à tout moment.
Durant ces longues heures, Karim avait très peur que l’un de ses enfants tombe à l’eau car il n’était pas en mesure de les sauver.

J’arrive en Bulgarie et on me demande de donner mes empreintes. La Bulgarie est un pays où les droits de l’homme ne sont pas respectés pour les migrants qui arrivent. Je ne sais pas pourquoi ils nous forcent à donner nos empreintes. Je suppose que les pays qui accueillent un grand nombre de migrants doivent recevoir une compensation financière. Je ne veux pas vivre en Bulgarie. Vivre en Bulgarie serait la pire chose qui pourrait m’arriver. Je refuse donc de donner mes empreintes, et je suis envoyé en prison.
On nous envoie en prison pour nous forcer à donner ce qu’ils attendent. Pour cela, ils nous torturent de toutes les manières : on nous donne peu de nourriture, et le peu de nourriture qu’on nous donne est insalubre. On frappe. On nous brise les avants bras, les poignets, les mains, les doigts. On nous arrache les ongles, un par un.
Malgré tout cela, je ne veux pas céder. Je tiendrai bon et je réussirai à quitter ce pays.
24 jours sont passés à présent et je ne tiens plus. J’accepte alors de donner mes empreintes à la police. Ils me laissent partir. Je décide de fuir ce pays de malheur. Le pays que je souhaite rejoindre a présent est l’Angleterre.
Je fuis donc la Bulgarie et me dirige vers la France. Une fois arrivé en France, je passe par Calais pour tenter de rejoindre l’Angleterre. Je ne suis pas tout seul, je me retrouve avec un groupe de migrants venant de plusieurs pays. Je me sens moins seul et accompagné malgré le fait, qu’une fois sur la route, c’est chacun pour soi.
Pour passer la frontière, on se cache dans les camions transport qui se dirigent vers le Royaume-Uni. A chaque traversée, nous jouons nos vies. J’essaye de traverser une journée sur deux car la traversée est si physique et dangereuse que je préfère ne pas me précipiter et mourir bêtement.
Aujourd’hui, c’est le bon jour. J’ai réussi à monter dans un camion et à me cacher derrière la cargaison. C’est au moment où je commence à me réjouir que je sens le camion se déporter sur la droite et s’arrêter. C’est alors que la lumière du jour m’aveugle et que des silhouettes menaçantes se dirigent vers moi.

Après être arrivés sains et saufs en Grèce, ils prirent le bus, direction la Macédoine. Une fois à la frontière, ils continuèrent leur trajet pendant un jour et demi à pied jusqu’a la Serbie. Ils avaient de la chance car durant leur trajet il y avait la croix rouge qui passait leur donner des vivres. Ils avaient très peur de se faire arrêter, donc ils marchaient de nuit pour ne pas se faire prendre par la police.
Après avoir traversé la Slovénie et la Croatie ils se reposèrent pendant un jour car c’était un voyage très compliqué et très long.
Ils marchèrent encore jusqu’en Autriche où ils restèrent un jour.
Ils voyagèrent ensuite en train durant un jour pour aller jusqu’en Allemagne. C’est de là qu’ils prirent un train pour aller jusqu’en France.

Karim arriva début 2016 en train sur Paris. Ensuite il se rendit à Nantes par l’association CADA qui aide les migrants.
Sa première volonté était de parler le français ainsi que de pouvoir travailler sans être assisté.
Il était carrossier en Syrie et il continua cette profession en France. Il fit même un stage de 15 jours chez Peugeot. Il travaillait deux jours par mois pour gagner 134€ qu’il envoyait à sa famille. L’état lui donnait 400€ par mois en plus pour l’aider.

Kaylec habitait à Logan (une ville aussi grande que Nantes) qui se situait à 40km de Kaboul, car vivre dans la capitale était trop cher. La ville était une zone de guerre. Cette guerre avait commencé en 2016. Le système était corrompu, les individus venant de la classe moyenne comme lui n’avaient pas beaucoup d’influence sur les événements. Seuls les plus fortunés étaient à l’abri, et étaient majoritairement corrompus. Les habitants n’aspiraient qu’à une vie normale.
Kaylec avait laissé son père qui était en prison à cause des Talibans. Sa mère était contrainte de rester chez elle à s’occuper de cultiver les terres. Il avait trois petits frères et deux sœurs. Il était étudiant et travaillait dans un magasin. La peur des bombes influençait les sorties des habitants, comme celles des professeurs qui venaient rarement dans les écoles...
Un jour, il hébergea un inconnu qui partit ensuite. Mais il se fit accuser par la police afghane d’avoir hébergé un Taliban et d’être en lien avec cette organisation terroriste, qui lutte contre le gouvernement en place. Il fut donc recherché dans toute l’Afghanistan par la police afghane et dut fuir le pays.
Il voulait d’abord aller jusqu’en Angleterre car il pensait que la vie était meilleure. Pour arriver en France Kaylec avait utilisé environ 12 000$ pour sa traversée qui dura 6 mois.
Il passa d’abord par l’Iran, il y découvrit l’enfer des migrants : des frontières gardées 24h/24 et s’il était repéré il était exécuté. Il y resta environ 1 mois. Il se fit attraper par la police mais réussit par miracle à se faire relâcher. Et à ce moment là, il sut qu’il n’avait plus le droit à l’erreur. Donc pour échapper à cet enfer il se contorsionna pour entrer dans une voiture bondée.
Lorsqu’il arriva dans cet autre pays, il découvrit une accalmie dans la tempête, un pays magnifique, la Turquie. Les Turcs étaient très accueillants et il les trouva fort sympathiques. Ce fut le premier pays accueillant de son périple.
Après il passa par la Serbie, la Hongrie, l’Autriche, l’Allemagne et enfin la France. Il y rencontra un migrant qui devint son ami. Comme beaucoup de migrants, il voulait intégrer le "paradis" anglais en passant par Calais. Lorsqu’il arriva à Calais, Il y avait beaucoup de migrants. Ils étaient battus comme des animaux par la police. Il essaya plusieurs fois la traversée mais il comprit que la police ne les laisserait pas passer et que cet "eldorado" n’était pas atteignable.
Il s’aperçut alors que la vie en France pouvait être aussi bonne qu’en Angleterre.

Les deux enfants de Karim sont scolarisés, son fils parle mieux le français que lui et a plus de facilité à s’intégrer.
Avant de demander la nationalité Française, il voudrait apprendre la langue Française, son Histoire pour mieux comprendre la France.
Pendant ce temps Karim reste en contact avec sa mère, grâce à Skype quand elle réussit à avoir une connexion à Internet près de la frontière avec la Turquie.
Karim a trouvé ce qu’il voulait en France, mais une fois la guerre terminée il souhaiterait retourner dans son pays rejoindre sa famille. Cependant il laisserait ses enfants en France pour qu’ils aient une meilleure éducation.

Suite à la traversée, Kasim et sa famille arrivèrent en Grèce.
Néanmoins la frontière vers la Macédoine, vers le cœur de l’Europe, vers la destination souhaitée, restait bloquée. Ils durent rester 50 jours près de la frontière où ils vivaient désormais en tente.
Après cela, l’Union Européenne les aida.
Ils étaient désormais à Athènes, hébergés en appartement, et l’Etat leur fournissait 100 euros par mois pour subvenir à leurs besoins. La population était particulièrement accueillante envers eux, elle les invitait à ne pas hésiter à exprimer leurs besoins.
Cela dura 4 mois, avant que l’Union Européenne ne les envoie dans un autre pays de l’Europe, parmi une liste de pays que les familles avaient choisis au préalable.
Le premier choisi fut la Hollande, car Kasim y possédait des amis, mais elle refusa, et la France seulement accepta de les accueillir.
C’est ainsi qu’ils se retrouvèrent à Lille, en France.

Ils furent accueillis dans un centre d’accueil pour migrants via l’OFPRA. Deux mois passèrent, puis ils obtinrent leurs papiers. Après cela, ils devaient choisir où ils souhaitaient habiter ensuite. La ville de Nantes les accepta.

Ainsi, Kasim et sa famille habitent actuellement dans une petite commune vendéenne, où ils furent les bienvenus. Une association de bénévole leur offrit une voiture afin qu’ils puissent continuer à se déplacer. Après avoir travaillé 30 ans dans l’enseignement, Kasim veut désormais changer de métier. Peut-être coiffeur, comme sa femme ?