La rentrée à l'hôpital

Lundi 1er septembre, c’est la rentrée des enseignants. Pour mes collègues et moi, professeurs des écoles à l’hôpital d’Amiens, c’est, avant toute autre démarche, faire la « tournée » des services de pédiatrie afin de rencontrer les enfants hospitalisés et leurs parents. Arrivée en chirurgie, la cadre de santé nous indique les enfants supposés rester au moins quinze jours. Nous rencontrons ainsi un père et son fils de huit ans victime d’un accident de la voie publique. Le papa nous attendait et l’école commencera dès demain matin ; son garçon n’a pas l’air aussi enthousiaste. L’école contactée en début d’après-midi va nous communiquer très vite les progressions prévues pour la période d’hospitalisation. Dans la chambre voisine : personne. Il est au bloc et pour la rencontre, ce sera demain. Le troisième de nos futurs élèves dans ce service fait un jeu de société avec une « blouse rose ». Les parents ne sont pas là et il est très content de nous voir. Il est inscrit en troisième et est prêt à travailler dès mardi 2.
En cardio-pneumo, personne pour le moment, par contre en onco-hématologie (la « cancéro »), il y a du monde (présent aujourd’hui ou dont l’arrivée est prévue mercredi ou jeudi). Nous rencontrons le papa d’un élève de CP, prof de maths de son état, avec qui nous convenons tout de suite de l’emploi du temps de la semaine. Son garçon nous attend de pied ferme : il veut faire sa rentrée comme tout le monde mais il n’a pas son cartable, ce qui l’inquiète beaucoup : – Que va dire la maîtresse ? Malheureusement, pour des questions d’hygiène, on ne peut pas apporter tout ce qu’on veut en secteur protégé. Un « grand » inscrit au lycée en première ES est dans le même service pour soigner la même maladie (une leucémie). Des infirmières sont présentes dans la chambre et exectuent des soins. Aussi, nous le verrons plus tard.
L’après-midi, il dort mais ses parents sont présents. La maman raconte : – C’était mardi dernier, ça nous est tombé dessus d’un coup… Ce qui provoque l’arrivée des larmes. Elle continue : – Mon garçon a réagi en envoyant des mails à ses amis toute l’après-midi pour leur dire qu’il restait à l’hôpital sans espoir de rentrer à la maison avant un mois, voire plus… Je leur ai expliqué comment allait se passer la scolarité : beaucoup de cours individuels au chevet à cause de la pathologie. Une bonne nouvelle : l’inspection académique a décidé d’implanter un équivalent temps plein de professeur du second degré, ce qui est un gros effort dans une période de forte contrainte budgétaire. Jusque-là ce sont des professeurs des écoles qui assuraient la scolarité à l’hôpital. Jusqu’à la classe de troisième, ça ne posait pas trop de problèmes, excepté pour les langues ; mais pour le lycée, les choses étaient plus compliquées. Comme pour tous les enfants hospitalisés, on va contacter son établissement afin d’obtenir les progressions prévues dans les différentes matières. Cependant, pour lui, la rentrée ce ne sera pas demain car il nous faut contacter le « pool » de profs du second degré prêts à intervenir au CHU, et organiser leur venue en fonction de leurs disponibilités.
Il nous reste le service de médecine de l’enfant et de l’adolescent à voir. Mais là, ce sont les pédopsychiatres, médecins ou psychologues qui nous contactent. On a juste à attendre.