Pré-rentrée à la Guadeloupe

31 août 2014, la nuit est courte ! À 3 h du matin, je me réveille et j’ai une révélation ! Non, les boutons de Kylian ne sont pas d’origine allergique : c’est viral ! Mince, le chikungunya ! La dengue ?! Je n’arrive plus à dormir. Je fouille la maison pour retrouver mon portable et vérifier sur Internet. Les boutons ne semblent pas être un signe précurseur, mais bien plutôt ils suivent la fièvre. L’éruption est « morbilliforme plutôt que maculo-pulpeuse ». Quelques images : ah, les siens étaient manifestement maculo-pulpeux !!! Bon, ça doit vouloir dire que tant qu’il n’y pas de fièvre, pas d’inquiétude, pas vrai ? Du coup, je me rendors. Je n’entends pas J.-C. partir pour Basse-Terre à 5 h.
Réveil à 6 h. Kylian est déjà debout et il a mis à chauffer le café. Impeccable. Je vérifie mes deux cabas. Un cabas pour les attelles de Duncan (sans oublier les chaussures orthopédiques, l’IRM, les radios faites à Necker pendant les vacances et le carnet de santé). Parée. Un cabas matelassé pour le thon, dans lequel il ne me faudra pas oublier de mettre de la glace. Tout est sorti pour le petit déjeuner. À 6 h15, je réveille Duncan. Les deux garçons font leurs tartines et s’habillent sans réclamer d’aide aujourd’hui (ouf !). Je peux me préparer et vérifier les sacs. Duncan n’emporte que son nécessaire à bracelets en élastiques. Volets roulants baissés ! En voiture !
7 h. Chez Isabelle. On récupère le thon (une belle bonite de trois kilos au moins) que son mari a péché hier. Bon sang, qu’est-ce que je vais bien pouvoir en faire ? Je l’emporte, et on verra chez Arnaud et Sandy.
7 h 30. Chez Arnaud et Sandy. Eux aussi sont enseignants et font leur pré-rentrée aujourd’hui. Sandy est prête à partir pour l’école primaire de Boivins. Arnaud est au lycée d’enseignement général et technologique Pap avec moi. La plénière est à 9 h. Il a encore un peu de temps. Délibération sur le sort du thon : il sera congelé et mangé en grillade pour l’anniversaire de la fille d’Arnaud le week-end prochain. Les garçons retrouvent leurs copains. Les quatre enfants seront laissés en auto-gestion jusqu’à midi. J’y vais.
7 h 50. En avance ! Inespéré ! Je salue les rares collègues qui sont déjà là. Il y a Nelly, ma nouvelle collègue de philosophie. Je la connais déjà. On a fait une formation ensemble, et à la fin, on n’était plus que deux, se serrant les coudes. Elle connaît déjà son service, envoyé par mail pendant l’été : trois terminales sciences et technologies du management et de la gestion et une terminale scientifique. Pas très accueillant, sachant qu’elle récupère trois TSTMG sur quatre ! On a décidé d’aller voir le proviseur pour lui rappeler la politique d’équité qu’il prétend soutenir.
8 h. Devant le bureau du proviseur. Discussion stratégique avec Nelly. On est d’accord sur la ligne. Il ne s’agit pas d’agresser le proviseur (qui n’est probablement pas au courant du détail des services) ni d’imposer à toute force un changement pour la rentrée. Il faut se le mettre dans la poche pour qu’il cautionne un partage équitable l’année prochaine.
– Monsieur le proviseur, je peux vous présenter notre nouvelle collègue de philosophie, en deux minutes ?
Sourire crispé et les bras chargés de chemises colorées toutes plus fuyantes les unes que les autres, le proviseur est débordé, mais il propose de se voir après la plénière, pendant le pot de bienvenue. ça marche comme ça.
En attendant la plénière, je salue les collègues qui arrivent à présent en force, et je les présente autant que faire se peut à Nelly. Je lui montre les endroits stratégiques.
9 h. La salle polyvalente. Un hall de gare qui sert de salle d’examen. Un décor de portes en métal et de murs grisâtres parcourus à mi-hauteur par une frise ajourée en béton (spécialité post-Hugo de la Grande-Terre, d’après mon expérience) qui laisse passer les courants d’air et possède quand même un certain charme. La chaîne de télévision Guadeloupe Première est là. Il faut avouer que c’est impressionnant. Probablement 300 professeurs sur des chaises en plastique. La salle a été repeinte en saumon pendant l’été. Très photogénique ! Nelly propose de s’assoir au deuxième rang. De là, je m’efforce de lui indiquer tous les collaborateurs plus ou moins directs. Guadeloupe Première utilise un proviseur-adjoint pour extraire de l’assemblée quelques personnes à interviewer sur la coursive : le proviseur lui-même bien sûr, une professeure chevronnée, et une nouvelle arrivée (Nelly, justement !).
12 h. On n’a jamais eu de plénière aussi longue ! Les informations sont pertinentes, certes. Les allocutions sont même émaillées de petits gags. Pas de quoi remplir le « bingo de la rentrée » qui tourne sur Facebook et que j’ai imprimé dans la perspective des trois heures à passer, cependant. Tout le monde est content de se revoir ! Tout le monde arrive avec des discours émouvants de deux pages au moins ! Y compris les CPE. La CPE des BTS fait une véritable déclaration d’amour aux enseignants. Elle cite « l’inénarrable Jacky Cassin ».
C’est vrai qu’il est inénarrable, Jacky. On comprend rien à ce qu’il raconte. Il va dans quelques minutes se présenter à toute l’assemblée comme « représentant » du SNES, alors qu’il est au SNCL, provoquant une explosion de rire généralisée. Sur le site « Tu sais que tu étais à Pap quand... », il est mentionné comme suit : « ...Quand aujourd’hui encore la voix de M. Cassin (prof de maths) te hante quand tu as une baisse de forme (et) tu entends « AN NOU an nou assé pléré an nou lité sé timoun la !!! ». À chaque cours il fallait faire ses exercices à la vitesse de l’éclair sinon « ou pèd fil aw » (tu perdais le fil)... aussitôt écrit aussitôt effacé LOOL. Et il nous disait « An nou an nou asé pléré an nou lité sé timoun la » (« ALLEZ, allez, les enfants, assez pleuré, il faut faire preuve de courage ! »). Mais je m’étonne qu’on puisse le voir comme ça, comme un personnage, de l’extérieur. Je travaille tout le temps avec lui. On a souvent la même TS. Et le Sgen-CFDT et le SNCL font liste commune pour les élections du CA. On se dépanne, on s’engueule, on se renseigne, on se refile les élèves. Pour moi, il est loin d’être un personnage de fiction !
12 h 15. Enfin le proviseur va clore la séance ! Il demande aux nouveaux personnels de passer le voir dans son bureau à partir de jeudi matin. On se regarde avec Nelly : c’est une nouvelle option. Avant cela, il a prévu de laisser la parole au président de l’amicale (deux pages de discours !) et aux représentants syndicaux (Sgen-CFDT, SNES, SNES (oups ! SNALC), SPEG). Distribution des emplois du temps. Yes, j’ai la terminale littéraire option arts avec laquelle j’avais proposé le projet « Bouteille à la mer » ! Les emplois du temps sous le bras, tous, y compris les philosophes se ruent sur le buffet, affamés et assoiffés pour de vrai ! Le proviseur est assailli de toutes parts. Allez, on passera le voir vendredi matin, tranquillement.
12 h 30. D’autant que comme nous ne sommes que quatre professeurs de philo en pré-bac, la tradition est d’enchaîner le conseil d’enseignement de philosophie entre midi et deux pour avoir l’après-midi libre. Tout le monde est d’accord, alors direction le foyer des professeurs climatisé. Stéphane, le coordonnateur, est hâve et mal rasé, avec un spectaculaire pansement sur la joue droite. Jocelyn, charismatique leader syndical et doyen de la chaire de philosophie nous rejoint à pas comptés, en raison de ses soucis cardiaques. Au rez-de-chaussée et avec la climatisation, on sera bien. On s’installe. Jocelyn demande :
– Bon, alors, qu’est-ce qu’on fait là ?
Stéphane répond :
– Ce qu’on veut.
On se regarde avec Nelly. Alors, je pose tout de suite le problème du déséquilibre des services. Je propose de faire tourner les classes appréciées, j’argumente sur l’importance d’un bon accueil des nouveaux collègues. Accord de principe de tous, mais le problème est renvoyé à la fin de l’année « pour ne pas donner l’impression de critiquer le travail de l’administration ». Stéphane déclare qu’il démissionne du poste de coordonnateur. Avec l’accord des autres, je reprends la mission. Et je relance sur le matériel, même si le proviseur a laissé entendre que les finances étaient au plus bas. Il a soutenu le projet d’un laboratoire de philosophie. On le meuble de propositions. À nous les TIC(s) !
13 h 30. Sur le parking, avec Nelly. Elle me demande si Stéphane, qu’elle connaît déjà, est toujours aussi grognon. On tombe d’accord sur un rendez-vous à 7 h vendredi pour relancer le proviseur. Elle fera aussi le lien avec Stéphane, pour savoir s’il est malade ou quoi.
13 h 45. Chez Arnaud. Tout le monde a déjà mangé. Sandy est repartie pour Boivins. Arnaud est sur le départ pour le conseil d’enseignement d’anglais qui commence à 14 h. J.-C. est arrivé de Basse-Terre depuis un quart d’heure. On ressort pour acheter un sandwich. Les enfants se sont enfermés dans la chambre de Juliette et regardent un film, tous les quatre serrés dans le plus haut des lits superposés.
14 h 45. On part pour le rendez-vous hospitalier avec Duncan. Cette fois on y va en force car Necker a critiqué la méthode du chef de service pointois et préconisé des plâtres. Quelle sera sa réaction ? Par chance, il a lu le mail de Necker et, malgré son scepticisme, se déclare prêt à essayer. Rendez-vous est pris pour mercredi.
16 h. Eau pétillante à la menthe chez Arnaud. On est tous épuisés par la journée et la chaleur. Il faut revoir la rentrée des enfants. Duncan absent mercredi. Je ferai la rentrée des sixièmes de Douville avec Kylian pendant que J.-C. emmènera le petit faire ses plâtres. Arnaud ne peut plus faire la rentrée des sixièmes avec Juliette, car les classes de BTS commencent les cours demain mardi. Il faut qu’il contacte son ex-femme pour qu’elle prenne le relai. Sandy rentre. Elle a déjà du travail pour demain.
18 h 30. Revenus à la maison. Demain, rentrée des CM1. Tout le monde au lit à 20 h, après une dernière vérification des sacs. J’ai oublié de regarder Guadeloupe Première ! Je verrai le reportage le lendemain. Ah, dommage qu’on ne puisse pas les enregistrer ! Mais, on peut encore les visionner !!! Voyez le 19 h 30 du 1er septembre et vous verrez si je vous ai menti !!!