Informaticien, comptable (...)

Je m’appelle Gaspard Chaumont, je suis né au Mans dans la Sarthe en 1959. J’ai passé la plus grande partie de mon enfance en Afrique où mon père était coopérant. Il était un bon joueur d’échecs de niveau troisième série et m’a enseigné le jeu lorsque j’avais sept ans, cela m’a passionné immédiatement.
Dans ma scolarité, j’ai étudié le grec et de latin et j’adorais Homère.
La rigidité de mon père a fait souffrir mes deux sœurs, mon petit frère et moi-même ; j’ai quitté le domicile parental en juillet 1978 pour aller faire mon service militaire sans le bac en poche.

À mon retour – après quelques expériences comme serveur et plongeur – j’ai suivi des cours de comptabilité au GRETA en 1980. En même temps, j’épousais le doux rêve de devenir joueur d’échecs. Je jouais alors près de cinq heures par jour (plutôt la nuit) et enchaînais les tournois.

En 1981, j’ai multiplié les missions d’intérim en tant qu’aide-comptable ou comptable. En 1982, j’ai été sacré champion d’échecs de Versailles, puis premier-ex aequo au Championnat de Paris Open et j’ai remporté l’Open international de Rouen. Mais le jeu d’échecs à l’époque et encore aujourd’hui ne nourrit pas son homme si l’on n’est pas dans les meilleurs mondiaux, et encore, il n’y a pas de garantie de durée. C’est alors que fin 1982, dans une mission comme comptable à Vélizy à la Cimsa (Filiale informatique militaire de la Thomson), j’ai eu la chance de rencontrer celle qui est devenue mon épouse. Étudiante en 4e année de l’école de commerce IECS de Strasbourg, elle y effectuait son stage.

En 1983, après une longue mission comme comptable à la Caisse des dépôts, je la rejoins et nous passons l’été ensemble. Elle vient de terminer son école et s’inscrit en DEA d’économie à Paris-Dauphine. Je décide alors de mettre de côté mes ambitions de carrière de joueur d’échecs : je ne jouerai désormais plus qu’un tournoi international par an.

En septembre 1983, nous emménageons dans un 32 m² à Versailles et je continue les missions intérim jusqu’en juin 1984, où nous nous marions et où j’intègre l’entreprise Volvo-BM en CDI d’abord sur la gestion de stock puis ensuite comme facturier, pendant que mon épouse continue sur un DEA.
Je démissionne en fin 1985 de Volvo pour rejoindre Nixdorf Computer (qui avait sponsorisé l’open international de Rouen) comme responsable Payes et Commissions, où je reste trois ans. Mais Heinz Nixdorf disparaît en 1986 et la nouvelle direction décide d’éliminer tous les directeurs, dont celui de la DRH auquel je suis attaché. En tant que responsable Payes j’ai vu de l’intérieur comment on licencie des dizaines de cadres-dirigeants qui ont construits la filiale France pour les remplacer par de plus jeunes et surtout plus disciplinés.

En fin 1988, suite à un déménagement du site, j’ai l’opportunité de partir et j’en profite. En janvier 1989, je change d’orientation : je commence des cours d’informatique avec l’organisme Control-Data. La formation dure cinq mois, elle me coûte 40 000 francs sur les 60 000 que je viens de gagner chez Nixdorf, elle est axée sur les gros systèmes IBM, langages Cobol avec DB2 et CICS. À la fin du stage, Control-Data me propose de rejoindre une SSII (Société de Service Informatique et Ingénierie) pour 8 000 francs par mois, c’est-à-dire la moitié de mon salaire chez Nixdorf ; je refuse et préfère chercher ailleurs.
Quinze jours plus tard, j’incorpore Distriphar en juin 1989 à Montrouge, la filiale distribution de Roussel-Uclaff, l’un des plus importants laboratoires pharmaceutiques de France. La première année, ce fut éprouvant : 7h30-19h30 avec chaque jour l’impression de patauger avant enfin d’arriver à maîtriser mon métier.

En 1994, j’ai deux nouvelles passions : le jeu d’énigmes « La chouette d’or » et la mycologie (l’étude des champignons). Je joue mon dernier tournoi international d’échecs à Issy-les-Moulineaux, je perds à la dernière partie contre le dernier Champion d’URSS Archak Minassian, je termine neuvième sur 178 joueurs – après je n’ai joué que par équipe ou dans mon club du Chesnay.

En 1995, naît notre premier enfant, un garçon. En septembre 1996, un plan social se pointe, je pars en récupérant 300 000 francs ; avec ce que nous avons déjà économisé nous avons près de 900 000 francs. On s’achète un bel appartement à Versailles.

Je deviens président de mon club d’échecs, je fais passer l’effectif des élèves d’une dizaine à une centaine. Avec un de mes amis, nous créons une petite revue confidentielle, « La prise en passant » qui existera cinq ans.
Le club remporte le championnat des Yvelines par équipe et notre équipe qui évoluait en 3e division ira jusqu’à se propulser en première division en 2000 où je laisse la place, le devoir accompli.

En 1996, ma première mission pour ma SSII se passe à la CRPN, une caisse de retraite pour le personnel naviguant, il s’agit d’un forfait dépassé, je termine le boulot et je rejoins – après une sévère sélection (un poste pour trente-sept candidats) – la Banque Paribas. Mon travail consiste à interfacer sur IBM-MVS les règles financières et comptables de leur ancien progiciel vers le progiciel RDJ-SOPRA (RDJ = Règles du jeu) en prenant en compte l’aménagement de l’Euro, ce qui nécessite une double-comptabilité Francs-Euros.
Je termine le travail en janvier 1998 pour débarquer à la BNP également sur IBM-MVS où je fais le même genre de job. Ce fut assez intense, j’y ai consacré tous mes week-ends de la fin d’année 1998. Le projet était si prenant qu’entre temps, je renonce sans regret à un poste en CDI au CCF en 1998.

L’intégration de l’euro est une réussite en 1999 et ma fille naît en janvier 2000. À la BNP, ils sont contents de moi et en mars 2000 je deviens chef de projet sur une application connexe : gestion des soldes clients en devises et des soldes bancaires en Euros. Je suis toujours en mission pour ma SSII, je reste à la BNP-PARIBAS (la fusion a eu lieu en 2001) jusqu’en mars 2004, puis je rejoins la Société Générale, encore sur le Noyau Comptable et toujours sur IBM-MVS où je reste trois ans jusqu’en juin 2007. Je change alors de SSII et je retourne chez BNP-PARIBAS pour l’intégration des normes IRFS dans le cadre de Bale II.

À l’automne 2008, ma nouvelle mission se passe chez AGF-Allianz, mon projet consiste à intégrer les systèmes informatiques « Applications Sinistres » de La « Lilloise », une de leurs filiales sur AS400 dans leur propre système informatique sur IBM-MVS, puis ensuite d’intervenir en tant que concepteur sur un projet IRCA dont l’objet est de forfaitiser entre les assureurs les dédommagements corporels consécutifs aux accidents de véhicules.

J’ai à peine terminé le projet d’analyse, en pleine crise, qu’AGF-Allianz décide de se séparer de la moitié de ses prestataires, je rejoins alors en septembre 2009 PACIFICA la filiale assurance du Crédit Agricole pour finaliser cette fois leur propre projet IRCA sur IBM-MVS. C’est réussi et ils me confient alors la charge d’un projet spécifique chez eux sur un mécanisme similaire à l’IRCA qui se nomme IDA et qui lui forfaitise les dommages matériels dans le cadre des accidents de véhicules. En septembre 2010, mon commercial me trouve une mission sur AS400 ; cela va me changer des gros ordinateurs IBM, le client Cegid me fait travailler pour ses propres clients, il s’agit de petits projets dans le domaine des Relations Humaines et Personnel, essentiellement axés sur les payes et la comptabilité afférente. Le job est pénible : trop de clients, trop de projets courts ; au bout de deux ans, fin 2012, je sature et décide de partir.

Au cours de ma vie professionnelle, j’ai eu de deux à trois heures de transport par jour, j’ai eu le temps de lire près de 3 000 ouvrages, les classiques, de l’histoire, de la philosophie et des sciences. Ma bibliothèque personnelle compte 6 000 ouvrages, j’ai lu la plupart des auteurs grecs et latin, mais en français. La démocratie et la culture athénienne m’ont particulièrement attirées, les grecs ont inventé la culture, dans tous les domaines ils ont été prodigieux.

Je décide alors de créer une nouvelle librairie à Versailles, j’ai un fonds de livre appréciable, je l’ai appelée « Librairie ATHENA », en référence à ma passion pour l’antiquité. Elle ouvre ses portes au public au 5, rue du maréchal Joffre, le 1er mars 2013. Et les principaux ouvrages sont accessibles via internet sur le site Abebooks à « librairie Athéna » sur l’onglet Vendeurs. Libraire est un métier difficile, les lecteurs d’autrefois qui provenaient des professions libérales se font de plus en plus rares ; par contre il y a dans les classes moyennes de véritables passionnés que l’on peut fidéliser. La concurrence est cependant terrible, le prix des livres étant trop souvent galvaudé, que cela soit chez certains vendeurs sur internet ou chez les bouquinistes. Le challenge n’en a que plus de piquant. Après avoir testé le marché de proximité, j’ai choisi de travailler sur internet dans la journée et d’ouvrir ma boutique le soir de 17h à 19h, le samedi de 14h à 18h et aussi le dimanche de 11h à 13h.

L’avenir est toujours devant moi. Dans cinq ans, je ne sais pas où je serai, ni ce que je ferai. Je me laisserai porter par la rumeur du monde, comme toujours.