En bibliothèque

J’ai été responsable bénévole d’une petite bibliothèque de campagne durant 12 ans.

Après une adolescence chaotique, des boulots d’ouvrière, un mariage, deux enfants, une vie à la campagne, je n’ai plus eu d’activité professionnelle parce que je n’avais pas de métier, et ce fut un choix pour mon mari et moi, un choix de qualité de vie.

Une passion m’occupe depuis toujours : les livres, la lecture, le partage et l’envie de transmettre cet amour des livres, de la belle écriture. Les enfants grandis, j’ai intégré cette bibliothèque qui est vite devenue une mission pour moi et j’ai donné mon temps, mon énergie sans compter. Tout ce que m’a apporté cette expérience est fait de chaleur humaine, d’amour des mots, des enfants aux oreilles grandes ouvertes et aux yeux qui brillent en entendant les histoires lues, des discussions enflammées sur tel ou tel roman avec nos lecteurs assidus, des amitiés et des actions pour toujours, toujours convaincre et essayer d’ amener les autres à ce grand bonheur que procure la lecture.

Mais aussi, la diplomatie avec l’institution (car c’était une bibliothèque municipale et une équipe totalement bénévole), l’incompréhension par méconnaissance du sujet et la difficulté à faire comprendre qu’une bibliothèque municipale, même gérée par des bénévoles EST un vrai service public. L’équipe, assez âgée, soudée et pleine d’amitié et de solidarité, ne s’investissait pas autant que moi et je le comprenais parfaitement, j’ai mené beaucoup de choses seule pour l’essentiel. J’avais le temps.

Les "animations", qui consistaient en l’accueil des scolaires, en petites expositions (tout un art dans nos 60 m2 !), en tables thématiques sur tel ou tel sujet. Avec un système de débrouille très développé, pour compenser le manque de moyens matériels. Nous avions un réseau de récupération et de prêts d’objets, d’affiches, de photos, pour agrémenter les lieux.

Malgré tout, après ces 12 années, et sans regret, j’ai quitté "ma" bibliothèque. Par lassitude, tant d’efforts développés, la peur de l’usure sans doute, l’envie d’aller tenter ma chance ailleurs.

Une médiathèque ouvrira dans la commune voisine fin 2014, j’ai donc tenté une demande d’emploi, mais il parait qu’il était trop tard, les recrutements étaient clos ; j’ai proposé mes services bénévoles : catalogage, équipement, de la manutention en gros et peu d’initiative. Les besoins étant énormes, on a bien voulu de moi. J’ai donc œuvré ainsi 3 mois jusqu’à la semaine dernière où on m’a dit que des recrutements avaient été faits (sans qu’on me propose quoi que ce soit). J’ai décidé d’arrêter. Alors on m’a quand même proposé un contrat. Mais j’ai souhaité auparavant que le directeur en parle au reste de l’équipe. Je pressentais que je ne serais pas bien admise ; j’avais eu l’impression d’être quasi transparente durant ces 3 mois. Parce que, en tant que bénévole, j’avais exprimé assez librement mes points de vue, sur le logiciel, que je trouvais mauvais, sur la façon de couvrir, sur des livres dont je n’approuvais pas le genre dans lequel on me les faisait cataloguer (Le parfum en polar par exemple), en exécutant toutefois les demandes, chaque discussion s’avérant vaine...

Je me suis bien entendue avec l’ensemble de l’équipe, sauf les deux "chefs de secteur", jeunesse et adulte. L’une me parlait comme si je n’avais jamais ouvert un livre de ma vie, l’autre avec parcimonie. Quand je suis arrivée, je n’ai eu qu’un minimum d’informations sur le mode de fonctionnement. L’accueil avait été : "Les bénévoles... Toutes ces femmes dépressives qui se proposent pour se sortir de la maison ! " J’étais habituée à mes bibliothécaires de la Bibliothèque Départementale, sympas, ouvertes aux questions et aux remarques, ancrées dans les réalités du terrain et dans l’esprit du service aux publics.

J’ai ressenti une négation de tout ce que je savais, une humiliation qu’à 52 ans, on a du mal à digérer. Si on m’avait dit que j’aurais une possibilité de job, j’aurais fait profil bas... J’ai été refusée parce que j’étais " trop sensible, trop impliquée, ça va poser problème. " On me demandait de ne pas être choquée en entendant parler de "ploucs" et de "poufs", vous voyez. Tant que j’étais bénévole, ça allait, n’est-ce pas ?