Après l'IUT

La déception de ne pas s’épanouir dans le métier pour lequel on s’est formé, et la découverte d’un métier « de cœur ». De la dureté des relations humaines dans la grande distribution aux satisfactions d’un travail social porteur de sens.


Je suis une ancienne étudiante en Technique de Commercialisation et bachelière en Marketing. J’adore la négociation, la relation clients. En somme, tout me prédestinait à travailler dans le commerce.
A l’IUT, on nous promettait des métiers attrayants. J’y suis entrée avec l’idée d’être commerciale. Une semaine m’a suffi pour changer d’avis ! J’ai réalisé que le temps passé sur la route était du temps loin de ma famille. Que la paye à la fin du mois pourrait varier du tout au tout. Que ce métier n’avait pas que des bons côtés. Mais cette formation m’a appris beaucoup de choses, y compris sur le plan humain. J’ai pris de l’aisance à l’oral, rencontré des personnes géniales – nous étions proches de nos professeurs. Nous avions aussi des intervenants ; c’est très intéressant, quand on nous enseigne la théorie, de mettre en parallèle la pratique. De plus, des anciens étudiants venaient nous rendre visite, ils nous parlaient de ce qu’ils faisaient, ou bien de ce sur quoi ils avaient embrayé après le DUT. J’ai beaucoup aimé cette formation. J’ai donc comme on l’appelle aujourd’hui « un bac plus deux ». Mais qu’allais-je pouvoir devenir avec ça ?

Un domaine m’attirait, celui de la grande distribution. J’ai le goût du challenge, je suis dynamique, j’aime la relation avec les autres, négocier et échanger. J’avais déjà eu quelques expériences en tant qu’employée. Mais là, j’avais décidé de faire mon stage de fin d’année avec un chef de rayon. Je voulais « prendre du grade ». Pour mettre en pratique ce que j’avais appris, il le fallait. Comme pour tous les stages, nous avions des critères bien particuliers à respecter. Ce n’était pas simplement de la vente. Deux petits mois m’ont suffi pour me rendre compte que ce milieu, ce monde de requins, n’était pas fait pour moi. Je suis une personne honnête. Si quelqu’un pouvait mettre un coup de couteau dans le dos d’un autre pour sauver sa peau, c’était sans aucune hésitation. Vous me direz que c’est un peu le monde du travail aujourd’hui. Que c’est presque partout pareil. Je n’adhère pas.
Je vous passe les commérages sur le dos des autres. C’en était flippant ! En deux mois, j’ai tourné sur tous les rayons. J’ai aussi vu deux chefs, tous deux pères de famille, être licenciés. A vrai dire, cela m’a calmée… A la clef, on m’avait promis une place de chef de rayon. A la fin du stage, je n’ai pas relancé cette proposition. Eux non plus d’ailleurs. J’ai compris que c’était un genre « d’appât ». Une personne m’a dit qu’on lui avait proposé la même chose à son entrée dans la boîte, alors qu’elle n’est pas diplômée. On devient chef avec l’ancienneté ou les diplômes, il ne faut pas se leurrer.
Quand un des chefs vous a dans le collimateur, il fera tout pour vous faire « sauter ». J’ai d’ailleurs appris qu’un autre chef, lui aussi père de famille, avait été licencié peu après la fin de mon stage. Il faut que votre « gueule » revienne à celle du chef, sinon, c’est fini pour vous. Je n’aime pas cette mentalité. Dans les bureaux, j’ai vu les facettes cachées du métier, je ne voyais plus la même ambiance que lorsque j’étais en rayon. Les chefs sont obsédés pas toute sorte de chiffres. Il y a de la pression. Vous n’êtes ni plus ni moins qu’un faiseur de chiffres. Ou un nul.

J’étais contente d’être au milieu des chiffres, j’aimais ça même si je suis nulle en maths. J’aimais pouvoir suivre les ventes en temps et en heure. Quand j’avais la chance qu’un chef me les fasse partager. Heureusement, il y avait quand même des personnes intelligentes. D’autres l’étaient moins. Je me suis retrouvée, pour valider mon DUT, à mettre des saucisses en barquettes. Je me voyais fichue pour mon rapport de stage. Il fallait mener des projets, mais presqu’aucun n’a abouti. Tant de promesses, pour rien. Attention, il n’y a pas de sous métier. Mes jobs d’été étaient en boucherie, et en poissonnerie, le temps des vacances. Je me souviens j’adorais ça. Mais là, je m’inquiétais. Qu’est-ce que j’allais dire à l’oral ? Je me rappelle avoir fait passer des entretiens à des personnes de mon âge, voire plus âgées. Cela m’avait plu de voir la motivation de certains.
Mais moi, je voulais faire du merchandising, pas de la simple mise en rayon de 5h à midi ! Du merchandising. Je suis allée voir mon tuteur, qui n’a pas beaucoup changé le cours des choses. Lui devait y voir l’opportunité de mains supplémentaires pour la mise en rayon. Bien sûr ce stage n’était pas rémunéré –
même pas un merci, encore moins un bon d’achat. C’est vous dire. Il ne faut attendre aucune reconnaissance, comme dans tous les métiers je crois. J’ai dû beaucoup travailler mon rapport de stage. Je me suis bien évidemment rétamée à l’oral. Je n’avais pas grand-chose à dire de pertinent, mis à part que je m’étais aperçue que je ne voulais plus mettre un pied dans la grande distribution ! Cela m’a valu un petit 10.

J’ai un autre petit souvenir d’un de mes jobs en grande distribution. J’avais deux chefs. Un jour, l’un des deux me propose des vacances, bien sûr, je ne refuse pas, qui refuserait des vacances ? Je dis oui, étonnée tout de même car je ne devais pas en avoir. Je prévois donc deux petites semaines, l’une en France et l’autre en Espagne. Quelques temps après, je suis convoquée par l’autre chef, qui me dit que je n’y ai pas droit. Il m’explique que son collègue m’a donné ces vacances, car il touche une prime ! Que cela pose problème, car il n’y a pas assez de monde pour faire tourner le rayon. Mes vacances étaient signées, mais le grand chef, vient vers moi et me dit : « On annule tout ». Je suis jeune, je dis oui bêtement. Au lieu de deux semaines, je coupe la poire en deux et reviens sur une semaine de vacances.
C’était mon premier job ! Ils font ce qu’ils veulent de vous et sont forts pour contourner les lois. Mais ils restent toujours en règle, bien entendu ! Il y a dans ce métier trop de côtés que je n’apprécie pas.

Une fois mon DUT en poche, je ne savais plus vers quoi me diriger. Pendant un an j’ai accompagné un proche malade et lors de sa rémission, j’ai eu un déclic. Je voulais faire complètement autre chose ! Un métier auquel je n’avais jamais encore sérieusement pensé. Mes parents sont éducateurs. D’un coup, je voulais suivre leurs traces. Quelle surprise au sein de mon entourage ! Il est vrai que c’est un milieu qui jusque-là ne m’attirait pas. J’ai eu droit à : « Toi avec des enfants ! Foutaises ! », « Tu n’auras jamais la patience. », etc. Je voyais bien qu’autour de moi personne n’était porteur de ce projet. Personne ne croyait en moi mais je m’en fichais. Je pouvais comprendre, cette idée naissait du jour au lendemain, ce n’était pas vraiment réfléchi. Mais je voulais y aller et découvrir le monde du social. Commerce et social, pourtant, cela ne va pas ensemble, ce sont deux mondes opposés.
Un mois après cette folle envie, ironie du sort, je trouve un poste à la hauteur de toutes mes attentes. Je suis vraiment heureuse de l’avoir décroché. C’est un contrat de trois ans, à côté de chez moi. Il correspond au nombre d’heures que je souhaite, c’est formidable. Voilà maintenant un an que j’y travaille, cela me plaît beaucoup. C’est très intéressant, très enrichissant. Les enfants sont merveilleux ! Cette expérience m’apporte énormément. Je partage beaucoup avec mes parents, ils peuvent me transmettre plus de choses que lorsque je devais réaliser une étude marketing. Le hic, c’est que je travaille mais que je ne suis pas formée pour. Il faudrait que je passe un diplôme, que je fasse trois ans d’études. Je ne suis pas sûre d’avoir cette motivation. Je tenterai peut-être de faire valoir mes acquis. Aujourd’hui, les études marketing, le « plan de marchéage », sont autant de choses qui me semblent très lointaines ! Je ne crache pas sur le commerce, je pense que c’est un élément qui me plaîra toujours. Je ne suis d’ailleurs pas à l’abri de m’y retrouver un jour.

Je ne sais pas trop si on nous a vendu du rêve à l’école, ou si l’étau se resserre de plus en plus. Il n’y a pas de boulot, c’est un fait. C’est très dur de se faire une place au soleil. J’ai dans mon entourage une amie qui, avec son bac plus deux, trie le plastique du verre. Je vous passe les odeurs.

Je pense que nous sommes une génération sacrifiée.