Alors je décide de partir

Comment devenir conducteur de bus ?


J’ai 19 ans. Suite à la mutation de mon père nous avons quitté Lyon pour Aix-en-Provence. Très vite s’est fait ressentir la difficulté de nous détacher de notre ville natale et de nous intégrer dans ce nouvel univers. Mais au bout de 5 ans je ne m’y suis toujours pas fait. Ce n’est pas ma « terre ». Je n’y retrouve ni mes valeurs, ni mon patrimoine. Alors je décide de partir.

J’ai 24 ans. Pau devient ma « ville rêvée ». Même climat qu’à Lyon, même mentalité (ou presque). J’ai vite senti que je m’y plairais. Ce fut 5 années de bonheur, malgré l’éloignement familial, les doutes. Et les galères professionnelles : d’un boulot dans l’humanitaire, je passe au Pôle Emploi, puis à l’animation, et de nouveau au chômage, au RSA. Et de là à l’espoir, grâce à un permis de transports en commun, travail « à la clef » ! Oui, mais fin 2010, le moral retombe. J’ai un travail sous-payé qui me bouffe mon temps libre, mon énergie, à défaut de me nourrir vraiment. Je rêvais d’être conducteur de bus dans la ville paloise, mais ma candidature n’est pas retenue. Je prends donc ce qu’on me propose. Et ça ne me plaît pas.

Un ami lyonnais, pour rire, me dit : « Ce n’est pas grave. Avec ton permis D, tu peux postuler aux TCL ? » (Transports en Commun Lyonnais). Sans y croire, je postule. Je risque d’être loin de Pau. Quitter ses belles montagnes pour cette ville impitoyable qu’est Lyon : quelle tristesse ! Et ce qui n’était qu’une boutade devient réalité. Réponse positive : je rentre chez moi ! Un peu à contrecœur. Mais je serai sur ma « terre » : j’y retrouverai mes valeurs, mon patrimoine ; et les miens. Je reste malgré tout plus malheureux que joyeux. Oui, mais je vais travailler, conduire enfin des bus. Et devenir indépendant. Une nouvelle vie commence, encore.

Je recherche mes repères. Je les retrouve. Mais que la ville et le monde ont changé, en 10 ans ! Je me sens plus petit. Si dépassé, agressé même ! Le choc est rude de la petite à la grande ville. Insomnies, tristesse, s’enchainent. Ma ville du sud-ouest me manque. Sa taille plus humaine, sa population moins stressée, la richesse de son patrimoine (les vignes, le rugby ; et les accents de l’occitan). À Lyon, tout est bruit, tout est pollution, agressivité verbale, morale. Les bouchons lyonnais ne sont plus ceux qu’on croit.

Je me sens mieux aujourd’hui. Mon travail me plaît, l’ambiance entre collègues est bonne. J’ai retrouvé mes amis, ma famille. Mes parents envisagent aussi un retour au « pays » qui m’a vu naître il y a 28 ans, et qui me verra peut-être mourir. Mais d’ici là, le chemin est encore long, plein de tristesses et de joies. On grandit. On vieillit. En cours de route, on s’ « exile ». Mais sommes-nous vraiment heureux loin de notre terre d’origine, nous, les « expatriés » ? Une pensée, tout de même, pour ce territoire, ce terroir au patrimoine culturel et naturel varié, riche, au pied des montagnes, non loin de l’océan : pour ce qui restera à jamais ma ville d’élection.

Et maintenant. J’ai deux amours : Lyon et Pau – le pays natal et ma ville de cœur. Grâce à laquelle se lève sur mon visage un sourire radieux et, au fond de moi, le soleil du sud-ouest : c’est bientôt les vacances !