Je me suis fait bouler

Les difficultés d’une reconversion professionnelle.


Le jour où le médecin généraliste m’a rappelé suite aux examens gynécologiques faits la semaine antérieure pour me demander de revenir le jour même au cabinet pour les résultats, j’ai évidemment su que la situation ne devait pas m’être favorable. « Des cellules cancéreuses… Le col de l’utérus… Les risques possibles… Les traitements existants… Vous comprenez Madame ? » Oui, je comprends. C’est pour cela que je ris. Je ris de la putasserie de la vie. Je ris parce qu’il ne manquait plus que cela au tableau : Une santé bancale.
Il faut dire que le palmarès était plutôt complet jusque-là : j’allais fêter mes 30 ans dans 3 mois, j’avais fait de « grandes études » comme on disait au village, de ces cursus dont personne ne se rappelle le titre en entier, et qui vous mènent tout droit chez Pôle emploi – cet inconnu, qui devient votre meilleur ami à la sortie de l’université, et dont l’ombre ne vous quittera plus.

30 ans dans moins de 3 mois, et une vie qui tient dans deux valises que je trimbale d’un endroit à l’autre depuis mes 16 ans. Une valise qui m’a accompagnée dans ma traversée de l’Atlantique lorsque je me suis mariée au Venezuela, 6 ans plus tôt. Une valise qui me suit dans mes sempiternels allers-retours à Madrid, où travaille mon mari à ce jour. Oui, car on a fait un mauvais pari. Nous nous sommes rencontrés en plein « miracle espagnol » comme disaient les médias de l’époque, à Madrid, lors de mes études, et nous avons cru que le bonheur était possible. Moi, jeune diplômée universitaire parfaitement trilingue, lui designer informatique confirmé, nous allions être heureux dans ce pays qui nous ressemblait tant. Nous avons touché le bonheur du doigt, jusqu’à ce que nous soyons brutalement tous deux licenciés, du jour au lendemain, connaissant ainsi le même sort que des milliers d’autres travailleurs espagnols. La crise nous a surpris en plein envol.

Retour brutal en France pour moi, après avoir appris à nos dépens qu’il est impossible de vivre d’amour et d’eau fraîche. Jeunes mariés, la séparation physique fut déchirante, mais nous pensions alors que la crise ne durerait pas. Un mauvais coup des marchés financiers, et leurs satanées subprimes encore… J’ai poursuivi ma vie professionnelle dans le secteur culturel et associatif, en tant que coordinatrice nationale culturelle. Intitulé pompeux, pour désigner des conditions de travail détestables, et une fiche de paie riquiqui. Poste salarié où l’on « oublie » de me payer durant 2 mois, par exemple... Allers-retours à Madrid dès que possible. Nuits au téléphone. Appartement minable pour payer l’Eurolines et les factures de téléphone à l’international. Nous caressons l’espoir que je puisse rejoindre ma moitié, bientôt. Tirant tous les deux le diable par la queue, on y croit. Demain sera un jour meilleur. Le temporaire provisoire devient du permanent précaire. Toujours un pied ici, le cœur là-bas. Ou bien le cœur ici, le pied là-bas, je finis par m’y perdre. Nulle part n’est plus chez moi, je vis dans des valises.

Mais la crise dure et s’acharne sur la péninsule ibérique. Tandis que l’espoir s’amoindrit, forcée de me rendre à l’évidence que la crise ne passera pas, je perds aussi espoir en mon travail. Devoir rendre compte à des bobos parisiens, éloignés de toute réalité (et difficultés) du monde rural que je représente, m’use. Je me sens plus inutile que jamais, dans un monde où faire du lèche-bottes à des gens ayant pour toute représentation de la campagne celle de L’Amour est dans le pré est un métier à part entière. Ici, le mien en l’occurrence. Avec en permanence cette épée de Damoclès sur la tête : si tu ne souris pas assez, on t’enlève ta subvention, ma mignonne. Et donc ton job. Alors, sois gentille, tu souris au Monsieur, tu fais les courbettes nécessaires, tu t’assois sur tes principes et convictions, parce que c’est lui qui tient la bourse. La chasse aux subventions publiques dans un tel contexte économique peut prendre de drôles de tournures, s’apparentant à une prostitution intellectuelle.

Alors, oui, ce jour où mon médecin généraliste me décortique ce bout de papier de laboratoire, je ris. Santé, Amour, Travail. Le trio gagnant de madame Irma. Le médecin me suggère de partir me reposer dans ma famille en attendant les examens à venir. Ah oui, ma famille, autre partie du conte de fées… Non, pas de famille, Madame. Aux abonnés absents depuis 1996. Mon mari ? Eh bien, cela risque d’être compliqué pour venir aux RDV médicaux, il n’est pas tout près… Pardonnez-moi, je me cache dans mon sarcasme, Docteur. C’est tout ce qu’il me reste. Ah non, j’ai aussi un vieil ordinateur Asus, dont le disque dur surchauffe.

Finalement, après les examens, les analyses, on opère. Les méchantes bébêtes qui avaient commencé à manger mon appareil reproducteur sont parties. Oui, oui, le suivi est fondamental. Ah, ça peut revenir ? C’est-à-dire que je suis sans adresse fixe pour le moment, « ça » ne me retrouvera peut-être pas ? C’est bon, Docteur, on peut rigoler aussi un peu… Oui, j’ai compris, cela sera sûrement plus long pour concevoir. Ce n’est pas grave, parti comme c’est là, un paquet de Pampers équivaudra à un RSA.
Donc, les vilaines cellules ne sont plus là. Mais les questions existentielles qu’elles ont soulevées sont restées. Alors tu pourrais faire ta lâcheuse comme ça, la vie ? Te barrer comme ça ? Une vilaine maladie, et toi tu te ferais la belle ? Attends-moi, la vie, j’ai eu un début compliqué, je te l’accorde, mais j’étais mal placée sur la ligne de départ. Attends-moi, déconne pas. Je sais faire des trucs, et j’en aime encore plus. Hey, et puis surtout, je t’aime, toi. Attends, je n’ai pas eu le temps. D’accord, j’ai tardé c’est vrai, mais j’ai cru que j’avais tout le temps encore, mais j’ai compris la leçon, Madame la vie. Je vais me reprendre, c’est promis, tu vas voir, t’auras plus envie de partir voir ailleurs.

À partir de là, grande introspection. Je tâche de reprendre le fil de ma vie avant qu’il n’ait commencé à s’emmêler. Ce que je fais ne me correspond pas ou plus. Alors qui suis-je ? Qu’est-ce que je veux faire ? Infirmière. La réponse est évidente. Comme un camouflet dans le visage. Oui, lorsque j’étais en 3ème, je voulais DÉJÀ être infirmière. Parce que j’adorais les petits vieux depuis que j’étais gamine, et que je faisais la tournée du village des personnes âgées seules. Mais une fois la fin d’année de 3ème arrivée, la conseillère d’orientation m’a vite découragée. Les élèves brillants n’allaient pas dans les filières techniques, voyons. À ce moment-là, la voie royale pour être infirmière, c’était « Sciences Médico-Sociales », perçue comme une voie de garage par la conseillère d’orientation. Non non, moi j’allais aller en « L ». Le sacro-Graal qui te propulsait dans la cour des gens « cools ». Bon, et puis les maths, rien qu’à prononcer le mot, cela me filait de l’urticaire. Alors d’accord, je vais faire « L », c’est bien aussi. Et puis mon cursus s’est poursuivi, un peu tout seul. J’ai un vécu en Angleterre, puis en Suisse, alors j’ai d’abord choisi le tourisme, une fois mon bac en poche. Puis vint la fac, expatriée dans le nord de la France, avec une année en un double diplôme à Madrid. Les rencontres et le hasard ont fait le reste. Je me suis laissé porter. Et berner. Parce que 15 ans plus tard, à l’heure de faire le point, je veux toujours être infirmière. Soigner les gens, les accompagner dans leur maladie, avec toute la proximité du rôle de l’infirmière, oui c’est ça que je veux faire. C’est dur ? Oui, je le sais. Et justement, ça aussi, j’aime bien. L’infirmière, celle à qui l’on ose poser les questions que l’on n’a pas réussi à poser au médecin. Infirmière, celle qui vient prendre votre tension à 6h du matin, celle qui vous réveille pendant la sieste pour prendre le goûter. Celle qui entre dans la chambre et qui s’extasie sur le bouquet de fleurs que l’on vous a apporté. Celle qu’on sonne au milieu de la nuit parce qu’on a envie de faire pipi, et qu’en plus, c’est terrible, le drap il fait des bosses. (J’ai eu le privilège d’avoir été opérée un certain nombre de fois, donc je me représente plutôt bien les fonctions basiques observées d’après le patient). Oui, je veux faire ça.

Je réfléchis, je cogite. Non, ce n’est pas possible, c’est une tocade, cela va passer. Je suis sous le coup de l’émotion. Je suis trilingue, j’ai un Master, je ne vais pas reprendre des études au niveau bac pour 3 ans ! Je suis un peu remuée c’est tout. Mince alors, elles m’ont bien eu ces vilaines cellules logées dans mes tripailles intimes. Les mois passent, mais l’idée ne me lâche plus. Je fête mes 30 ans en Italie. Le coup d’envoi est donné : en 2014, je vais reprendre mes études pour être infirmière. Parce que la vie est courte, parce que j’ai encore sûrement près de 40 années de vie professionnelle qui m’attendent, et que je veux faire ce que j’aime. Je vais me lancer dans le bonheur. Je le veux, de la même façon que j’ai prononcé ces trois mots en espagnol devant un maire vénézuélien. Une envie qui me brûle le ventre.

Alors, j’achète les annales. J’épluche le programme. Vent de panique devant l’absurdité des tests psychotechniques. Et donc, avec ça, ils pensent mesurer l’intelligence d’un individu ? Bon, d’accord… Je garde mon job, devenu purement alimentaire. Et je bûche. Je me paie des cours particuliers de maths, faisant fi de mon orgueil devant cette jeune femme de 20 ans qui est mon professeur, issue de classes préparatoires scientifiques. Je reprends les bases. Les bases de bases… Division, fractions… Je perce le mystère des équations. Des fiches et des fiches Bristol plus tard, je commence à noircir les questionnaires de tests. On est au mois d’octobre. Il faut que j’accélère, mais mon travail et ses nombreux déplacements dans toute la France m’enlèvent disponibilité et concentration. Je décide de quitter ce travail, après des nuits d’insomnie, pour me consacrer pleinement à la préparation du concours. Risque ultime : qui de nos jours lâche un poste en CDI dans le secteur culturel ? Un travail qui ne me fait plus rêver certes, mais un travail tout de même. Je tranche. Quand on veut, on peut, je quitte ce travail. Mi-janvier, je suis officiellement au chômage. Le compte à rebours a débuté. Dans 2 mois, les premiers concours commencent. La prépa ? Trop chère pour moi. Je me lance. Corps et âme, du matin au soir, j’enchaîne les tests psychotechniques, sans toujours bien en percevoir la finesse intellectuelle, mais qu’importe. Je m’accroche. Les proches m’encouragent, me soutiennent, admiratifs de ma persévérance. Ils suivent mes progrès, et me consolent lorsque je flanche. Il y a tant de personnes qui subissent leur vie plutôt qu’elles ne la vivent. Je ne veux pas faire partie de cette caste-là. J’y crois. Ma meilleure amie, médecin, me conte ses anecdotes d’hôpital et de patients autour d’un café, entre deux examens blancs de tests psychotechniques. Parfois, c’est drôle, parfois c’est triste. C’est à l’hôpital de St-Brieuc, que je rencontre cette infirmière coordinatrice de parcours de soins. Durant une heure trente d’entretien, je suis fascinée par son travail. Surtout, elle me parle d’éducation thérapeutique. Je découvre ce jour-là que l’on peut faire encore plus que soigner les gens : on peut aussi les aider à s’affranchir de leur maladie dans le quotidien en leur montrant des gestes de soins. Elle élabore des fiches techniques à leur intention, elle travaille en réseau avec les autres professionnels de santé, elle réalise les suivis de prise en charge, avec un patient toujours au cœur du processus. Je suis littéralement sidérée. Waouh ! Éducation thérapeutique. Je veux faire cela. Je répète ces mots comme des talismans. Je suis subjuguée. J’ai dès lors ce projet professionnel plus que précis. Il existe même un Master 2, je me prends à rêver, une fois de plus. Ce métier, je voulais le vivre comme un sacerdoce. Alors, dernier coup de collier. Je redouble d’efforts, tâchant de ne pas céder à la panique, à la pression des enjeux que je me mettais.

Je me suis inscrite dans toute la France. 3 ans, cela passerait vite. Quand on aime, on ne compte pas… Toujours avec les vieux adages et mon optimisme de rigueur, j’ai balayé tous les doutes d’un revers. Oui, cela va être dur et long, le financement une galère, mais l’épanouissement professionnel n’a pas de prix. Alors, j’ai mis tout mon argent, en plus de tout mon cœur.

Le temps des concours est venu. J’ai préparé mon itinéraire consciencieusement, la carte de France et le planning affiché sur mon bureau : auberges de jeunesse, hôtels minables, logement chez les amis, chez l’habitant… 1 mois et demi sur les routes, 3 500 km au compteur, une bonne dizaine de covoitureurs, des rencontres impromptues, des cannettes de boissons énergisantes gisant sous le siège passager de ma petite Fiat, et de la sueur sur les copies. Exténuée, les 1ers résultats sont tombés alors que j’étais encore sur les routes de Midi Pyrénées.
Avec fierté, j’ai obtenu 7 écrits sur 9, le psychotechnique ne m’aura donc pas achevée. Joie et soulagement. Tous mes efforts n’étaient pas vains. Mais la guerre n’était pas terminée. Les oraux. Rebelotte. Périple. À manger des boîtes de raviolis froids dans la voiture parce que j’ai plus un rond. J’étais fauchée. Mais peu importe. Les oraux ? Je n’attendais que cela ! Avoir l’opportunité de discuter avec des professionnels de ma motivation, indéfectible depuis presqu’un an, c’était pour moi la meilleure partie.

Plutôt à l’aise à l’oral, je n’ai jamais craint les oraux. Sur les bancs de la fac, les copines voulaient toujours être dans mon groupe pour les exposés. Oui, je vais enfin pouvoir vous expliquer pourquoi je suis là, et tout ce que j’ai fait pour me tenir devant vous. J’ai quitté mon job, j’ai étudié d’arrache-pied, j’ai parcouru des milliers de kilomètres, je suis prête à reprendre mon statut d’étudiante, et je suis persuadée que je serai une bonne infirmière, laissez-moi vous expliquer pourquoi. C’est le tournant de ma vie, et le plus grand acte de courage, et d’engagement que je puisse me faire. M’autoriser à m’écouter. Oui, j’ai tellement envie de partager cela avec le jury !

J’enchaîne les oraux. Je m’y suis sentie plutôt à l’aise, mais pas trop quand même… frustrée du temps imparti. J’ai supporté parfois les convocations à 8h30, pour être reçue trois heures trente plus tard, (le privilège d’avoir un nom de famille en fin de liste alphabétique) face à un jury fatigué, moi-même ouateuse, puisqu’enfermée dans une salle sans même un café pour supporter l’attente. J’ai trouvé ces conditions d’examens moyenâgeuses, mais je n’ai pas jugé utile d’en faire part au jury, n’est-ce-pas… C’était le jeu, les règles étaient clairement définies, je m’y pliais.

Toutefois, les questions posées par le jury m’ont tour à tour déconcertée, déçue ou bien carrément agacée, de par leur caractère insipide et superficiel. On m’a ainsi demandé quelle était ma couleur préférée, le jury notant ma réponse sur sa feuille… Ah bon, on fait le test psycho du Magazine Elle ici ? D’autres fois, j’ai été méprisée, car issue du domaine des Arts et de la Culture… Non, Madame, je ne suis pas une saltimbanque… Je pensais que l’ouverture d’esprit faisait partie aussi intégrante de la profession… Oui oui, je suis consciente qu’il y a une hiérarchie, figurez-vous que moi aussi j’avais un chef…
Donc, je suis arrivée jusqu’à vous pour réaliser ce que je croyais impossible, je suis fâchée avec mon banquier depuis 6 mois pour ça ? La grande discussion sur mon intérêt pour l’éducation thérapeutique, les enjeux publics de santé publique, tout ça, non, cela ne vous intéresse pas ? Bon, ben d’accord. Un psychologue averti s’est voulu plus profond que ses collègues : « Quelle est votre relation à la mort ? »… Euh… en 3 lignes ? D’autres beaucoup plus pragmatiques : « Avez-vous le permis de conduire ? » Non Madame, je suis venue en solex. Une grande question aussi a été celle des stages. Avez-vous fait des stages ? Oui, parce que c’est vrai que les stages d’observation comme en 3ème pour faire la greluche derrière une personne fort occupée, j’avoue que j’ai fait l’impasse. Après plusieurs hospitalisations, je pense avoir vu bien plus que 3 jours de stage. Permettez-moi de vous dire que votre métier d’infirmière n’est pas en voie d’extinction. Les étudiants de médecine font-ils des stages avant d’entrer à l’hôpital ? Par ailleurs, si le fait de faire ou ne pas faire un stage est rédhibitoire, autant le préciser sur vos dépliants. Je vous rassure, je n’ai jamais pensé que le métier d’infirmière se résumait au feuilleton de Grey’s Anatomy, je n’ai d’ailleurs pas la télé…

Finalement, j’ai cru percevoir que la motivation, ce n’était peut-être pas ce qui comptait le plus. Ce qui était attendu, c’étaient des gens qui rentraient dans le moule. Des gens qui ont toujours bien la petite case qui répond à leur cas dans les formulaires administratifs. Des réponses toutes prêtes, apprises par cœur en prépa concours. Et alors, le pompon, c’est lorsque le candidat en question a payé un prix exorbitant de prépa dans celle dispensée de l’école en question… J’ai bien sûr eu l’occasion de croiser les autres candidates. Moyenne d’âge 20 ans, vivant chez papa et maman, maman qui attend d’ailleurs fébrilement sa fille devant l’école durant l’oral, encore plus stressée que sa progéniture… Des jeunes filles qui passent les concours dans le coin, parce qu’il y a le petit copain et la discothèque le samedi soir. Des candidates que j’ai trouvé toutes sympathiques, des jeunes filles de 20 ans, comme je l’étais à leur âge, mais un abyme nous sépare : l’expérience de la vie. J’ai naïvement pensé que cela ferait la différence.

Le dernier oral passé, c’est le cœur léger que je suis repartie rejoindre mon cher et tendre à Madrid. J’ai donné le meilleur, j’ai cru m’être surpassée. Lessivée de ces 6 mois intensifs, j’attendais impatiemment mes résultats et donc mon « affectation », confiante, libre et sereine. Le couperet est tombé : refusée. Incrédulité d’abord, puis vinrent les pleurs, les cris et le désespoir. Oscillant entre colère et infinie tristesse. Des milliers d’euros dépensés, une énergie de folle, et un rêve qui s’éteint. Boulée. Je me suis fait bouler.

Aujourd’hui, sans but, dépourvue de tout projet de vie, après avoir tout donné durant 6 mois, seules restent des questions. Pourquoi ? Que n’ai-je pas su vous dire messieurs et surtout mesdames ? Que pouvais-je faire de plus que je n’ai fait ? (Outre le « stââââge »). Je ne vous ai donc pas fait sentir la passion qui m’anime pour exercer ce métier ? L’envie ? Le désir d’apprendre ? Pourquoi avoir considéré que je faisais moins l’affaire que ces jeunes filles qui sortent du bac ? J’ai tout sacrifié pour venir me présenter devant vous. Et jusqu’au bout, j’y ai cru.

Parce que vous, membres de jury le temps d’une journée, commun des mortels le reste de l’année, vous n’avez jamais rêvé de changer de vie ? Avez-vous seulement une seule fois dans votre vie essayé de tout lâcher pour suivre votre cœur, votre instinct ? Parce que j’ai osé franchir le pas entre le rêve et l’action, vous avez estimé que le choix n’était pas assez « réfléchi » peut-être ? Parce qu’en 2014, une reconversion professionnelle, vous ne comprenez pas ? Cela ne rentre pas dans votre « culture » ?