Jour de faillite

La difficulté à porter son entreprise, puis la douleur de l’arrêter.


Je suis chef d’entreprise, je vaux 2 € de l’heure,
Aujourd’hui je fais faillite.
Le soleil s’est levé ce matin,
Probablement ce soir il s’éclipsera vers l’ouest,
Moi je fais faillite, je dépose, je dis stop, je débranche.
Prière de ne pas réanimer.
Jour de pluie, jour de paix, qui sait,
Aujourd’hui je fais faillite.

Aujourd’hui je suis riche de dettes,
Seule dans le silence feutré, les fioles me toisent de leur regard voûté,
Crèmes drainantes, plantes raffermissantes,
A l’abri sous les cartons éventrés,
Elles m’espionnent.

Les stores resteront allongés,
Le téléphone s’est depuis longtemps étranglé,
Les stores sont figés, le téléphone est déchargé,
C’est la grève des factures, préavis non déposé,
Préavis très très longue durée,
Une grève pour l’éternité.

Des effluves d’aspic et de thym trainent encore dans l’air silencieux,
Dans ce silence presque palpable,
Halo sensuel et cotonneux,
Je pourrais crier ma douleur,
Mais je respire,
Toutes mes alvéoles dilatées, curieux festin inespéré,
Elles se délectent,
Portée par l’air que j’inspire,
Chaque contact me fait tressaillir.

Ma peine est infinie, mon soulagement sans fin,
Deux années à voguer sur des abysses tourmentés,
Deux années à plonger, chaque jour, chaque nuit,
La peur au ventre, toujours confiante, toujours vaillante,
Et puis quelque chose s’est grippé.

Moi qui survivais en apnée,
Je respire, je respire, je respire !
Libérée,
Je suis vivante, je suis vibrante, flottant sur des sables mouvants,
Un no man’s land terrorisant.
Et maintenant ?